TEXTE, TRADUCTION ET COMMENTAIRE
ADRESSE ET SALUTATION (ch. I, 1-2).
Intiioduction. — La salutation est de la forme ordinaire c/iez Paul, mais elle soulèce incidemment des questions sur les rapports de Timot/iée avec Corinthe, et l'extension de l'apostolat chrétien à travers l'Acliaïe.
Cil. I, 1. HauXoç ài^baioXoc, Xpto-toÏÏ 'l'^aou otà Ô£A'<5[^,aT0ç ©cOu xat Tt[;-o0£oç ô àosXçôç, T^ k'AyX'quiy. tcu Osoù' v^ olia'/; ev Kopivôw crùv xolq aY^ciç TïSatv to?ç ouaiv
Cil. I, 1. Paul, apôtre du Christ Jésus par un vouloir de Dieu, et Timothée le frère, à l'église de Dieu qui est dans Corinthe, avec tous les saints qui
A. 1-3. Cette salutation, pour les termes comme pour la structure, ressemble à celle de la Première Epître. Seulement le mot -/.Xïi-dç de Rom. et I Cor. y manque. C'est peut-être que, dans ces deux épîtres, Paul devait parler de la vocation des destinataires, et mettait la sienne propre, plus élevée, en parallèle {Rom. i, 1 et 6-7; I Cor. I, 1 et 2), tandis qu'ici il se borne à une simple adresse, sans adjonction doctrinale. — « Grâce et paix », comme Rom., I Cor., Gai., Eph., Phil., Col., MI Thess.; xupfou en coordination avec Q-.d^ vrarpoç, et non en dépendance (voir Comm. de I Cor. i, 3, B).
B. 1. Si Paul, affirmant sa qualité d'apôtre, la fait reposer encore ici (comme I Cor.) sur une volonté spéciale de Dieu, on peut y voir une réflexion d'humilité (cfr I Cor. XV, 8-9), ou si l'on veut, avec Belser, une revendication d'autorité, en vue de la polémique qui commencera au chapitre x; mais, contre Windisch, l'absence du mot /.XrjTrdç, c'est-à-dire d'insistance sur sa mission apostolique et sur les droits qu'elle lui donne, ne saurait valoir comme un argument pour la séparation de x-xiii d'avec le reste de l'Épître; l'affirmation de l'apostolat, telle qu'elle se lit ici, était bien assez forte pour autoriser le ton de ces derniers chapitres.
Le nom de Timothée est associé à celui de l'Apôtre, mais ce grand collaborateur n'est qualifié que de « frère », comme Sosthène dans I Cor., ni plus ni moins. Paul ne rappelle même point que son disciple fut avec lui un des premiers évangélisateurs de Corinthe, et qu'il lui avait confié plus tard une mission importante en cette ville (I Cor. IV, 17; xvi, 10-s.). Rien ne parle dans notre épître de cette mission, ni d'aucune activité spéciale de Timothée; car aucun indice positif, comme nous l'avons dit dans I'Intu. et le prouverons plus loin, n'autorise l'hypothèse que Timothée aurait été en personne la victime de cette « injustice » dont il sera question aux chapitres suivants. Kloppcr, Baljon, Lake, supposent que sa mission avait échoué, et que Titus
2 SECONDE ÉPITRE AUX COniNTHlENS, I, 1-2.
èv oXy; if, ^Kycda, 2. /apiç 6[;,iv y.al £ip*/iv"/] à-b 0£oï) -^ra-pbç •/jj^-wv *y.ai xupîou 'Ir,(joIj
XptJTOU.
fut alors envoyé en sa place. Nous concevons les choses un peu autrement, comme on le verra. De fait, tant d'obscurité plane sur cette mission annoncée dans la Première Épître, qu'on ne peut même savoir si elle fut jamais remplie. Au cas où elle l'aurait été (ce qui est pourtant le plus probable), elle n'avait pas dû laisser grande trace, à moins d'avoir été l'occasion du « voyage intermédiaire » ; nous en avons parlé déjà (Int., p. vin), et nous y reviendrons. En tout cas, ce n'était plus qu'un incident du passé, dont l'importance s'éclipsait en face de plus graves événements ultérieurs. Aussi l'apôtre n'associe-t-il le nom de Timothée au sien dans l'adresse, apparemment, que comme il eût nommé Syhanus, son second collaborateur au premier voyage, si cet autre missionnaire se fût aussi trouvé alors près de lui en Macédoine; mais il n'y était pas, et Titus non plus. Ce dernier, qui va tenir une si grande place dans notre épître, en aurait été, selon Théodoret et d'autres, le porteur; mais nous pensons plutôt qu'il avait dès lors quitté Paul et s'occupait déjà de la collecte, installé à Gorinthe, quand la lettre présente y arriva (voir infra, comm. de viii et de xii). — Pour Timothée qui reste, son nom apparaît, note Plummer, dans l'adresse de cinq épîtres, et est mentionné à la fin de deux autres; car c'était un personnage de marque, et l'un des compagnons les plus constants de saint Paul. Mais, ici comme ailleurs, sa part dans le corps de la lettre, où presque tout est si personnel à Paul, paraît avoir été minime; rien, semble-t-il, ne s'y rapporte à lui personnellement, — à moins que ce ne soit r« injure » subie (voir comm. de vu, 12, infra), — mais Paul n'y précise rien, car il veut oublier et faire oublier les conditions de cet événement déplaisant. Timothée se sera donc borné à connaître et approuver ce que Paul écrivait à ses disciples de Gorinthe, les faits en cause étant d'ailleurs de notoriété publique [Bachmann). Quand Paul écrit « nous », ce pluriel ne paraît pas concerner Timothée plutôt qu'un autre; il englobe, suivant les cas, Paul et tous ses collaborateurs, ou tous les apôtres, tous les missionnaires, parfois même tous lés chrétiens (Windisch), sinon même, ajouterions-nous, tous les hommes. Donc, la part de Timothée doit se restreindre à cette salutation. Paul, en écrivant, aimait à associer ainsi quelque autre nom au sien (voir I Co?\, « Sosthène »); c'était, dit subtilement s. Cyrille, pour qu'il y eût « deux témoins », suivant la loi du Deutéronome, des affaires à régler; ou plutôt que le juge, qui était l'Apôtre, s'adjoignît, au moins pour la forme, un assistant.
L'Épître est adressée, non seulement aux Gorinthiens, mais « à tous les saints de l'Achaïe entière ». Ces mots n'ont pas d'analogie, dit fort bien Lietzmann, avec « èv 7îavT\ TOTto) » et ce qui précède dans I Cor., i, 2 (voir notre comm. de I Cor., ad loc); car là il s'agissait de l'universalité des croyants, et ici simplement des destinataires de la présente lettre. Qu'il y eût des chrétiens en Achaïe hors de Gorinthe, on ne peut en douter, et, dans l'Épître, ils sont intéressés au moins à l'affaire de la collecte pour Jérusalem (voir comm. de ix, 2, infra). Probablement aussi avaient-ils les mêmes besoins de correction {Chrys., Estius, al.) que ceux de la ville de Gorinthe, qui était le centre religieux de tous les chrétiens de la province {Lietzmann), en sorte que les événements survenus dans cette méti'opole avaient pu avoir leur retentissement dans le voisinage {Windiscli). Mais où chercher ces fidèles? Nous pensons tout d'abord à Athènes [Act. xvi), à Cenc/irées (Rom. xvi, 1), où déjà se seraient trouvées constituées de petites églises; mais il pouvait y avoir d'autres groupes épars de croyants en Achaïe, sinon des chrétientés organisées. Silas et Timothée (d'après Zahn, Binl.), peut-être Apollos ensuite, avaient-ils fondé çà et là de petites communautés? à propos de ce dernier, le codex D, au ch. xvnr, 27, des
sont dans l'Achaïe entière, 2. à vous grâce et paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus-Christ.
Actes parle « des églises » d'Achaïe, ô; èrtt8r)(xrf(jaç di Tr;v 'A/^atav 7:0X1» auvsSâXXe-ro èv taïç 2x./.XYia(atç, ce qui se rapporte à un temps antérieur à l'envoi de la Première Épître. Quoi qu'il en soit, l'œuvre de l'Évangile avait pu beaucoup s'étendre depuis le départ de Paul; I Co?'. lu, 10-ss., le fait assez supposer déjà (voir notre comm., ad loc ), et bien du temps s'était encore écoulé depuis. Seulement il est artificiel (et Windisch le trouve aussi, sauf pour le cli, ix, v. ad loc), de supposer avec Van Manen, al., que certaines parties de notre épître visent Corintlie, et d'autres seulement des communautés en dehors de cette ville (v. Iivïnoo., p.'^Liii-s.). Non, tous les événements dont elle traite se sont bien passés à Gorinthe môme; mais ils avaient pu avoir leur effet ailleurs aussi.
Une telle généralité de destination n'était pas encore indiquée dans la Première Épître aux Corinthiens. Nous voyons dans cette nouveauté le signe que l'Évangile, sans même avoir pénétré, comme le croit Toussaint, à travers tout le Péloponèse et rilellade, — ce qui serait beaucoup dire, — s'était du moins grandement répandu depuis le printemps de l'an 55 (date que nous avons fixée pour I Cor., v. notre comm.), et que ce fait présuppose à lui seul un assez large intervalle entre les deux lettres.
B. 2. On sait que toute correspondance antique commençait par des souhaits, et que Paul avait christianisé, « canonisé » iiourrait-on dire, cet usage. « Grâce » et « paix » viendront à la fois de Dieu notre père et de Jésus-Christ, notre rédempteur, qui sont donc mis en cela sur le même rang (voir comm. de I Cor. i, 3).
Après la salutation, contrairement à ses habitudes, Paul entre immédiatement dans le récit qui formera la trame de la lettre, jusqu'à la fin du chap. vu. On ne peut donc séparer la « bénédiction » de i, 3, avec les versets qui suivent, comme constituant une « entrée en matière » distincte du reste, quoique pareille béaédiction, ou action de grâces, eût aussi sa place consacrée, au début des lettres, d'après les usages épistolaires de l'époque, comme l'a montre Deissmann dans son « Licht vom Osten,)).