I. PREMIERE PARTIE DE L'ÉPÏTRE
(i*, 3-vn. Explication amicale et chaleureuse sur des événements passés)',
ÏNTRODiiCTtON. — La lettre s'est donc annoncée comme une: sorte de circulaire y œ Cbrinthe, et dans les communautés secondaires d'Achaïe^ sévissaient les même» maux intérieurs, auxquels l'Apôtre entend remédier partout à la fois. Ils avaient pris dans V église principale un degré d'acuité qui s'' était révéléy lorsque Paul était encore en Asie, par certaine faute grave de Vun des fidèles; la nature en est très malaisée if' fixer, mais elle avait affligé pro fondement, quelle quelle fût,, le cœur du Père. On aura de la peine également à découvrir si ce fut avant, pendant ou après le « voyage intermédiaire ». En tout cas, Paul avait Jugé nécessaire, non seulement d'écrire une lettre très forte, mais d'envoyer à Corint/ie Titus (sans doute porteur de cette lettre): pour obliger la communauté à punir le délit, et à en réparer les conséquences.
Très inquiet au sujet de l'accueil qui serait fait à la lettre et à l'émissaire, et accablé en Asie par des épreuves pénibles, en même temps qu'abattu par une maladie grave qui l'avait mis près de la mort, l'Apôtre ne put se résigner à attendre son messager au lieu qu'il lui avait fixé d'abord comme rendez-vous, au retour de sa mission, mais il partit à sa rencontre en Macédoine. C'est là que, après des épreuves et des anxiétés nouvelles, il fut enfin rejoint par Titus. Indicible soulagement ! Titus lui apprit que la communauté avait réglé l'affaire litigieuse avec une promptitude., une sincérité et un zèle que l'on n'aurait pas attendus.
Paul s'en réjouit du fond du cœur, et comprit qu'il fallait profiter de ce succès, que Vlieure était propice pour réprimer l'ensemble des tendances malheureuses, dissiper les malentendus encore à moitié subsistants, qui avaient paru refroidir à son égard un bon nombre de ses fidèles, jusqu'à rendre possible la faute en question' et la tolérance qu'elle avait d'abord trouvée chez eux. Il attribuait ce triste état de choses, non pas tant aux Corinthiens eux-mêmes qu'à des intrus qui les avaient partiellement égarés, aliénés à leur père, et qui étaient, en partie du moins, desjudaïsants déclarés ou hypocrites. En même temps, projetant de transporter son apostolat en pays occidentaux, il voulait que l'Orient fût pacifié et sûr avant son départ, et l'opposition des judéo-chrétiens coupée à sa racine. C'est à cet effet, aussi bien que pour la fin immédiate d'une œuvre de miséricorde temporelle, qu'il avait organisé une collecte parmi les églises des Gentils pour subvenir aux besoins de l'église-mère de Jérusalem, en ce îemps-là très appauvrie. Or, cette démarche à portée si grande en ses desseins, elle était retardée par lé manque de zèle des Corinthiens, qui, après avoir jeté feu et flamme, oubliaient maintenant ou laissaient traîner l'affaire de la collecte. Il étail urgent de les réveiller et de les presser.
Comment mener à bien, d'un seul coup, une double affaire si épineuse, avec des gens dont les dispositions étaient loin encore de ce qu'elles auraient dû être? Car la communauté, officiellement, était sans doute revenue à résipiscence au sujet du délit formel qui avait motivé la lettre sévère et la mission de Titus. Mais ce n'avait pas été sans difficulté ; une partie ne s'était soumise qu'avec peine, et il subsistait en certains cercles de la froideur, une tendance trop manifeste à la méfiance et à l'opposition. Pour la vaincre, Paul met de côté toute politique; ou plutôt il va pratiquer celte politique qui est d'une habileté souveraine dans les choses de l'âme et les choses de Dieu, de se laisser aller., en toute spontanéité, en toute franchise, à l'inspiration de s-on cœur, rempli de l'amour du Christ et de ses fils dans le Chi'ist, à l'optimisme
SECONDE ÉPITUE AUX COIUNTHIENS, I, 3-II. 5
surnaturel, à la confiance audacieuse qui force le retour d'une confiance réciproque chez ceux a qui elle s'adresse. Le long épanclicment qui s'étend sur ces sept premiers chapitres est à la fois un récit — 1res émouvant, — une confidence, une apologie, et une préparation à aborder de front les prescriptions et discussions scabreuses et pénibles, une fois que celte première explication affectueuse aura produit son effet, et que les Corinthiens ne pourront plus douter de l'amour tendre, ardent et désintéressé qu'il leur porte à tous, ni du tort qu'ils ont de ne pas lui avoir rendu la, pareille, et du droit incontestable qu'il possède de leur parler comme il va faire.
Jl est naturel à un homme comme Paul, puisqu'il se livre tout entier dans cette ' confidence, de ^'élever et d'élever ses auditeurs aux hautes contemplations qui occupaient toujours le fond de sa pensée. Et comme il traite de sa vie d'apôtre, sa méditation se porte nécessairement sur la grandeur de ce ministère apostolique, sur le paradoxe merveilleux qu'il y a dans cette puissance surhumaine confiée a un homjne faible comme lui, sur l'audace aussi que pareille vocation lui impose, au mépris de tous les compromis et ménagements trop humains.
Ainsi cette première partie de l'Epitre se compose de deux éléments entrelacés •: un récit et une méditation. Le mouvement spontané des sentiments de Paul fait passer continuellement sa dictée de l'un à l'autre ; d'oîi résulte une grande difficulté pour la froide analyse. Récit et méditation ont tous deux une portée apologétique, qui éclate dans le récit par quelques explications clialeureuses, ou le décochement de traits pénétrants qui montre en celui qui se défend là un homme tout prêt à passer Cl l'attaque. Dans les élévations contemplatives, celte intention est moins claire; cependant des méditations telles que l'allégorie du voile de Moïse [eh. III) paraissent bien orientées comme elles le furent à cause de l'opposition qui était faite à Paul par un parti dejiidaïsants, exaltant l'Ancienne Loi au détriment de l'Evangile.
Si l'on se risque à tenter une division logique de ces chapitres, [oii la « logique » est celle des sentiments), on pourra proposer celle qui suit. Nous remarquerons que, ici encore, comme souvent chez Paul, le fil d'une pensée [dans le cas, un récit) est interrompu par une grande « digression » (dans le cas, la méditation sur la grandeur de l'apostolat), pour reprendre ensuite et aboutir ci une conclusion pratique. C'est toujours le schéma a-b-(a) (cfr comm. sur I Cor., pp. lxvii, 224, al.), qui parait avoir été une forme tout h fait spontanée des discours de Paul, la marche presque nécessaire de ses développements.
Nous choisissons donc cette division-ci, comme la plus claire :
A. Première partie du récit. Paul affirme sa sincérité, et la constance de son affection paternelle, à propos d'un changement dans ses plans de voyage et d'une lettre (ch. I, 3-ii),
B. S'il paraît faire son apologie, c'est qu'il est pénétré de la grandeur et du caractère unique de sa mission d'apôtre (ch. iii-vii, 4).
C. Reprise du récit; affirmation que la confiance est rétablie [oh. vu, 4-fin)..
A, Gir. ï, 3-II. PllEMiÈRE PARTIE DU RÉCIT.
Lnt. — Saint Paul avait l'habitude, générale dans les correspondances de l'époque, de commencer ses lettres par une action de grâces rendue à Dieu pour les bienfaits généraux conférés à ses lecteurs. Cette fois, il modifie légèrement ce procédé, et il entre d'emblée dans le vif de son sujet, en bénissant Dieu pour l'avoir délivré d'un grand péril, ce dont ses lecteurs doivent se réjouir avec lui, car il existe entre eux une communion surnaturelle de sentiments. Et il la mérite par la conduite qu'il a toujours tenue avec eux. Suivent des explications qui doivent justifier cette assertion pleine d'assurance, au sujet de deux choses qui auraient pu éloigner de lui le cœur des
Corinthiens : d'abord un voyage qu'il a différé et dont il a c/iangé le plan; puis une lettre de lui qui a dû causer beaucoup de trouble dans l'église. Ensuite il reprend son récit, et dit ce qui lui est arrivé, après l'envoi de cette lettre, en Macédoine.
Nous diviserons ainsi cette section :
\. Actions de grâces communes rendues ou à rendre pour la délivrance de l'Apôtre (',3-11).
II. Paul estime mériter cette union des Corinthiens à ses sentiments (i, 12-14).
III. Car Une doit pas être accusé d'inconstance au sujet de ce voyage (i, 15-23).
IV. Ni de manque d'affection, ni de dureté au sujet de cette lettre ; V Apôtre donne une dernière solution à la grave affaire qui y était traitée (i, 24-n, 11).
V. Il revient aux confidences du récit annoncé I, 3-11 [u, 12-17).
Nous remarquerons qu'on peut encore trouver ici un schéma a b a, comme dans l'ensemble de cette première partie en sept chapitres : I, récit; — Il-III-IV, discussion et apologie; — V, encore récit.
I Paul bénit Dieu, et demande aux autres de le bénir, pour la miséricorde
qu'il vient d'éprouver (i, 3-11).
jjjjT^ — Paul bénit Dieu — ce qui est plus que Lui rendre simplement grâce — pour la consolation ou le réconfort qu'il lui accorde, et dont l'effet se fera sentir aussi chez ses fidèles, Ce ne sont point là des généralités comme il s'en trouée à la même place en plusieurs autres épitres. L'Apôtre a en vue xin bienfait très déterminé de Dieu, qui vient de le sauver, quand il était en Asie, d'un grave péril de mort, dont les Corinthiens eux-mêmes ont dû avoir quelque connaissance. La menace en pèse d'ailleurs toujours sur lui, mais elle n'est plus imminente, et saint Paul compte sur les prières de ses lecteurs pour qu'elle demeure encore un certain temps éloignée,
II s'agit, nous essaierons de le prouver, de la maladie chronique qui pouvait subitement s'aggraver et l'emporter.
Dans cette première page, très émouvante, il n'y a que confiance et effusion; rien n'y rappelle des relations troublées, ni ne fait pressentir les reproches qui poindront bientôt discrètement, pour éclater avec véhémence à la fin de l'épître. Du point de vue de la doctrine, elle contient un acte de foi très profonde, sentie, personnelle, dans la communion des saints et la valeur des souffrances.
Gh. I, 3. EùXoYiQTOç b Ôcbç */.al ira-u'op tou y.up(ou YJixwv 'IyjctoU XpiaTOu, 6 TïatYjp Twv oî"/,Tip[j-wv %al Oebç *'jrac7Y)ç *';:apay.X*^a£{i)ç, 4. ô *';:apay,aXôv i?)[Aaç etÙ icdcaY) ty)
Ch. I, 3. Béni [soit] le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le père des compassions et le Dieu qui est tout réconfort, 4. lui qui nous réconforte dans toute notre affliction, pour que nous devenions capables
A. 3. eùXoYYjToî... Xpio-cou, même formule Eph. i, 3 et I Pet. i, 3; est-elle calquée sur la liturgie des synagogues hellénistiques, comme croit Bousset et se le demande Windisch? — On ne voit pas bien s'il faut comprendre xou xup. y\. i. x. comme dépendant à la fois de Osdç et de T.ax-f[ç : « le Dieu et Père de N. S. Jésus-Christ », ou de TïaTTÎp seulement : « Dieu, le Père de N. S. J.-G. » ; la même question se pose Rom. xv, 6, Col. I, 3. En faveur de la première traduction, Plummer observe que, s'il fallait séparer « Dieu », et « père de N. S. J.-C. », saint Paul aurait écrit plutôt ô Gso? [xou. Elle est plus vraisemblable en grammaire, et possible en doctrine; cfr. Eph. i, 17 : ô Oebç Toîî xupi'ou Tijj.tJ3y '1ï)(jou Xpiaroiî; Joan. xx, 17 : 6eôv [xou xal Oeôv up.ôiv; aussi beaucoup d'anciens et de modernes l'admettent, entre autres s. Ephrem, Tertullien, s. Clirysoslome, s. Jérôme, Cornely, Schaefer, Bousset, Lietzmann, Bachmann, Plummer, Menzies, Toussaint, Belser, Gutjahr, al.; Hervé dit : « Deus, qui Christum secundum humanitatem creavit et secundum divinitatem genult, atque ita est Deus et pater ej'usn. Nous la conserverons donc aussi, quoique l'autre demeure possible et ait ses défenseurs. — b k. tGç oa-ci3;j.ûv (nlfini), tournure biblique, hébraïsme. — zoà 0.
r.i^sriç TcapaxXrjaswç : avec Bachmann, nous entendons : « le Dieu qui est pure consolation », « en qui tout n'est que consolation », suivant une acception de raç, signalée par Kiihner-Gerth, n, 1, p. 632. L'adjectif raç, d'ailleurs affectionné de Paul qui ne fuit pas les allitérations en ;: (peu harmonieuses), et les mots jcapay.aXico, jrapoéxXïjat;, très communs dans la langue de l'Apôtre, sont fréquents dans cette épître. Le pre-
OXid^Ei '}i\)MV, elq xo SovaaOai "^^-aç Tcapay.aXstv xohq âv Tcdccr-f] OXttj^si oiôc x'qq 7:(x,po!.yX^^^^• GZ^ùqr}q 7:apay.aXou[;,eOa a'jTol 6rb tcÏÏ ôeou. 5. "Oxi xaOwç TCeptao-eùei Ta TwaOr,[;.aT« TOÎi XptatoU SIC 'ÔlJ.aç, outwç otà toî) Xpicr-cou Trepiaa'S'Jst. xal '/) Tvapay.X*/)aiç '/)[j,cov. 6. Ei'ts 0£ ôXi86[;<îGa, ÛTwèp t^ç û.jxwv izapa'û^-fiaziùq y.al ŒWX'/jptaç" eIts ^apay.aXoù-
mier d'ailleurs, 7:5? (qui remplit le Nouveau Testament), l'est moins ici que JRoin., I Co?\, Eph., Phil., Col., mais -apa/.aXéco apparaîtra 17 fois, et 52 fois dans toutes les épîtres de Paul; il n'y a que Luc et Act. qui en usent proportionnellement autant; comme nous l'avons vu ailleurs (conim. I Cor., p. 6, 76, 77), le sens en est très variaWe : le plus souvent c'est « exhorter, requérir », et de 12 à 15 fois seulement^ dont 8 en celte épîti-e, et 4 dans le présent morceau, c'est « consoler, réconforter » (cfr Bernard et Plummer). Le substantif Ttapâx-XYiatç (11 fois dans cette épître, dont 6 en ce morceau), n'apparaît que 9 fois ailleurs chez Paul, et 9 fois dans le reste de N. T.; deux fois exceptées (viii, 4, 17, v. ad loc), il signifie dans II Cor. l'idée de consoler. Nous avons choisi dans notre traduction le terme de « réconfort », parce qu'il convient mieux au ton général de Paul, cette ûme virile; lorsque Dieu envoie des consolations, c'est pour donner la force d'agir encore et de marcher à de nouveaux Sacrifices.
Ce verset et ceux qui suivent peuvent paraître assez rythmiques, et Plummer les a mis en lignes; nous ne le faisons point, car toutes les répétitions, les ellipses, qui remplissent ce morceau, nous paraissent être bien moins l'effet conscient et calculé d'une recherche de « style oral » ou d'un lyrisme quelconque, que l'inattention au style, disons la négligence, d'un homme qui dicte d'une voix presque haletante, sous le coup des violentes émotions qu'il réveille, et dont il cherche à faire passer quelque chose chez ses lecteurs.
A. 4. fj[i.a; : Paul, ici, ne parle que de lui-même; l'usage du pluriel pour une seule personne est assez fréquent dans les correspondances de l'époque, et même les inscriptions. — ^s par attraction du génitif précédent.
B. 3-4. Saint Paul se trouve, quand il commence à dicter cette lettre, dans un singulier mélange de sentiments, une anxiété et un enthousiasme dont les raisons vont apparaître bientôt. Pour le moment, l'enthousiasme l'emporte, car c'est à Dieu qu'il pense tout d'abord; il l'exprime en substituant à l'action de grâces ordinaire cette formule de bénédiction solennelle (cfr xi, 31, Rotn. i, 25, ix, 5 au Christ- Dieu, Eph., 1,3; nuances diverses de sentiment). Sous les yeux de son âme revit un passé récent; il admire comment le Dieu en qu'il n'y a qu'amour, ce Dieu révélé en son Fils Jésus-Christ par qui il a manifesté cet amour, l'a sauvé d'épreuves qui compteront parmi les pires de son existence. Le verset 8 montrera qu'il pense à des événements particuliers, dont le rappel le tient encore tout frémissant. Mais ce n'est pas un bienfait pour lui tout seul. L'idée de la communion des saints (qui a rempli toute la Première Épître) constitue comme le fond de sa pensée. Dieu l'a réconforté pour qu'il apprenne, par cette expérience, comment réconforter tous ceux qui ca ont besoin. C'est un noble sentiment humain : « Non ignara mali, miseris succurrere disco » (Virgile), ou, comme dit s. Tliomas : « Qui non est consolatus, nescit consolare »; mais il est élevé aussi à l'ordre surnaturel, dans ce domaine où tous les cœurs sanctifiés ne forment qu'un cœur dans le Christ. — Il n'y a dans ces versets et les suivants aucun reproche caché, quoi qu'en aient cru plusieurs; les souffrances dont il s'agit (voir au v. 8, infra) ne sont que pour une part modique les peines causées à l'Apôtre par l'attitude de ses Corinthiens.
— — . A. 5. Entre xaOcoç et oO'-wç, il y a un lien qui est plus que logique, presque causal [Bachmann). — riptajsjscv, (à l'intransitif, « déborder », « surabonder »
de réconforter ceux qui sont en tout genre d'affliction, grâce au réconfort dont nous sommes réconfortés nous-mêmes par Dieu. 5. C'est que, tout comme les souffrances du Gfirist viennent surabonder en nous, de même o-râce au Christ surabonde aussi notre réconfort. 6. Que nous soyons affligés, [c'est] pour votre réconfort et votre salut, à vous; que nous
« L'cniporLer «) est un des mots favoris de Paul, mais fréquent surtout en cette épître (10 fois à travers les neuf premiers chapitres, contre seize fois dans les autres lettres); il revêt diverses nuances selon le contexte, mais répond bien au « dynamisme » paulinien ; c'est la lettre aux Philippiens, également très affective, qui en use le plus proportionnellement (5 fois). — -cà TcaO. -o3 XpiaroiJ : le génitif est de sujet et d'objet tout à fa fois, voir infra à B. — 5ià tou Xptc-coîî : la préposition 8ia, comme le note Plummcr, employée comme elle est parfois quand il s'agit de l'action du Père lui-même (I Cor. i, 9; Rom. xi, 36; cfr Ileb. ii, 10), peut donc signifier la cause principale, et ne porte pas atteinte à la divinité du Fils [Chrys.).
A. 6. Double ellipse de èoxt ou yivETat ou autxPai'vEt. — èvjpyou[j.lvv)ç : forme moyenne (le passif d'èvspy^w n'étant guère attesté), comme toujours avec un nom impersonnel (voir comm. I Cor., p. 326); ce participe signifie : « s'achevant en », « montrant son elFicacité en » [votre endurance]; Chrys. croit cependant qu'il est passif : « consolation qui s'opère en votre patience » — wv, deuxième attraction, cfr v. 4. — Sur la place de ufxôjv (devant rapax.X.), qui est un complément distinctif, mais « emphatique », voir Abel, p. 138, t.
Le texte de ce verset, en soi assez peu coulant, a été altéré de diverses manières par les scribes, peut-être pour éviter l'anacoluthe d'eîSdre; au v. 7 (v. ad lac). Nous adoptons, avec le plus grand nombre des éditeurs et des exégètes modernes, la leçon de N*, A, C, P, 6o/«., sali., pes. La Vulg. s'y conforme pour la structure, mais elle ajoute un troisième membre commençant par « swe » (tXxt) : « slve exhortamur pro vestra exhortatlone et sainte », ce qui n'est pas clair, et pure redondance. Un certain nombre de témoins (que suivent à tort B. Weiss et Cornely ; W-H. en marge), ont d'abord les uns (B, ainsi que 17, 176) omis y.tX acoti^pias après Trapa/.Xrfaswç, et B, D, E, F, G, K, L, Chrys., got., transposé el'-cs juapaxaXo'JjxsOa uresp tî); u;j.cov ua pa/.XTjaEwç au V. 7, après ^s^xta unèp &;j.t3v, et écrit -/.xi duTrjpfa; après leur Kapay.XTjdJw; 2^ Ce texte, beaucoup plus contourné, vient sans doute d'une faute de scribe causée par l'homeoteleuton (Tïapa/.XTJasw; ^ et -), qu'on aura voulu corriger d'une manière peu réussie, en évitant l'anacoluthe d'eiôd-csç, qu'on rattachait ainsi à TiapaxaXoiSfj.sGa.
A. 7. UiZÉp = -spf, voir au verset suivant, — L'anacoluthe de eîSoTe?, ce participe employé à la place d'un mode personnel, tournure assez fréquente dans le Nouveau Testament, surtout chez Paul (cfr Epli. iv, 3-4, Col. 11, 2, al.), n'était pas absolument prohibée en grec classique, surtout dans la rapidité du style épistolaire. Voir aux ch. VIII et suivants.
B. 5-7. Tout homme racheté, dans la doctrine de Paul, est associé à la Passion du Christ, et, virtuellement déjà, à la gloire bienheureuse de sa vie ressuscitée; les apôtres les premiers. Au ch. iv, 8-11 (v. ad loc.) et ailleurs, ce double aspect de leur existence sera décrit avec une saisissante éloquence. Paul l'avait rarement éprouvé autant que dans les circonstances qu'il va décrire. Ces « souffrances du Christ » ne sont pas les D'ibnn rabbiniques de l'âge messianique en général (contre
Windlsch), mais des peines bien personnelles, et il vient d'en savourer d'amères. Les chrétiens ont à les supporter à l'imitation du Christ, à cause du Christ, et dans le Christ, qui souffre pour ainsi dire en eux, ou leur communique ses souffrances, leur en fait le don, pour se les assimiler corps et âme. Cette idée de souffrir avec
[/atwv *ti)y xaî •/jjJ-sîç Traajjojxsv. 7. Kal '^ eX^iç vj^-ôv (Seôafa *ÙTC?p ûjxwv, etSoTsç OTt (bç y.otvwvot èats twv TcaO'rj'iXaTwv, outw; v.a.X vf]q T:apa/,Xv^a£wç.
8. Où Y^p 0£Xo[;<sv ûj^aç «yvosiv, àosXfpoi, ÛTcèp tvjç OaCJjcWç '/jiawv t^ç Y£VO[j.£VYjç
le Messie était bien étrangère au Judaïsme (v. Sirack-Billerbeck, I, p. 481); mais chez Paul, l'acte même du baptême {Rom. vi) fait entrer l'homme simultanément dans les deux phases de la vie de Jésus; comme l'observe Bachmann, il est antipaulinien de séparer le « Christ pneumatique » et glorieux, du « Christ historique « qui a souffert. Impossible d'aller à l'un sans trouver l'autre.
Le Christ n'a pas souffert et n'a pas été ressuscité pour lui tout seul; sa passion et sa gloire prennent corps à des degrés divers en toutes les âmes dans lesquelles il vit par la grâce. De même il y a solidarité d'épreuves et de consolations entre tous les fidèles. Et tout particulièrement entre le « père » qu'est saint Paul et ses fils dans la foi. Était-il rien de plus efficace, pour dissiper les dernières méfiances, — , ce qui était le but de cette lettre, — que d'exprimer si chaleureusement, dès les premières lignes, cette confiance d'une communauté intime dans la peine et dans la joie? Plusieurs fois Paul reviendra, d'une façon touchante et pressante, sur cette idée-là (voir infra, \, 24; n, 3, al.).
Quelles étaient ces épreuves qui atteignaient les Corinthiens en même temps que Paul? Il s'agit assurément d'un fait du temps présent, et pas seulement, contre Heinrici et Schmiedel, de persécutions à attendre dans l'avenir. Or, nous ne savons pas que l'église de Gorinthe ait eu à souffrir en ces années-là de persécution spéciale; sans doute faut-il entendre {Belser, al.) l'atmosphère d'opposition, les conflits dans les familles et les relations, les problèmes douloureux et les petites vexations quotidiennes que la pratique de l'Evangile devait faire naître de tous les côtés au milieu d'une ville plongée dans le paganisme et sa licence (voir par exemple, comm. de I Cor., p. 195, al., à propos de l'interdiction de banquets païens); elles avaient dû encore s'aggraver.
Ainsi Paul, sans aucun trait encore de reproche ou de polémique, commence sa dictée par l'affirmation, en un cas vivant, concret et personnel, de la communion des saints; et par là, il fixe le sens général de sa lettre, l'esprit dans lequel il l'envoie et dans lequel il faut la lire ; car la vive conscience de cette union d'affection et de destinée surnaturelle doit expliquer tout ce qu'il va dire, même la polémique véhémente des derniers chapitres.
— —— A. 8. uizip équivalent à mpi, cfr vni, 23, al., se rencontre dans les inscriptions attiques, les papyrus et ailleurs. — -/.aO' unepfioXïîv, cinq fois chez Paul et toujours en ce groupe d'épîtres {Plummer)^ encore iv, 7; Rom. vu, 13, I Cor. xii, 31 ; Gai. i, 13. — iÇa^top. avec infinitif complément, classique; le verbe âÇanopéa) signifie être dans l'incertitude ou l'embarras, ne savoir que faire; la Vulgate l'entend du « taedium vitae » ; d'autres, de ne savoir plus, pour ainsi dire, à quoi le menait une paz-eille vie, v. pfadlos werden », comme iv, 8 {Guljahr); le mieux, d'après le contexte, est de comprendre que Paul était devenu incertain de la conservation de sa vie (xou Ç^v, infinitif présent).
A. 9. aÙT:o\ h lauTotç, renforcement du pronom réfléchi par aùtof, tournure attique (Abel, p. 136). — xb à7:o/.pi;j.a tou Oavdtxou, c'est un terme judiciaire, la sentence ou l'arrêt de mort (4'%o;, Chrys., Théodoret); ainsi Lietzmann, Bachmann, Plummer, Menzies, Belser, Windisch, H.-D. Wendland, etc. — ïi'/^-/.(X]i.v> doit être pris dans toute sa force de parfait, d'un acte passé qui n'a pas été révoqué, dont les conséquences durent encore, et non dans un sens aoristiquo affaibli (contre Plummer et autres, hésitations de Windisch), comme si c'était du pur passé (voir infra, à B et à
sovons réconfortés, [c'est] pour votre réconfort, qui se parfait en endurance des mêmes souffrances que nous aussi souffrons. 7. Et notre espérance est solide par rapport à vous, sachant bien que, comme vous êtes associés aux souffrances, ainsi également au réconfort.
8. Car nous ne voulons pas vous laisser ignorer, frères, au sujet de Taffliction qui nous est survenue dans l'Asie, que nous avons été chargé
l'ExcuRSUs). — ïva est à la fois consécutif et final. — 7:£r.otOdT£; (ojasv, conjugaison périphi*aslique du parfait subjonctif, cfr. I Cor. xv, 19, alors usuelle et rencontrée dans les papyrus. — ÈYst'povTi présent, et non lyefpavTi aoiùste de Theodt. et quelques autres.
B. 8-9. Paul entre tout de suite dans un récit passionné, qui, avec de longues interruptions, se prolongera jusqu'à la fin du chap. vu, ou même au ch. ix. Il emploie une formule commune en correspondance : « Je ne veux pas vous laisser ignorer « (où OiXw u[a. ày^., voir Comm. I Cor. x, 1; xii, 1), équivalente à celle qu'on trouve plus souvent an début des lettres : « Je veux que tu saches » (yivcSaxeiv os 6éXw); mais ce n'est pas là proprement le début du corps de l'épître, qui a commencé dès la bénédiction du v. 3; en effet, la particule yap (« car ») montre que le v. 8 ne marque pas le passage à quelque chose de nouveau; Paul veut expliquer quel était cet accablement dont il vient de parler aux vv. 3-ss. sur un ton si ému, pareil à celui d'un homme qui, échappé à une horrible tempête, vient à peine de prendre pied sur un sol ferme, et, tout frémissant encore du péril, débordant de reconnaissance pour le Dieu qui l'a miraculeusement sauvé, s'épanche en confidences avec ses amis.
Quels sont donc les événements qui avaient pu remuer si violemment une âme comme celle de Paul? Au milieu de toutes les divei'gences des interprètes, suffisamment justifiées par l'obscurité de ces lignes qui sont toutes en allusions, nous croyons que le contexte — celui des présents versets et celui de toute l'Épître — ne permet qu'une interprétation. Nous dirons tout de suite sur quoi elle est basée, mais nous en remettons à un proche Excursus les preuves détaillées, avec la discussion des opinions auxquelles elle s'oppose.
Ce qui est d'abord indubitable, c'est que tout cela est arrivé en Asie, avant que Paul se transportât en Macédoine, d'où il écrit sa lettre; il ne s'agit donc pas des épreuves habituelles à l'Apôtre, soucis, persécutions, qui le poursuivaient en Macédoine comme partout ailleurs (voir infra., vu, 5). Secondement, les Corinthiens avaient eu vent de la chose (peut-être par Titus, voir Intr. p. ix, et infra) ; car Paul, au V. 8, a mis l'article -c^; devant OX'%to;, il s'agit donc d'une peine déterminée, qui avait fait assez de bruit pour que les Corinthiens éprouvent le désir d'en ôtre informés davantage; ce ne pouvait être seulement, contre certains auteurs, le chagrin que leur propre attitude avait pu causer à leur père; l'homme héroïque qui a résumé ses souffrances au ch. xi n'aurait pas été accablé, désorienté au point qu'il avoue, par des difficultés pour ainsi dire « professionnelles » dans son métier d'apôtre; il n'avait pas la sentimentalité d'un faible, mais trouvait au contraire de la joie à souffrir pour l'Evangile {infra, xii, 10). Il fallait que l'épreuve eût revêtu un caractère exceptionnellement grave.
Le voici : Paul, qui était si conscient de la mission unique à lui confiée pour 1 «vangélisation des Gentils, avait cru que, par un jugement aussi inattendu qu'incompréhensible du Dieu qui lui avait donné pareille mission, il lui fallait, sans averhssement préalable, et au moment où il nourrissait des projets grandioses, abandonner tous les desseins, qui, dans sa persuasion, lui avaient été dictés d'en haut :
y,a', Tou Çyjv* 9. àXXà *aÙTOi àv éccUTOïç to àT:6'/.pi[;-a To3 Oava-ou è(7)^v]xa[j.ev, tva [rjj
car il allait mourir. Certes il ne redoutait pas la mort, nous le verrons en expliquant le chapitre v; mais quel déchirement de cœur, en dépit de toute sa soumission à la volonté divine, que d'être obligé de renoncer d'un coup, et d'une manière irrémissiblement totale, à une foule de projets désintéressés, poursuivis pour la seule g-loird de Dieu, comme la pacification de Corinthe, la conciliation des Judéo-chrétiens, l'apostolat de l'Occident, toutes ces entreprises hardies et prometteuses que nous feront connaître et la présente Épître et les Actes {Act. xix, 21), et l'Epître aux Romains'.
Notre explication, il est vrai, jouit de peu de faveur parmi les exégètes; nous verrons pourquoi. Mais elle nous a paru s'imposer du fait des mots qu'a choisis l'Apôtre : àÇaTcopYiOrîvat rijj.àç -Acà tou Çîjy, que nous jugeons devoir traduire, à cause de la suite : « être incertain même de conserver la vie >> ; — puis du sens de àTOxpt[j.a xoîî OavdcTou, qui, pour tout le monde, veut dire : « notre arrêt de mort », une sentence dure et tranchante, émise tout entière en une seule fois, et dont le « condamné « pouvait croire qu'elle était exécutoire à bref délai. — Mais cet arrêt, au lieu d'être prononcé à l'extérieur (comme dernier mot de persécutions, de fatigues jugées insurmontables, etc., et rien de plus), avait lugubrement l'etenti, pour Paul lui seul d'abord, dans sa conscience, dans sa chair et dans ses os; autrement pourquoi tant insister sur son caractère intérieur -(aùxo\ èv éaurotç)? Ne faut-il donc pas y voir un avertissement, un choc, physique et corporel? Paulavait senti que sa vie se brisait, que « l'homme extérieur .» allait périr (cfr iv, 16; v, 1). Or nous savons que Paul soulîrait depuis plusieurs années d'une maladie grave ; il avait donc dû en subir en ces conjonctures-là une recrudescence qui paraissait cette fois mortelle. Pourtant il en avait réchappé; mais la sentence de mort ne lui paraissait pas révoquée et c'est ce qu'exprime déjà le parfait Iay7)>:a;j.sv, et qui sera confirmé par le vei'set suivant (v. infra, B, 10); il ne lui était accordé qu'un délai plus ou moins long. Le verbe ïyjù signifie, en effet, « porter » en main et « acquérir «, et « tenir « en sa gaz'de, dans ses sens les plus primitifs et les plus forts, dont il faut choisir ici l'un ou l'autre; le parfait (iQ-/J\7.a.]xzv) indique un acte qui dure toujours, et ce n'est qu'une échappatoire (pour ceux qui ne veulent pas admettre qu'il s'agisse d'une maladie) de lui donner le sens aoristique, peu courant, d'un fait entièrement passé, interprétation qui s'accoi'dera d'ailleurs très mal avec le v. 10 (v. infra). Ainsi Paul se compare à un condamné à mort portant lui-même en main, sans pouvoir s'en défaire, sa sentence qui, contre toute prévision, n'a pas été exécutée, mais peut l'être encore d'un moment à l'autre; il a saisi son arrêt dans sa chair et dans ses os, où il retentit toujours, quoique d'une voix plus sourde.
Nous verrons au ch. v et au ch. xi que cette oppression ne le quittait pas à celte époque. Do la nature probable de cette maladie nous discutons au commentaire du ch. XI et dans l'Excursus qui y est joint, — A l'Exc. i, nous nous expliquerons avec ceux qui sont d'un autre avis louchant ces versets.
" A. 10. Au lieu de ix r/i)wr/.ou-cou Oavaiou on lit le pluriel ïr. TyiXtx.outtov Oavaiwv dans Origcne, et Vulg. (« de tantis periculis «), ainsi que Sj/rr., puis chez les Latins Jérôme (sur Ep/i. i, 13), Jîufin, Amhrosiaster ; Oàvaios pouvait signifier « péril de mort », cfr infra, xi, 23, et, en grec classique, « genre de mort ». — TYjXtxouTo; (de TïjXtxo;, « d'un âge donné »), veut dire au sens premier (que nous adopterons au présent passage) non pas « aussi grand », mais « aussi âgé », quoique le premiei' sens paraisse dominer dans les papyrus. — Il importe de décider s'il faut, après
SECONDE ÉPITRE AUX COniNTHIENS, I, 9-10. 13
à l'excès, au-delà des forces, au point d'être mis dans l'incertitude même sur f^la continuation de] notre vie. 9. Mais, dans l'intime de nous-même, nous avons saisi notrearrêt de mort, afin que nous ne restions pas confiant en nous-même, mais dans le Dieu qui ressuscite les morts; 10. lui qui,
Èoouffx-co f][ji., lire y.cà p)Jc;Etat ou xal piSêtat. La première lecture paraît plus recommandée par la qualité des témoins, et la seconde par l'harmonie du texte. Nous trouvons :
■/.ai puffCTat dans N*, B, G, P, sah., boh., miniisc, et c'est la leçon admise par les critiques en général, jusqu'à Nestlé, Vogels et Merk et les commentateurs les plus nombreux, Lietzmann, Plummer, Belser, Bachmann, Windisch, al. ;
ces deux mots sont omis A, D*, e, pes., Clinjs., c. lat.; et divers traducteui's, //. D. Wendland, etc.
xai pufiai dans D^, E, F, G, K, L, M, Sxjv^k, lait., vidg. (« et eruit »), goi., Origène, C/in/s.? et les commentateurs Toussaint, Gutjalir, Lemonnyer, Menzies, al.
Si l'on admet le futur xal p-^irsTat, il faudrait, pour expliquer le redoublement de ce mot à la fin du verset et n'en pas faire une redite inutile de dictée, mettre, comme Lietzmann, Belser, al., un fort signe de ponctuation après piias-cat^, et comprendre ainsi les vv. 10 et 11 : v. 10.... nous a délivrés et nous délivrera. Oui, nous espérons qu'il nous en délivrera encore, 11. [à eause de vos prières]. » Ce qui est certainement un sens très admissible en soi, mais moins naturel, coulant et littéraire que si l'on admet la gradation expressive des trois temps passé, présent et futur : Èppûaa-co, fuExai, ^uoEtai, Aussi px*éférerons-nous la leçon /.aî postai, considérant l'autre comme une assimilation qui s'est glissée — ce qui arrive — sous la plume de bons témoins. — èXtiiÇsiv £Îç est plus rare que èX-r:. Ini.
A. 11. Encore un verset difficile. — auvuT-oupY. : Belser comprend qu'il s'agit de l'assistance des Corinthiens avec les autres églises; il est plus naturel de croire, avec la généralité des exégètes, que c'est l'assistance apportée à Paul par les pi'ières des Corinthiens, les seuls dont il s'agisse ici; le génitif absolu pourrait signifier ou bien : « tandis que, on pourvu que vous nous assistiez »; « pourvu que » est certainement préférable [contre Plummer) . — x.at u[j.wv unÈp -Jiixwv est la leçon commune, et certainement la seule qui convienne aux contexte; D*, F lisent uij.cov rspl YjaSiv, changement insignifiant; mais A ariaôîv uTràp u[j.ôiv, ce qui est beaucoup moins en situation, et G up-Gv nepi u^awv, ce qui n'a guère de sens ici; ces erreurs résultent peut-être de la confusion de son de r\ et de u, qui pouvait exister déjà. — à-/. TtoXlfôv npoaokwv : on lit èv zoXXiï» TîpoaÛTïw F, G, M, g (« in multâ facie »); le mot -pà'jmKov avait déjà pris le sens de « personne» à l'époque impériale (cfr I Clem. xlvii, 6), et il est adopté par beaucoup d'exégètes, Lietzmann. Gutja/ir, Lemonnyer, Loisy, Callan, Sales, Menzies^ Windisch. Mais, avec le plus grand nombre, on peut l'entendre au sens commun dans la Bible grecque et le Nouveau Testament de « visage » ; ainsi Kilhl, Bachmann, Plummer, Belser, après les vieux textes latins (non la Vulgate : « ex multorum personis ») qui le rendent par « faciès » : Ambr" : « multorum faciebus » ; Hervé : « ex personis multarum facierum »; Plummer remarque que, sur onze autres fois où TzpdcojTOv apparaît dans Tépître, il signifie « face » certainement huit fois; et nous croj'ons, nous, que c'est toujours; en conservant ce sens, note Plummer, la phrase est « more attractive » ; elle peint l'attitude des orants, leurs visages levés vers le Ciel qu'ils remercient; de plus, la préposition h (Bachmann) s'accorde mieux avec cette expression descriptive, de bouches dont la prière jaillit vers les hauteurs; Gutjahr et Sickenberger traduisent (en interprétant) : « aus dem Ilerzen und Munde vicier » [v du cœur et de la bouche de beaucoup »), ou « aus vicier Mund » (de la
* x'fiki'Aoûxou Oava-cu Ippûtra-co r^ims; xal *pu£Tai;, sîç cv '^XTrt'/.aixev ott -/.al eti ^ùc7£xai, 11. * auvuTCOupYSuvTwv y,ai ujj.wv ÛTcèp -^jz-wv r^ SerjC-sc, l'va ex ■âtoXXûv *7cpo- (7W7CWV To elç Yjp.a; *;(api(7;^,a où %ok\m eù^apiarr^ô"^ ÙTràp r^j^-ùiv.
bouche de beaucoup »), nous adoptons ce sens également. — yâptaixa, « bienfait », « don gracieux » , au sens ordinaire, non technique. — BtàiroXXwv n'est pas expression adverbiale (contre Ilofmann], ni sans doute musicale (supposition de Windiscli : « à plusieurs voix y>), mais le complément de £Ù)(^ap. — Le verbe zùyjxpiivqQrl a pour sujet yàpia|j.a; car il peut être transitif {Hippocrate, Epist. 17, eù^/^aptatetv tc, d'après Ltetzmann; Pap. Oxyr. 71' ^2, du commencement du iv° s. ap. J.-G. : xai t:y)v TU7ÏIV aou euy^apstcTtv), et ce datif ne devait donc rien avoir de surprenant. — Pour sùyap. uTtèp r)Sj.âiv, on trouve la leçon plus difficile, et assurément moins juste, e. îiTïsp 6ijiwv, qu'a pourtant admise B. Weiss, dans B, D^, E, F, K, L, P, Chnjs.
Comment construire cette phrase compliquée? Le sens général, qui ne fait pas de diCfîculté, est que Paul demande l'intercession des fidèles, « quia Deus multa bona confert uni ad preces multorum », dit s. Thomas. On peut donc s'en tirer par des paraphrases. Mais, si l'on veut serrer le texte, où faut-il rattacher les compléments iv. T.ok. TïpoCT. et Sta r.ok.'? Gutjahr joint Stà roXXwv à xo etç fjfjias yâptafjia ; « le bienfait à nous [accordé] par [l'intercession de] beaucoup » ; d'autres, bien plus nombreux, y rattachent les mots êx toXXGv rpodoluccoy : « la grâce [obtenue] pour nous par beaucoup de personnes » {Ambj"\ Giustimani^ Estais, Bisping, Bousset, Sales, Callan). La construction serait assez dure dans les deux cas, et on est obligé de sous-entendre un participe. Mieux vaut donc, avec Baclimann, Lemonnyer, Sickenberger, Loisy, al., faire dépendre toute la longue proposition commençant par l'va des mots Ix toX. 7!po(j'. par où elle s'ouvre, et en faire, comme de 8ià noX., un complément de eùx^P- • « afin que, par beaucoup de prosopa (« personnes », ou « faces »), il soit rendu grâces du bienfait reçu de nous, par beaucoup, en notre faveur ». Ce n'est pas élégant, les mots Btà jtoXXGv et unip Yjaôjv sont des répétitions inutiles au sens; mais des redondances pareilles ou pires pouvaient se glisser dans la dictée de Paul, cfr par exem]>\e Epli. i, 19 : -/.axàTïjv IvÉpyciav xou -/.pciTou; •zr\z îoy^ûoç.
B. 10-11. Paul avait regardé sa mort comme imminente, et désormais il lui était signifié qu'il ne pouvait plus se confier en lui-même pour l'exécution de ses meilleurs projets, mais en « Celui qui ressuscite les morts », et qui venait, pour ainsi dire, de le ressusciter cette fois. Mais la menace ne lui paraissait que suspendue, les dures paroles de !'« arrêt » sonnaient toujours dans ses oreilles; car la cause qui avait produit ce grand émoi, — l'ennemi blotti dans son sang, la maladie chronique, invétérée (r/iXr/.oû-rou), — était toujours là, et semble-t-il, plus grave qu'avant l'accès inquiétant. Cependant Dieu qui l'a sauvé de la mort continue encore à le préserver (piSexat), il lui a permis de reprendre son immense travail. Est-ce pour longtemps? L'Apôtre, puisqu'il a bénéficié déjà d'une telle grâce, s'est repris à l'espoir. Dieu le conservera aussi longtemps qu'il le faudra pour son œuvre, — une œuvre qui intéresse non pas lui seulement, mais tous ses convertis et tant de païens qui attendent la Bonne Nouvelle! Aussi compte-t-il sur ses fils de Corinthe pour assurer la pz*olongation du bienfait divin. Si ses souffrances, à lui, doivent leur être profitables (vv. 6-7), leur sincère reconnaissance à Dieu, sur laquelle il fait fond, et les prières confiantes qu'elle leur inspirera pour que le Ciel continue à protéger leur Apôtre, lui serviront de retour, et elles toucheront le Maître de la vie et de la mort. Il voit déjà, dans l'assemblée de culte où sa lettre leur sera lue, tous leurs visages illuminés par la foi se dressant vers le ciel, pour remercier et implorer en même temps. Cette vision le rassure encore plus; c'est un acte de foi dans la « communion des
d'une telle mort prolongée nous a délivré et nous délivre, en qui nous avons mis l'espoir qu'il nous délivrera encore, il. vous-mêmes apportant votre assistance, pour nous, par la prière, afin que, de nombreux visages, le bienfait à nous accordé fasse s'élever une action de grâces rendue par un grand nombre, pour nous.
saints »; l'efficacité de la prière, et en même temps une manifestation touchante de la confiance qu'il continue à placer dans leurs sentiments. Ces paroles répondent à ce qu'il déclarera au chapitre vu, 4 et 16 (v, ad loc).
Malgré tout, il se mêle à cette brève effusion une certaine gêne, car saint Paul va aborder, après cette affectueuse entrée en matière, des sujets bien difficultueux ; et il le sent. On dirait qu'un léger embarras, une hésitation dans sa dictée, ont troublé sa voix dans la construction de la dernière phrase, avec ses redites inutiles.
Clirysostome et d'autres pensent même que ce rappel des graves épreuves supportées en Asie, et de leurs suites, devait servir aussi, dans l'arrière-pensée de l'auteur, d'excuse indirecte pour le retard de son voyage, sujet qui va être abordé incessamment.
EXCURSUS I. l'« arrêt DE MORT » QUE PAUL AVAIT ENTENDU (l, 8-10).
On est loin de s'accorder sur l'identification de cet événement survenu en Asie, de ce péril qui avait tant troublé Paul, et dont l'écho avait retenti jusqu'à Corinthe. Nous voulons démontrer ici, — autant que nous le pourrons, — pourquoi il faut y voir un grave accès de maladie.
Cette opinion a déjà été avancée par un petit nombre d'interprètes^ Ruckert, Bispingj Schaefer, et plus récemment par W. M. Alexander (voir infra, Exe. xvi). Les anciens n'y avaient, semble- t-il, jamais pensé. Parmi les modernes, là plupart ne la mentionnent que pour la rejeter, après peu ou point de discussion; beaucoup ne l'envisagent même pas. La raison de cette défaveur est sans doute que les Actes n'en ont point parlé, et que Paul, sachant son épreuve déjà connue de ses lecteurs (ttq; ôXItl'swç, v. 3), n'a parlé que de l'effet qu'elle avait produit sur son âme, sans en préciser la nature en termes clairs. Au reste, les anciens exégètes ne se sont occupés que fort peu de la maladie de Paul (voir l'Rxc. xvi), et les modernes, avec leurs suppositions d'épilepsie, d'ophtalmie, etc. (v. ibidem), ont été peu disposés à y voir une source de périls mortels.
Cependant j'estime que notre texte lui-même, sans parler encore de ceux que nous en rapprocherons, au ch. v, au ch. xii, fournit des données suffisantes pour trancher la question dans le sens indiqué en notre commentaire (v. cidessus).
D'abord, on peut éliminer un certain nombre d'explications inadéquates.
Il est premièrement hors de doute qu'il s'agit d'un péril tout récent; l'Apôtre est encore sons le coup de l'émotion qu'il en a ressentie. Ce n'est donc point, comme le croyait Tertullien (« De resurr. carnis », 48), le « combat contre les bêtes » d'Éphèse (I Cor. xv, 32), bataille qui s'était terminée depuis longtemps à l'avantage de Paul (voir comm. de I Cor., ad loc).
Serait-ce l'émeute des orfèvres, qu'excita Démétrius, et qui obligea Paul à
quitter Éphèse {Act. xix, 23-ss.; cfr Godet, al.)? L'attitude connue de Paul en cette circonstance ne justifie point la supposition; car il aurait voulu alors affronter les furieux en plein théâtre, se fiant en Dieu pour la protection de sa vie, et ce n'est qu'après la cessation du tumulte, et l'éloignement du péril imminent, qu'il voulut s'en aller d'Ephèse [Act. xix, 30; xx, 1; cfr //. D. Wendland, al.).
11 faut donc au moins reconnaître que l'événement fut, comme dit Belsev, quelque chose de survenu après l'émeute d'Ephèse.
Lietzmanrij Giitjahr, Sickenberger et d'autres y verraient volontiers des conséquences assez naturelles de cette émeute, une traînée de persécutions s'acharnant sur l'Apôtre en retraite à travers l'Asie. Toussaint pense à une série d'attentats juifs. Mais cette hypothèse n'a guère rien qui l'appuie ; car, d'après ii, 12 (v. infra), Paul semble s'être rendu à Troas entièrement de son plein gré, pour y prêcher l'Evangile, et avoir trouvé là des circonstances favorables (Ouoaç fxoi àvswY[Ji£VYi<;) ; il ne quitta celte ville et l'Asie que par hâte de retrouver Titus. Était-ce donc seulement ou principalement, comme l'a pense Rendait, les inquiétudes au sujet de Corinthe et de la mission de Titus qui auraient mis Paul en cet état d'accablement? Mais de pareils soucis ne menaçaient pas son existence, et il ne faut pas penser non plus au « dégoût de la vie » (« taederet vivere » de la Vulg.) avec un homme de cette trempe, habitué de longue date à tant de graves péripéties dans son apostolat. D'une façon générale, ni les oppositions malveillantes, ni les persécutions ordinaires des ennemis ne peuvent expliquer adéquatement les termes employés par Paul en ce passage pathétique (contre les auteurs susnommés, et Bachmann, Plummer, al.). De pareils troubles étaient pour lui quotidiens ; ils l'accompagnaient aussi bien en Macédoine qu'ailleurs (vu, 5 : « foris pugnae, intus timorés »); et cependant il ne s'agit en notre verset 8 que d'une épreuve subie en Asie, et dont par conséquent le paroxysme au. moins était passé.
C'était donc — deuxième point entièrement sûr — quelque événement caractéristique et isolé, qui tranchait sur le cours toujours pénible et agité de l'existence apostolique, et beaucoup plus grave que toutes les souffrances qui étaient devenues de règle; un véritable « arrêt de mort », àTCo'xpiixa, Paul en fut surpris jusqu'à l'accablement, sêap-^Qripv, « comme un navire qui fait eau », dit Chrysostome. Toute sa charge de projets et d'espoirs, il la vit subitement en train de sombrer avec sa vie même.
Il avait donc surgi, dit Lemonnyer, « un danger d'une nature [pour nous] inconnue ». Nous voudrions cependant bien la connaître, s'il est possible. Ici reprennent des suppositions qui exigent encore un triage. Windisch pense à des incidents possibles, dont ne parlent point les Actes : on aurait voulu lyncher l'Apôtre, on l'aurait emprisonné pour un temps (xi, 23, v. ad /oc); Gôbelj Hofmann, ont proposé un naufrage (« ter naafragium feci y>, voir à XI, 25, dans la même épître). C 'auraient bien été là de vrais dangers de mort, mais qui n'auraient sans doute pas ému Paul à ce degré, car plusieurs fois la Providence l'avait délivré de périls semblables; de plus, on ne fait naufrage que sur l'eau, et le texte semble bien parler d'un danger encouru sur la terre ferme (Iv 'Aai'a, v. 8). Pais, en tout cas, naufrage ou lynchage auraient été des faits transitoires, n'entraînant pas nécessairement de
conséquences prolongées, — et ce caractère-là les exclut, comme nous allons l'expliquer bientôt. Retenons toujours, à ce point de notre enquête, qu'il s'agissait d'une menace de mort d'un genre bien déterminé, unique, et non de périls variés qui auraient pu mettre la vie en question; car la leçon de beaucoup la mieux attestée au v. 10, est le singulier : eV. tïiXixoutou Ôavarou, et non TrjXàouTOiv
ÔavaTOJV.
Troisième point : ce péril, tout écarté qu'il fût dans sa menace immédiate, durait toujours virtuellement. La preuve en est principalement aux versets 10- 11, où Paul dit, à ne pas s'y tromper, qu'il a toujours à craindre des retours offensifs de l'ennemi, du même ennemi, quel qu'il soit, et il compte pour y échapper sur les prières de ses fidèles. Il nous paraît violent de disloquer ridée comme le fait Gutjahr, et de ne vouloir rattacher les mots êx tyjXix. ôav. qu'au premier verbe Ippûtraro, comme si Paul avait voulu dire : « Dieu m'a délivré d'un si grand danger (encouru en Asie), et j'espère qu'il me délivrera, grâce à vos prières (des autres dangers qui pourraient me menacer ailleurs et partout) ». Quand bien même on n'admettrait pas la leçon ^ue-:«i, « il nous délivre [présentement] », qu'admettent avec nous Toussaint, Menzies, Lemonnyer (en 1905, non plus en 1922), il faut cependant reconnaître, avec plusieurs partisans de la double leçon ^utetwi, « il nous délivrera », tels que Lietzmann (qui se réfère au v. 4), que l'Apôtre se sent toujours en danger, et pour la même raison qu'en Asie. Une première attaque, très inquiétante, a eu lieu en ce pays ; elle est finie, elle a été repoussée, et c'est pourquoi Paul en parle tout à fait au passé, avec l'aoriste Iêapvi8ï]|j!.£v ; mais « l'arrêt de mort » auquel il la compare n'a pas été annulé, l'Apôtre le sent bien, et c'est pourquoi il change le temps, et dicte le parfait £ff;(ïixau.6v, qui signifie un effet permanent (contre Plummer, Windisch, al.). Menzies le rend fort bien ainsi : « Wereceived in our mind the answer : Death! and feelit to this day » (nous soulignons). D'aiguë et violente la chose, quelle qu'elle soit, est devenue chronique, et il est besoin de beaucoup de prières pour que l'attaque d'Asie, qui,, une seconde fois, pourrait être fatale, ne recommence point.
Paul s'était dit, au temps où il fut « accablé » : « Je suis perdu, ma mort est certaine » [Sickenberger). Or, un lutteur de sa taille n'avait point de telles impressions lorsque le péril n'était qu'extérieur, suscité par la nature ou les hommes; il pouvait se sentir « pressé, mais non cerné » (voir iv, 8, infra); devant des persécuteurs, devant un naufrage (voir Act. xxvir, 34) il restait la tête levée, confiant dans l'appui divin, et se disant : « Si Deus pro nobis, quis contra nos? » [Hom. viii, 31). Mais cette fois, en Asie, cette confiance magnanime s'était obscurcie, Paul n'était plus sûr du tout de pouvoir compter sur l'intervention de Dieu pour le sauver. Pourquoi? C'est qu'il ne s'agissait plus ''e menaces extérieures seulement; une parole impérieuse, où il crut percevoir 'expression même de la volonté divine, lui avait dit : « Maintenant, c'est fini de '^i- » Elle devait avoir un ton très catégorique, à son jugement, et l'atteindre •^oname un choc corporel et brutal ; c'est bien affaiblir la force des termes que ^•^ traduire « à considérer les choses de notre côté, nous trouvions l'arrêt de •"^ort », ou « au-dedans de nous, nous considérions notre mort comme une Pilaire réglée » [Lemonnyer), et : « im selbsteigenen Bewusstsein, wir fur
^sere Person... » [Belser], Ces phrases n'exprimeraient qu'un sentiment
SEflONTlR RPTTTiR ATTX rmiINTIIIENS. 9
subjectif, un pronostic basé sur des observations et des raisonnements ; ici il y avait bien autre chose, un avertissement bref, indubitable et tout intime («uToè Iv l^tuToîç) ; or nous ne voyons rien qui réponde à toutes ces conditions, si ce n'est le déclanchement d'un coup physique, dans le corps même de Paul: « Tu es atteint d'une maladie mortelle, et tu mourras d'ici peu ». Et si cela ne fut pas vérifié pour cette fois (et ne devait du reste pas l'être, puisque Paul mourut décapité, une dizaine d'années plus tard), l'Apôtre n'y vit qu'un délai de miséricorde, valant un miracle « du Dieu qui l'essuscite les morts », au sens propre, corporel.
Ainsi nous concluons pour finir, que Paul, en Asie, avait failli être emporté par un accès de maladie, et que cette maladie n'était pas guérie, qu'elle était chronique, puisqu'il confie à ses lecteurs qu'il en redoute un nouvel assaut.
Plus d'un argument probable vient fortifier cette interprétation.
C'est d'abord l'expression ex xY{kiKouzou ôavdTou. Nous avons dit {supra), que le mot doit être au singulier, non au pluriel, donc qu'il désigne non pas tous les dangers de mort possibles, mais un péril de nature déterminée. En second lieu, le premier sens de ttoXixoutoç est celui d'une durée prolongée; dans le N. T., le vocable apparaît trois autres fois : Jac. m, 4, il s'agit de la grandeur des vaisseaux; mais Apoc. xvi, 18, où il est question d'un tremblement de terre, on pourrait l'entendre et de la durée et de la violence à la fois, et dans Heb. n, 3, Ty^Xi)tauTr,ç àiAsV/iaravTeç ffcoxriplaç, le sens le plus adéquat paraît bien être « négligeant un salut si grand et si bien confirmé par le temps et l'expérience », à cause de la phrase qui suit immédiatement : « lequel, ayant commencé à être annoncé par le Seigneur, a été confirmé pour nous par ceux qui l'avaient entendu. Dieu y joignant le témoignage des signes, etc. », et qui exprime donc une série de confirmations remontant dans le temps à l'autorité la plus haute. Nous croirions en conséquence que saint Paul, en ce passage II Cor. i, 10, a voulu signifier que son mal était non seulement grand, mais encore ancien, invétéré; de fait, tous les modernes savent qu'il souffrait d'une affection chronique, tout en différant sur l'appréciation de sa nature et de sa gravité (voir l'Exc. xvi) (1).
De plus, si l'on admet notre interprétation, on ne peut manquer d'être frappé de sa convenance à tout le contexte de II Cor. Cette épître, si originale sous tant d'aspects, prend en plusieurs passages un ton, un coloris très spécial, du fait que Paul y paraît bien plus préoccupé qu'ailleurs de son état physique précaire, et de l'idée de la mort. Cette teinte sera très nette et dans la première partie, aux chapp. iv et v, et dans la dernière (xii, 7-10), où l'Apôtre, qui a eu tant de choses à dire de ses épreuves physiques et morales, conclut toute son apologie en parlant clairement de son état maladif, qui n'arrête pas son travail, mais lui fait sentir encore mieux quelle force étrangère à lui-même le soutient dans les difiicutés de l'apostolat. Tous ces traits considérés en bloc sont bien
(1) Nous négligeons, comme on voit, l'iiypothèse que ce péril de mort se rattacherait à une « captivité éphésienne » qui aurait pu aboutir à une condamnation capitale. D'abord parce que nous ne croyons pas à une captivité de cette nature (v. comm. de I Cor. p. 415-s.); et puis que, dans tous les cas, elle aurait uni depuis longtemps, puisque les tenants de cette hypothèse l'identifient au « combat contre les bêtes » de I Cor. xv, 32. Or, dans notre passage, il s'agit certainement d'un péril auquel Paul vient à peine d'échapper, et cette captivité (si elle avait eu lieu) aurait été une vieille histoire.
caractéristiques d'une période particulière de sa vie, celle où il se sentait exposé à un péril d'impuissance [et de mort provenant du fond de lui-même. Cette note, latente un peu partout, éclate avec plus de force en quelques passages où l'abandon de la confidence se faisait plus libre, où Paul était plus soucieux de communiquer au cœur de ses enfants ses sentiments intimes. Rien d'étonnant s'il l'a fait instinctivement résonner dans l'effusion de sa première page, cette page qui donne le ton.
Et c'est là un des fds affectifs qui contribuent à faire l'unité de la Deuxième aux Corinthiens, malgré le sujet et le ton si divers de ses trois sections. Cette épître appartient à une période de la carrière apostolique où s'était fait jour ua souci nouveau dans l'âme de l'apôtre : réaliser méthodiquement et au plus tôt toute la tâche à lui assignée par Dieu, avant que la mort ne l'arrête. Car il sentait cette sinistre compagne marchera côté de lui, il en voyait l'ombre menaçante s'allonger devant ses pas sur les pays qu'il allait aborder, sur les projets que lui inspirait sa vocation.', Pour lui « la figure de ce monde passait » (I Cor, VII, 30), et il lui fallait saisir comme au vol les occasions d'édifier des constructions durables. (Voir Intr. et supra, B. 8-9).
II. Paul compte sur cette union de sentiments en retour de sa confiance loyale et entière (i, 12-14).
Int, — Tout de suite après ce touchant appel à l'unanimité des cœurs et des prières, nous voici jetés en des débats affectueux mais compliqués, oie les exégètes ont bien de la peine à se reconnaître. C'est que nous n'étions pas là à voir ce qui s'était passé entre Paul et ses Corinthiens ; ceux qui croient pouvoir tout interpréter' d'après les données de la Première Épitre n'arrivent qu'à des solutions forcées, et ils font certainement fausse route.
Aucune difficulté dans les rapports n'était supposée, aucun reproche n'était insinué dans les onze premiers versets. Il n'en va plus ainsi. Paul explique ce qui ne nous (lurait pas semblé avoir besoin d'explication, dans ses lignes précédentes : s'il a dit qu'il comptait sur leurs priè?'es, c'est qu'il en a le droit. Nous n'en doutions pas; mais ce droit, Paul éprouve le besoin de Vaffirmer, parce que tous, à ce qu'il paraît, n'en reconnaissaient pas autant qu'ils auraient dû le bien-fondé. Il possède ce droit à la confiance, affirme-t-il tout d'abord, parce qu'il s'est toujours conduit avec une loyauté et un désintéressement entiers à l'égard de ses fidèles de Corinthe. Ses lettres n'ont pas de double sens. Il espère qu'on lui rendra pleine justice, une justice qui jusqu'à présent ne lui a été qu'en partie rendue,
A quoi tout cela peut-il faire allusion?
Notons que le perspicace Delafosse a été moins frappé du caractère si personnel et si concret donné par ces réticences elles-mêmes au morceau, que de la mention de la <t Sagesse cliarnelle » au v. 12, qui lui révèle une plume marcionite.
Ch, I, 12. 'H "/àp *7.aij)('^aiç rjf^.wv aur/j ect^v, to [j-apTÙpiov t^ç *cyuv£to'i(^o-£a)ç '^[v-ôv, oxi èv * àiùsixTiXi y,aî £lXiy.piV£Îa tcÏÏ 6£ou, ohv. èv acaia aapy.iy.^ àXX' èv ^^àpiti
A. 13. •/.at5-/^Yi(Tcç, : « action de se glorifier ■>■>, 6 fois dans cette épître, (à travers les trois parties), et par ailleurs 4 fois chez Paul, une fois chez Jacques; c'est un mot qui, avec y.ct.i'/ri}xa, « sujet de glorification », ou, en mauvaise part, « de vanterie » (3 fois II Cor., 3 fois I Cor., 4 fois ailleurs chez Paul, 1 fois Heb.), et v.au)ç^ao6ai, le verbe correspondant (19 fois en cette seule épître, surtout dans la partie x-xiii, 15 fois ailleixrs chez Paul, 2 fois Jac.)^ donne une teinte particulière à toute la lettre; nous en donnons l'explication infra, B. 14. — [j.apT<5piov -c^ auveiSrîaew;, « le témoignage de la conscience »; le mot de cuvatô., « conscience », est encore éminemment paulinien, comme stoïcien; il apparaît encore (18 fois en tout) dans Mom., I Cor. (9 fois, ch. vin etx), I-II Tim., et Pit.; par ailleurs, seulement Act., Ileb. et I Pet., éciits qui sont tous en relation avec les épîtres de Paul. Dans la Bible grecque, il était rare, et n'apparaît pas au sens de « conscience morale » avant Sap. Sal. xvii, 1 ; les rabbins, disent Strack-Billerbech, n'avaient aucun terme particulier pour « conscience »; ils se contentaient du « yeccr tôb », le « bon penchant », en lutte avec le « penchant mauvais ». — Au lieu de àv àr.l6x-f]xi, que nous choisissons d'après N^, D, F, G, L, Chrys., Ambr"^, vulg., syr., got., Théodoret, avec Lietzmann, Klôpper, Heinrici, Zalm, Bacltmann, Guijahr, al., on rencontre plus souvent k-^\6iT,xi (variante a^voTTiTt), d'après N*, A, B, G, K, M, P, 17, 37, 67", Clem. Alex., Origène, copt., arm., et Plummer, Lemonnyer, Toussaint, Windisch, Nestlé, Vogels, Merk, etc.; nous avons préféré la leçon occidentale et antiochienne otXot,, « en simplicité », à à^-^iox., « en sainteté », parce que Paul va justement se défendre, au verset suivant, contre le soupçon d'une certaine duplicité, et que d'ailleurs ce mot lui est familier, voir vin, 2; ix, 11,
12; XI, 3; Rom. xii, 8; Col. m, 22, Eph. vi, 5, Lietzmann expliquerait cv^ioxrfXi comme le résultat de l'omission d une lettre par un scribe : AIIOTIiTI, qu'on aurait lu ensuite AriOTHTI. — siXtxpivsîa, « pureté », au sens de sincérité désintéressée, venant de Dieu, et imitée de Dieu, cfr pour ce mot rare et propre à Paul dans le N. T., ii, 17 ; I Cor, V, 8, et l'adjectif etXizpivTj's Phil. \, 10 et II Pet. m, 1. — h uocpta capy-r/.^ : nous connaissons cette « sagesse charnelle » par les premiers chapitres de I Cor.; pour le mot CTap/ttzdç, voir comm. de I Cor. m, 3-4 et ix, 11; cfr infra II Cor. x, 4, onXa (jxpxf/.ct. — àvaaTpÉçeoOai, au sens moral de « conduite » (cfr Epli. ii, 3; I Tlm. iir, 15, et ailleurs Ileb., I-II Pet.), est une expression grecque courante, que Paul employait, ainsi que àvaaTpoiprî ( Ga^. , Eph., I Tint., Heb., Jac, I-II Pet.), concurremment avec les termes à saveur sémitique, plus fréquents chez lui, de jcôpiTïa-ceïv et uopEuscOat. — îceptcraoTépwî pourrait avoir ici la valeur d'un superlatif plutôt que d'un comparatif (Plummer).
On ne s'entend pas sur la construction de cette phrase. Les uns font de [iap-ciiptov une apposition à xauy^rjcrtç, et comprennent ainsi : « Notre gloire, le témoignage de notre conscience, c'est que... » {Bachmann, Lenionnyer, Windisch, Belser, al.). D'autres, Plummer, Sickenberger, Gutjahr, Loisy, al., font de jj-ap-c. un prédicat préparé par auTY) : « Notre gloire, c'est le témoignage rendu par notre conscience, que..., etc.. « Nous préférons la seconde explication, qui s'accorde mieux avec la place de aSiv]... et est plus coulante.
B. 13. Voici la transition, toute spontanée, toute cordiale, par où Paul passe de l'épanchement fraternel aux explications un peu difficiles. « Je compte sur vos prièi'es, a-t-il dit, comme si tout était commun entre nous. Car ma conscience me dit que je mérite votre sympathie. Si, dans mes rapports avec le monde je fuis l'égoïsme
Ch. I, 12, Car nous tirons notre gloire de ceci : le témoignage de notre conscience que c'est dans la simplicité et la pureté de Dieu, non pas dans une sagesse charnelle mais dans la grâce de Dieu, que nous nous sommes
et les calculs de la sagesse charnelle, n'est-ce pas surtout visible dans ceux que j'ai avec vous? Ils ont toujours été réglés par la grâce de Dieu, en toute simplicité, en toute franchise. Et je peux m'en faire gloire ».
Était-il nécessaire de parler ainsi à ses disciples? Hélas! oui, et ce qui suit va immédiatement en insinuer la raison, — une des raisons, car il y en avait plus d'une. A.13-14. où/. aXXa... àXX' r\ S... résulte d'une fusion, déjà rencontrée chez les classiques {Blass, Belser), de ow aXXa ^ avec où-/. àXXa àXXa; D* omet a, A et 17 omettent rj a, et B, F, G àXX[a], chacun simplifiant à sa manière l'expression composite. — vi 'Aoà è7ctYiv(î>a-/.eTî (allitération avec àvaytvojg/.exc) manque B, 31, al. — ?w; téXouç (classique tk xjXo?, cfr .Foan. xiii, 1 ; é'w; xal -céX. dans D', K, L, M, P) serait susceptible en soi de revêtir plusieurs sens; mais ici le sens est bien fixé par l'antithèse manifestement voulue avec àno (j.épou; [Lietzmann, Bachmann, Menzies, Belser, al., voir infra, à B. 14).
o-:i2 (v. 14) pourrait s'entendre au sens de « parce que » [Windisch), et se rapj)orter à l'aoriste Itcéyvwte [Windisch) ; ou bien, ce qui vaudrait mieux, introduire une phrase complément de cet aoriste : « [comme vous avez] reconnu que nous sommes votre gloire» [Plummer); ou bien, mieux encore, se rattacher au futur précédent èmy^'^Q'^^'^^î en faisant de /iaOcj; zal èTciyvwTe une parenthèse [Belser, Lemonnyer, al.); il faut faire (commencer la phrase à la dernière proposition du v. 13, ï'KtA'C,'^ oé : « J'espère que vous reconnaîtrez complètement, — comme vous l'avez déjà fait dans quelque mesure, — que nous sommes votre gloire, etc.... ».
B. 13, Paul peut invoquer en toute conscience sa sincérité (v. 12); parce que
0£ou, *àveaTpa<!p'0[J.£V iv tw y.6a[j.œ, Tïôpiaaoxépwç Se xpoç ûp-aç. 13. 05 y^^P «^^« *YP«<po[;-£V û(Aiv *àXX' y) a àvaYivwaxexe 'i^ xal £7uiY^Vwa/,£Te, eXtciÇo) Se oti *£(oç téXcuç £7t;iY^'^^£<jO=; !'•'• ^aOwç y.al è'îrÉYVWTE r),y-aç *à7îb [XEpouç, on -/,a'J5(Y3!J.a 6|j.wv £a[;,£V *xa6aTw£p xai 6[;.£îç 'r)|;,wv èv ty) '^d^-Épa toî) xupiou '/jjxwv 'lYjaoo.
(Y«P causal) ses lettres ne veulent pas dire autre chose que ce qu'elles disent expres- .sément. On avait donc soupçonné sa correspondance de cacher des arrière-pensées, de petites ruses peut-être de la « sagesse charnelle » ? Pareille insinuation devait être fort sensible à un homme de caractère si loyal et si hardi.
Qui l'avait risquée? Et à propos de quelle — ou quelles — lettre? Paul ne voulait pas s'expliquer davantage, et ses lecteurs le comprenaient assez; dans ces premières pages, il cherche avant tout à rétablir une pleine confiance entre lui et la communauté, et, s'il lui échappe quelque allusion douloureuse, ce n'est qu'une ombre très passagère; le moment n'est pas encore venu de prendre ses adversaires et ses calomniateurs corps à corps, comme [il le fera aux chapitres x-xin, après s'être assuré la bienveillance entière de la masse des auditeurs. Toussaint et quelques autres ont parfaitement compris cette stratégie. Aussi restons-nous abandonnés à nos inductions.
L'opinion ancienne, d'après laquelle Paul, en écrivant Ypacpopv (seul exemple de première personne pluriel quand il parle de ses lettres) penserait à l'épître présente, pour en assurer à l'avance la sincérité (comme s'il voulait dire : « Je n'écrirai que ce que vous savez tous, ce que j'énonçais déjà dans une autre épître »), n'est certainement pas en situation (cfr Clirys., Ambr^, P. Lombard, Hervé, Tliom., Giustiniani, Estius, Cornely, al.); elle provient encore du fait que les anciens exégètes voulaient élucider toutes les difficultés de la Deuxième Épître aux Corinthiens par la Première, ce qui est impossible (voir Intr., p. vu, al. et infra). Belser est très mal inspiré d'autre part quand il se figure trouver ici une allusion à l'équivoque delà première lettre perdue concernant les rapports avec les « impudiques », que l'Apôtre dut détruire I Cor. v, 9 ss. (voir notre comm.); là il s'agissait de rectifier tine erreur d'interprétation dont les Corinthiens seuls étaient responsables, nullement d'écarter le reproche d'un manque de sincérité et d'un double sens intentionnel Sais?lv.eut donc parler ici de sa correspondance passée en général, toujours inspirée à'une franchise qui, naturellement, ne se démentira point à l'avenir. Il peut aussi pjenser plus spécialement à la « lettre intermédiaire » perdue dont il sera question infra, ii, 3 et ailleurs. Elle avait attristé les Corinthiens, et des adversaires irréductibles pouvaient chercher encore, même après l'apaisement causé par la mission de Tite, à la tourner en mauvais sens, par exemple en déclaration de rupture, ou d'exigences draconiennes d'un orgueil blessé (voir infra, comm. de x, 1-3; 10), que Bauhn/àmrait pas osé, malgré toute sa violence, exprimer crûment, ni ensuite maintenir, La remise et le changement d'un voyage annoncé (infra, i, 15-ss.; ir, 2-ss.), remplacé par la lettre susdite, auraient été peut-être interprétés par ces malveillants comme un renvoi aux calendes grecques; Paul, avec ces atermoiements, aurait cherché hypocritement à se séparer pour toujours des Corinthiens, et peut-être par peur de les affronter. Toutes ces clabauderies auraient été rapportées à Paul par Titus, qui n'avait pu les faire taire complètement en certains milieux.
B. 14. (Il faut, nous l'avons dit, faire commencer la phrase à 13^, eXrd'Cdi). Paul, qui ne veut pas encore se laisser aller à la polémique, secoue la tristesse que ne pouvait manquer de lui apporter le souvenir de tels soupçons, et veut se livrer à l'espérance qu'il a conçue quand Titus lui a rapporté les bonnes dispositions de la communauté corinthienne prise en masse (v. infra, vu, 6-ss., 11, 13-16). Les explications fournies par son messager lui ont ramené les cœurs; pas aussi pleinement
SECONDE ÉPITRE AUX CORINTHIENS, I, i3-14. 23
comportés dans le monde, particulièrement à votre égard. 13. Car nous ne vous écrivons pas de choses autres que ce que vous pouvez lire, ou même reconnaître [exact]; et j'espère que vous reconnaîtrez jusqu'à la pleine mesure, ih. (ainsi que vous avez bien reconnu, pour une part, [ce que] nous [sommes]), que nous vous sommes un sujet de gloire, tout de même que vous [le serez] pour nous au Jour de Notre- Seigneur Jésus.
encore qu'ille désire; mais enG.n, jusqu'à un certain degré (a%o \iApo\j:), ils ont compris l'amour sincère et les intentions pures qui animaient leur Apôtre au cours de la crise récente ; ils se rendent compte maintenant qu'il serait très injuste de le prendre pour un maître qui abuse de son autorité (Paul y reviendra à diverses reprises), un maître que le souci de maintenir intacte sa domination sur eux leur aurait rendu sourdement hostile, ou le dépit de la voir baisser, indifférent. Bien loin de là, ils reconnaissent, comme autrefois, que l'histoire de son apostolat parmi eux et les sentiments qu'ils lui ont inspirés font leur gloire. Pas tous, il est vrai, et pas complètement; même les bons, les soumis, ne comprennent pas encore tout ce qu'il y a dans l'âme de Paul, tout cet attachement inspiré de Dieu qui est à leur gloire, car il montre le cas que fait d'eux Dieu lui-même; et il en est malheureusement encoi'e quelques-uns qui ne le comprennent pas du tout (cette double restriction est impliquée dans àrtô [j-spouç). Mais l'Apôtre espère bien que, grâce à cette lettre qu'il leur envoie, les choses n'en resteront pas là; et qu'ils reconnaîtront tous, et tous complètement (?u)i; téXouç), — sauf les faux frères et les faux apôtres suscités par Satan (v. infra, xi, 12-15), — ce que Paul est pour eux, et ce qu'ils sont pour Paul. (Le texte doit nécessairement s'entendre ainsi, à cause de l'antithèse : à<:b (lépou? — Êwç TÉXouç, avec Lietzmann, Menzies, Bachmann, Belser, H. D. Wendland, al.; â'wç téXou; prend ce sens de «jusqu'au bout », « entièrement », chez Polybe et ailleurs [Lietzm.'\. Ceux qui veulent l'entendi'e en un sens eschatologique, « jusqu'à la fin du monde » ou « des temps » ou « de vos vies » [Plummer, Sickenberger, Wincliscli, etc.] non seulement sont trompés' par cette idée fausse que Paul et les Corinthiens attendaient la fin du monde comme prochaine [voir comm. de I Cor., vu, 29, al.], mais encore ils co mmettent une grosse faute de critique littéraire, en ne remarquant pas l'antithèse intentionnelle de à^b \iâo. et â'to; téX,).
Paul espère donc que la compréhension mutuelle deviendra parfaite. Tous ses vrais fils dans la foi, grâce à sa 1 ettre, en reviendront à se glorifier de lui (malgré ses détracteurs, cfr infra, v, 12), comme lui-même pourra alors se glorifier à la fin des temps, au Jour du Seigneur, de tous ces enfants qu'il aura engendrés et élevés dans l'esprit du Christ, pour le salut et la gloire (« au jour du Seigneur Jésus », derniers mots du V. 14, ne se rapportent qu'à -/.xOajrep -/.xl u[i£ïç y)ij.ô5v, « comme vous [serez! pour nous [un sujet de gloire] » (Belser), dans ces assises où Dieu révélera à tout l'univers le mérite précis de chacun de ses instruments, voir comm. de I Cor. m, 8 et IV, 5. C'est une toute autre idée que celle de É'toç tIXouî, v. supra).
A ce verset 14, Paul a fixé le but de sa lettre : il l'écrit pour reconquéz'ir toute l'estime et toute la confiance de ses enfants, qui ne lui sont encore que partiellement l'cvenus. Tout ce qu'il dira par la suite, avec ces alternances de confiance, d'espoir, de réprimande, d'indignation contre ceux qui y font obstacle, et môme en partie sa pi'éoccupation de la collecte, s'expliquera par ce souci général. Nous pourrions dire que les paroles « d'introduction » finissent ici; mais, comme nous l'avons expliqué, nous ne pouvons séparer cette première péricope du corps de la lettre, car l'auteur y est déjà entré au vif de son sujet, effusions d'amitié et apologie dont l'action combinée doit lui reconquérir les cœurs, et lui ménager à Gorinthe un retour fructueux.
III. Paul repousse le soupçon d'inconstance à propos d'un projet
de voyage (i, 15-23).
ÎNT. — Après qu'un certain malaise eut déjà altéré les relations de Paul avec son église de Corint/te, deux faits étaient venus compliquer les difficultés de la situation : d'abord l'Apâtre n'avait pas fait aux Corinthiens une visite qu'il leur avait pourtant annoncée, et on l'avait accusé plus ou moins ouvertement d'un manque de parole; — joza's, au lieu de venir les voir, il leur avait écrit une lettre dont le ton avait de quoi les troubler.
Paul tient à s'expliquer sur ce double fait; l'un et l'autre sont surventes à cause de l'amitié si confiante qu'il leur porte, bien loin de marquer un refroidissement de ses sentiments . Et en premier lieu voici pourquoi il a renoncé momentanément à un voyage dont le plan lui avait beaucoup souri à lui-même : c'est qu'il n'aurait pas pu se comporter au milieu d'eux comme il se l'était promis.
Fixer avec exactitude la nature et l'ordre des incidents auxquels font allusion ces lignes, c'est une tâche extrêmement ardue, faute de documents extérieurs qui orientent notre interprétation; les Actes ont passé sous silence tout ce petit drame de famille, et les données de I Cor. se réfèrent à des événements déjà trop éloignés de ceux-ci. Nous donnerons les solutions {déjà indiquées Intuod. p. vin-s.) qui nous paraissent les plus probables, mais qu'il serait présomptueux de tenir d'emblée pour assurées en tout leur détail.
Ce qui au moins sera clair, c'est la magnifique protestation de sincérité et de constance des versets 17 et suivants, et le témoignage qu'ils rendent au caractère parfait et définitif de l'œuvre du Christ.
Ch. I, 15. Ka'. xfXÙTfi Tïj * TzeTcoiQ-fidei *è6ouÀ6[;//]V ^TCpoxepov T:poç ()[j.ocç èXGetv tva osuTspav ^apiv ayfiXE, 16. v-cd oi' ûj^.wv otsXOsïv sic May.eSoviav, v.cd *'Kakv^
A. 15-16. HsTOiOriatç, mot du grec tardif, se rencontre chez Philon, II Reg. xvin, 19 dans les LXX, mais, dans le N. T. seulement chez Paul, ici, m, 4, viii, 22, x, 2, puis Eph. \\\, 12, Phil. m, 4. — epouXoixriv : noter que c'est un imparfait, et qu'il n'y a plus ensuite de verbe fini jusqu'à la fin du v, 16; tous les infinitifs suivants sont donc régulièrement sous sa dépendance. — 7rp6Tepov doit se rattacher à èXOeîv et non à |[3ouXo'|ji.7jv ; V. infra, à B; le mot manque N* et K l'a changé en tô Ssti-cepov; il suit èXOsïv K, copt., Theodt. — TcotXtv peut signifier « en rebroussant chemin », ou « de nouveau », « une fois encore » ; mais (contre Belser), il ne peut signifier « plus tard », c'est-à-dire « dans ma seconde intention », opposée à j^poTepov, « première intention » ; d'ailleurs il faudrait en ce cas joindre à TtâXtv un verbe sous-entendu qui ne serait plus un imparfait comme ipouXdjjLTjv, mais quelque aoriste : « j'ai voulu », « je me suis décidé à », et, faute de l'avoir exprimé, Paul aurait fait une phrase très peu intelligible. Ainsi nous repoussons l'interprétation (de Belser) : « En premier lieu, je voulais aller chez vous, etc.. puis [j'ai décidé] plus tard [ou en second lieu) d'aller de Macédoine chez vous, etc.. ». Il faut comprendre : « je voulais aller cliez^ vous d'abord, pour que, etc.; et de nouveau venir chez vous en quittant la Macédoine, etc. » ; :rp6T£pov pourrait à la rigueur avoir le sens hellénistique de « originellement » (Kirsopp Lake) et se joindre alors à èpouXop.Yiv, commandant encore tous les infinitifs; mais il est plus indiqué de l'opposer à raXtv : « une première... une
deuxième fois » (v. à B). — Au lieu de x.'^'P''^ on lit X.apa'v « joie », n^, B, L, P, Œcuincnius (pour le sens), ■ Théodoret; leçon moins bien appuyée quoique Plummcr l'admette, ainsi que Soden. Xdcptç est très large de sens; ici il n'est nullement évident qu'il signifie y apoc {CItrys.), ni « faveur divine », contre Windlsch qui rapproche ce passage de Rom. i, 11, (où on ne trouve pas x.«ptç, mais y^aptajxa j:veu|xaTtxdv) ; il peut ne signifier ici précisément ni « grâce », ni « plaisir », mais simplement « égards », « marque de considération », comme par exemple chez Platon (Euthyphron 15 a) : i\.]^r\ -ce /.al y^p» "''•«i yJ-?^^> ©t ailleurs; on trouve le mot en d'autres sens qui ne sont pas moins exceptionnels chez Paul vni, 7 (v. ad lac), I Cor. xvi, 3 et Col. IV, 6.
B. 15-16. Il se dessine à nos yeux, mais seulement dans la pénombre, une situation difficile que des hommes soupçonneux ou mal intentionnés avaient dû exploiter pour ébranler la confiance des Corinthiens dans leur Apôtre, et que celuici, par contre, se met à expliquer comme étant le résultat même de la délicatesse d'aifection qu'il tient à voir subsister toujours dans leurs relations.
On a, paraît-il, murmuré contre lui parce qu'il n'est pas revenu voiries Corinthiens, comme il le leur avait annoncé ; or, s'il a changé son plan, ce n'est pas qu'il se soit refroidi à leur égard, ni qu'il n'ait pas été entièrement sincère quand il annonçait sa visite, ou qu'il ait varié par capiùce; c'est que, s'il avait exécuté son dessein, il se serait vu obligé — ce qu'il n'avait pas prévu en le formant — de se compoi'ter avec eux d'une façon sévère, et qu'il voulait, à eux et à lui-même, épargner ce contact pénible (voir infra, v. 23, et plus bas, ii, 1-3).
En quoi donc pouvait consister le « manque de parole » prétendu? Paul avait, dans une circonstance qu'il n'a pas besoin de fixer maintenant, parce qu'on se la rappelait bien à Corinthe, annoncé un plan de voyage dont les détails révélaient quel cas tout particulier il faisait de l'église corinthienne (cfr infra, comm. de x, 15-16), Quand il pourrait quitter Ephése, c'était !& première église qu'il voulait revoir (TcpoTEpov); il lui aurait donné la préférence même sur ses chers et fidèles Macédo-
Ch. 1, 15. Et c'est dans cette assurance que je voulais venir d'abord chez vous, pour que vous ayez une deuxième faveur, 16. et par chez vous
niens. Sans doute à ceux-ci il devait bien une paternelle visite; mais il ne l'aurait faite que plus tard, en passant, en prenant quelques semaines sur son séjour à Corinthe, dont cette excursion vers le Nord n'aurait été qu'une interruption, un épisode, un entr'acte. Il se serait hâté de revenir en Achaïe, comme rappelé là par ses affaires principales. Déjà, deux ans plus tôt, en achevant sa Première Epître et annonçant (sur un autre plan) un voyage qu'il n'avait pu faire, Paul avait bien précisé que « il ne ferait que passer par la Macédoine » et resterait à Corinthe peut-être tout un hiver (I Cor. xvi, 5-6, v. comm.). Sa considération pour l'église de cette ville n'avait donc pas baissé depuis lors. Il lui en a donné une première preuve soit par le long séjour qu'il avait fait à Corinthe lors de la fondation (de un an et demi à deux ans), soit par ce bref et mystérieux « voyage intermédiaire » dont nous aurons à disserter plus loin, qui montrait en tout cas quelle importance Paul attachait aux affaires de Corinthe, puisqu'il s'était arraché, quelque temps, pour les régler, à ses intenses occupations d'Asie (v. infra, Excuusus ii). Maintenant, en se rendant chez les Corinthiens les tout premioz's lors de son retour en Europe, puis eu prenant chez eux ses quartiers, plutôt qu'en Macédoine, il comptait leur donner un « deuxième témoignage de son estime » (Seu-rÉpav /.apiv) (1). C'est chez eux que se
(1) C'est ainsi que nous entendons ces mots, plutôt que de considérer SeuTépav comme
à%o Maxssoovtaç IXGeïv -Âipbç û[j,aç y.ai ûç' ù[j.wv -(ûpcntsiJ.^GvJvai elç t-îjv 'louSafav. 17. *TouTO ouv {3ouAÔ[;.£voç [;/(^Ti à'pa tvj k\a(Dpia e}jp'/;cra[j/r;v; vj a {3ouXeuo[j-:zi • y.ata aap-/,a pc!UA£'JO[;.ai, iva ig ^ap £[^.oi to vat vai 7.at to ou ou; lo lliCTOç os ô Oîbç OTi 6 Xôyoç '/)[j.tov ô TCpoç ûjj-zç cùy. euTiv val xalou. 19 '0 toù' OsoI; y^^-P "^-^Ç
concentreraient les affaires de-la collecte (v. infra, ch. viu-ix), si importantes pour rétablir l'unité de cœur entre toutes les églises; ce sont eux que les pauvres judéochrétiens de Jérusalem seraient portés à bénir spécialement (Oo' Ca£5v 7:j<o7;£[j.oOYivai efç TT)v 'louBatav, Paul insiste là-dessus avec une intention marquée, cfr ix fin, infra).
Et tout ce beau programme, inspiré par tant de confiance assurée (TïsTîoiOrjoK;), Paul n'avait pu l'exécuter!
Il en avait poutant bien mis les Corinthiens au courant (contre Bachmann). Quand et comment? Non pas cei'tes dans la Première Epître, où l'itinéraire envisagé (I Cor. xvi) n'est pas le même, puisque la Macédoine en est la première étape (contre J. Weiss, V. Exe. iv); ni dans la première lettre perdue dont il est question I Cor. V, 9, ou d'aucune façon avant l'envoi de la Première Epître, en sorte qu'un changement annoncé quasi subrepticement I Cor. xvi aurait été cause du mécontentement des Corinthiens (contre Thom., Bisping, Cornely, Zahn, Goebel, Belser); nous verrons du reste, au cours du commentaire, qu'il ne faut pas chercher l'explication de la difficulté présente, non plus que de certaines autres, en ces circonslances relatives à des temps trop éloignés. A mon avis, Paul avait annoncé ce projet, longtemps après la Première Epître, soit par un message spécial (il était si aisé d'en envoyer d'Ephèse à Corinthe!), soit, plus probablement encore, au cours du « voyage intermédiaire «.
Nous justifierons cette opinion dans les Excursus, en la comparant à celles ■des autres.
..A. 17. TouTo : ce pronom singulier, se rapportant à tout ce qui précède, montre qu'il s'agissait d'un seul plan, non do deux plans successifs (contre Belser). — pouX6[i£voç, et non poùXeuo'fjievos, comme en D, E, K, syr. et quelques versions. — èXacppia, terme du grec tardif, hap. leg. dans la Bible. — jcaxà a(ip/.«, avec l'infirmité, l'inconsistance de la « chair « ; — l'va équivaut ici à éjote, « en sorte que » ; — to val va\ xa\ tô ou ou a l'air d'abord assez embarrassant; Baljon et Sclitniedel auraient voulu changer ce texte en tô val oS, •/a\ tô où va-' : « [en sorte que chez moi] le oui soit non et le non oui »; mais aucun témoin n'y autorise. D'autres, jusqu'à Hofmann, Zahn, Schlatter, feraient de va{2 et de oS^ des prédicats : « en sorte que chez moi le oui [soit] oui, et le non [soit] non »; ce qui ne va pas du tout au contexte, v. infra, à B. Le mieux est donc, avec presque tous les exégètes modernes, de prendre va\ vaî et où o3 simplement pour des expressions emphatiques renforcées par redoublement (peut-être une façon de parler familière aux Corinthiens, Windisch) : « en sorte qu'il y ait [à la fois] chez moi des oui! oui! et des non! non! ».
B. 17. Paul a donc changé le plan qu'il vient de décrire, cela est sous-entendu; et il sait — peut-être par Titus — qu'il a excité ainsi des récriminations qui ne sont pas encore tout à fait calmées. Il ne dit pas tout de suite pourquoi il s'est ainsi comporté, mais au moins il veut mettre un terme aux reproches de caprice et d'inconstance, ou de duplicité. Les Corinthiens devraient le connaître, et savoir que s'il
marquant par anticipation le retour à Gorinthe après l'excursion en Macédoine, retour dont il ne parlera qu'un peu trop loin de là, et de croire qu'ils signifient : « afin d'avoir le moyen de vous faire une deuxième grâce, ou un deuxième plaisir » par ma rentrée à Gorinthe en reveaant du Nord; cette explication s'accorde trop difricilement avec l'ordre do la plirase (contre Plummer, al.).
passer en Macédoine, et venir de Macédoine chez vous encore une fois, et par vous être mis en' route vers la Judée.
17. Ainsi, puisque je voulais cela, faut-il donc croire que j'en ai usé avec légèreté? ou bien, ce que je projette, le projeté-je selon la cliair, en sorte qu'il se trouve chez moi des « Oui, oui! » avec des « Non, non! »? 18. Dieu [en] est fidèle [garant], notre parole à vous [adressée] n'est pas un « Oui et non a. 19. Car le Fils de Dieu Jésus-Christ, celui qui chez
dit « oui », c'est bien oui qu'il veut dire, et « non « quand '^il dit non. Peut-être y a-t-il réminiscence du logion évangélique : 'éotw 8e ô Xdyoç uaSiv val vai, ou oS (Mat. V 37), qui signifie elliptiquement « que votre langage soit oui [si c'est] oui, non [si c'est] non « ; mais, comme il n'y aurait qu'une similitude matérielle des mots, et non de l'idée, nous préférons la supposition de Windisc/i, supra à A. Il ne faut pas croire, en tout cas, avec ceux qui font de vat2 et oj2 dos prédicats, Chrys., Tlieodt., Hofmann, etc., que Paul veuille dire ici, pour défendre son changement de plan, qu'il ne saurait être inflexible par suite d'entêtement humain (xaià cocp^a), et qu'il sait modifier ses projets selon les circonstances; car les versets qui suivent mettent en relief non pas sa flexibilité, mais la constance qu'il doit à son rôle d'instrument du Christ.
■ A. 18. IIiaTb; So ô Osé;, Stc. Cette évocation de la fidélité de Dieu a été diversement comprise. Le plus indiqué est certainement (comme dans l'autre formule qu'on trouvera plus bas, v. 23) d'y voir une prise à témoin de Dieu pour une affirmation solennelle, une sorte de serment [Tlioni.^ Bisping, Sc/imiedel, Lietzmann, Godet, Belser, Bousset, Lemonnyer, Toussaint, Sickenberger, Loisy, Windisc/i, Delafosse, etc.). Quelques-uns cependant, et non des moindres, tels que Cornely, Plummer, Bachmann, Gutjahr, croient que s. Paul parle ici do la fidélité de Dieu comme de la raison ultime de la constance apostolique {Cornely). Déjà s. Chrys. expliquait : «Ne vous méfiez pas de ce qui vient de Dieu [comme notre parole, notre attitude], car ce qui vient de Dieu ne peut être faux ». Menzies : « God is to be trusted for it, that... »; Giujalir : « La fidélité de Dieu se montre en ce que, etc. » ; id. Bachmann. Nous ne rejetons certainement point cette interprétation comme impossible ou déplacée; mais elle ne s'impose point. — Au lieu de oùx eartv, on lit aux. èyéveto n ^, 1)2-3, E, K, L, syr., éth. ; c'est une assimilation au verset suivant 19.
B. 18. Encore une de ces belles « digressions », de ces soudains élans vers les sommets, qui caractérisent ces épîtres passionnées du grand apôtre contemplatif. Est-il juste, est-il bien naturel, de soupçonner d'indécision, de légèreté, de petits calculs humains, celui que Dieu a fait parler aux Corinthiens, dans son enseignement public, avec la franchise et la fermeté qu'ils savent? (Voir I Cor., n, 5, la « démonstration d'esprit et de puissance »). Alors ce n'était pas « le oui et le non » qu'il proférait à la fois, ils doivent le reconnaître. Supposent-ils qu'il a changé — ou, si l'on veut, que le Dieu de fermeté lui est maintenant moins fidèle? Quelle magnanimité et quelle foi !
- A. 19-20. YÉyovEv, résultat permanent. — ocaixxX., oïd /.tX., plu'ases elliptiques.
~~ Au lieu de 8i6 xaî ôi' aù-cou, on lit xai h aùrâJ B, K, L, al., syr^K, Chrys., Theodt; Sious-entendre un mot comme XÉyETac après tô ^.•^.i\'i. — Ilpô; 5oÇav (sous-entendu tou 0£o3) Si' r)[iôjv, et non tz^oç, oé'^oLv r\>^m, comme a lu la Vulgate, avec C, L, 0, f. B. 19-20. Qu'ils se l'appellent comment Paul, avec ses compagnons Sylvanus et ^imothée, les a évangélisés. Leur Christ n'était pas un Chi'ist do compromis, un ^'^l'istdont l'esprit, qui les remplissait comme ses porte-paroles, inspirât l'iiésitalion "^ns la croyance, ni les faux-fuyants dans la conduite. (Peut-être, comme le suggère
o'jy. ï-^ivfco va\ */.ai o'j, àXXà vaî èv aÙTW ^éyove^. 20. "Oaai yàp sTCaYYS^^tat Oîcu,, £V a'jTW TO vat 'oib xal oi' aÙTOj to àjj/JjV xw Ôsto TCpbç oo^av 3i' '/]jj.(î)V. 21. '0 ce
ScJimiedel, y a-t-il, ici encore, une allusion aux prédicateurs sans mandat que nous retrouverons aux chapitres x-xm, et qui ne présentaient pas l'image du Christ dans son intransigeante pureté, par laquelle toute vétusté est abolie, v. adloc. etv, 16-17). Dans ce vrai Christ qu'on leur a appris à connaître, tout est simple, droit, clair et définitif, comme affirmation du salut des hommes, du chemin sans détour qui les y conduira. Le mot yifowv/, qui affirme cette stabilité, rend un son d'enthousiasme {Windiscli).
Toutes les promesses de Dieu (c'est-à-dire celles des prophètes dans l'Ancien Testament) ont reçu dans Jésus-Christ leur accomplissement; Il est la parole de Dieu, le « Oui » répondu à toute espérance légitime des hommes. Le Christ n'est pas un roi « intérimaire », comme prétend Schweitzer. Ils n'ont qu'à attendre la réalisation, à travers les temps, de tout ce qui leur est déjà virtuellement et irrévocablement, accorde par rincarnation et la Rédemption. C'est pour cela que, dans leurs prières, ils prononcent le mot Amen, cette expression hébraïque qui signifie la pleine adhésion, la confiance parfaite dans l'efficacité des promesses de Dieu, à qui leurs demandes les ont rappelées ; elles se réaliseront, parce que Jésus-Christ s'en charge (8i' ftÙTou); et cette assurance des enfants est la gloire de leur Père (Tcpbç SdÇav). Il no tient pas sa parole seulement à demi.
Jésus-Christ, par une personnification hardie, est appelé « l'Amen » dans l'Apocalypse de sairit Jean {Apoc. ui, 14). Avec la plupart des auteurs {Lietzmann, Hciimûll.er « Im NamenJesu », Bousset, Bachmann, Menzies, Belser, etc., contre Gutjahr et très peu d'autres), nous croyons que saint Paul, en ce passage d'une poésie très haute, qui prépare l'élévation sur « la lettre et l'esprit» du ch. ni (v. infra), pense à r« amen » liturgique, hérité du service des synagogues, et devenu usuel dans les. églises chrétiennes (v. comm. de I Cor. xiv, 16), que le peuple prononçait à la fin de prièi'es adressées à Dieu au nom de Jésus-Christ : « per Dominum nostrum Jesuni Christum. — Amen », ainsi que nous n'avons pas cessé de dire depuis vingt siècles.
— — — A. 21-23. Faut-il faire de ces deux versets respectivement un sujet et un prédicat : 21. « Le Dieu qui nous affermit..,. 22 [est] aussi celui qui a mis son. sceau... »? ou bien faire de <iiQi, à la fin de 21, le prédicat, qualifié ensuite par les
participes de 22 : « 21. Celui qui nous alTermit, [c'est] Dieu, 22, lui qui a mis sou
sceau... »? La seconde construction est préférable et préférée. — p^Saiûy (clr I Cor. I, 8; Col. ii, 7), qui répond à l'Amen pour le sens, est un présent, coordonné à l'aoriste y.pc'aaî; partout ailleurs dans le N- T. (5 fois), le verbe xpîw a pour objet le Christ (Xpia-îd:, adjectif verbal), ^c^, iv, 27, x, 38 et citations d'/saïe et du Psaume,. Luc IV, 18 QiHeb, i, 9. — (îopxyiCTây.£voç et Sou;, également aoristes. Le verbe aippayrCsiv, « sceller », « marquer d'un sceau » est employé au sens propre Mat, xxvii, 613, Apoc. VII (15 fois), X, 4, xx, 3, xxii, 10, et en des sens métaphoriques, moraux ou. spirituels, Joh. m, 33, vi, 27, Rom. xv, 28, et en deux passages d'Eph. i, 13, iv, 30, qui sont à rapprocher de celui-ci. — ■ àppaSoSv (àpxSoSv), cfr Gen. xxxviii, 17, II Cor. v, 5,. Ep/i. i, 14, mot commercial phénicien [Sirack-Billerbeck, Ndgell, Mayser, etc.) signifiant « arrhes », au propre ou au figuré; tou 7:v£U[j.aToç est un génitif explicatit [Belser, Windisch) si i:v. signifie l'esprit participé, ou un génitif de partie (p^"' anthropomorphisme) si c'est le Saint-Esprit, — ^l'ô. e(; Xpcardv = « qui nous afleriuit dans [la communion au] Christ ».
Volter, et « Delafosse » qui s'en inspire, n'ayant pas su voir le lien de ces versets
VOUS fut par nous prêché, par moi et Sylvanus ei Timotliée, ne s'est pas fait « Oui et non », mais c'est le « Oui » qui en lui s'est réalisé. 20. Tout ce qu'il y a en effet de promesses de Dieu, elles sont en lui [devenues] : « Oui « ; c'est pourquoi aussi, par son moyen, !'« Amea » [se dit] à Dieu, pour [sa] o'ioire, par nous. 21 Or celui qui nous rend fermes avec vous dans le
avec le contexte, y découvrent des interpolations; pour Del., 21 est marcionite et 22 catholique.
B. 31-33. Paul revient à l'affirmation de sa constance, injustement mise en doute. Le Christ, il vient de le dire, est le modèle suprême de la fermeté, de la droiture, (le l'affirmation sans réticence, la plénitude des réalisations. Or, Dieu lui a donné, comme à tous les rachetés, de vivre en communion avec ce modèle; en l'affermissant dans cette communion au Christ, Dieu doit assurer sa fermeté, à lui surtout apôtre qui a mission de parler et d'agir au nom de ce Christ réalisateur (et non pas seulement sa « foi », cfr Windisch). Avec beaucoup de modestie, Paul ne réclame cependant, lorsqu'il dit « nous affermit avec vous », que cette fermeté qui doit être le partage de tout vrai chrétien.
Il cstlDeau et fortifiant devoir saint Paul placer ainsi la sincérité et la décision au nombre des marques les plus indispensables de l'union au Christ. Mais la valeur (le ces versets ne se borne pas à cette leçon morale.
Beaucoup d'auteurs ont remarqué d'abord que la pensée apostolique se porte distinctement sur les trois personnes de la Trinité, comme à xiii, 13, infra (Plummer, GiUjahr, Windisch, al.). Le Père (6 Oeoç^ donne l'onction, en unissant au Fils (Xp.) par le lien de VEsprit (::v.) répandu dans les cœurs.
Il est de plus fort probable, et la plupart des modernes l'admettent, que Paul fait ici mention des sacrements, quand il emploie les mots XP'-'^*? ^^ copaYtaa[j.£voç. Sa pensée s'était portée sur les cérémonies liturgiques avecl'w Amen » (v. 20, supra); elle demeure quelques instants fixée en ce domaine.
Les anciens d'une façon générale ne l'avaient pas remarqué; !'« onction » et le « sceau » n'étaient pour eux que des expressions figurées de la vocation apostolique ou chrétienne (ainsi encore Bisping, Schaefer, Sickenberger, Sales, Plummer, Bachmann, al.); d'autres, Corncly, T'oussaint, al., l'entendent spécialement des « charismes », ce qui nous semble une interprétation bien étroite, quand même on ajouterait {Cornely, al.) que les charismes constituent une garantie et une protection pour la grâce et les dons intérieurs. Ces opinions nous pai*aissent encore provenir de ce qu'on met un lien trop étroit entre II Cor. et I Cor., et qu'on ne voudrait, pour ainsi dire, rien retrouver dans la seconde Epître qui ne se rattachât à la Première .
Plusieurs des auteurs susdits ont toutefois apporté quelques distinctions. Par exemple Plummer voit dans le « sceau » une allusion probable au baptême; d'après Guijalir, les « arrhes de l'Esprit » signifieraient, à la diflërence de r« onction » et du « sceau )■>, réservés aux prédicateurs, toute la vie chrétienne basée sur le Baptême (3t la Confirmation; pour Bachmann, r« onction » englobe aussi le baptême au milieu des opérations générales de Dieu.
Nous croyons qu'on a le droit de préciser bien davantage. Comme l'observe Windiscli. les aoristes y^pfaa?, a^pay., oou;, marquant des actions transitoires, peuvent fort bien désigner tous des rites (Id. Lieizmann, Belser) ; acppaYÎÇEaOat, « marquer d'un sceau », a l'air ( Windisch) de s'opposer antithétiquement à la circoncision juive, donc ce serait le baptême {Bousset, Kyrios Christos^, pp. 227-s, note, voit dans le « sceau » la consécration au nom de Jésus, un déi'ivé des anciennes marques
|3£(3at(ov fj[ji,a; crijv ûjmv s-U Xp^TOV 7.al ypiaaq 'hf\).aq 0£o;, 22. ô y,ai cr(ppaYwa[;,£voç •/if^.aç y.ai Soùç rbv *àppa6(ova tou r,'fzù\).oi.xoq h Taïç -/.apoiatç 'i^[;.wv.
23. 'Eyw os [;,xpTupa tov 0îcv £7:ixaXoO[J-at ètcI t-/]v âiJ/Jjv lî^u^-i^v^ oti (p£tâ6[X£vcç ûj^-wv *0JX£Ti ^XOov £iç KôpivOov.
religieuses, stigmates imposés dans la chair des mystos ou des adorateurs on divers cultes païens, dans le Pont, à Hiérapolis. dans les cultes de la GrandelMèro, de Dionysos, de Mithra, voir Dôlger « Spliragis », 1911, cfr Heitinûller « Im Namen Jesu », Clemen, « Erlcliirung », p. 312. Rapprochements douteux).
Après l'ancienne exégèse jusqu'à Esdus, cette explication sacramentelle a fait son chemin. Cornélius a Lapide ramenait les deux termes 'fj?l<saz et aippay. à la confirmation, et aujourd'hui Windisch au baptême. Quoique le verbe y.pt'eiv, « oindre », no soit dit que du Christ dans le N. T., Lietzmann note que le substantif xP'<ï[^" 6st le nom d'un attribut des croyants dans I Joh. (ii, 20; 27, bis), et que ce terme désigne le baptême chez s. Grégoire de Nazianze (Or. 40, 4), tandis que, depuis Tertidlien (Debapt. 7), il signifiait couramment l'onction faite immédiatement après le baptême (la « confirmation ») ; quant au terme aippayt? (dit Rom. iv, 11, de la circoncision), il désigne le baptême déjà dans Hermas (Sim. ix, 16). Voir comm. de Lietzm., ad loc, Heitmûller, Dôlger, al. Par conséquent il est croyable que Paul a jdu parler ici de « rites ». Belser approuve Lietzmann, mais il tient à préciser : l'onction est le baptême reçu une fois (/.pt'ia; aoriste), d'où résulte l'affermissement continu ((îsSaiûv présent) que Dieu accorde aux baptisés ; et le sceau, qui, reçu aussi une fois (aopa- Yiaâ[j.£voç), nous a donné (So-^ç) les arrhes de l'Esprit, gage de progrès perpétuel, c'est la confirmation.
Nous admettons très volontiers cette exégèse. Peu importe que l'acte de l'onction (y^pi'aaç) ne soit nommé qu'après le présent continu (Σ6atCJv, « alîermissement » ; c'est la cause nommée après l'effet, pour l'expliquer.
Cette mention, au moins très probable, do ,1a confirmation après le baptême (cl'r Epli. I, 13 et IV, 30, où les deux actes peuvent être compris sous un seul mot), est uu trait précieux à relever dans lîf doctrine de Paul. Plus explicite est Héb. vi, 2.
. A. 23. [xâpTupa... 8-ct, construction hellénistique, voir Abel, p. 277. — ItC\
xrjv i[j.T)v il'uyrjv, formule de serment; cfr Mat. y, 36, (i.ï)Te èv tî) xsçaXfj aou ô[jLdc7T)?; mais il faut être un tolstoïen ou Windisch pour supposer que Paul ignorait le Sermon sur la Montagne, ou autrement aurait dû considérer cette prescription du Seigneur comme absolue. — oùxétc, « ne... plus », n'est jamais rencontré, ni en grec classique, ni dans la Bible, ni dans les inscriptions, ni dans les papyrus, comme synonyme de oSnœ, « pas encore »; ce qui condamne ù l'avance une certaine exégèse de ce verset (v. infra, B.). La leçon où/. (F, G, d, e, pes.) est beaucoup moins bien attestée.
B. 33. Les motifs inférieurs par lesquels celui-ci ou celui-là aurait voulu expliquer l'abandon du plan de voyage, Paul les a noblement repoussés. Maintenant il déclare aux Corinthiens très solennellement, en invoquant Dieu comme témoin, sa raison véritable : ce n'est point par versatilité, timidité, calcul astucieux ou manque d'affection et de confiance, qu'il a différé ou modifié son dessein, c'est par délicatesse, pai' ménagement pour eux, — et pour lui-même, à la façon dont il l'expliquera bientôt. S'il était venu à Corinthe à l'époque et dans les conditions où il l'avait annoncé, il aurait dû prendre, pour des raisons nouvelles qui lui étaient apparues, une attitude qui aurait pu jeter du froid dans leurs rapports de chaude amitié.
Il dit : « C'est pour cela que je ne suis plus venu ». Manière de parler sur la signification de laquelle on discute à n'en plus finir. Traduire oùxÉTt par « pa'i encore », comme Ambr^ ou lieinrici, ou l'assimiler pour le sens, malgré la lettre,
SECONDE ÉPITRE AUX CORIiNTHIENS, I, 22-23. 31
Christ, et qui nous a donné l'onction, [c'est] Dieu, 22. lui qui aussi a mis sur nous [son] sceau, et [nous] a donné les arrhes de l'Esprit dans nos coeurs.
23. Mais quant à moi, j'invoque Dieu comme témoin, sur mon âme, que c'est pour vous ménager que je ne suis plus venu à Corinthe.
à o6'7:w, comme Guijahv, c'est un contresens (v. supra, A.). Paul fait donc certainement allusion à une visite antérieure, où les uns veulent voir son premier séjour à Corinthe pour la fondation de l'église {Belser, al., tous ceux qui n'admettent pas le (c voyage intermédiaire »), et d'autres une visite plus récente, qui était intervenue entre l'envoi de I Cor. et celui de la précédente Épître. Ce sont les derniers qui ont raison, comme la suite le prouvera (v. Intr., p. viii-s. et comm. de ii, 1, etc., Exe. ii). Il est vrai qu'on pourrait encore à la rigueur, comme dit Windisch, comprendre : « Il ne m'a plus été possible (après ceci ou cela, et parce que je voulais vous épargner) d'accomplir mon dessein » ; mais cette interprétation est moins naturelle, et il est par ailleurs certain qu'il y avait eu une « visite intermédiaire » ; aussi croyons-nous que c'est elle qui est impliquée par l'adverbe oùxsti (Id. Godet, etc.).
Les partisans de la « théorie des Quatre Chapitres » (v. Intr. ch. iv, //) rapprochent ce verset de xni, 2, 10 (voir ad loc. et Exe. v), pour y trouver une de leurs preuves les plus convaincantes du fait que la lettre dont il va être question II, 3 (v. ad loc), destinée dans l'intention de Paul à remplacer la visite manquée, s'identifiait en tout ou en partie avec les derniers chapitres, x-xiii, de notre lettre. Mais j'estime avec Windisch, et pour d'autres raisons encore que lui, que ce rapprochement est très forcé. En effet, au ch. xm, Paul annonce sa venue en termes catégoriques et même menaçants ; est-il vraisemblable alors que ce chef énergique ait reculé, pour s'en excuser ensuite dans notre passage, en disant qu'il avait voulu user de ménagements? Il aurait tout simplement grondé et menacé pour faire peur; c'est alors que ses adversaires auraient pu lui reprocher de dire en même temps « Oui et non », ou « oui » quand il était sur le point de penser « non ». En fait, la fameuse « lettre intei'médiaire » ne devait pas annoncer un voyage qui n'a pas eu lieu, mais simplement faire savoir que Paul ne pouvait ou ne voulait plus venir à l'époque annoncée d'abord, quels que fussent les projets prévus pour une époque plus tardive. (Voir au comm. de xni, 2, et de xin, 10, qui supposent une intention différente, quoiqu'elle ait quelque analogie avec celle dont il s'agit ici et qui s'éclaircira au ch. ii, 3 : c'est un désir semblable de « ménagement » ; mais ce ménagement, ici, amène un délai du voyage, tandis que, au ch. xni, il n'y aura plus de délai annoncé, mais seulement l'expression par écrit de reproches assez durs, à Tadresse de délinquants plus déterminés).
IV. Paul s'explique au sujet d'une lettre substituée au voyage, et de ce qui
s'en est suivi (i, 24-ii, 11).
IxT. — Paul avait donc renoncé à son projet de voyage dans la crainte qu'un contact trop direct avec l'Eglise de Corinthe ne devînt, de part et d'autre, une source de sentiments et de dissentiments pénibles, — comme il l'avait déjà expérimenté une autre fois {11^ 1). Nous comprenons, aux versets II, 3-ss., que ce voyage a été remplacé par une lettre fort émue, oii il demandait réparation d'une faute ou d'une démarche affligeante que quelqu'un s'était permise dans la communauté. La majorité de l'église a accordé cette réparation et puni la faute; Paul [qui l'a appris par Tite, ainsi qu'on le verra au ch. VII) demande, maintenant que la chose est faite, que la sévérité fasse place à l'indulgence, car le but de sa lettre impérieuse est pleinement atteint : il a constaté l'obéissance de la communauté . — Voilà ainsi liquidé l'incident pénible de cette lettre, enméme temps que celui de la visite l'cfusée.
Pas une ligne en ce m.orceau qui ne soulève de problème : la « visite intermédiaire », puis la « lettre dans les larmes n, la nature du délit rappelé et la personne du délinquant, le caractère de la peine infligée, l'attitude da la communauté dans ces circonstances, tout cela fait l'objet de controverses entre exégctes qualifiés. Nous donnerons nos opinions en partie dans le commentaire, en partie en des excursus qui mettront au net notre synthèse, déjà indiquée Ii\Tn., p. viii-s.
Ch. I, ai. O'j^ OTi **/,upt£UO[j-ev 6{J^(J)V ^tyjç TCi'c"U£it)ç, aXKcx. auvapyoC èc>[).sv -îyjç yapaç û[;-wv* *tyî y^P 7i^'°"ï£^ éarv^xaTS. Ch. Il, 1. "E'/.ptva oè *à};,a'jTÔ touto, to [j/q
A. I, 34. Kupieûw gouverne le génitif comme d'autres verbes marquant la supériorité, Abel p. 185; il faut lire u(AâJv iri^ mGxecoç, avec \*, A, B, C, plutôt que t% tt. uixtov de D, G, V. lat., vulg.: alors, par sa position, ujitSv dépend plutôt du verbe que de maxzuiç, (Plummer) et le sons paraît être : « Nous ne vous régentons point au sujet de la foi », T^ç :rîcjT£w; ayant valeur d'apposition ou d'explication, comme s'il y avait devant une préposition telle que é'vsy.a (Erasme). — tïi m^Tzi n'est pas un datif d'instrument, mais marque le point de vue, l'aspect sous lequel ils « sont debout » ; il ne faut donc pas comprendre : « C'est par la foi [seulement] que vous vous tenez fermes », « c'est à la foi que vous devez votre fermeté » (Hofmann, Ileinrici, Krenkel, Gutjahr, al.), proposition de dogmatique générale qui n'aurait guère de rapport avec le contexte, mais « Ce n'est pas à propos de foi que nous aurions eu à vous reprendre, car, à ce point de vue, vous tenez bon » [Meyer-IIeinrici, Schmiedel, Plummer, Bachmann, Lemonnyer, Sickenberger, etc., après des anciens).
B. I, 24. Paul vient de dire qu'il avait voulu « les épargner » ; c'est donc qu'il aurait ti'ouvé chez eux quelque chose à reprendre. Il se hâte d'expliquer que ce n'est pas en matière de foi dogmatique. Et par là nous voyons déjà quel écart il y a entre la situation présupposée ici et celle que nous révélait la Première Épître, dans laquelle il avait fallu rectifier tant de fausses idées au sujet des principes moraux, de la résurrection, etc. Il a donc dû s'écouler beaucoup de temps entre les deux.
La foi spéculative n'était pas en question, mais seulement une conduite qui n'était pas en plein accord avec la croyance. Paul dit qu'il n'aura pas, à ce point de vue de la croyance, à exercer son pouvoir de maître; évidemment il aurait dû l'exercer si la foi avait été en danger de défaillir (Id. Windisch), et il ne faut donc
SECONDE ÉPITHE AUX COniNTHIENS, I, 24-ir, 1. 33
pas reconnaître dans sa déclaration, comme Chrys., Hervé, al,, l'énoncé de cette vérité générale que la foi est affaire de volonté libre, et non de contrainte. L'Apôtre veut reconnaître simplement que, dans le domaine de l'enseignement dogmatique, iisn'ontplus besoin d'instruction ni de correction particulière [Sickenbergcr^ Windisch, al.). Peut-être en même temps, comme plusieurs le croient, cette assurance de ne pas les tracasser au sujet de la croyance contient-elle une allusion dédaigneuse à la manière d'agir tout opposée des adversaires despotiques et brouillons qui seront attaqués aux derniers chapitres ; ce serait un nouvel indice de l'unité de l'Epître.
Pourtant, en sens tout contraire, les partisans de la pluralité disent que cet éloge de la foi corinthienne ne pourrait guère se trouver dans la même lettre que divers passages des « Quatre Chapitres •», par exemple x, 6, xr, 3-4, xin, 5 (v. infra, ad loc); mais, en ces réprimandes-là^ nous verrons qu'il s'agit non d'erreurs doctrinales actuelles, mais d'inconséquences pratiques, ou de périls futurs.
Bref, Paul spécifie bien que, quoi qu'il ait trouvé chez eux à redire, il ne met pas leur foi en doute; et il s'en réjouit, car il a soif non de redresser la doctrine, mais seulement de coopérer à son action dans les âmes, à la joie que doit produire l'épanouissement d'une vie de foi (1), — Qu'est ce donc qui s'est opposé à ses projets?
■ A. Gh. II, 1. 'É/.ptva, cfr I Cor. ii, 2, v, 3 : décision dernière, définitive, qui
s'oppose à l6ouXd[iï]v, « je voulais », de I, 15. — yap au lieu de U, B, 17, 37, sy;''». — Èjj.auT£) est un « dativus commodi »; la Vulgate a mal traduit par les mots « statui,.,
Ch. I, 24. Ce n'est pas que nous [ayons à] nous rendre maîtres de vous au sujet de la foi, nous sommes seulement les auxiliaires de votre joie; car, pour la foi, vous tenez debout.
Gh. II, 1. Mais je décidai que cela valait mieux pour moi, de ne pas
apud me », qui supposeraient plutôt èv l^xoi ou nap' Èp-auTU) [Belser). — :îàXiv omis copL; le Text. rec., après quelques rares manuscrits, joint ce mot à èXOeïv, et non à h XÙTCT); mais l'ordre des mots est indubitable; èXO. Tîpbç Otxas D, G, v. lat., vulg., changement sans importance. La grosse question est de savoir si l'adverbe TiâXtv se rapporte seulement à èXôeïv (« venir de nouveau, [ei cette fois] dans la tristesse »), ou à toute l'expression èv Xinr) iXOsïv (« venir dans la tristesse encore une fois »). Ce dernier sens est certainement préférable; car, outre qu'il est confirmé par d'autres passages (v. infra B, et Exe. II), il est évident que èv Xurr,, placé où il est, porte le ton avec tîocXiv. Ainsi Tliéophylacte (t'o 'rJXvt^ oûv.w^vi aùxôv x.al àXXoTs Xurc-rjOÉvia), Lietzmann, Bachmann, Windisch, Menzies, Sickenberger, Sales, IL D. Wendland, al., contre Théodoret, Pelage, Primasius, Cajetan, Estius, Groliiis, Baur, Ileinriel, Schnedermann, Belser, Gutjalir, al. Il est vrai que TiaXtv ne se rapporte pas nécessairement au mot qui en est le plus proche dans la proposition, ni dans l'usage classique, ni chez Paul (ainsi TràXiv — âirô May.eoovtaç — IXOeïv npôç u[;.aç de i, 16, Heinrici), mais alors il n'y a pas d'équivoque possible, ou bien l'adverbe jîxXtv se rapporte en même temps au tout de la phrase et à une partie de ce tout [Bachmann); ce qui est le cas ici, où il fauti^rendre ensemble les mots àv X>jjs7) âXOetv au lieu défaire de èv XiiTtr) une circonstance détachée, comme le àno Ma-/.e§. de i, 16. Que l'on compare Marc XIV, 39-s., où tîocXiv la première fols se rapporte à àreeXOciiv et ;:poa7iu?«To en
(1) Ou bien Paul se défend de vouloir régler despotiquement les manifestations où s'épanche la joie de leur foi; peut-être l'en avait-on accusé naguère, à propos de sa régle- "lentalion sévère des charismes (Voir I Cor. xiv).
SECONDE KPrrnE AUX CORINTHIENS. 3
*7raXtv èv XijtvV) Tcpbç b\)M<; èXGeîv. 2. El y^'P ^Y^ Xutcw «[xaç, v.od xtç ô eùçpaCvwv IX£ et \}''(]*o XuTCOU[^.evoç èÇ £iJ.oî> ;
3. Kal 'éypaii^a *xoÏÏto aùtb '(va [;/J] èXOwv Xutcyjv (X/ôi) à^' o)V eBsi [;,e )jatp£iv, xsTcoiOœç stcI xaVTûcç û|;,a!; oxi i^ £[j/J) xapà ';i;avTO)V 6[;.wv èaTiv. 4. 'E/. yàp tcoXXîjç
même temps, la seconde à IXOïbv et eSpsv aûrou; xaOeijSovTaç; ou encore /o//. i, 35, où ::dcXiv se rapporte au double fait que Jean vit encore venir Jésus, et le proclama encore Agneau de Dieu; TtàXiv Iv XÛTtv) peut se compai'er à ndJXiv ef? cpôSov de iîom. viii, 15 {Windisch). Il est très important pour l'exégèse, et pour l'histoire des rapports do Paul avec Corinihe, de choisir la bonne traduction.
B. II, 1. Paul dit maintenant pourquoi il a abandonné ou différé son projet de voyage. S'il s'était alors rendu à Gorinthe, selon son premier dessein, son séjour n'aurait guère ressemblé à ce qu'il avait d'abord voulu qu'il soit; car il y aurait trouvé trop de tristesses — tristesse pour lui-même, et tristesse pour l'église. Or il ne voulait pas recommencer l'expérience affligeante qu'il avait faite déjà une fois, dans une visite qui ne l'avait pas satisfait.
Ce sens est pour nous tout à fait certain; c'est ici la première allusion — la. première seulement — à ce voyage qui lui avait laissé de mauvais souvenii's, où il avait même été humilié (cfr surtout infra, xii, 21, ^.t\ nàXtv iXOévxoç p.ou TaTcetvaSar] {j.s ô 6e6ç, V. ad lac). Gela ne saurait être, malgré nombre d'auteurs, ni le séjour de fondation, ni une visite antéi'ieure à l'envoi de la Première Épître; il faut que ce soit, comme nous l'avons dit IjfTu. p. viii-s., un voyage qui eut lieu entx'C les deux Épîtres canoniques. Malheureusement aucun [autre écrit ne nous en parle, et Paul ne le fait que par allusion, craignant, en ces chapitres, si pleins d'abandon affectueux, de trop remuer et préciser des souvenirs désagréables pour lui-même et pour les autres.
Aussi les exégètes n'arrivent pas à se mettre d'accord sur ce point d'histoire. Gomme la preuve de notre opinion doit être assez compliquée, nous la remettons
à l'ËXCURSUS II,
— — — A. 3. xai Ttç xtX,, phrase elliptique; on lit x«\ xt? èaiiv D, E, F, G, K, L, 0, P, al., latt.; le /.ai, ici, est emphatique. — 5 Xuiroiijjisvoç, « celui qui est peiné », a ici une valeur indéterminée, collective, au lieu de viser un individu comme « celui qui avait causé la peine » des versets 5 et suivants.
B. 3. Admirons, dans toute la suite de ce morceau, la délicatesse de Paul, la maîtrise qu'il exerce sur ses pi'opres sentiments, et en même temps sa grande prudence. S'il a renoncé à sa visite, c'est qu'il aurait trouvé trop de peine à faire de la peine aux autres, ce qui eût été pourtant inévitable. Le principal dommage, dit-il, aurait été pour lui; car il avait besoin de joie paternelle, et à qui la demander sinon à ses enfants chéris, c'est-à-dire à ceux-là mêmes que sa sévérité aurait mis en disposition chagrine? C'est là un des traits les plus touchants, et certainement il est fort sincère, de la tendresse humaine qui se manifeste si souvent dans les épîtres de Paul. « Chaque communauté, dit Windisch, est pour l'Apôtre l'aimée, la « fiancée » qu'il ne voudrait jamais voir que dans la joie, et dont il ressent toutes les peines avec plus d'intensité, peut-êti'e, qu'elle-même «. Cfr xi, 2, 28-29, ad lac. « Cor Pauli, cor Christi ».
... A. 3. 'ÉYpatJia n'est pas un « aoriste épistolaire », mais il signifie certainement
ici un écrit envoyé dans le passé; D, E, F, G, ai. y ajoutent &[j.ïv; cfr infra, ii, 9. — TouTo «ù-td peut prendre occasionnellement valeur d'adverbe (comme II Pet. i, 5 =: « par là même », « pour cela même »), mais seulement avec un verbe intransitif, ou un transitif dont l'objet est exprimé; ce n'est donc pas le cas ici; autrement il faudrait d<; auto touto [Plummer, Windisch, al.); aùxô -coïïto ne peut donc signifier que l'objet
venir chez vous clans la peine une fois encore. 2. Si en eifet je vous niets dans la peine, qui est-ce alors qui pourrait me donner de la joie, si ce n'est pas celui qui est dans la peine de mon fait?
3. Et je vous ai écrit cela justement pour ne pas recevoir à ma venue de la peine du côté de ceux dont il m'aurait fallu recevoir de la joie, moi qui ai mis en vous tous cette confiance que ma joie est la vôtre à tous. k. Oui, c'est du milieu d'une grande affliction et d'un serrement de cœur
môme, le contenu de la lettre dont il s'agit : *( Je vous ai écrit cela même » ou « Je vous ai justement écrit cette lettre, pour que, etc. » Ainsi presque tous, contre Théodoret, Zahn, B. Weiss, P. Wendland et quelques autres. — La négation [j.rf porte il la ibis sur âXOtiv et X6:tY)v ayto : « afin que je ne vienne pas et ne trouve pas de chagrin »; quoique, à la rigueur, on puisse aussi comprendre comme s'il y avait è).Oà)v [J.ÏÎ : « afin que, si j'allais [ou quand j'irais), je ne trouve pas de chagrin » ; le contexte est bien plus en faveur de la première traduction (v. in[ra, à B) ; — Xiiîrrjv È7:t Xii;cT)v de D, E, F, G, al., syr^\ latt. {vidg. : tristitiam super tristitiam) est une assimilation à Pliil. II, 27. — ISït peut être un « irrealis » : « il aurait fallu », ou tout simplement un passé, comme k'ypatj/a. Toutes ces considérations grammaticales ont, comme on va le voir, leur importance pour l'exégèse.
B. 3. Paul n'est donc pas allé à Gorinthe, et, au lieu de faire le voyage, il a écrit une lettre; au moins seront évités ainsi les heurts trop durs d'une explication face à l'ace. Ses fidèles trouveraient de la joie à lui en donner, il en est persuadé toujours, et, en de pareilles conditions, il seraient empêchés de le faire, ce qui aggraverait chez eux la tristesse causée parles reproches de l'Apôtre. Ainsi son abstention n'est pas le résultat d'un manque de confiance, elle est dictée au contraire par cette assurance d'une communauté de sentiments (la neTuotÔYicri; notée i, 15), qu'il a souci d'exposer le moins possible à' un refroidissement; dans les circonstances les plus troubles, l'Apôtre ne voulait pas douter de cette union foncière, chez aucun groupe de ses convertis. Et c'est parce qu'il y tenait qu'il a montré cette froideur apparente. Subtilités du cœur, où surtout il ne faudrait pas voir, comme quelques-uns, une ironie!
La lettre dont il s'agit n'est certainement pas l'épître présente, contre l'avis de quelques anciens ; car l'aoriste eypalx n'est pas épistolaire, mais un passé comme exptva du V. 1 (auquel il est coordonné, le v. 2 formant une sorte de parenthèse) ; le V. 9 d'ailleurs le pi*ouvera tout à fait (v. infra, ad loc). Cette lettre ne peut pas être non plus la Première Épître aux Corinthiens, malgré beaucoup de commentateurs; le ton et le contenu, d'après ce que laisseront deviner les vv, 4-s., 9, ne s'accordent pas avec pareille identification. Enfin, quoi qu'en pensent des modernes, elle ne peut s'identifier davantage avec les « Quatre derniers chapitres » de II Cor. ne fût-ce que pour cette raison que le sujet dont elle traitait ne paraît même pas touché aux chapitres x-xiii. Question compliquée, qu'il faudra traiter en excursus. Mais déjà nous pouvons poser que c'était la fameuse « lettre, intermédiaire » dont on a tant écrit, la « troisième lettre » adressée par Paul aux Corinthiens, la « deuxième lettre perdue ».
Quel en était l'objet au juste? Sur ce point encore il y a divergence entre auteurs qui croient comme nous à la « lettre intermédiaire ». Les mots touto aùro (qui ne sont pas ici une locution adverbiale, v. supra à A) ne se réfèrent-ils qu'à un point particulier de cette lettre, à l'annonce de la remise du voyage et des motifs qui la justifiaient? Nous pensons plutôt, avec le grand nombre, que c'est à tout le contenu de la lettre, de cette fameuse lettre qui avait produit tant d'effet à Gorinthe (v. infra,
36 SECONDE ÉPiTRB AUX CORINTHIENS, I, 24-11, 11.
OXftj^ewç /.al auvo^vjç y.apSt'aç eypa^j^a ùy.h §ià tcoXXwv Bay.puwv, 0'j)j l'va Autc'^OvJts,
5. El Se Ttç 7^eXi5:r"/)y«£V, où/, Èj;<s XsXutcyj'i^sv, àXXà *àTi:b \fÀpooç, ïvoc [f.-q *£TCi5apw, -îcavTftç ù\).aç. 6. 'Ixavbv *-ïw tcioûtw '^ èKitt^aia a'Jtvj il; ûtîo twv tcXeiovwv, 7. wai-
II, 9; VII, 8-s., 12), « ces choses-là », « cela » (touto), « cela à quoi vous pensez tous et dont il est inutile de vous rappeler ici les détails », Voir encore I'Exgursus v.
— — — A. 4. La position de Trjv à-foinr]v devant ïva est emphatique — TispiaaoTiptoç, cfr I, 12.
B. 4. Cette lettre était certainement une de celles qui avaient fait murmurer certains malveillants, jusqu'à leur faire répandre peut-être des insinuations comme celles-ci : « Paul ne dit pas tout ce qu'il pense; voyez, il a perdu, par l'eifet de sa susceptibilité, toute confiance en vous; il en a assez de vous, il cherche la rupture ».
L'Apôtre, dans un vi'ai cri du cœur, révèle sans fausse honle quelle fut la sincérité et la profondeur de son émotion quand il écrivait; il avait le cœur sorx'é, il en pleurait, à cause de l'inconduite ou de l'ingratitude de ses enfants, du regret qu'il avait de renoncer à son voyage, de toute la peine qu'il éprouvait et de celle qu'il était obligé de faire. « Qui est malade sans que j'en sois malade? Qui est scandalisé sans que je sois sur le feu? » (xi, 29). Ce viril, cet indomptable- combattant n'était pas un impassible stoïcien; c'était non un sentimental, mais un tendre, qui ne rougissait pas de laisser voir et d'avouer ses lai'mes {Act. xx, 19, 31, 37; xxi, 13). . C'est lui qui a recommandé à tous, même aux plus forts, de pleurer avec ceux qui pleurent {Rom. xii, 15). Jésus n'avait-il pas pleuré?
Un tel cai'actère attribué à sa lettre empêche absolument, à notre avis, d'y reconnaître la Première Èpître; et il ne s'accorde pas bien non plus avec le ton général des chapitres x-xiii. Voir toujours l'Excunsus v, infra.
Ainsi, la « lettre intermédiaire », malgré ses sévéï'ités (infra, vu, 8, 12), était aussi avant tout, dans l'intention de son auteur, une manifestation d'amour, de cette confiance, de cette union de cœur que Paul affirmait et réclamait dès les premières lignes de la présente Epître.
. A. 5. Jusqu'à XeXij7irixev2, Hofmann et Zahn voudraient voir une question :
« N'est-ce pas moi qu'il a attristé? »; opinion bâtie « with peiverted ingenuity », dit
Plummer. — ànb [^.épooç, expression classique équivalente à xa-cJc [^ipoç, èjtl [xépouç, e/.
[iépovç, et particulièrement fréquente chez Paul (3 fois Ro?n,, 6 fois I Cor., deux fois
dans notre épître, cfr i, 14, supra), signifie d'une façon très générale « en partie »,
soit qu'il s'agisse de nombre, soit d'intensité, « quelque peu » (ôXîyov -ci, ThéopJiy-
lacte); elle ne peut en tout cas vouloir dire «pour un temps », comme le croit
Hofmann, qui la rapporte à ix.av6v du verset suivant. A quoi faut-il ici la rapporter?
On a voulu la joindre à "kihirJ. ou à où/i è;j.£ XeXiirerixEv : « il ne m'a affligé qu'un peu »,
« ou qu'en partie » ce qui n'est pas possible, car hXXd ne peut avoir ce simple sens
limitatif (cfr Tertullien, al.); ou bien comprendre {B. Weiss) : « il n'a été qu'en
partie cause du chagrin » des Corinthiens. Mais c'est à mvxai uf^aç qu'il faut la joindre :
« Il vous a chagrinés tous — jusqu'à un certain degré » ; le mot « tous » empêche
de restreindre ce déplaisir numériquement à une partie de la communauté. — Autres
difficultés et divergences concernant le mot èniSapâ. Le verbe èmSxpéoy (synonyme
rare de ÈTctSapuvw) se trouve deux autres fois dans le N. T., seulement chez Paul,
I T/iess. 11, 9 et II T/iess. ui, 8, au sens d'« imposer une charge » matérielle.
On n'en rencontre pas d'autre que celui-là (au physique ou au moral) dans la
littérature ni les papyz'us. Cependant Preuschen-Bauer et beaucoup de traducteurs
modernes, avec raison sans doute, lui assignent ici une signification secondaire.
SECONDE ÉPITRE AUX COniNTHlENS, I, 24-11, 5-7. 37
que je vous écrivis', avec beaucoup de larmes, non afin que vous soyez jetés dans la peine, mais afin que vous le connaissiez, cet amour dont je déborde pour vous.
5. Pourtant, si quelqu'un a causé de la peine, ce n'est pas moi qu'il a peiné, mais — à quelque degré, pour ne rien dire de trop, — c'est vous tous. 6. C'est assez, pour celui dont il s'agit, de ce châtiment-là qui [lui a été infligé] par la majorité, 7. en sorte que, par une mesure contraire, il
intransitive, qui serait celle de « entasser une charge de paroles », « exagérer » (ainsi Schmiedel, Heinricf, Lietzmann, Loisy, Lemonnyer 1923, Belser, Sickenhergen, H. D. Wendland, Delafosse, al.), un peu comme on dit familièrement en français « charger » pour « faire des exagérations » par la parole, la plume ou le crayon. On traduit aussi [Menzies) : « pour ne pas attacher trop d'importance à la chose ». Pour d'autres cependant, qui laissent èrctp. transitif, Paul déclarerait qu'il ne veut pas trop charger le coupable ou la communauté. — En tout cas, les mots l'va p/ èjti(3. doivent être pris pour une parenthèse, et il ne faut pas y rattacher comme complément ceux qui suivent, que ce soit rcavraç seulement {Mosheim, Ohhausen, Bibliander, al.), ou nd^vraç uf^aç, avec Tert. (1), Viilg., Luther, al.
Bref, il y a eu bien des manières de traduire, dont plusieurs doivent être rejelées (voir à B, infra). Et celles-là sont :
[Si quelqu'un a été cause de chagrin, ce n'est pas moi qu'il a chagriné], si ce n'est en par • lie [ou quelque peu); [je parle ainsi] pourn'avoir pas à vous charger tous. [si quelq'un, etc.], mais c'est en partie, (pour ne pas charger tout le monde), vous. [si quelqu'un, etc.], mais c'est en partie, pour que je n'aie pas à vous cfiarger tous.
Tout cela n'est pas très intelligible; et encore moins peut-on comprendre avec llofmann et Zahn :
[Si quelqu'un a causé du chagrin], n'est-ce pas moi qu'il a chagriné? [Oui]; mais, pour un temps (afin que je vous charge pas tous trop lourdement), 6. il suffît de la peins qui..., etc.
La bonne traduction est celle-ci :
[Si quelqu'un a causé des peines, ce n'est pas moi qu'il a peiné] ; mais c'est en partie {ou ù un certain degré), — pour ne pas exagérer, — vous tous.
B. 5. Dans ce verset et les suivants, Paul rappelle l'événement, ou la série d'événements, qui l'a porto à renoncer au voyage, et à le remplacer par une lettre si émue; il le fait afin de régler les dernières conséquences des mesures qu'il y avait prescrites ou suggérées, et que la communauté de Corinthe a prises déjà, comme il le sait par le rapport de Titus (v. infra, vu, 7, 12-ss.).
Volontairement, l'Apôtre ne parle que d'une façon voilée, et c'est même avec un certain embarras, qui se sent dans l'obscurité du style; il lui répugne, le sentiment est visible, de rappeler ces choses-là, qui du reste sont déjà réparées pour l'essentiel. Paraphrasons ce verset, pour y mettre un peu de clarté :
« Si quelqu'un — je ne le nomme pas, vous le connaissez bien — a excité ces troubles atlligeants qui ont donné occasion à ma lettre, ce n'est pas tant moi qu'il a
(1) La Vulgalc : « sed ex parle, ut non onerem omnes vos = mais [il m'a ou il a conli'islé] en parlie, [je parle ainsi] pour no pas vous charger tous », ne donne pas de sens Jiien clair.
To'jvavxiov [j.ôcXXov h\>.diq ^apîo-aaOai y.cà Tïapay.aXsaai., \i:fi tcox; r?) TzspiaaoTÉpx XÛtîY) •/.aTaTroO-?) b toioutoç. 8. Aib *TrapaxaXô b\).aq '/.upwaai elç a'Jtbv àYa7cr,v'
9. stç TOUT© yàp xai SYpa-l^a, ïva Yvw rJ]7 Sox,',;j/r]v 6;j-à)V, eî £?<; Tcàvxa 67:1^x001 èo-uE.
10. ^P Ss Tt ^^aptÇscrOs, /àYtô' *xat y^? ^Y'^ Y.z-/^âpiai).y.i, si' ti y.exapit^I^'îci, 5i' 6;j.a:
aflligé que votre communauté tout entière. Car je sais bien que vous en avez tous eu de la peine; il n'est personne d'entre vous qui n'ait reg-retté l'incident; — au moins (car il ne faut rien exagérer) dans une certaine mesure ».
La manière de parler est certes précautionneuse. Paul sait fort bien que, avant la réception de sa lettre et l'arrivée de Titus, un certain nombre des Corinthiens avaient pris l'incident pénible avec beaucoup d'équanimité; et, môme après (v. infra, vv. 6-s.), tout le monde n'avait pas bien compris la gravité de la chose. Pourtant il s'agissait de quelque olTense qui, au moins indirectement, avait atteint l'Apôtre d'une façon cruelle; sans cela, Paul n'épouverait pas le besoin de mettre sa personne lioi's de cause. Des malveillants, ou des indifférents sourdement hostiles, complices du coupable, avaient pu dire : « Cela le regarde, lui, et pas nous ». Il veut leur faire sentir que cela les regardait bien tous, et [qu'il a moins lieu de s'adliger pour lui-même que pour la communauté, dont ils font tous partie, et où il croit impossible qu'un seul fidèle nen ait pas ressenti, au fond, un peu de gêne. Il y a quelque amertume refoulée en des expressions telles que « à un certain degré », « pour ne pas trop dire », qui en préparent, nous le verrons, d'autres où la plainte sera moins voilée.
Si nous avons choisi, pour traduire fva \à\ è7:i6apâ5, des mots comme « pour ne pas trop dire » ou « pour ne pas exagérer » (avec Lieizmann, Lemonnyei\ 1923, al.) plutôt que : « pour ne trop charger personne » {Phunmer, Bachmann, Gutjahr) ou « pour ne pas trop me plaindre », ou « pour ne pas le charger à l'excès » (c'est-àdire le coupable), c'est que la première traduction s'accorde mieux avec les autres réserves de Paul dans ce passage (v. infra, v. 6), et que d'ailleurs, comme dit justement Lietzmann, ce n'était guère décharger cet homme que de dénoncer son offense comme ayant atteint, d'une façon ou de l'autre, toute la communauté.
La suite montrera, à travers les expressions volontairement imprécises de l'Apôtre, quelle pouvait être à peu près la nature des torts. En tout cas, contre les anciens et des modernes comme Belser, il faut affirmer que c'était tout autre chose que Vinceste puni dans la l»"" Epîtrc, et dont il n'est plus question en notre lettre. D'abord, comme on va le voir, la manière de procéder de Paul, dans la présente circonstance, avait été absolument dillcrente de la nette et irrévocable sentence d'excommunication portée contre l'incestueux; ensuite, Paul n'aurait pu parler d'un forfait si grave dans les termes extrêmement mesurés qu'il emploie ici. Voir à I'Excursus 111, et comm. I Cor., p. 122-s., al.
■ ■ A. 6. ÏKavo'y, neutre, quelque chose de déterminé qui est suffisant; iDeut-êtrc un terme forensiquo, ainsi que le suivant, — è7:tTt[j.i'a, qui, en attique, signifiait «jouissance des droits civils », mais, par antiphrase, prit le sens hellénistique de peine ou châtiment approprié, comme déjà en classique les mots voisins â;:fc([j.iov et èTttTi(jt.aw; il ne se retrouve dans la Bible que Sap. .S'a/, in, 10; — toioutoç n'a pas ici la même acception de mépris que / Cor. v, 5, 11. mais signifie simplement « l'homme en question », ou « l'homme en cette situation » qu'on ne tient pas à nommer. — yj l%o -rOv TtXstdvwv = « la [peine infligée] par la majorité », un des sens classiques de 7tX., et non pas « par un grand nombre » ou « par un nombre croissant » (cfr Meyer-Heinrici).
A, 7. ToùvavTÎov (crase), omis sah.; — |j.aXXov omis A, B, pes., Aug., et placé après OaSç D, G, got.; — ô TotfjuToç, comme au v. 6.
vaut mieux que vous lui fassiez grâce et le réconfortiez, de peur que celui dont il s'agit n'aille se laisser engloutir dans l'excès de la peine. 8. C'est pourquoi je vous engage à prendre à son égard une décision de charité. 0, Carmêaae c'est à cette fin-là que je vous ai écrit, de connaître à l'épreuve si vous êtes en tous points obéissants. 10. Mais à qui vous faites grâce de quelque chose, moi aussi; moi, en effet, ce dont j'ai fait grâce, — si j'ai
B. 6-7. Paul continue la parenthèse, ou la petite digression, qui, à partir du v. 5,. a introduit dans les explications de sa conduite passée (affaire du voyage et de la lettre) des directions au sujet de ce que les Corinthiens doivent faire pour répondre aux ordres ou aux désirs exprimés dans cette lettre. C'est qu'il savait par Titus rentré de Corinthe (v, infra, vn) qu'il y avait eu à ce propos des hésitations et des dissentiments.
La communauté avait délibéré, sur l'invitation de Titus et probablement de la lettre elle-même, touchant cet incident pénible dont Paul leur avait mis la gravité sous les yeux. La majorité en avait compris l'importance, et infligé au délinquant (quel qu'il fût) un châtiment assez sévère; c'était sans doute son exclusion temporaire des réunions communes [Windisch, al.) jusqu'à ce qu'il revînt à résipiscence. Une minorité. cependant avait fait opposition, trouvant la peine trop grave, et murmurant peut-être que Paul et son envoyé exerçaient sur eux une pression tyrannique. Ainsi le comprennent la plupart. L'Apôtre, en spécifiant .• « parla majorité », pense sans doute avec quelque déplaisir à cette minorité qui n'a pas souscrit, et qui n'observe peut-être la décision officielle que pour la forme. (C'étaient, pensons-nous, les mêmes contre qui Paul avait bien d'autres griefs, qui vont se préciser peu à peu). Cependant l'Apôtre a dû appi'endre que le coupable, personnellement, s'était soumis et manifestait du regret, très affecté qu'il était par la punition. Bien qu'il ait laissé à la communauté le soin de régler toute cette affaire (où sa personne devait être trop directement engagée pour que les gens méfiants fussent convaincus de son impartialité, v. supra, à 5), il exprime l'avis que la peine infligée était bien suffisante, ou qu'elle a duré assez, et qu'il serait bon, équitable, de revenir sur cette mesure (xoûvavutov), d'en faire grâce, de la remetti-e (sens alors commun de )(^«ptÇo[jiat), puisqu'elle semble avoir produit son effet sur le coupable. Ce n'est point qu'il reconnaisse que les opposants pouvaient avoir raison, mais par indulgence pour cet homme, dont la tristesse même, qui n'est pas une révolte, semble indiquer suffisamment le repentir {Lietzmann,Plummer, al.). ■
Ainsi le comprennent aujourd'hui un bon nombre d'exégètes {Schmiedel, Toussaint, Menzies, Windisch, etc., avec des nuances que nous discuterons Exe. m). Plusieurs cependant renversent les rôles que j'ai assignés à la majorité et à la minorité; suivant Kennedy, K. Laite, Plummer, Hofmann, Zahn, Bachniann, al., c'est la minorité qui aurait réclamé une peine plus rigoureuse ou plus prolongée, croyant ainsi entrer dans les vues de Paul; et celui-ci proclame que, au contraire (toivavTtov) de cette opinion qui lui aura été manifestée {Plummer] probablement par Titus, il se met du côté de la majorité plus indulgente, et cela pour une raison do compassion charitable. Si cette interprétation me plaît beaucoup moins, c'est qu'elle me paraît ne pas s'accorder très bien avec l'allure générale de la lettre, où Paul s'en prendra, de plus en plus vigoureusement, à une certaine minorité qui lui donne toujours de graves sujets de plainte, et qui doit représenter toujours les mêmes factions. La suite et les Excursus éclaircii'ont ce point.
Toujours est-il que cette façon de traiter l'affaire ne convient nullement au cas de '< llncestueux », qui était devenu clair pour tout le monde, et sur lequel il n'y avait
40 SECONDE ÉPITHE aux corinthiens, I, 24-11, 11.
£V Trpoo-WTCW XpwTOu, 11. tva \}.-}i irXeovsy.TVjOîoiJ.ev û~b tou Saxava* oj Y<5:p aûxoy
pas lieu à tant de tergiversations, ni do disputes sur la g-raduatiou de la peine. Contre les anciens, Guij'a/tr, Belscr qui voit ici la levée de l'excommunication, et d'autres. Voir àTExc. III.
— ^ A, 8. xupcoaai : le mot y.ypo'w, de l'avis à peu près unanime, est à prendre ici en son acception technique et classique de « donner force de loi », prendre une décision ofTicielle.
B. 8. Paul engage donc les autorités de Corintlie à rendre une ordonnance qui mette fin à la punition, en rétablissant le coupable repenti dans la pleine communion de l'église et de sa charité (àyartriv). Il ne veut faire que les « engager » (un des nombreux sens de rapa^aXéco), parce que ce n'est pas lui qui a porté le jugement (comme il l'avait fait dans le cas de l'incestueux), et qu'il y avait peut-être à tenir compte de certaines circonstances dont on ne pouvait jug-er que sur place.
I A. 9. K*\ È'Ypatj'a, cfr supra, 3 et 4, ne peut absolument pas ici être un « aoriste épistolaire ». — 8oxt;x7Î (épreuve, preuve), mot qui apparaît sept fois chez Paul (4 fois II Coi\. 2 fois Rom., 1 fois Pliil.), est absent de la Bible grecque, ainsi que du reste du N. T., et ne reparaîtra que dans la littérature chrétienne, et aussi chez le médecin Dioscoride, au siècle suivant, ce qui invite à croire que ce n'est pas Paul qui l'a forgé {MouUon-Milligan).
A. lO. Encore une phrase elliptique, comme la précédente; signe possible do quelque embarras dans la dictée. — y.£7apia[ji.a[, même sens qu'au verset 7; le double parfait montre bien que Paul parle d'un pardon déjà accordé avant la composition de cette lettre; eV -et x£-/^ap. ne peut être une glose, contre Baljon. — h rpoacixw Xptatou = « à la face du Christ » qui regarde d'en haut favorablement [Preuschen- Bauer), cfr Prov. Sal. viii, 30, où la Sagesse dit : eÙBpaivdfxïiv h Tipoac&^w «ùtoî» (i. e. 0ïou), Eccli. xxxii (xxxv), 6 : ]xt\ ôoGîi; èv njoac&jro) y.upbu xsvo'ç; sens différent de iv, 6 (v. infra), mais ici encore xpoc ne signifie point « personne »; voir supra à i, 11.
A. 11. Il faudrait rattacher au verset précédent 11» (l'va... carava). — ;rXeovEXTsa} (4 fois en cette épître, 1 fois I Thess. iv, 6) comme jiXsovIxtyis (pas ici, mais 4 fois en d'autres épîtres) sont des mots rares dans les LXX, et particuliers à Paul dans le N. T.; TïXeoveÇta (II Cor. ix, 5, cinq fois ailleurs dans les Épîtres) apparaît aussi Marc, Luc et II Pet. — ffaTavôî?, dix fois chez Paul, et toujours avec l'article, excepté xii, 1, est certainement un agent personnel, le diable. — vor^jj-ara, « pensées », « calculs » ou « intentions » ; Ambr^' : « astutias » ; Tert. : « injectiones » ; Vulg. : ici « cogitationes », ailleurs autrement.
B. 9-11. Paul estime (après les rapports de Titus) qu'il peut recommander en toute sûreté l'indulgence, sans crainte de favoriser l'indiscipline ou les factions. L'église n'a pas à redouter qu'une remise totale ou partielle de la peine aille contre les intentions de Paul manifestées dans la « lettre intermédiaire » ; car le but principal de cette lettre était de fournir aux Corinthiens l'occasion de prouver leur obéissance, que l'incident mystérieux avait donné à Paul quelque lieu de mettre en doute. Or, ce but a été largement atteint par la sentence vindicative que la communauté, à la majorité de ses représentants, donc oiïiciellcment, a rendue (cfr infra, vu, 11-12).
De toute évidence, il ne peut s'agir ici du scandale de l'incestueux, et de l'enregistrement pur et simple que la communauté avait eu à faire de l'excommunication portée i)ar l'Apôtre en personne (v. comm. I Cor. et Exe, m).
Au reste, Paul tient à rappeler que, soit dans sa lettre de plaintes elle-même, soit dans dans les instructions qu'il avait fait porter par Titus, il avait lui-même indiqué en quelque sorte la voie de la conciliation et de l'indulgence (ce qui ne
SECONDE Él'IÏRE AUX CORIM'HIENS, I, 24-11, 11. 41
fait grâce en quelque chose, — [c'était] à cause de vous, à la face dit Christ, 11. pour ne pas laisser Satan abuser de nous; car nous n'ignorons pas ses intentions.
convient guère à I Cor. v!), en remettant personnellement une partie de ce qu'il aurait pu exiger. Le délit l'avait atteint de quelque manière lui-même, dans son honneur ou son autorité (cfr supra, v. 5, la concession de « où-/. èjj.È XeXwyixev ») V cependant, s'il avait bien quelque chose à pardonner pour son propre compte (eV xt y.Ey&^ia}xa.i), il s'est donné garde d'insister, ou de charger Titus d'insister, là-dessus; il a mis de côté, autant que son devoir d'apôtre le lui permettait, ce qui ne touchait qu'à sa personne. Si donc les Corinthiens veulent faire grâce, qu'ils necraignent pas d'aller contre aucune de ses intentions, avouées ou secrètes; il ratifie d'avance tout ce qu'ils décideront en ce sens.
Cette modération, qu'il aurait bien pu ne pas porter si loin (combien il avait dû^ on fait, avoir le droit de se sentir blessé !j, il en a pris le parti « à la face dus Christ », sous l'inspiration du Christ. Et il l'a fait pour que les juges de Gorinthe se montrent modérés eux-mêmes (8t' 6(jLa;, c'est-à-dire « pour que vous m'imitiez »)^ Ce n'est d'ailleurs pas seulement sa magnanimité, ni son indulgence et sa compassion paternelles {supra, à 7) qui l'ont poussé et le poussent à agir de la sorte, c'est l'intérêt de la communauté, que Satan entoure d'embûches, et où il ne manque pa& d'instruments perfides (v. infra, comm. de xi, 13-15, sur les « faux apôtres >). Pauf les connaît bien, et il ne veut pas leur laisser le moindre prétexte d'entretenii*quelque aigreur, d'exciter quelque dissentiment parmi ses fidèles, en accusant l'Apôtre et les autoiùtés qui suivent docilement ses directions, de dureté, d'esprit de vengeance ou de domination, ni de lancer n'importe quelle autre calomnie (v. infra, comm, de viii, 20-21, de x, 2-3, 8, xii, 13, 16, xni, 3, etc.).
Remarquons comme en celte épître, — • plus qu'auparavant dans sa correspondance, — Paul, devant la grave situation de l'église corinthienne, qu'il s'efforce par afTcction de voiler en ces premiers chapitres, mais qu'il sera bien obligé de dénoncerplus tard, se sent aux prises avec l'Adversaire en personne, Satan qui a réussi à s& glisser dans la famille du Christ (cfr infra, iv, 3-4; vi, 15; xi, 3, etc.), sous son masque préféré de ministre de justice ou d'« ange de lumière ». Il ne faut pas négliger cette observation, si l'on veut bien comprendre la place et la vraie portée deces chapitres du début, si pleins par ailleurs de confiance et d'effusions.
V. Retour au récit interrompu et aux confidences. Enthousiasme, et amorce d'une apologie totale (ii, 12-17).
I^ï. — Ayant achei'é cette digression sur la « lettre intermédiaire » {Il y retiendra VIT, 8-ss. à un point de fuie plus intime), et éclairci les questions encore pendantes qui en étaient sorties, Paul revient assez subitement au récit qu'il avait abandonné 1, 15 {ou, si l'on préfère, II, 3), et se remet à parler de ce qui lui est arrivé en Asie, et après cela, lorsqu'il est passé en Macédoine. Mais aussitôt le souvenir des grâces de Dieu le ressaisit. Les triomphes de son apostolat, qui se sont déclarés au milieu de circonstances si difficiles, revivent devant ses yeux comme le soleil qui brille parmi les nuées sombres. Il salue cette œuvre de Dieu avec un lyrique enthousiasme, échauffé encore par le profond sentiment qu'il a de la petitesse de sa personne en face des grandes choses dont il est l'instrument. Car il connaît, lui, la disproportion de ses facultés naturelles à la mission divine qui lui a été confiée; et c'est là ce qui le distingue de beaucoup d'autres... et c'est pourquoi, lui, il réussit. — Ces dernières phrases sont comme un prélude aux divers développements qui rempliront les parties suivantes : la glorification du ministère apostolique, le contraste entre la faiblesse humaine des apôtres et la puissance de l'action dicinc qui passe par la leur, enfin « l'apologie » contre ses adversaires, destinée à rétablir, dans leur perfection d'efficacité surnaturelle, ses rapports avec Corinthe. Les traits de cette polém.ique nécessaire vont s'accuser de plus en plus, jusqu'à l'explosion des chapitres X-XIII.
Les fils qui relient toutes ces parties entre elles ne sont pas très visibles, mais ils existent et on les découvre. Ainsi le verset 12 n'accuse pas en réalité une saute de pensée. Paul se met à pai'ler de son passage en Troade, puis en Macédoine, parce que ce fut le résultat de son renoncement au plan de voyage (supra, /, 15-16) dont il a donné les raisons; et de Imitas, parce que, comme on le verra au ch. VII, ce ■disciple avait été chargé de porter la fameuse lettre dont il a été question, ou certainement du moins d'en surveiller l'effet dans l'église de CorintJie; mission grave et hasardeuse, qui tenait Paul dans une attente pleine d'anxiété. A quel moment étai^ survenue cette aggravation de maladie qui mit l'Apôtre tout près de la mort? On ne peut le préciser; mais ce fut sans doute avant que Titus s'en allât avec son message, puisque les Corinthiens avaient dit l'apprendre par lui (v. supra comm. de I, 8-ss.). Les fidèles connaissaient le lien de tous ces événements, et il n'était donc pas besoin de le leur expliquer. Le récit de Paul n'avait point pour eux cette apparence d'incohérence qu'il prend pour nous autres exégètes,
Y ôiiQV avait découvert que II, 16^-IV,5 seraient une interpolation, attendu que IV, 6-s. formeraient une suite plus naturelle à II, k-16^ ; il ne sei'a pas difficile de le réfuter. Au v. l(t recommence pour « Delafosse » une longue section marcionite qui ira jusqu'à VII, 2, avec quelques interpolations « catholiques » ; chacun comprend Paul comme il peut.
A. 12. ol de transition, ou de reprise d'un sujet antérieur; — métaphore de la « porte ouverte », cfr I Cor. xvi, 9 (v, co?nm.); — Iv xupto), par la puissance du Seigneur et pour les affaires du Seigneur.
A, 13. £a-/-/i/.a équivaut ici, à peu près, exceptionnellement, à un aoriste; ou bien il dénote la proximité de l'impression, comme si elle durait encore; — àveaiç apparaît 3 fois en celte épître, 1 fois ailleurs chez Paul, II Thess. i, 7 et 1 l'ois Act. xxw, 23;
SECONDE ÉPITIIE AUX CORINTIHENS, II, 12-13. 43
Cil. II, 12. 'EXOwv *Ss e'.ç T-J]v TpwàSa elç, to sùaY^éXtov tou Xpurrou, xa». "Oùoaç l^'Oi «V£a)Y[ji,£V<]ç èv xupuj), 13. où/, sa^'/jxa *ave(jtv to) *TCV£'j[;.aT( [xau *to) a-/] eûpeïv t'.s TiTOV xbv àSsXfpôv [xou, àXXà à-OTaçâij.svoç *a'J-oîç è^îjXOov sic Mr/.£§oviav.
Cil. II, 12. Donc, étant arrivé en Troade pour l'évang-ile du Christ, et une porte m'étant ouverte dans le Seigneur, 13. je n'ai pas eu de détente dans mon esprit, du fait de n'y avoir pas trouvé Titus mon frère; mais je me suis détaché d'eux et suis parti pour la Macédoine.
cfr vil, 5 oùoejjii'av Ic/^riy.Ey àvEatv ^ ficèçÇ TiaCiv, tout à fait analogue au présent passage, où il s'agit de « détente » pour le 7:veî>[Aa; c'est qu'ici nnOixa ne signifie qu'« esprit » au sens d'« âme », cfr comm. I Cor., Exe. v, 2°. — tÇ [xr) eupeïv, datif causal; on lit To [Jiri s. L, P, Toû [JLT) 6. N»*, C^, et èv T(o p e. D, E, 17. — aÙTot;, les Convertis de Troas ou de la Troade, accord ad sensum.
B. 12-13. En reprenant sa nari'ation, saint Paul passe sur les événements qui ont entouré son départ d'Ephèse après l'émeute A'Act. xix, et parmi lesquels il faut sans doute compter sa maladie. Attristé par bien des circonstances fâcheuses, entre autres par la nécessité d'avoir dû changer son plan primitif d'aller à Gorinthe, il s'est dirigé vers le Nord, après avoir confié à Titus une mission pour cette église, et probablement son écrit. En attendant le retour de son envoyé, il se proposait d'évangéliser la Troade (ou la ville d'Alexandrie Troas, aujourd'hui Eski-Stamboul), où les deux étaient sans doute convenus de se retrouver, une fois remplie la difficile mission du lieutenant. Paul prêchait probablement ailleurs encore sur la roule, et rien n'indique que des persécuteurs l'y aient suivi (v. supra, au comm. de I, 8-9). La Troade lui offrait même de bonnes conditions pour son travail (la « porte ouverte »)• Mais son esprit restait agité de mille soucis; et s'il escomptait la détente que lui procurerait le retour de Titus, avec la bonne nouvelle que les affaires de Gorinthe étaient réglées, il fut déçu, semble-t-il, et plus tourmenté que jamais par l'inquiétude, devant cette absence de Titus qui se prolongeait d'une manière imprévue. N'y pouvant plus tenir, il partit à sa rencontre (1), (d'après l'itinéraire qu'il avait fixé à son messager), en Macédoine, dans cette Macédoine qu'il n'aurait dû revoir qu'après Gorinthe, s'il avait pu réaliser son plan primitif. Il ne semble même pas avoir réfléchi, observe Windisch, que le bateau de Titus et le sien auraient pu se croiser en route sans se voir. C'est une marque touchante de confiance à l'égard des Corinthiens (la 7C£jt;ot'0r]atç de i, 15, cfr sa confidence de i, 8) que de leur avouer ainsi sa faiblesse. Mais n'était-ce point par sollicitude pour eux, à cause de la place de choix qu'ils tenaient dans son cœur et dans ses projets, qu'il avait ainsi quitté un peu brusquement le champ d'apostolat fructueux que lui offrait le nord de l'Asie? Qu'ils comprennent donc comme il les aime, malgré les sévérités de sa lettre récente!
- A. 14. OpiajjiSeiJov-t : on ne s'accorde pas sur la nuance exacte du mot. Le
verbe Opta[^.6£Ûw n'apparaît qu'une autre ibis dans le N. T., chez Paul lui-même, Col. Il, 15, 6pia6e>iaat aÙToùç èv auTw, ViUg. « palam triumphans illos (c'est-à-dire les principautés et les puissances) in seraetipso » ; il possède là un sens transitif, et non causatif. En grec littéraire, Gpta,u6, n'a que ce sens principal, et les acceptions dérivées l'estent dans la même ligne : intransitif c célébrer un triomphe », puis « mener
(1) Non sans avoir fondé à Troas une communauté qui devait être de quelque importance, à en juger par Ad. xx, 6-12.
44 SECONDE ÉPITUlî AUX COniNTHIENS, H, 12-17.
Tyj>; Y'i'wt^st'X; *a'JTOu (jpavîpouvti oi' '^[^.wv èv TcavTc tÔttw. 15. "On XptarTOu eùwSb èai^sv TCO Gsw èv toiç *o-(oÇo[;,£yoiç xaî âv Tofç *à7:oX)vU[xévoiç, 16. olç j^.sv ôcir}] *èx OavaTou elç Oavaiov, clç Bs bap/q *ïv. Çwrjç eîç Ço)fjV.
quelqu'un caplif clans son triomphe », {Pluiarque, « Vie d'Antoine », 84, al.); d'où « exposer aux insultes » (de la foule comme ce captif), S. Grég. de Naz., 2, 297, Migne, ou « rendre public », « livrer au public » (comme 8ï)i;.oCTieuw, Suidas, Photius; cfr ixOptaaScijîiv, s. Basile,] « De Spiritu sancto », xxvii; è/côptafxStaO^vai -cô itpoi-^^ci, B G U, IV, 1061^9). Nulle part Op. n'apparaît avec le sens causatif de « faire triompher »^ comme d'autres verbes de môme formation, (JaaiXgustv pour dire « faire roi » {Jiid. IX, 6, al.), jj.aOr)TeÛÊtv pour « faire disciple », « enseigner » {Mat. xxvirr, 19), contre Belser. Aussi croyons-nous qu'il faut exclure ce sens (comme premier) bien qu'il soit admis de beaucoup d'anciens et de médiévaux, S. Tliomas, al., de Schmiedel, Lemonnyer, Belser, Sickenberger, etc. Il faut comprendre que Paul est mené dans le cortège triomphal de Dieu, soit comme caplif [Heinrici, Bousset, Plummer, Bachmann, Gutjahr, al.), soit [Ramsay, « Luke t>, p. 297 s.) comme soldat, hn pesc/ntto choisit le sens le plus fort : « qui nous donne en spectacle » ; T/iéodoret, un sens atténué, lucptà-ceiv, « emmener çà et là » : TTjSe •acx.y.zXcsz mpid-^n, en nous faisant voir à tout le monde « StjXouç r\ij.i<; arMivi àTïoçaivwv »; et c'est celui que prend Lietzmann (« herumfûhrt ») avec d'autres; Windisch reste hésitant. On ne peut d'ailleurs exclure l'idée d'une participation de Paul, qu'il soit représenté en premier lieu comme captif ou comme soldat, au triomphe de Dieu; comme explique Chrysostome : « xâS Opia[x6e'iovTt, tout èaTtv Tôi -aai TTotouvTt 7:êpiçaveï? » (« qui triomphe, c'est-à-dire qui nous met en vue à
tous les regards ») è;c£i8àv OpiajJiScuaai BcY), àvàY^ï) Tcaaa v.aX Y)tj.aç touç cpépovTOcç to TpoVaiov
xaTaSïjXou? eîvat, I:îet8r) auTov paoTocÇoy-sv (« quand il faut triompher, il est de toute nécessité que nous-mêmes, les porteurs du trophée, nous soyons bien en vue, du moment que nous le portons (le Christ) ». Nous traduirons donc, croyant n'exclure ainsi aucune de ces nuances : « ... qui nous emmène dans son triomphe ». (Voir Plummer, Bachmann, Lietsmann, Moulion-Milligan Y oca.h., etc.).
'Ev Tw XpiaTôî ; celte expression, ou d'autres similaii-es, apparaît, dit Plummer, plus de cincfuante fois dans le N. T., et presque toujours chez Paul, c'est-à-dire dix fois plus souvent que la « justitication par la foi » ; l'union au Christ, sous toutes les formes, est donc l'idée centrale de ces épîtres — ainsi que de tout « l'évangile de Paul », — comme nous l'avons montré au comm. de I Cor. — t?1? yvcoasto? est probablement un (( génitif d'apposition » à (îa(;.)iv; c'est la connaissance même, c'est-à-dire la connaissance de foi commune (contre Menzies : v. Comm. I Cor., p. 106-s.) touchant le Christ (auquel aùioîS se rapporte) qui est comparée à une odeur.
A. 15, Introduction d'une image nouvelle qui développe la précédente; les LXX ont fréquemment [ô(Tjj.r|] eùojStaç tw xupt'w, en parlant des sacrifices; mais ici l'idée de « sacrifice » n'est pas en vedette, v. à B, infra. — tôî OeSi est omis K, Origène, Augustin, mais certainement authentique. — Les participes awÇ. et ânoXX. sont à prendre au même sens que I Cor. i, 18 (v. notre comm.), c'est-à-dire « ceux qui sont sur la voie du salut » ou « de la perdition ».
A. 16. h Oav. dç Oh., k/. %. ei? Ç., cfr m, 18, k^o S6Çr)ç eîç 8d|av, et Rom. l, 17, é/. 7ïî<jtew; EiçrîaTiv; le double èx est bien attesté, quoiqu'il manque D, E, F, G, K, L, latt., vulg-, arm., sans doute supprimé à cause de la difficulté du sens.
La dernière phrase du verset (xat (x.avdç), qui ouvre des considérations toutes
nouvelles, aurait été mieux rattachée au v. 17. — Le « tam » de la Vulgate ne so retrouve en aucun texte grec et il altère le véritable sens, v. infra à B. 17.
14. A Dieu pourtant grâces [soient rendues], qui toujours nous emmène en son triomphe dans le Christ, et qui fait éclater l'odeur de sa connaissance, par notre moyen, en tout lieu! 15. C'est que nous sommes le parfum du Christ, pour Dieu, parmi ceux qui se sauvent et parmi ceux qui se perdent, 16. aux uns uae odeur [qui fait passer] de mort en mort, aux autres une odeur [qui fait passer] de vie en vie.
B. 14-16. Dès que le nom de la Macédoine, ce pays de chrétiens si fidèles, a été dicté, l'âme mobile de Paul se sent tout éclairée d'un rayon de soleil, qui perce les nuages des mauvais souvenirs. Ce n'est pas seulement parce qu'il y a enfin trouvé Titus, qui l'a rassuré sur l'affaire de Corinthe (cfr Plummer, Menzies). La cause de sa joie est plus universelle : « toujours », « en tout lieu », c'est l'évocation de triomphes d'apostolat tout récents, et de réconfortantes impressions du jour même, — puisqu'il est encore en ce pays quand il dicte sa lettre. Le changement est si soudain, qu'on aime à se fig-urer avec Plummer, dans une évocation pleine de sensibilité pittoresque, les yeux du secrétaire se levant avec surprise vers le visage inspiré de son maître.
Paul s'est tourné vers Dieu, avec une gratitude triomphale. Ce n'est pas que les peines lui manquent là plus qu'ailleurs, dans ces vieilles et chères communautés (v. infra, vu, 5). Mais il voit le Christ y poursuivre ses conquêtes avec un éclat qui soulève d'enthousiasme le cœur de son apôtre. Lui-même ne se considère point comme l'auteur de pareils succès ; nous sentons dans ses paroles la même humilité qui lui faisait dire dans la Première Epître : « Moi, qui ne suis devenu apôtre que par force, malheur à moi si je n'évangélisais pas! » (I Cor, ix, 16-17). Cette fois il se pi'ésente lui-même comme un des vaincus du Christ autant qu'un de ses soldats, comme le rebelle dont il a triomphé sur le chemin de Damas (quelques anciens, Zôckler), et qu'il a fait rentrer dans son cortège victorieux, après cette espèce de fuite dans laquelle, sous la poussée des soucis et des chagrins, il avait quitté la Troade [Bachmann).
Mais ce captif-soldat ne peut se dissimuler la part active qu'il a forcément dans le triomphe de son chef; Chrysostome l'a fort bien exprimé (v. supra, à A. 14) ; portant le Christ et les trophées, il ne peut échapper à la gloire. C'est par lui, nul ne l'ignoi'e, que se répand cette connaissance du Christ, qui, comme une odeur expansive et pénétrante, a quelque chose de plus secret, mais aussi déplus intime, qu'une vision [C/irys., T/ieodt., Pelage, al.). — On a beaucoup discuté pour savoir si cette image très expressive se rattache à la précédente, celle du « triomphe », et si Paul a pensé à l'encens qu'on brûlait en cette cérémonie, ou aux sacrifices qui y étaient offerts aux dieux de Rome [Bisping, Cornely, Menzies, al.); mais, de fait, aucun des Pères, qui connaissaient le cérémonial de ces fêtes mieux que nous, n'en a eu l'idée; il est plus vraisemblable que Paul passe à une nouvelle figure qui va se continuer aux versets 16 et 17, et qui, à la différence du « triomphe » représentant l'action extérieure de Dieu, a rapport aux réactions intimes que l'Evangile produit dans les âmes.
Et pourtant, il en est deux sortes, de ces réactions, Paul le sait et le constate trop l^icn chaque jour. Il semble que sa parole ne laisse personne indilTérent (voir comm. ï Co/'., Exe. I, ce que nous avons dit de son éloquence); mais, dès qu'on l'entend, on devient l'ami ou l'ennemi du Christ et de son apôtre. Il y a des âmes bien disposées, en quête loyale de vérité divine ; celles-là, dans l'annonce évangcliquo, dans le ines- '^f>8'e de la Croix, reconnaissent la sagesse et la puissance de Dieu, elles montent alors à des degrés de vie de plus en plus hauts, vers la vie éternelle. Mais il en est
Kal Tcpoq TauTa Tiçly-avôç;
17. Où yâp è(j[j.£V (î)ç *o'. TzoXXol * '/.aizrikeùovxeq tov Aoyov tou Oeou, àXX' wç èç *£ÎXixpiV£ia;, àXX' (î)ç èy, ©eoU *xaTÇvaVTi BeoO sv Xpiaiw XaXoîJiJ.sv.
d'autres qui craignent de connaître Dieu tel qu'il est, et qui, lorsqu'il leur est révélé, vS'irritent de ce qu'elles jugent folie et scandale ; celles-là, qui étaient déjà mortes, tombent, par leur refus volontaire du salut, à des états de conscience de plus en plus mortels, se précipitant vers l'éternelle mort. Ainsi le Christ — quand c'est le vrai Christ, — est dressé en « signede contradiction », « pour la ruine et la résurrection d'un gi'and uombre » (Luc, n, 34); et, comme dira s. Jean, « Ceux qui font œuvi-o de vérité viennent à la lumière », et « quiconque fait le mal hait la lumière et ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient blâmées » {Joh. ni, 21, 20); cfr encore I Pet. ii, 7-8.
Nul doute que l'idée de Paul soit la même, sans y exagérer pourtant, comme le fait Bousset, l'insistance sur la prédestination; car il ne s'agit que du chemin normal du salut ou de la perte, non d'une issue fatale (sur les participes présents, aw^à^svai et l'autre, voir comm. I Co7\, p. 14, al.). L'image du parfum qui vivifie ou qui tue (con tinuation de la précédente) peut avoir été suggérée à l'Apôtre par des théories thérapeutiques et zoologiques de son époque (voir Tert., Chrys., dans Plummer, Windisc/i), mais elle a une source beaucoup plus certaine dans l'A. T. et le rabbinisme. Strack et Billerbeck rappellent les odeurs de Dieu, d'Abraham, des noms de saints dans Bereschith rabba et déjà les Targums; surtout on peut penser au « parfum d'agréable odeur » ôa[j.Y) eùtoSiaç, que, dans la Bible, les sacrifices font monter vers Dieu. Lohmeyer parle del'» odeur delà sagesse », spiritualisation de celle du sacrifice et du Paradis; dans Phil. iv, 18, s. Paul combine lui-même les expressions « odeur de suavité », 6j[a. eùwS,, et « sacrifice agréable », Ouatav Zzv.x-fy) [Lietzm.j. Il est donc assez naturel de penser, pour le présent passage, aux impressions produites chez les uns ou chez les autres par le sacrifice de la Croix. Pour les uns, dit Hofmann, le Christ est mort et reste mort (aussi ils demeui*ent dans la mort eux-mêmes); pour les autres, il est ressuscité vivant (et il les fait revivre); suivant Lemonnyer, r« odeur pour la mort » est celle que Jésus crucifié et mis au tombeau exhale et qui donne la mort aux incrédules ; l'odeur « pour la vie » est perçue de ceux qui croient à sa résurrection; cette interprétation s'accorderait bien avec divers autres passages do notre épitre (p. ex. iv, 10-12, v. infra). Le texte de la Vulgate : « odeur de mort pour la mort », « de vie pour la vie » revient au même pour le sens, et ce serait une expression plus frappée, de plus grand effet littéraire (1).
Au milieu des « combats au dehors, frayeurs au dedans » et du « réconfort » (v. supra, i, 4) que Paul semble avoir éprouvé simultanément en Macédoine, dans un contraste plus aigu que jamais, il est saisi d'une sorte d'épouvante à se sentir l'instrument d'une telle discrimination des âmes, pour l'éternité : « En face de cela (de telles responsabilités, Plummer), qui donc est à la hauteur? » La réponse viendra au ch. m, v. 6. Mais lui faire dire : « Qui est à la hauteur autant que nous le sommes [tam idoneus) ? », c'est tout à fait méconnaître sa pensée, et lui enlever sa sublimité
(1) Pour la critique historique, parler ici de mystique iranienne ou autre, ce ne sont que des spécimens des rapprochements forcés et baroques dont l'exégèse syncrétiste ne sait se passer (cfr Windisch et d'autres); la filiation avec l'Ancien Testament est directe et suffisamment éclairante. — Pour la critique littéraire, Vôlter n'a aucun droit de rattacher directement le « trésor dans les vases d'argile » de iv, 7, au « parfum » des présents versets, afin de pouvoir supprimer les pages intermédiaires; c'est de la logique outrée, d'autant plus que le « trésor » n'est pas du tout nécessairement un parfum (v. ad loc).
Kn regard de ces. choses-là, qui peut suffire?
17. Car nous ne sommes point comme ces nombreuses gens qui brocantent avec la parole de Dieu; mais comme en toute pureté, mais comme de la part de Dieu, face à Dieu, c'est dans le Christ que nous parlons.
dramatique (voir v. suivant, B; cfr fulg., Bachmann, al.). Le prophète Joël (ii, 10) exprimait une idée voisine (avec le même mot Uavo? dans les LXX) : « Qui suffira à l'ah'ronter (le Jour du Seigneur) »? Paul aussi se sent en face du jugement de Dieu (cfr Joli., ni, 18), mais lui avec le sentiment terrible d'en être l'agent! Ce beau passage finit dans un frisson.
A. 17. yap indique que ce verset explique la question émue qui précède. — oî XoiKot au lieu de o\ noXkoi, dans D, E, F, G, g, syrr., arm,^ force l'idée de Paul et est certainement une fausse leçon (v. infra, B.). — xa;criXe<iovir£ç : ce verbe, qui est classique, mais ne se trouve pas ailleurs dans la Bible, vient de x.artïiXo; (2 fois LXX), qui veut dire « détaillant », ou « revendeur », « colporteur », « brocanteur », ou « cabaretier ». Isaïe, i, 22, nomme ainsi les marchands qui mêlent de l'eau au vin ([u'ils vendent (au moral) ; cfr aussi EccU. xxvi, 29. Les auteurs classiques et hellénistiques, Hérodote, Eschyle, Platon, Philon, Lucien, Pldlostrate, etc. emploient souvent les deux mots au sens défavorable, pour stigmatiser ceux qui trafiquent avec les grandes choses, qui fraudent ou lésinent avec la vérité, et ainsi de suite. On discute sur l'analyse de 17a. Faut-il faire de xanyiXstSovres le prédicat de èdfjiev et traduire « Nous ne sommes pas, comme le grand nombre, gens à trafiquer de la parole de Dieu » (ainsi Lietzinann, Plummev, Loisy, Delafosse, al.)? ou plutôt joindre le participe à oî 7:o>Xot, et comprendre : « Nous ne sommes pas comme ces nombreuses gens qui trafiquent, etc. », avec BacJimann (qui compare x, 2, al.), Menzies, Lenionnyer, Toussaint, Gutjalir, etc.? Windiscli hésite, mais je crois, pour ma part, que la deuxième interprétation s'impose.
A 17'', (î)ç2et <î);3 ne sont pas des particules de comparaison tendant à atténuer les termes qui les suivent, mais elles signifient au contraii'e « en tant que », « parce que » ; cfr Joh. i, 14 (SdÇav fùç, (xovoYevouî), I Pet. iv, IL (e'i ttç XaXsï, w; Xdyta Osou), al.; Windisch : « [nous sommes] comme [ceux qui parlent] devant Dieu, etc. » — -/.aTsvavT, (•/.aievtoTîiov E, F, al.) se retrouve xii, 19, Rom. iv, 17, et six fois dans les Synoptiques mais n'est pas classique.
B. 17. Paul, évoquant la redoutable puissance du ministère apostolique, s'est demandé avec une sorte d'effroi ; « Qui donc en est capable? » (v. 1^'^). Lui il s'effraie, parce qu'il sait ce que c'est. Il veut transmettre la parole de Dieu telle qu'elle est, dans toute sa pureté et sa force, avec une loyauté parfaite, au nom de Dieu, et pas au nom de Paul, sous l'œil de Dieu qui voit ses intentions et son exécution. Rien d'étonnant s'il sent ses facultés humaines disproportionnées à pareille tâche. Et subitement il se met à penser à d'autres, — non à ses collaborateurs, ni aux autres prédicateurs ayant mission authentique (donc pas à « la plupart y(; comme on voudrait le lui faire dire), mais à des instructeurs sans mandat, comme sont, au milieu, hélas ! de beaucoup d'autres qui parcourent les églises, ses adversaires de Corinthe, — à d'autres donc qui cherchent des profits tout humains, des bénéfices ou de la gloriole, dans la « parole de Dieu » (l'Évangile), qui la dosent, qui la mêlent à Wrs propres conceptions, qui édulcorent le « langage de la Croix », l'altèrent par des mélanges avec le mosaïsme périmé (v, infra) ou par leur « gnose » suspecte. A ceux-là elle ne fait pas peur, parce qu'elle n'est plus divine, leur Christ étant « oui et non » et ils ne pousseraient pas le cri que le véritable Apôtre vient de faire entendre. Paul pense à leurs manières d'agir, avec indignation, chagrin et mépris; ce sont pour
lui des falsificateurs ou « des brocanteurs » cherchant leurs petits bénéfices. Comme dits. Jérôme (sur Is. i, 22, cité par Plaminer) : « Tout docteur qui prend l'autorité des Écritures, par où il a le pouvoir de reprendre ceux qui l'écoutent, pour la tourner en moyen de gagner leur faveur, profane le vin des Écritures, et le gâte avec ses sentiments à lui »; car « ils mêlent ce qui est d'eux à ce qui est divin » {C/irys.}. Qu'on se reporte aux chapitres de I Cor. sur la « Sagesse » (surtout au ch, m, 10suivants), et aux derniers chapitres de la présente lettre.
Cette volte-face véhémente, qui fait pressentir les foudres de « l'apologie » finale, montre assez que Paul s'y préparait déjà sous ses effusions du début, et que l'afTairo spéciale réglée désormais au mieux par Titus n'était point la seule à le tourmenteiau sujet de Corintlie; il ne peut pas, ou ne veut pas, s'interdire d'en donner dès ses premières pages un avant-goût. Ce sont les « accords d'ouverture », comme dit ■Gutjahr, de la nécessaire polémique qui doit venir briser toutes les oppositions dangereuses persistant après l'arrangement partiel dont Paul se réjouit si sincèrement en ces premiers chapitres. Il faut reconnaître que ces accords sont fortement appuyés; même aux chapitres x-xiii, Paul n'en dira guère de plus fortes contre les <( brocanteurs » de l'Evangile, ces faux apôtres, où la suite immédiate nous invitera à voir surtout des Judaïsants.
\Le chapitre III se rattache à la fin du IP sans aucune discontinuité. Voici Paul déjà lancé dans le premier acte de sa controverse, qui va d'ailleurs changer très vile son ton agressif en celui d'une haute contemplation doctrinale^ fort au-dessus de toutes les contingences. Mais, comme ces deux premiers chapitres ont soulevé plus ■d'un petit problème historique, ayant son importance pour juger de toute l'Epître, nous ferons bien d'interrompre le commentaire pour essayer de les résoudre, en quelques excursus. C^est : 1° la question de la « visite iNTEnMÉDiAiRE » ; 2° la nature Au DÉLIT que Paul a dû faire réprimer par l'église de Corinthe; 3° le changement des j>LANs DE VOYAGE en rapport ttvcc ces faits; i° la « lettre intermédiaire », et 5° la mission OE TITUS et ses suites],