XXXVIII INTRODUCTION
Dieu. La vie morale est indissolublement liée à l'initiation religieuse, les deux vies n'en font qu'une. L'effort est nécessaire. Paul y exhorte les fidèles avec chaleur. Dans cet ensemble dogmatique, une large part est faite à la morale (vi). Ce qui fait défaut et qu'on retrouvera plus loin, ce sont les applications à des cas particuliers. Puis l'exhortation se termine par l'espérance de la vie éternelle.
Pour la quatrième fois, la considération de la Loi ancienne se présente; il est clair qu'un chrétien mùrt dans le Christ en est affranchi (vu, 1-6). Mais alors quel était donc le rôle de la Loi? quel est le rôle du précepte divin, de toute ordination divine positive? Réponse : une telle loi a pour but de faire connaître le mal, mais, s'il n'y a rien de plus en présence de la loi que la nature humaine, le péché sera le plus fort, et la connaissance du mal ne fera qu'augmenter le nombre des transgressions (vu, 7-24). Ce tableau si sombre serait déprimant s'il ne se terminait par un appel à Jésus-Christ qui déjà nous a délivrés (vu, 25). L'Apôtre reprend donc la description de la lutte, mais non plus entre la raison et le péché ; elle a lieu entre la chair et l'esprit de Dieu qui habite en nous (vrii, 1-13). Cet esprit sera certainement vainqueur, et la vertu de Dieu s'exercera pour notre salut. Et en effet, ce qu'il se proposait, ce n'était point un plan limité aux conditions de la vie mortelle. Il entend donner des frères à Jésus-Christ pour partager sa gloire (viii, 14. 17). Ce dessein ne sera point frustré (vin, 18), tout le suggère : l'aspiration de la créature (viii, 19-22), les gémissements de ceux qui espèrent (viii, 23-25), l'Esprit lui-même qui prie en nous et pour nous (viii, 26-27), et surtout la volonté de Dieu qui a tout ordonné à cette fin (viii, 28-30). Arrivé à ce point culminant, l'Apôtre est pris d'un saint enthousiasme pour cette merveille de l'amour de Dieu dont rien ne saurait le séparer (viii, 31-39).
Mais d'autres n'ont pas le même bonheur. La question juive revient encore, et Paul la traite, comme toujours, moins pour combattre les prétentions des Juifs que pour résoudre une difficulté élevée contre la Providence de Dieu. C'est un fait que les Juifs pour la plupart n'ont pas écouté le Messie, et c'est d'eux qu'il était venu et par conséquent à eux qu'il était envoyé. A quoi donc leur ont servi leurs privilèges (ix, 1-6)?
N'est-ce point, l'Apôtre le laisse entendre sans le dire, un échec pour le plan divin? — Non, répond-il, parce que l'incrédulité des Juifs ne suppose pas moins la toute-puissance de Dieu que leurs privilèges d'antan. Dieu les avait choisis, par pure faveur; il en choisit d'autres (ix, 7-18). Et ce n'est point là injustice de la part de Dieu. Il y a dans sa conduite un mystère que la créature ne doit pas avoir la prétention de sonder (ix, 19-21). Dieu peut, sans injustice, tolérer patiemment des pécheurs pour manifester sa miséricorde en faveur de ceux qu'il appelle,
INTRODUCTION
Juifs ou gentils (ix, 22-29). D'ailleurs Israël est en faute : il ne veut pas comprendre quelle est la vraie justice où se trouve le salut, il s'est obstiné, il s'obstine encore à chercher sa justice propre (ix, 30-x, 4), tandis que la vraie justice est dans le Christ. Or cette vraie justice, que Moïse lui-même avait laissé pressentir (x, 5-8), elle a été prêchée par l'évangile (x, 9-15). Les Juifs peuvent-ils objecter qu'ils n'ont pas entendu (x, 18), ou qu'ils ne pouvaient comprendre (x, 19)? Mais non, ils ont agi comme Isaïe le leur reprochait déjà (x, 20-21).
Aussi bien la réprobation d'Israël n'est ni totale (xi, 1-10), ni définitive (xi, 11-21). Quand les gentils seront convertis, les Juifs viendront à leur tour (xi, 25-32), et ce sera le triomphe de la sagesse, de la bonté, delà puissance de Dieu (xi, 33-36).
On voit que le thème une fois proposé (i, 16-17), il y a comme une préparation à la démonstration (i, I8-11). La démonstration elle-même a un double objet ou plutôt porte sur deux moments de l'action divine : d'abord dans la justification, ensuite dans la vie chrétienne, et soit la justification, soit la vie chrétienne; ne doivent être comprises que comme l'inauguration ou l'attente de la vie éternelle. Les deux thèses sont : 1) la justification n'est point le fait de l'homme agissant pour conquérir sa justice propre, mais le fait de Dieu qui justifie celui qui croit; 2) la vraie vie chrétienne n'est point une lutte inutile de la raison impuissante à observer la loi, mais un triomphe de l'esprit sur la chair.
A côté de ces points positifs, il y a les regards jetés par l'Apôtre sur l'économie ancienne pour montrer l'harmonie des desseins de Dieu, objections qui l'aident à développer plus pleinement sa pensée. On pourrait donner au squelette de l'argumentation la forme suivante :
THEME DinJÎCT.
Proposition (i, 16. 17).
Triste situation des gentils et des
Juifs (i, I8-11).
i a) La justice est donnée par Dieu
à la foi (m, 21-30).
b) Elle est, par la charité de Dieu,
le gage de la vie éternelle (v,
II a) Morts au péché, nous devons vivre à Dieu dans le Christ (vi).
THIiMB SECONDAIRE.
Dans la proposition les mots : ludaeo primiun et graeco (i, 16).
Qu'ont donc de plus les Juifs (m,
Qu'en est-il donc d'Abraham (iv)?
Qu'en résulte-t-il pour l'humanité par rapport &Vi. péché hérité d'Adam et qu'est venue faire la Loi (v, 12-21)?
Quelle est donc notre situation par rapport à la Loi (vu, 1-6)?
XL INTRODUCTION
b) La vie des enfants de Dieu sous la conduite de l'Esprit assure aux chrétiens la vie éternelle
(viii).
Et celle de la loi en général dans
la lutte de l'âme avec le péché
(vu, 7-25)?
Pourquoi donc les Juifs n'ont-ils
pas embrassé le christianisme
(ix-xi) ?
Après avoir donné aux Romains cet enseignement si fortement coordonné, Paul aborde ce qu'on nomme le plus souvent la section morale (xii-xv, 13). Ce nom est peut-être mal choisi, car la première partie posait les bases de la vie morale en même temps que de la vie religieuse. Ce qui caractérise le plus sûrement la seconde, c'est une application détaillée des principes posés plus haut. Il est malaisé d'y retrouver un ordre très strict, mais on en voit assez aisément le rapport avec le fondement régulateur de la volonté divine. C'est cette volonté qui a tout disposé pour le salut. Donc efforçons-nous- de la connaître pour nous y conformer (xii, 1-2). Et c'est pourquoi ce que Paul recommande tout d'abord, c'est que chacun agisse dans la mesure de sa grâce. On s'est étonné qu'en ces temps où le christianisme rencontrait tant d'obstacles, Paul n'ait pas poussé à l'élan, à la générosité, à l'héroïsme. Mais il vient de nous dire que l'Évangile est une vertu de Dieu qui nous conduit au salut. Chacun a sa voie, mais tous doivent se rencontrer au même terme ; déjà tous ne font qu'un corps : chacun doit faire précisément, dans l'intérêt de tous, ce que Dieu demande de lui (xii, 3-8). Cette pensée des devoirs mutuels conduit naturellement aux préceptes sur la charité (xii, 9-21).
Mais voici une règle que Paul n'a indiquée qu'ici : il faut obéir aux pouvoirs constitués (xiii, 1-7). Or c'est encore précisément parce qu'ils sont voulus de Dieu. Dans cette Epître qui envisage si souvent le christianisme comme une force nouvelle apparaissant dans le monde, dans une Epître qui allait à Rome, siège du gouvernement, ces avis n'étaient point déplacés. Et, après avoir parlé si souvent du lien qui unissait les deux Testaments, l'apôtre revient naturellement à la charité, qui est toute la loi (xiii, 8-10), et termine cette section, comme tant d'autres, en envisageant la vie éternelle comme commencée en Jésus- Christ (xiii, 11-14),
Descendant toujours du général au particulier, Paul en vient à un point de discipline, le seul qui semble avoir donné occasion, dans l'église romaine, à son intervention : C'est la question des faibles en la foi, où nous voyons des ascètes mal inspirés, et des forts (xiv). Il est à noter que, traitant un sujet analogue avec les Corinthiens I Cor. VIII, 9), l'apôtre y dit trois fois de ceux qui représentent les
INTRODUCTION. XLI
îorts qu'ils ont la science. Ici, encore tout plein de son sujet de la justification par la foi, il ne parle que de la foi, qui doit diriger la conduite de tous. Et lorsqu'il conclut, comme toujours, au primat de la charité, c'est sûrement parce qu'il a l'esprit encore occupé du côté secondaire de sa grande thèse : il conseille aux Romains d'être miséricordieux parce que les gentils, plus encore que les Juifs, ont été l'objet de la miséricorde (xv, 1-12). Le dernier mot de cette exhortation comprend les mots de foi, d'espérance, et de vertu de l'Esprit- Saint, qui rappellent les termes de la proposition (i, 16. 17).
Cet ensemble doctrinal, partie dogmatique et partie dite morale, est encadré dans une introduction (i, 1-15) et une communication des intentions de l'Apôtre (xv, 14-33), suivie de la recommandation de Phébé (xvi, 1-2) qui probablement portait la lettre, d'une série de salutations (xvi, 3-16), d'un avis sur les agitateurs (xvi, 17-20*), du souhait final (xvi, 20''), du souvenir des compagnons de Paul (xvi, 21-23) et d'une doxologie (xvi, 25-27).
Sur le rapport de ces parties entre elles et avec le corps de l'Épître, certains doutes ont été soulevés ; il en sera question dans le chapitre VI de cette introduction et dans le commentaire.