‹ Saint Paul [microform] (volume 2)Chapitre 51 sur 110 · Lire y«P a^ li®'* de U {Nestlé · texte numérisé non relu

Lire y«P a^ li®'* de U {Nestlé

la Loi, entendait par ce second acte rendre le premier conditionnel. Or la promesse ne devait pas, en raison de sa nature, dépendre de la Loi, appliquée ou non. La foi, citée la première, a un droit acquis, aussitôt la promesse faite. Si Dieu, ensuite, avait posé une condition, c'eût été enlever à la promesse sa valeur, puisque désormais l'accomplissement de la promesse dépendait d'autre chose. Gomme il est dit Gai. m, 18 : et y^ep h/, véixou ^ xXripovo(j.ia, oixéxt èÇ lizny^eXlai. Faire dépendre la promesse de l'observation de la Loi, eût été instituer une nouvelle économie où la Loi aurait eu le premier rang-. Lorsqu'on promet quelque chose à condition qu'on fasse une autre chose, c'est cette autre chose à laquelle on tient, et à laquelle la promesse est subordonnée comme une simple récompense. Traiter ainsi la promesse faite à Abraham, le salut du monde entier dépendant des gens de la Loi qui, en fait, sont le petit nombre, c'eût été, en tout cas, une dérogation au plan primitif.

15) Ce verset prouve que, de plus, c'eût été une mauvaise combinaison. Si Dieu, au lieu de faire une promesse absolue, avait -mis d'avance une condition, l'observation de la Loi, il aurait d'avance renoncé à exécuter la promesse, car la Loi opère la colère. Fàp est à ,prendre dans un sens un peu large, comme plusieurs fois dans ce chapitre. Cette seconde raison répond à la question toujours posée : mais enfin à quoi donc sert la Loi? par rapport à la promesse, elle ne pouvait que gêner, et il est heureux que Dieu n'ait pas fait une condition de l'observation de la Loi. En fait elle n'est pas observée et ne peut que provoquer la colère. Les preuves ont été données au chap. ii. L'objet de la promesse c'est d'effacer le péché et de donner la grâce. Que pouvait y faire la Loi? elle ne faisait qu'attirer la colère en rendant le péché plus coupable.

C'est le sens de 15^, si on lit ou yap avec Soden, qui soupçonne oS U d'être une correction d'Origène. Si le texte eût été ou Zé, on n'aurait pas corrigé pour aboutir à deux yAp à la suite. De cette façon IS^» est le complément de 15». Ce qui excite surtout la colère, ce n'est pas tant le péché en lui-même que la transgression, TtapaSaatç, le péché commis contre une loi positive [Aug., Thom, etc. etc.), après l'alliance contractée, en pleine faveur divine. Cornely objecte à cette opinion commune que le péché lui aussi excite la colère et que la transgression excite seulement une plus grande colère. Cela est très juste, mais saint Paul n'a pas à s'occuper de la gravité du péché en dehors de la Loi. On se demandait si la Loi avait quelque chose à faire avec la promesse? Non, elle ne pourrait être qu'un obstacle; la preuve est faite. Ce sens, nécessaire avec Y<!tp, est très légitime avec ol. — Cornely lit U et interprète : là où il n'y a pas Loi, c'est-à-dire dans le cas où la promesse est

1^ Par conséquent [tout vient] de la foi, afin que [tout se passe] par grâce, de sorte que la promesse soit assurée à toute la postérité, non seulement à ceux qui [viennent] de la Loi, mais aussi à ceux qui [procèdent] de la foi d'Abraham, qui est notre père à tous, ^7 selon qu'il est écrit : « Je t'ai établi père d'un grand nombre de nations », [notre père, dis-je,] devant celui en qui il a cru, le Dieu qui donne la vie aux morts, et appelle les choses qui ne

absolue, il ne saurait y avoir de prévarication qui empêche Dieu de donner l'héritage. Ce serait une simple tautologie.

La Vg. avec enim soutient la leçon -fap que nous avons préférée.

16) L'accomplissement de la promesse ne dépend donc pas de l'observation de la Loi. Le Juif ne peut se présenter avec ses œuvres et exiger en justice l'exécution de la promesse. Dieu l'accorde donc par grâce. Josué ben Khanania disait : « Dieu aura pitié des Israélites et les délivrera, de même qu'il fait tomber la pluie » (sur les justes et sur les pécheurs) ; cf. Le Messianisme... p. 190. Mais Paul introduit la foi, qui n'est pas contraire à la grâce, comme condition nécessaire pour bénéficier de la promesse. De cette façon la promesse, fondée sur le dessein de Dieu, acceptée par la foi d'Abraham, est absolument garantie pour toute la postérité d'Abraham, non seulement pour ceux qui ont depuis reçu la Loi, mais pour tous ceux qui relèvent de la foi d'Abraham, notre père à nous tous (qui croyons), car il va sans dire, d'après ce qui précède, que ceux qui viennent de la Loi ne sont reçus qu'au titre de la foi (v. 12). — Après Sià toîjto, Lipsius sous-entend ^ xXyjpovo|j.t'a ècTt'v, mais il s'agit plutôt de la promesse que de son objet; d'autre part on ne peut suppléer î) iTtaYYeXfa qui est nommée après. Il faut donc s'en tenir au vague voulu par Paul pour désigner le dessein de Dieu. — Yva (s.-e. Y^vT]Tat) indique une causalité plus marquée que tk x6. La Loi est exclue afin que tout soit l'oeuvre de la grâce et que, de cette façon, la promesse soit assurée à tous.

La Vg.-Clém. n'a pas distingué les deux finalités, ut secundum gratiam firma ait; lire avec WW. : ut secundum gratiam, ut firma sit. Les deux éditions ont ei qui après semini '{bis), par une construction ad sensum assez hardie; lire non ei quod... sed etei quod.

17-25. La foi d'Abbaham, première esquisse de la foi chrétienne.

Cette péricope commence au milieu d'une phrase, parce qu'il est clair cpie Paul passe à une autre idée. Tout le chapitre iv répond à la question : Qu'en est-il d'Abraham? Paul a répondu : ce que Dieu compte, c'est la justice de la foi, justice indépendante des œuvres, de la circoncision et dé la Loi. Il ne reste plus qu'à faire l'éloge de cette foi, comptée comme justice, et d'y voir le type de la nôtre. Le cas d'Abraham rentre donc parfaitement dans la nouvelle économie du salut.

17) Nestlé a tort de mettre entre parenthèses 8ç Icxtv... ti^ivm ae. La parenthèse devrait tout au plus commencer à xaetiç, mais elle est déplacée même

ÉPITRE AUX ROB«tÀINS, IV, 18-19. 95

sont pas comme si elles étaient; i^iui qui a cru, espérant contre [toute] espérance, en sorte qu'il devînt père d'un grand nombre de nations, comme il est dit : « Ainsi sera ta postérité »; *^ et, sans être ébranlé dans sa foi, il considéra son corps qui était comme mort, car il avait environ cent ans, et la mortification du sein de

ainsi. Car si ces mots semblent la preuve scripturaire de l'affirmation (v. Ifi) qu'Abraham est notre père, ils sont aussi la base des explications qui vont être données. Les termes sont empruntés à Gen. xvii, 5, d'après les LXX. C'est le moment où Dieu change le nom d'Abram en celui d'Abraham, expliqué comme « Père de nations nombreuses », mais cette paternité a quelque chose de religieux, car elle a ses origines dans la foi, devant Dieu auquel Abraham a cru.

xaxévavTi ou ÈTti'aTEUCTev, attraction du relatif pour xaïivavTt Seoîî ^ èTîtoreucrE. Paul semble voir Abraham se tenant devant Dieu (Gen. xviii, 22). L'objet de la foi d'Abraham n'est pas Dieu comme justifiant l'impie ; nouvel indice que le V. 5 ne doit pas s'entendre d'Abraham; mais, comme l'exigeait le thème de la promesse d'un héritier, père à son tour de peuples nombreux, lorsque Abraham et Sara n'avaient plus l'espérance d'avoir des enfants, cet objet est le Dieu qui peut faire vivre même les morts, et appeler à l'existence ceux qui n'existent pas encore, sûr qu'ils obéiront comme s'ils existaient déjà; cf. Is. xlviii, 13 : xaXsaw aixotiç, xal oTTjTOVTat &\k«., et Apoc. Baruch, XXI, 4 : qui vocasti ah initio mundi quod nondum erat et obediunt tibi. Cette foi ressemble par ailleurs à celle des chrétiens qui croient à la résurrection du Christ, et voient se lever parmi les nations des fils d'Abraham.

Dans Vg. la parenthèse est omise par WW. ; de même ea après vocat. Cette omission ne remédie à rien pour le sens; il faudrait ^^ocat ea quae non sunt tanquam sint ou ac si essent.

18) Abraham crut, contre toute espérance humaine, par la confiance que lui inspirait la parole de Dieu; cf. Sirach, xlix, 10 : tXuTpc&oa-ro «otoùç èv rJa^n IXtîîBoç. — eîç xo Y£véo9ai est encore un cas de sens consécutif, = wcnrs ysv., mais en gardant une portée pour l'avenir; non pas ; « de sorte qu'il devint )>, mais « de façon à devenir ». Le sens final signifierait qu'Abraham a cru afin de devenir... ce qui rabaisserait sa foi. D'autres (Corn., Lips. etc.) rattachent £tç t6 à InfaTEUoev, comme l'objet de la foi : credidit se futurum esse pâtre m; mais cette construction de TctaTeieiv avec £?ç to et l'infinitif serait singulière.

Le passage cité est Gen. xv, 5, avant l'acte de foi sur lequel Paul a tant insisté, après que Dieu, créateur des étoiles, eut invité Abraham à les compter s'il le pouvait. Évocation poétique, mais suggestive aussi, qui appuyait une promesse sur une manifestation si sensible de la puissance de Dieu.

Dans la Vg. in spem est à lire in spe; effacer ei avec WW.

19) D'après des mss. grecs que Soden qualifie non d'occidentaux mais de Lucianiques, oo y.aTevdïide. Cette leçon est plus facile et moins appuyée que

Sara, 20 et cependant en présence de la promesse de Dieu, il ne se laissa point aller au doute de Tincrédulité, mais fut fortifié dans sa foi, rendant gloire à Dieu, ^i et pleinement convaincu qu'il est [assez] puissant pour réaliser ce qu'il a promis.

l'omission de la négation. « Il ne considéra pa», c'est-à-dire il ne s'arrêta pas aux doutes qu'eût pu lui inspirer sa vieillesse »; ou plutôt, avec le texte authentique, « il considéra, sans s'y arrêter », son corps si décrépit qu'il était comme mort, et la même situation chez sa femme Sara. Paul suppose la situation de Gen. xvii, 17, et explique une parole d'Abraham qui semble marquer un doute : « Abraham rit et dit en lui-même : un homme de cent ans aura-t-il un fils, et Sara en aura-t-elle un à quatre-vingt-dix ans?» Gornely explique son rire par sa joie; mais le patriarche ajoute : qu'Ismaël vive devant toi! Le doute a été reconnu pars. Jérôme (C. Pelag. III, 12). Cependant on pouvait regarder le rire et la réflexion comme un simple exposé de la difficulté, destiné à expliquer le nom d'Isaac (il rit) et à rehausser le miracle. C'est dans ce sens que Paul le prend. Abraham considéra une situation qui paraissait désespérée, sans que sa foi succombât. — iffOîviw indique une véritable maladie de l'âme portant sur la foi. vjSn [Soden) avant vev£)ipw|j.lvov est fort douteux. La preuve qu'Abraham crut, c'est qu'il pratiqua la circoncision. D'ailleurs, sans s'arrêter aux détails, Paul est toujours sous l'impression de Gen. XV, 6, qui domine la situation. Comme ce verset est visé directement au V. 18, on peut dire que ^ «aOevTjaMç s'y rapporte. Abraham qui, dans cette circonstance, avait montré sa foi, devant la nouvelle promesse considéra, etc.

Le vrai texte de la Vg. (WW.) supprime est avant fide, née avant considaravit et iam; il est donc semblable au grec authentique.

20) eîç TTiv Èj:aYYE^t«y dépend de StExplôiq, Sur ce verbe; cf. Me. xi, 23. Le sens d'hésiter est jusqu'à présent propre à la littérature chrétienne, mais bien établi. Il y a comme trois degrés dans l'état d'âme d'Abraham. D'abord il n'est pas atteint dans sa foi (tîî Tiinti, v. 19, état subjectif), puis il n'hésite pas sous l'influence de l'incrédulité (ttî km^nl^, état subjectif), mais fut fortifié dans la foi (x^ ui'otei, état subjectif), ce qui suppose que sa foi devint de plus en plus parfaite. Cornely préfère x^ nfoxti comme un datif instrumental. Insistant sur ce datif instrumental, Euthymîus dit si? ^raiSoyovfav, la foi le fortifia même dans son corps et le rendit capable d'engendrer. SH. inclinent dans ce sens et citent Heb. xi, 11. 12. Mais le contexte n'est pas favorable. Abraham est fortifié dans sa foi de façon à rendre gloire à Dieu, s'en rapportant à Dieu de tout, s'abandonnant à sa conduite.

Dans Vg. au lieu de in repromissione etiam, lire ad promissionem autem,

21) Dans quel sentiment? dans une conviction pleine et entière. Sur TïXyipo^opiw, cf. Bulletin d'ancienne littérature et d'archéologie chrétiennes, 1912, p. 96 ss.; le sens est d'abord être rempli, puis recevoir satisfaction, être convaincu pleinement.

Au lieu de l'emphatique quaecumque, lire quae.

22 Aussi cela lui fut compté comme justice. ^3 ]7.t s'il a été écrit que cela lui fut compté, ce n'est pas seulement à son propos, 2i- mais aussi à cause de nous, auxquels cela doit être compté, à nous qui croyons en celui qui a ressuscité des morts Jésus, notre Seigneur, ^5 qui a été livré à cause de nos iniquités, et ressuscité à cause de notre justification.

22) C'est donc bien la foi d'Abraham qui est comptée comme justice, mais une foi pleine, éprouvée, solide, la foi dans la promesse. Et par là la foi d'Abraham rejoint la nôtre, puisque, comme nous le savons, le terme de la promesse est Jésus. — Stb xa( (cf. Le. i, 35 etc.) montre que le raisonnement, tiré de l'Écriture, est pris par l'Apôtre à son propre compte. Dans cet endroit, comme le dit Cornely : neque enim fide qualicumque, sed ex sola qua confortatus gloriam dédit Deo, Abraham iustificalus est. Il ne s'agit donc point, dans la pensée de Paul, de la justice conférée en retour de la foi, mais d'une satisfaction exprimée par Dieu pour la foi d'Abraham.

23) Non seulement le cas d'Abraham rentre, dans la nouvelle économie, mais, maintenant que l'ancienne Loi est bien comprise, elle nous fournit à nous-mêmes des lumières. Paul a donc tenu la parole qu'il avait donnée; au lieu de détruire la Loi, il lui donne toute sa valeur (m, 31). En effet, lorsque l'Ecriture raconte ce qui arrivait aux anciens, c'est comme une esquisse qui doit nous instruire (I Cor. x, 11). — Dans Si' aùtôv (ao'vov, Sia ne peut avoir son sens ordinaire : « à cause de lui », car l'Écriture n'a évidemment pas été composée dans l'intérêt d'Abraham; c'est presque « à son sujet, en vue de lui ».

Dans la: Vg. effacer ad iustitiam avec WW.

24 et 25) Ce qui doit être compté est expliqué par ce qui suit, c'est de croire. — toTç îitcrTEÛouffiv, non pas « si nous croyons », mais « à nous qui croyons », car dans le premier sens l'article serait superflu (SII.) Tl s'agit de la communauté des chrétiens qui croient et qui sont déjà justifiés ou censés l'être. [xéXXa marque la certitude dans un avenir voulu par Dieu, comme souvent dans le N. T.

Mais ici la notion d'avenir est très peu marquée : du moment que nous croyons, nous savons par l'exemple d'Abraham que cette foi doit nous être comptée comme justice si elle est parfaite, 8i-/.atoc;uv7) Bl Gsou o;à niarewc (m, 22). Saint Paul ne s'explique toujours pas sur les rapports du don de la justice et de la foi. C'est assez que l'exemple d'Abraham nous enseigne que la justice est acquise à ceux qui croient comme il faut.

L'objet de la foi chrétienne est Dieu qui a ressuscité Jésus d'entre les morts. Il était mort à cause de nos péchés, c'est-à-dire en vue de les effacer; il est ressuscité afin que nous soyons justifiés. Lipsius entend : afin que nous, les justifiés, soyons sauvés, parce que, d'après la doctrine de Paul, la justification procède toujours de la mort, jamais de la résurrection. Mais ce passage même prouve qu'il y a dans la justification un élément intérieur de vie dont la résurrection est la cause : resurrectioneni autein eius, qua

rediit ad novam vitam gloriae, dicit esse causam iustificationis noslrae, per quam redimus ad novitatem iusdtiae, comme dit saint Thomas, en parfaite harmonie avec vi, 4. La mort et la résurrection du Christ causent la rémission des péchés et la justice à ceux qui croient, de cette foi pleine qui est pour saint Paul l'adhésion au christianisme. Par la foi on entre dans la justice, qui est la justice de Dieu, et Dieu se déclare satisfait. Dans la Vg. effacer Christum (WW.).

Page 1