‹ Saint Paul [microform] (volume 2)Chapitre 53 sur 110 · La justification gage du salut · texte numérisé non relu

La justification gage du salut

A juger par le premier mot du chapitre, « étant donc justifiés », on pourrait croire que le sujet de la justification étant épuisé, nous passons au devoir qui incombe aux chrétiens de mener une vie nouvelle. Nous venons de dire que ce sujet ne sera abordé qu'au ch. vi. Gomme il a pour ainsi dire avancé le moment de la justification que les Juifs plaçaient à l'entrée de la vie éternelle, Paul devait indiquer le rapport de la justification avec le salut définitif. Ou plutôt il s'arrête pour épancher son âme, comme dans viii, 31-39. Il s'agit encore dans toute cette péricope de la réconciliation, envisagée comme gage certain de la vie future par l'espérance. Son premier résultat est la paix avec Dieu, dans la joie de l'espérance de la gloire. Les tribulations elles-mêmes sont un motif d'espérer, parce qu'elles exercent la vertu, mais le fondement le plus assuré de l'espérance, c'est l'amour que Dieu a pour nous, et le don de l'Esprit-Saint. Cet amour qui s'est exercé envers de pauvres hommes, impuissants et éloignés de Dieu, ne nous sauverait-il pas, maintenant que nous sommes justifiés? La réconciliation par la mort du Christ aura pour suite le salut dans sa vie. Cette réconciliation est donc déjà le principe heureux de la vie en Dieu.

1) otzaiwOévTE;, se rattachant à oixaiwaiç (iv, 25), doit avoir ici le sens d'être

ÉPITRE Aux ROMAINS, V, 2-3. 101

Notre-Seigneur Jésus-Clirist, ^ à qui nous devons et d'avoir eu accès par la foi à cette grâce dans laquelle nous sommes et de nous glorifier [appuyés] sur l'espérance de la gloire de Dieu.

3 Bien plus, nous nous glorifions dans les tribulations, sachant

devenus justes; ce qui eut lieu après l'acte de foi. La leçon ex.'^iJ-ev [Soden, Nestlé etc.) est la seule admissible du point de vue de la critique textuelle. Cornely, Lipsius, Lietz. la remplacent par 'f/^o[jiev (leçon antiochienne d'après Soden), parce que la paix avec Dieu n'est pas le résultat d'un effort spécial de l'homme suivant la justification. Du moment où il est juste, où Dieu le regarde comme tel, il est en paix avec Lui. Mais SH. ont noté que ïit>i\xs<r n'est pas synonyme de a/to[i.£v, « acquérons la paix ». On peut l'entendre « soyons en paix, restons en paix », comme Act. ix, 31 : i\ (aèv ouv èx-/tXr)aia... £?y^£v eîpi^vrjv. Cf. XÉN. An. II, vi, 6 et MouLTON, Gram. p. 110.

Dans Vg. au lieu do ergo, igitur (WW.).

2) i<jfj[v.a.i^z^ est un parfait, mais équivalant à un aor., comme II Cor. i, 9; II, 13; VII, 5; Me. v, 15; peut-être à cause de la ressemblance des aor. l^rçAct et àcprjy.a, d'autant que 'éa/ofAEv signifierait « nous avons obtenu » plutôt que « nous avons eu » [Moulton, p. 145). Au contraire éoT7fxa[ji£v a naturellement son sens propre de parfait.

Il n'y a pas à insister sur xaf après 8[' ou (contre Corn, et Lips.), puisque, au lieu d'avancer une pensée nouvelle, Paul explique plutôt comment nous jouissons de la paix par Jésus-Christ. C'est qu'il nous a introduits dans la grâce que nous possédons; TipoaaywYTÎ ne signifie pas seulement qu'il nous a approchés de la grâce, mais qu'il nous a fait entrer dans la faveur de Dieu. Il est douteux que tî) rtairsi [Soden] soit authentique; l'addition ou la soustraction de ces mots ne change rien au sens; Paul a assez dit que la foi était nécessaire à la justification. xau/^oSp-sSa ne se rattache pas directement à la paix du v. 1, comme si le v. 2 était une parenthèse, mais ce n'est pas non plus de la grâce qu'on doit se glorifier. De l'état présent, après un regard sur la manière dont on y est parvenu, Paul passe à l'avenir; dans l'espérance de la gloire de Dieu, dernier terme de la justification, nous pouvons déjà nous glorifier. ïni indique le fondement de cette glorification. Puisque c'est une espéi'ance, et l'espérance que la gloire de Dieu sera manifestée en nous (viii, 18), il n'y a pas là trace de la gloire qu'on tirerait de ses œuvres.

La Vg. a ajouté ftUoi'um avant Dei; fide (WW.) est plus littéral que per fidem.

3 s.) Si l'on peut se glorifier de l'espérance de la gloire, on peut donc se glorifier aussi de tout ce qui entretient cette espérance, même des tribulations; car les tribulations procurent la patience, comine une cause occasionnelle qui permet à la patience de s'exercer. — SoxtixTÎ est un mot qui paraît pour la première fois dans Paul : II Cor. ii, 9 ; viii, 2 ; ix, 13 ; xiii, 3 ; Phil. 11, 22 (f). Le sens paraît être ici : « la constatation d'une fidélité à toute épreuve ». Appuyé sur la justice de Dieu, celui qui a supporté les tribula-

que la tribulation produit la patience, * la patience une vertu éprouvée, la vertu éprouvée l'espérance. ^ Or l'espérance ne trompe pas, parce que l'amour de Dieu s'est répandu dans nos cœurs paï l'Esprit-Saint qui nous a été donné. ^ Car dès lors le Christ, lorsque nous étions encore impuissants, au temps voulu, est mort pour des

tions avec constance doit se dire que Dieu le reconnaît comme un bon serviteur, et cela augmente son espoir de recevoir la couronne. Il n'y a donc pas d'orgueil dans cette confiance. Sur 8oV.i(jloç et Soxtpoç, cf. Deissmann, Neue Bibelstudien, 86. Dans Jac. i, 3, on lit dans l'ordre inverse : to 8ox([jitov ôfxôSv Tîjs nioTEioç xaTepYdtÇe-cat u7ïO[xovviv, Dans Jacques, les fidèles, au milieu des épreuves, doivent se réjouir, assurés que la bonne qualité de leur foi leur garantit la patience; dans Paul la patience, victorieuse de l'épreuve, est reconnue de bonne qualité. La distinction est de Thomas : dicendum est autem quod probatio dupliciter potest intelUgi. Uno modo secundum quod est in probato... alio modo accipitur probatio pro probatum esse. La figure de rhétorique employée par Paul était nommée par les anciens climax.

5) Avec l'espérance chrétienne, on n'est pas exposé à la confusion qui suit les déceptions et les illusions, car on possède un gage certain, l'amour de Dieu pour nous, non pas seulement tel qu'il est en Dieu, mais tel qu'il est répandu dans nos cœurs comme une source bienfaisante, par l'Esprit-Saint qui nous est donné. L'amour que nous avons pour Dieu serait aussi un gage assuré d'espérance [Aug.), mais ce n'est pas ce que Paul envisage ici. — xaTaapvetv est fort employé par les LXX, même au sens actif; cf. Ps. cxviii (cxix), 116 : (xr) y.aTatcr/^ûvrjç [xe iizo t^ç TtpoaSox.faç {jlou. Il est dit qu'on n'est pas exposé à la confusion quand on a espéré en Dieu, Ps. xxi (xxn), 6; xxv (xxvi), 20; Is. xxviii, 16, mais nulle part l'espérance n'est le sujet. La force du terme grec « ne déshonore pas » doit sans doute être atténuée par l'usage des LXX. Le fidèle sait qu'il a reçu l'Esprit-Saint au moment du baptême, et c'est l'effusion de l'amour de Dieu en lui.

6) Le plus grand nombre des mss. porte l-zi yap au début de la plirase et 'éxt après àa6svâ5v [Soden met le second entre crochets). Il y a là une tournure embarrassée, mais assez claire ; les deux Ixi se rapportent au temps où nous étions « encore » faibles. Le mot est répété pour bien fixer le sens qu'il avait la première fois. Il y a là néanmoins une négligence de style que B a réparée en lisant tX ye..

Paul oppose d'abord à l'assurance des chrétiens la faiblesse et le découragement qui ont précédé la mort du Christ, puis il rehausse la gratuité généreuse de cette mort parce que le Christ est mort pour des impies. Katà jcaipdv, non pas : « selon les nécessités de ce temps » (xat î-azIwv tôv xatpôv), mais : « au temps déterminé » par Dieu; cf. II Cor. vi, 2; Eph. i, 10; \ Tim. II, 6; vi, 15; Tit. i, 3; cf. Gai. iv, 4.

Les Latins [anc. lat. et Vg.) ont traduit comme s'ils lisaient sîç xi Y«p (D^ F G) : Ut quid enim C/irislas, interrogation qui donne du mouvement à la

impies. ''' C'est à peine, en effet, si quelqu'un voudrait mourir pour un juste ; peut-être en effet quelqu'un aurait-il le courage de mourir pour un homme de bien ; ^ mais Dieu prouve son amour pour nous en ce que, nous étant encore pécheurs, le Christ est mort pour nous.

phrase et un sens excellent (préféré par Corn.), mais ne peut être qu'une correction.

7) C'est à peine si quelqu'un consentira à mourir pour un juste; pourtant si, peut-être aura-t-on bien (/ai relève seulement le verbe qui suit) le courage de mourir pour une personne bonne; le fâp de 7^ serait très atténué. D'après cette explication, la plus naturelle, Paul, qui dicte, complète et corrige sa pensée. Même si l'on admet qu'on meure pour une personne vertueuse, le sacrifice du Christ sera encore exceptionnel et invraisemblable en soi, puisqu'il est mort pour des pécheurs. Pour éviter ce flottement de la pensée qui a le négligé de la parole parlée, SH. supposent une distinction entre le 8tV.atos et le àfccUç : « qui ne consentirait pas à mourir pour le juste n'hésiterait pas à mourir pour celui qui est bon ». Lipsius, encore plus subtil, dit qu'on ne mourra pas pour le juste, qui n'est pas exposé à la colère, mais bien pour une bonne cause, l'avantage spirituel des hommes (toîS àyaGou, au neutre). Mais la comparaison de Paul porte sur les hommes en général et sur ce qu'ils font d'ordinaire, sans aucune allusion à l'œuvre du salut. Si donc l'article devant &-^a%u (à l'opposition de 8ix«(ou, sans article) prouve que ce mot est au sens neutre, il faudrait entendre que Paul écarte une objection ; il est sûr que bien des hommes n'hésitent pas à mourir pour le bien public, mais ce n'est pas la question, dit Paul, il s'agit des personnes; la phrase 7^» serait une parenthèse, exclue du raisonnement principal ; ni Chrys. ni Théodt. n'en tiennent compte. Pourtant, dans ce sens, -ciyjx. n'est pas assez fort, car il est certain, et non seulement probable, que nombre de gens n'hésitent pas à mourir pour le bien commun. Le mieux est donc de s'en tenir au sens proposé d'abord.

8) Ce qui prouve bien que Paul ne compte pas les mots, c'est qu'il revient ici à la pensée du v. 6, en ajoutant que cette mort du Christ pour des pécheurs prouve l'amour de Dieu pour nous. Cela suppose l'union de Dieu et du Christ, Dieu étant dans le Christ, se réconciliant le monde (II Cor. v, 19). Paul met en relief la charité propre à Dieu, Trjv éauTou àydcTtYiv, qui dépasse si complètement ce qu'un homme pourrait faire, et qui s'exerce envers nous, pécheurs, et pour nous. Il semble que tout ce raisonnement table sur l'utilité générale. Mourir seulement pour sauA^er la vie d'une personne coupable pourrait être l'acte d'un amour aveuglé par la passion, car l'existence de cette peisonne ne sera pas utile à la cité. Cet acte irrationnel n'entre donc pas en ligne de compte. Tout ce que peut faire un homme sensé, c'est de mourir pour un citoyen vertueux, et par conséquent utile à sa patrie. Mais l'amour de Dieu peut se porter sur des pécheurs sans être aveugle, parce que le Christ en mourant pour eux leur rendra la justice. Cet amour est assez riche

104 ÉPITIIE AUX ROMAINS, V, 9-12.

^ A plus forte raison donc, justifiés que nous sommes maintenant dans son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère. ^^ En effet, si, étant ennemis, nous avons ét.é réconciliés à Dieu par la mort do son Fils, à plus forte raison, réconciliés, nous serons sauvés dans sa vie, ^^ et non seulement [réconciliés], mais nous glorifiant en Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui nous avons obtenu maintenant la réconciliation.

^2 Ainsi donc, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort a atteint tous les

pour ne pas se préoccuper des qualités de ceux envers lesquels il s'exerce. Commenclat de la Vg. rend un peu faiblement le sens de auvforrjaiv ; lire in nos (WW.) ou erga nos, au lieu de in nobis; secundum tempus de la Vg.- Clém. est à rayer (avec WW.) comme une simple glose.

9) Sf/.attoOevTEî indique ici très clairement plus qu'une déclaration de non coupable (contre SU.); la justice est une qualité très réelle, acquise dans le sang du Christ. Quant au salut, au futur, c'est celui qui sera définitivement acquis au jour du jugement, en échappant à la colère (ii, 5. 8). Le pécheur était certes plus loin de la justification que le justifié ne l'est du salut. Le premier don de Dieu nous est une garantie qu'à plus forte raison, nous ayant justifiés, il nous sauvera.

10) La même pensée est reprise pour être développée dans le sens positif. Nous étions des ennemis, au sens passif, c'est-à-dire mal vus de Dieu, et nous avons été réconciliés par la mort du Fils de Dieu. — xaTYiXXàyrijjLsv, quoique au passif, n'exclut pas l'action de l'homme qui, Paul l'a dit, s'exerce par la foi, mais en ce moment c'est l'action de Dieu qui est mise en lumière; il ne s'agit pas d'adversaires qui se réconcilient, mais de sujets auxquels le souverain accorde son pardon. A plus forte raison, ayant passé de l'état d'ennemis à celui de réconciliés, recevrons-nous le salut; il s'agit encore du salut éternel, et s'il est acquis dans la vie du Christ, c'est que cette vie aura été vécue par le chrétien.

11) xauy^tifjieOa doit être une correction du difficile xau^i)j[jievot. Si on préfère le participe avec les meilleures autorités, où jj.dvov doit se rapporter à xa-aX- Xa^lviEç, « non seulement nous avons été réconciliés », et à ce titre nous pouvons compter sur le salut, mais encore nous l'attendons comme des gens qui se glorifient en Dieu, comme déjà assurés de leur salut; d'ailleurs cette glorification s'appuie seulement sur celui par lequel nous avons été réconciliés.

La Vg. gloriamur, Jtauy^tofxsv (F G); c'est sans doute une tournure plus coulante, comme xauy^iLaeOa (L et autres), suivi par les syriens. On pourrait mettre glorinnf.es, selon le grec.

12-21. Le i'Échk et la justikication dans l'histoire, et l'épisode de la Loi.

On s'est donné beaucoup de mal pour rattacher cette péricope à la précédente (1-11). D'après SIL, les elï'ets de la justification, esquissés de 1 à 11, sont

Éprrniî aux romains, v, 12. 105

mis ici en contraste avec la chute d'Adam. D'après Cornely, comme 1-11 supposent la théorie de la satisfaction du Christ, elle serait expliquée ici. Mais notre péricope a une telle envergure, qu'il faut la considérer comme une sorte d'application historique de la doctrine de la justification, pour expliquer comment Adam ayant transmis le péché, le Christ est la source de la grâce. Paul avait longuement parlé du péché, et du besoin de la grâce. Il avait exclu' les œuvres de la Loi et le privilège des Juifs dans la nouvelle économie, sans s'expliquer sur le rôle de la Loi. Maintenant les Juifs et les gentils s'effacent. Nous sommes en présence des forces qui se combattent dans l'humanité : le péché et la mort, la grâce et la vie, le péché venant d'Adam, la grâce venant de Dieu par Jésus-Christ. Cette page dramatique, toute en contrastes, aboutit décidément à la victoire de la grâce ; les œuvres de la Loi n'apparaissent même plus; la Loi qui paraissait si redoutable à la doctrine de la justification par la foi n'est plus dans l'histoire qu'un épisode qui rehausse le triomphe de la grâce. Toute cette partie se termine par le V. 21, si digne de lui servir de conclusion.

Si l'on admet que 1-11 sert de couronnement à la doctrine de la justification, envisagée pour ce qu'elle est, non point une déclaration de justice, mais un don de Dieu, il n'y a aucune difficulté à trouver un lien entre les deux parties du chapitre. Comme en réalité Paul n'avait pas passé au iuste vivere, mais s'était arrêté à dire ce que la justification ouvre d'espérandes pour chacun, il ne pouvait mieux terminer la théorie de la justification qu'en montrant ses effets pour l'humanité pécheresse tout entière.

Le P. Prat (I, 303) a très bien marqué la construction de l'ensemble. Il y a un argum'ent do parité qui se transforme souvent en argument a fortiori, avec une parenthèse. Parité, v. 12 et au v. 13 8ç loitv... jx^XXovtoç, v. 18. 19. 21. A fortiori, v. 15, 16. 17. 20. La parenthèse, v. 13 et 14 sauf les derniers mots. On pourrait aussi regarder la fin du v. 14 comme la clef de tout le passage. Paul ne prouve nulle part qu'Adam est le type du Christ; il l'énonce ici comme une chose reconnue.

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