‹ Saint Paul [microform] (volume 2)Chapitre 54 sur 110 · Tous LES HOMMES PÉCHEURS PAR LE FAIT d'AdAM · texte numérisé non relu

Tous LES HOMMES PÉCHEURS PAR LE FAIT d'AdAM

12) iità TouTo a donné lieu aux interprétations les plus subtiles. Mais il est impossible de regarder 1-11 comme la preuve de 12-21. Ce sont des considérations indépendantes. Aià touto est donc une simple liaison suppléant une transition plus littéraire; cf. 8id, ii, 1 [Lietz.). — ûanEp est une protaso qui n'a pas d'apodose. La phrase s'est allongée par l'insertion de 13 et 14, et ensuite Paul est si saisi par le contraste, favorable à la grâce, qu'il ne songe plus alo]"s à terminer l'argument de parité. En signalant l'anacoluthe, Origène a indiqué une solution précise : ita et per unum hominem iustitia introivit in liunc mundum, et per iustitiam cita, et sic in omnes homines cita pertransiit in qiia omnes vivificati sunt. On conçoit que Paul ait omis ce calque retourné.

rj à[j.apT:(a est ici (v-vii) le péché personnifié. D'après Prat (I, 304) : « Avec l'article, n <5[jLapTta signifie toujours le péché d'origine personnifié et environné de son cortège de maux. Sans article il indique souvent le péché en général ». Il serait plus juste de dire que le péché est ici en fait le péché d'origine, mais qu'il signifie toujours le péché, sans distinction d'originel ou d'actuel, comme une puissance ennemie de Dieu. Le péché donc entre dans le monde.

c'est-à-dire dans les consciences humaines, seules capables d'en être infectées, par le fait d'un seul homme. Paul se réfère évidemment au récit de la Genèse. S'il néglige Eve, c'est qu'Adam est le chef de l'humanité, et qu'il a dessein de l'opposer lui seul au seul Christ. La défense de Dieu était sous peine de mort. C'est donc par le péché que la mort, elle aussi, a fait son entrée dans le monde. Elle s'explique et par une loi positive et par sa transgression; la mort se répand, St^XOsv, « comme l'héritage d'un père passe à ses enfants » (Eutli.).

— I(p' S pourrait être rendu en latin par in quo, à la condition de l'entendre comme Cajetan par in eo quod, comme Phil. m, 12, ou comme Rom. viii, • 3, h S est rendu par in quo. Prat (p. 296, note) traduit le latin « parce que », « d'autant que les substantifs les plus rapprochés auxquels pourrait se rapporter le pronom relatif sont mundus et peccatum », et il ne peut s'appliquer à aucun des deux. Mais si le traducteur latin voyait bien que à[j.apTÎa est du féminin, et ne pouvait songer au monde, représentant déjà l'humanité, sans une tautologie intolérable, il a très bien pu songer à Adam, mis très en vedette au début de la phrase. Ambrst. : in quo, id est in Adam, omnes peccaverunt, et après lui tous les Latins qui se sont rendu compte du genre féminin de àpLapTt'a. Cajetan est, semble-t-il, le premier théologien scolastique qui ait tenté d'harmoniser le latin avec le grec.

Quoi qu'il en soit du latin, en grec ird n'est pas synonyme de in, « dans », et Itp' o) ne peut signifier « dans lequel », mais seulement « parce que ». Il est inutile d'insister sur ce point, reconnu par les exégètes catholiques les plus autoi'isés. « Nous ne faisons pas dire à Paul que tous les hommes ont péché en Adam. La formule peut être très théologique et il en donne quelque part le modèle en disant que « tous meurent en Adam » ; mais enfin elle n'est pas de lui » (Prat, I, 297); tout au plus peut-on conclure omnes in Adamo peccasse, ex paulinis verbis quasi indirecte per modum feresensus consequentis (Corn.). L'affirmation du Concile de Trente s'applique à la pensée de Paul dans ce verset, non au sens particulier de in quo. On peut donc entendre ce terme autrement que de fait l'entendaient les Pères du concile, qui n'ont sûrement pas adopté l'explication de Cajetan contre le torrent des écrivains ecclésiastiques.

D'ailleurs le péché originel est bien contenu sous la forme : « parce que tous ont péché », d'après l'explication fournie par l'Apôtre au v. 12. Si l'on considérait %apTov isolément, on pourrait hésiter, car on ne saurait soutenir avec Prat (I, 296, note) que « le mot %apTov au temps historique (aoriste) semble indiquer plutôt un acte unique auquel tous ont pris part collectivement qu'une succession d'actes individuels ». Il n'y a qu'à rappeler Tudévxeç yàp %api:ov, III, 23, OÙ il n'était point question de péché collectif. — En soi, ècp' m ri[j.apTov pourrait signifier « moyennant que », « d'autant que » tous ont péché [Lietz.). Paul indiquerait que la mort, entrée dans le monde par suite du péché d'Adam, se répandait sur tous d'autant plus justement que le péché était plus général, comme il l'a dit m, 23. Mais cela serait absolument contraire à l'argumentation des versets suivants, et Lietz. reconnaît que son interprétation suppose l'insertion d'une idée qui troublerait ce raisonnement. Il contient plus que l'idée de l'Apocalypse de Baruch liv, 15 : si enim Adam

ÉPITRE AUX ROSIAINS, V, 13-14. 107

hommes, parce que tous ont péché; ^^ car jusqu'à la Loi, le péché était dans le monde, mais le. péché n'est pas imputé, quand il n'y a pas de loi; ^^ et cependant la mort a régné depuis Adam jusqu'à Moïse, même sur ceux qui n'avaient pas péché à l'imitation de la transgression d'Adam, qui est la figure de celui qui devait venir...

prior peccavit, et attulit mortem super omnes immaturam; sed etiam illi qui ex- eo nati sunt unusquisque ex eis praeparavit animae suae tormentum futurum : et iterum unusquisque ex eis elegit sibi gloriam futuram. L'auteur prétend donc que le péché d'Adam n'est pas chez ses descendants un péché véritable ; c'est par le péché actuel ou le mérite de chacun que se décident ses destinées immortelles. Et cependant il n'ose pas dire que la mort est le châtiment des péchés actuels. Elle ne dépend que du péché d'Adam. Paul va plus loin : Du fait d'Adam, tous ont péché : c'est l'affirmation dont la preuve suit.

Nous avons dû nous expliquer déjà sur le in quo de la Vg. On serait plus près du grec en supprimant hune avant mundum.

13) La preuve (yâp) doit être cherchée dans le temps qui a précédé la Loi de Moïse. A ce moment il n'y avait pas de loi interdisant tel ou tel péché sous peine de mort. Paul a reconnu précédemment que, dans ce cas, le péché n'en existe pas moins, à cause de la loi naturelle, et ce péché sera parfaitement imputé et puni par Dieu au jour du jugement (ii, 14-16). Mais comme aucune loi ne disait ainsi qu'à l'Éden : « si tu commets tel acte, tu mourras » , on ne peut pas conclure que la mort naturelle était la suite des péchés. C'est dans ce sens qu'il y avait des péchés dans le monde (àjxapTia sans article), mais des péchés (toujours pas d'article) ne sont pas imputés comme cause de la mort, quand la condition n'est pas exprimée ; si tu pèches, tu mourras.

Dans Vg. au lieu de imputabatur et de esset, lire imputatur et est avec WW. conformément au grec.

14) Qu'est-il arrivé cependant? Que la mort (personnifiée) a régné durant toute cette époque, même sur ceux qui n'avaient pas imité la transg'ression d'Adam; transgression, napaSaotç, c'est-à-dire violation d'une loi formelle. Qu'en conclure? Que la mort était donc toujours le châtiment du premier péché, puisqu'elle frappait même ceux qui n'avaient pas de péchés actuels, comme les enfants. A ce point il est évident que l'humanité était pécheresse; c'est la clef de navteç ^aptov du v. 12; tous ont péché. Qu'il y ait eu des péchés dans le monde, Paul le suppose — on dirait presque le concède — comme un fait contenu dans la Bible elle-même, mais ce n'est pas ce péché (actuel) qui était cause de la mort, puisqu'il n'était pas opposé à une loi précise, sous peine de mort. Et quant à ceux qui n'avaient pas de péché, il est encore plus clair que s'ils mouraient c'était pour un autre péché, qui ne peut être que celui d'Adam, dont ils étaient infectés. Paul ne dit pas comment eut lieu cette infection; il ne développe pas l'idée d'un péché commis par l'humanité dans son chef, transmis par la génération, etc., il se contente

^^ Mais il n'en est pas de même de la faute et du don gratuit. Si en effet, par la faute d'un seul, tous sont morts, à plus forte raison la grâce de Dieu, et le don dans la grâce d'un seul homme, Jésus-

de poser le principe. Il a choisi pour sa démonstration l'époque de l'histoire où les faits parlent le plus clairement; le moment où il n'y a pas de loi positive, où le péché n'est pas imputé scripturairement. Il ne parle pas de l'effet produit par la Loi ; on verra plus loin qu'elle ne pouvait rien changer à cet état des choses.

— L'idée qu'Adam est le type du Christ est introduite en queue de phrase, comme une base nécessaire à l'apodose qui fait défaut littérairement, mais qui est remplacée par l'a fortiori du v, 15. Le Christ était; par rapport à Adam, un Adam à venir, un second premier homme. Cela est supposé ici et la théorie appartient à l'exégèse de I Cor. xv, 22 et 45-49. Le sens de tou (xéXXov- To? est assez vague; on peut l'entendre : « celui qui doit venir », comme ô èpy^dii.6voç (Mt. XI, 3 etc.).

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