Grave avertissement
Ces versets sont le corollaire de tout ce qui précède, depuis le ch. vi, et résolvent définitivement les objections de vi, 1. 15. C'est même probablenient pour cela que la tournure du v. 12 est négative : non, nous ne devoi s pas servir la chair! Mais en même temps ils servent, le v. 13 surtout, de transition vers ce qui suit. L'affirmation de la vie y sera amplement confirmée,
12) àfBikéxai « débiteurs »; en général on est tenu, soit par une obligation au service, soit par gratitude. Ce serait le second si la phrase était positive : « Nous sommes donc redevables envers l'Espï'it ». Mais puisqu'il s'agit de la chair, la question de reconnaissance ne se pose même pas. Nous ne sommes pas à son service (cf. i, 14). Dans tou, le gén. n'indique pas la finalité; il dépend de ôçetXÉxTiç et marque ce à quoi l'on n'est pas obligé, c'està-dire de vivre au goût de la chair. L'idée positive serait qu'on est débiteur envers l'Esprit; mais Paul aura beaucoup d'autres choses à dire de l'Esprit; il termine ce qui regarde la chair.
13) Le chrétien lui-même (v. 12 iZslifoi ... ia^^h) pourrait vivre selon la chair! Paul n'est donc pas l'idéaliste illusionné que l'on dit.
— Iv 7:v£u|j.aTi, dans l'esprit que vous avez l'eçu, et qui est en vous un principe de vie spirituelle {Corn,), non pas l'Esprit-Saint {Zahn, Kûhl).
— upaÇetç dans Polybe au sens d' « intrigues, menées » (II, vu, 8; IV, lxxi, 6; V, xcvi, 4); cf. Le, xxiii, 51. La loi du péché qui était dans les membres est vaincue; mais il reste des dispositions corporelles inquiétantes qu'il faut mettre à mort. Et comme elles appartiennent au corps, il faudra recommencer durant toute la vie mortelle, si l'on veut vivre éternellement. Les deux alternatives sont donc, même pour le chrétien, mort éternelle ou vie éternelle. Au v. 13 Paul en a fini avec la chair, il va maintenant se consacrer à l'esprit.
Vivitis (Iren. V, x, 2; Cypr. De zelo et liv. xiv) rendrait mieux ÇTJTe que vixeritis {Fg.). De même OavaToutî est mieux rendu par mortificatis {Irén., Cypr., WW.) que par mortifie averitis [Vg.-Clém.]', [ilXXetE ànoôviîaxsiv est d'ailleurs mieux rendu par moriemini {Vg.) que par futurum est ut moriamini Tert. De res. carn. 46) ou incipietis mori {Irén., Cypr.). Carnis {Vg.) rend T^ç CTapxéç ; mais tou oo5[jiàToç est certain, il faut donc lire corporis.
14-30. Le salut est assuré aux chrétiens comme enfants de Dieu.
Toute cette péricope est consacrée à la qualité d'enfants de Dieu qui est celle des chrétiens : l'Esprit le suggère et en est témoin. Si nous
fils de Dieu. *^ En effet, vous n'avez pas reçu un esprit d'esclavage pour retomber dans là crainte, mais vous avez reçu un esprit
sommes enfants de Dieu, nous hériterons donc avec le Christ. Cet enseignement (14-17) ouvre des perspectives de gloire (18). Elles sont suggérées par quatre arguments, de plus en plus assurés : d'abord le pressentiment des choses créées (19-22) ; puis les soupirs de notre espérance (23-25) ; l'intercession de l'Ésprit-Saint (26-27) ; enfin les desseins de Dieu qui nous représentent la chose comme faite (28-30). ' 14-17. Les fils et les héritiers de Dieu.
14) oStoi] Soden : u{o\ 6eov5 e?<jtv. Nestlé : uîo( eîaiv 0eou. Texte reçu : eiatv uîo\ 0£oî3. Vg.-Glém, : ii sunt filii Dei, mais WW. : hi filii sunt Dei. La leçon de Nestlé qui a l'Egypte avec B, l'occident avec Vs. (WW.) et l'orient avec Pes,, ne doit pas être rejetée parce que Gai. m, 7 a la même construction. Elle est plus significative en mettant en relief le mot fils : ceux-là sont vraiment fils de Dieu, au lieu du simple énoncé : ceux-là sont fils de Dieu. 8aoi... oSxoi tous ceux-là, mais ceux-là seulement (opinion commune, contre Kûhl), car la phrase se rattache à la situation du v. 13 qui contenait deux sortes de personnes. La qualité de fils de Dieu ne s'applique qu'à ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu. En quafifiant Tîveufjiaxt par 0£oi5, Paul ne laisse aucun doute sur la nature de l'Esprit; c'est l'Esprit de Dieu. Mais on le comprendrait déjà à son action qui est extérieure à l'homme, tandis qu'au v. 13 chacun se servait de la force spirituelle qu'il avait à sa disposition. — ayovTai indique bien qu'on est mené, mais l'influence exercée dépend naturellement ' de la nature de l'objet : on ne mène pas un homme comme un animal ou comme une chose. La liberté a été constatée au v. 13; il fallait indiquer aussi l'action de l'Esprit de Dieu. Le v. ne dit pas que la qualité de fils de Dieu soit acquise par le don de l'Esprit, ce qui serait contraire à Gai. iv, 6, mais seulement que les vrais fils de Dieu sont ceux qui suivent la direction de son Esprit. La phrase continue au v. 17.
Dans Vg. lire avec WW. : hi filii sunt Dei.
15 et 16 sont une sorte de parenthèse pour confirmer les fidèles dans l'idée qu'ils sont fils de Dieu. On voit plus clairement ici le rapport de cette filiation et de l'Esprit : c'est une filiation adoptive dont l'Esprit nous donne le sentiment.
15) La phrase est construite un peu comme le v. 10. La partie négative ne signifie pas que les chrétiens ont reçu autrefois de Dieu l'esprit de servitude et qu'ils reçoivent maintenant un esprit d'adoption, mais seulement que l'esprit qu'ils ont reçu n'est pas un esprit semblable à celui qu'ils avaient jadis. TcaXtv ne doit pas se joindre à ïki&zxz, mais avec eî? cpdSov m e?s xh TcàXiv foÔEïaOai ii\i.3.q [Lips.]. Autrefois, les gentils comme les Juifs éprouvaient envers la divinité les sentiments qu'ont les esclaves envers leurs maîtres; agissant sans affection, ils n'étaient mus que par la crainte du châtiment (cf. Gai. iv). Tcveîj[Aa est donc ici une disposition d'esprit naturelle comme souvent dans l'A. T., nvsîîjjLa ÇïiXaiaHwç Num. v, 14. 30; (5y.r,otaç Is. lxi, 3; TOpvEi'aç Os. IV, 12. L'esprit qu'ont reçu les chrétiens n'est pas ici l'Esprit-
d'adoption, en qui nous crions : Abba! le Père! ^^ L'Esprit luimême témoigne avec notre esprit que nous sommes enfants de
Saint (Zahn), qui ne peut ni être un esprit de servitude, ni être en parallèle avec une disposition humaine avec le même verbe èXàos-uc. Ce n'est pas non plus l'esprit comme principe surnaturel ordinaire d'actions, puisque c'est un esprit spécial. C'est donc encore une disposition d'esprit, mais donnée par Dieu, donc surnaturelle, en relation avec l' Esprit-Saint, comme dans l'A. T. l'esprit de sagesse etc. Is. xi, 2, communiqué par l'Esprit de Dieu : I(ji7îXtÎ(iei auxbv 7îVeî3[jLa <pd5ou Qeou (Is. xi, 3); le 7cveî3p.a xp(<jEtoç (Is. xxviii, 6); le tïv. 1<xpixoi xal oîxTtppu (Zach. XII, 10) qui inspire des sentiments de componction. Il inspire un sentiment filial. u?oOea(a (dans les inscriptions aussi uoôeata) est l'adoption, institution qui d'après Isée était connue des barbares comme des Grecs {De Menecl. lier. 24) ; cependant les Juifs ne la pratiquaient pas. Paul l'a donc empruntée aux idées courantes chez les gentils. Le gén. est dé qualité ; l'esprit est celui qui convient aux adoptés vis-à-vis de leur père adoptif. Paul éprouve si bien cet esprit qu'il se joint à ceux auxquels il parle (èXàSeTe... xpàÇojjisv) dans le terme énergique de l'appel à Dieu : nous crions : 'A56a, 6 TcaTTÎp, encore Me. xiv, 36 et Gai. iv, 6. Le second terme est l'explication du premier (cf. Comm. de Me), explication qui fut spontanée sur les lèvres du Sauveur. Zahn croit qu'il s'agit de la prière du Pater, qu'on récita d'abord en araméen. Mais nous y voyons moins un renvoi à une prière officielle qu'une explosion de tendresse envers le Père, c'est-à-dire envers Dieu : Père, vous qui êtes le Père ! ce que nous nommerions une oraison jaculatoire traditionnelle.
Dans la Vg. in timoré devrait être remplacé par in timorem.
16) Ce V. est joint au précédent qu'il complète (Vg.-Glém. enim). Il montre plus clairement encore que la qualité d'enfants de Dieu ne vient pas de l'Esprit, qui en donne plutôt l'assurance. Le mot xéxvov n'est pas employé dans un autre sens que ub'ç (v. 14); même alternance vv. 19 et 21. Mais cette alternance même prouve que la filiation n'est pas purement juridique, puisque xéxvov signifie plus rigoureusement que ulo's la filiation naturelle [Zahn). Elle a sa raison très réelle, mais surnaturelle, dans l'union au Christ. Ici aùxb xo 7cv£î3[j.a, ipse Spiritus indique clairement l'Esprit de Dieu ; notre esprit (xôi 7cvEÛ[Aaxi yifiôjv) n'est pas (contre Corn.) le don de piété du v. 15 mais plutôt un don plus complet, cette seconde nature spirituelle, l'amour répandu par l'Esprit-Saint (v, 5), qui est devenue le principe de nos bonnes actions (viii, 4. 5. 13).
Au témoignage que rend notre esprit quand nous disons à Dieu : Père! se joint le témoignage de l'Esprit. Résidant en nous, inspirant nos actes, il a sa part à ce cri. Dans Gai. iv, 6, c'est même lui qui crie. L'affirmation lui appartient en même temps qu'à nous ; elle est donc certaine. — Le pluriel k(j[i.é^ doit s'entendre du groupe des fidèles; c'est leur situation normale; ce qui n'empêche pas que chacun puisse éprouver en soi des motifs de craindre, ne sachant pas d'une certitude de foi s'il a reçu la grâce (Conc. Trid, Sess. VI, cap. ix).
Dieu. ^''^Or si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers; héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ, s'il est vrai que nous soujffrons avec lui pour être glorifiés avec lui. ^^Gar j'estime que
Dans la Vg.-Clém. supprimer enim avec WW. La traduction testimonium reddit spiritui nostro pourrait faire croire que l'Esprit atteste à notre esprit. Il faudrait traduire testât ur una cum spiritu nostro [Erasme).
17) Étant fils, nous avons droit à partager la vie de famille et les biens de notre père. Dans Gai. iv, 1 ss. l'idée d'héritage est plus accusée parce que la comparaison avec les choses humaines est poursuivie dans le détail. Ici où le Père est Dieu, il ne peut être question d'un héritage proprement dit qui supposerait la mort du Père. Gomme ses enfants, nous participons à sa vie et à sa gloire. Mais, étant devenus ses enfants par l'union au Christ, c'est comme associés que nous avons droit à des biens qui lui appartiennent en propre. L'emploi de xXifipovop.etv, xXTjpovopa, ■/T.Tjpovdp.oç, assez étrange en parlant des biens conférés par le Dieu éternel, s'explique parce que le même mot hébreu l'ara c/j, « prendre possession de », signifiait aussi « hériter «, C'est ainsi que la Terré Promise fut la possession ou l'héritage d'Israël, que les biens messianiques furent aussi un héritage (Js. lx, 21; lxi, 7) et de même la vie éternelle (Mt. xix, 29; I Cor. vi, 9 etc.), tous termes où le sens de possession est plus naturel que celui d'héritage en français.
Mais si nous avons dès maintenant un droit à ce qui appartient en propre à Dieu et à son Christ, pourquoi ne jouissons-nous pas de ces biens? C'est que les souffrances en union avec le Christ sont une condition pour être glorifiés avec lui. On est d'accord sur ce point. Mais sÏTtEp peut s'entendre de deux manières. Avec la Vg. si tamen, la condition est proposée à la bonne volonté; à vous de voir si vous voulez soufi'rir avec le Christ pour être glorifiés avec lui {Corn.) ! Les modernes [Jûl., Zahn, Lietz., Kûhl) prennent EÏnEp dans le sens presque aflirmatif du v. 9, de m, 30; II Thess. i, 6, et ce sens était sûrement celui de l'ancienne latine, si quidem (Teut. Scorp. 13 ; De res. carn. 40; Cypr. [quatre fois], Lucif.); le sens est : « si d'ailleurs, comme c'est le cas, tant que nous sommes ici-bas, nous souffrons etc. ». Le sens est à peu près le même, sauf pour l'interprétation de îva. D'après Corn, nous prenons parti de souffrir avec le Christ dans le but (eo fine ut) d'être glorifiés avec lui (causalité subjective), et il voit ici la confirmation de cette doctrine catholique : si quis dixerit, iustificatuni peccare, duin intuitu aeternae mercedis bene operatur, a. s. (Conc. Trid. Sess. VI, can. 31). Mais tva indique plutôt le lien mis par Dieu entre les souffrances avec le Christ et la glorification. Ce lien est dans la nature des choses. A prendre en toute rigueur le système de Cornely, Paul aurait exclu ceux qui souffrent avec le Christ sans se proposer expressément de régner avec lui, ce qui serait étrange. Paul s'est préoccupé plutôt de la finalité intrinsèque voulue de Dieu comme à son ordinaire (v, 20; viii, 4). Quant au canon de 'Trente, il se justifie assez sans qu'on lui cherche un appui dans notre verset.