‹ Saint Paul [microform] (volume 2)Chapitre 72 sur 110 · Ceux qui marchent selon l'esprit · texte numérisé non relu

Ceux qui marchent selon l'esprit

9) Mais voici une autre voie, qui aboutit à la vie. Le contraste dégage une belle lumière. Tandis que les malheureux charnels étaient un groupe innomé, maintenant Paul s'adresse aux Romains convertis avec confiance : u^jLetç oé, mais vous ! Gornely avoue ici que tv ms'i^a-ui ne signifie pas dans l'Esprit- Saint, mais dans le don spirituel conféré à l'âme (que nous nommons la grâce), parce que la présence -de l'Esprit de Dieu est la raison pour laquelle on est dans l'esprit; il y a donc deux entités distinctes. La raison ne paraît pas absolument décisive, parce que Iv 7tv£Û;j.axi, en opposition à èv aap-/'.{, pourrait signifier être sous l'empire de l'Esprit, par opposition à être sous l'empire de la chair. Cependant la phrase suggère en efi'et deux sens du mot esprit. Et la vraie raison pour admettre un principe spirituel intérieui', c'est que dans le chrétien il doit être, par opposition à la chair, qui est bien de l'homme, ce qu'est la simple raison pour le pécheur. En bonne logique il faut entendre du même iTV£U[j.a adhérent à l'homme ce qui est dit au moins depuis le v. 4. Gela est moins certain du v. 2 où oapÇ ne paraît pas. Lips., SH. ne voient partout que l'Esprit divin.

EÏTtEp, d'après quelques-uns {Corn., Lips.), à traduire si tamen, « si toutefois », serait un avertissement aux chrétiens de Rome, pour le cas où ils auraient le malheur de ne point posséder l'Esprit de Dieu, afin de les effrayer et de les ramener au devoir. Mais Chrys. et ses disciples l'ont compris dans le sens affîrmatif : efîtep équivaudrait à èmlr.Bp (Eut/i.) « puisque »; cf. III, 30; II Thess, i, 6. C'est peut-être forcer la note, mais en gardant le sens de « si », on l'entendra favorablement [Kûhl, SH.) : « si, comme j'en

pas l'Esprit du Christ, il ne lui appartient pas. 1° Mais si le Christ est en vous, le corps, lui, est mort à cause du péché, mais l'esprit est

ai la confiance... ». Il n'y a aucune différence dogmatique. Dans les deux manières Paul suppose qu'un chrétien peut perdre l'Esprit de Dieu. La différence est seulement dans son attitude vis-à-vis des Romains. La preuve qu'il ne voulait pas les contrister [Euth.) par un avertissement sévère, c'est qu'il continue d'une façon impersonnelle : « si quelqu'un n'a pas l'Esprit du Christ, il ne lui appartient pas, il ne mérite pas le nom de chrétien » ! Admirable idéal ! L'Esprit de Dieu est ici l'Esprit du Christ, ce qui ne prouve rien contre la distinction de la troisième personne divine, mais ne prouve pas non plus directement que le Saint-Esprit procède aussi du Fils. L'Esprit est l'Esprit du Christ parce qu'il descend dans l'âme par l'union au Christ.

Avec le sens que nous proposons pour el';tep, le latin ne serait pas si tamen [Vg.), mais si quidem, comme dans l'anc.-lat., Irénée [bis], Hilaire {Trin. VIII), Tyconius.

10) Paul revient aux Romains, Iv &[j.Tv, car il les croit dans la situation normale pour les chrétiens d'avoir le Christ en eux. Que le Christ soit en eux, ou eux dans le Christ (v. 1), c'est toujours l'union, et en disant soit l'Esprit de Dieu (v. 9), soit le Christ, Paul montre que le Christ est d'une certaine manière l'Esprit de Dieu, c'est-à-dire sans être pour cela identifié avec la personne de l'Esprit-Saint.

Que fait la présence du Christ? D'après Ghrys. et ses disciples, elle a deux effets, l'un relatif au corps, l'autre relatif à l'esprit. Pour le corps, il est mort avec le Christ, à cause des péchés qu'il avait contractés, et qui ont rendu cette mort nécessaire (Lips.). Ce système prend vsxp6y très à la lettre, mais son défaut est de supposer une mort mystique, tandis que le v. suivant indique qu'il s'agit bien de la mort corporelle. Il faut donc (Corn., SH., Kûhl, Lietz., Jûl., etc.) ne reconnaître qu'un seul effet positif de la présence du Christ, indiqué à la deuxième partie du verset. La première est une sorte de concession, exprimée par [ilv... « s'il est toujours vrai de dire que le corps est mort à cause du péché dont il a été une fois atteint et qui le rendait sujet à la mort (v, 12 ss.), en revanche etc. », Nous avouons que c'est presque donner à vsxpdv le sens de ôvtjto'v ; l'expression un peu trop forte a été choisie pour faire contraste avec Çtor} qui suit.

TÔ U nvEi3[ia indique l'unique effet positif. Cette fois même Lipsius et Kûhl concèdent que l'esprit appartient à l'homme, puisqu'il devient vie par la présence du Christ. C'est ce que les théologiens nomment la vie de la grâce.

8tà Scxaioaiivrjv est très difficile à préciser. D'abord on ne peut pas dire que la vie naît « par le moyen » de la justice, car avec ce sens otdé exigerait le génitif. D'après une première opinion le parallélisme avec 8i& a[j.apTÎav suggère qu'il faut entendre « à cause de la justice », de l'action exercée antérieurement par la justice. Le péché a causé la mort, la justice est à la racine de la vie : Chrys. Xéyst v.cà tîiv alxlay x%ç, Çtor)? xal Trjv à7:68stÇiv. C'est donc la justice donnée par Dieu; cf. i, 17; m, 21; v, 1 ss. 15 ss. [Thom., Corn.).

Cependant d'autres (Xieïz., Jûl., Kûfil) entendent Sià otza[oa\5vr]v d'après vi. 13

vie en vue de la justice. ^^ Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité le Christ Jésus d'entre les morts vivifiera aussi vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous.

(SreXa SixatoffivYi?) de la justice à pratiquer. Dans ce sens eîç 8txa[oaûvr]v (vi, 16) eût été plus clair. Mais 8ia a pu être amené par le parallélisme avec Sià à^aprfav, sans qu'on soit obligé de s'arrêter à un parallélisme strict; au contraire chaque chose doit être estimée d'après sa nature : le péché est principe de mort, mais la vie doit produire quelque chose; donc propter peccaium commissum et propter j'ustitiam exercendam {Lietz.). Il est certain que depuis la chap. VI Paul regarde en avant, et exhorte à la vie chrétienne. La justice ici serait en rapport avec le v. 4. C'est la pensée d'Augustin, du moins implicitement, puisqu'il entend propter peccatum des péchés auxquels le corps incline, mais auxquels l'esprit résiste {Expositio, 4; De div. quaest. octog. Lxxvi, 6). Plus ouvertement le pseudo-Primasius : Spiritus vivit et vivificat, ut iustitiam faciamus.

Les deux sens sont également conformes au dogme chrétien : la justification racine de la vie spirituelle, ou la vie spirituelle source de bonnes œuvres; le second est plus en situation.

SH. laissent la précision en suspens : justice dans tous les sens, d'abord imputée, puis conférée, puis pratiquée. Mais il faudrait à tout le moins éliminer la justice imputée, avec Lipsius lui-même, puisque cette justice est en rapport avec la vie intérieure de l'âme.

Dans la Vg., au lieu de vivit, lire vita (WW.). Propter iustificationem est une traduction inexacte qui met ouvertement en scène la causalité de la justification. Il faut lire propter iustitiam d'après le grec, avec Tertullien [De res. 46) et Augustin.

11) La présence de l'Esprit de Dieu dans l'âme ne sera pas sans effet môme pour le corps. Celui qui a ressuscité Jésus (lire xov avant 'Irjaouv) vivifiera aussi vos corps mortels. Paul qui disait « mort » au v. 10, dit maintenant « mortels » avec « vivifiera », peut-être pour employer une expression très large, applicable même à ceux que l'avènement de Jésus trouvera vivants. Ceux-ci seront néanmoins transformés. Paul ne saurait parler de la résurrection de la chair, ayant pris « chair » dans un sens péjoratif, mais bien de la résurrection des corps, désormais immortels. La résurrection du Christ est le type de la nôtre (I Cor. vi, 14; II Cor, iv, 14; Phil. ni, 21; I Thess. iv, 14). La leçon de la fin est incertaine. Soden lit Sià xoU èvor/.ouvxoç aÙToîJ 7:v£ij|m-oç, mais 8ià to èvowoîiv ... 7rvEî3[jL« paraît être mieux attesté dans les temps les plus anciens. Avec le gén., c'est par la vertu de son Esprit, in virtute S. S.; avec l'ace, c'est : eu égard à sou Esprit, propier dignitatem S. S. Le gén. indique donc plus fortement la causalité, l'action d'un agent personnel, et cette leçon a été défendue par les Pères du iv° siècle.

La Vg. suppose l'accus., ayant propter et non per; élus doit être entendu comme suum, l'Esprit de Dieu et non l'Esprit du Christ; ce n'est d'ailleurs

^2 Ainsi donc, mes frères, nous ne sommes point redevables à la chair de vivre selon la chair. *8 Car si vous vivez selon la chair, il vous faut mourir; mais si vous faites mourir par l'esprit les œuvres du corps, vous vivrez.

** Car tous ceux qui sont mus par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont

qu'une question de construction, car au v. 9 c'est bien l'Esprit du Christ qui habite dans les fidèles. I6i Jésus est ressuscité par Dieu selon sa nature humaine.

Page 1