Le temps presse; il faut se mettre a l'œuvre
11-12») x«l TouTo, cf. Eph. H, 8; I Cor. vi, 6-8; idque, « et surtout »; la tournure xa\ TaSta était plus usitée dans ce sens; cf. Heb. xi, 12. Théodore de Mopsueste a compris ainsi la coupure; peut-être contre la tradition syrienne, car la Pechitto traduit : « et vous savez aussi cela ». Gornely rapporte ce xa\ ToûTo au précepte de la charité ; mais l'admonition qui suit n'y fait aucune allusion spéciale; c'est donc toute l'exhortation depuis xii, 1 qui prend une force nouvelle par la considération des circonstances (tiv xaipiv).
6(i.ôfç, ou ^as? d'après la critique des mss. grecs, {>(xa{ [Nestlé, Soden): d'après le» versions, plutôt ^t^àç. A-t-on mis u[iaç pour que l'Apôtre ne soit pas compris parmi les dormeurs? Mais cette correction eût été sans but, puisque dans la suite Paul se joint aux autres. Il est donc plus vraisemblable que le texte primitif était ujjiàî, changé en %Sç pour amener l'uniformité. Par.l s'adressait d'abord aux Romains; puis il se joint à eux à propos de la proximité du salut, commune à tous. Dès lors il ne se sépara plus de ceux qu'il exhorte, ce qui est de style. — sYYÛTspov %ûiv « plus près de nous » ^avôc
318 ÉPITIIE AUX ROMAINS, XllI, 12-13.
foi; — ^2 la ^jj[i Q^i avancée, et le jour est proche. Dépouillons-nous donc des œuvres des ténèbres, et revêtons les armes de la lumière. ^3 Marchons avec une tenue irréprochable, comme il sied en plein jour; plus de festins licencieux ni d'ivresse, de coucheries ni de dé-
Corn,, Zahn, Lips., Kûhl, contre JûL, Lietz.) vaut mieux que de joindre %wv à <jioTr]pia (Vg. nostra salus), car il était inutile de dire qu'il s'agit du salut des fidèles ; l'accent est sur la proximité de ce salut par rapport à eux. — lm<jxt<iff«jji£v à l'aor. marque le moment oii les fidèles sont entrés dans le christianisme chacun à son heure, sans établir un synchronisme entre la conversion de Paul et la fondation de l'Église de Rome.
— 7ïpoixo<|<£v, « la nuit s'est avancée dans son cours » ; iJ-cYwev, « le jour est proche ».
Dans la Vg. on préférerait /?;'o/?iMS est nobis salus à propior est nostra salus. La traduction praecessit [Vg.) indique que la nuit est déjà passée; c'est un contresens qui a pesé sur les exégètes latins ; la leçon processit de f g serait à repx'endre. — WW. lisent adpropiavit au lieu de appropinquavit.
12*') Deux images qui ne sont pas exactement dans la même ligne. Si l'on doit quitter les œuvres de la nuit, comme on quitte un vêtement, c'est sans doute pour vaquer au travail du jour; mais le jour se trouve être un jour de bataille, puisqu'il s'agit de revêtir des armes, ces armes de lumière qu'on prend pour un combat solennel en grande tenue. Il en est question encore Eph. vi, 11 ss.; II Cor. x, 4 ss., et elles sont énumérées dans I Thess. v, 8, où l'on voit que ce sont surtout les vertus théologales de foi, de charité, d'espérance. Il faudra donc lutter; le jour ne se présente pas comme un terme, mais comme le point de départ d'une vie plus active, ce qu'indiquait déjà le réveil (v. 11).
La Vg. abiiciamus a le sens de àito6aXt&[ie6a (DE F G) ; deponamus rendrait mieux «TîOÔi&jAeâa. Cf. Épict. IV, IV, 29 : et tÔ x«xdri6eç x«\ Xofôopov (STroTÉSetuat.
13) Paul n'insiste pas sur l'idée de bataille, et demande maintenant qu'on garde la tenue décente qui convient au jour. Plus encore que de notre temps, on se croyait tout permis chez les Romains durant la nuit. Ceux-là mêmes que leur condition obligeait durant le jour à plus de réserve se déguisaient tout autrement que twyj\\i.6-^<x)e, pour courir les aventures. Le xâ5jji.oç était un banquet licencieux, où l'ivresse était prévue, et qui se terminait dans la rue en de bruyants cortèges, en quête de débauche, suivi de scènes de querelles et de jalousie. C'est ce que Suétone raconte de Néron : post crepusculum statim adrepto pilleo vel galère popinas inibat circumque vicos vagabatur ludibundus... ac saepe in eius rnodi rixis oculorum et citae periculum adiit, a quodam laticlavio, cuius uxorem adîrectaverat, prope ad necem caesus [Nero, xxvi) ; cf. sur Lucius Verus, Capitol. IV, 6.
Les désordres sont rangés deux par deux, chaque paire ne formant guère qu'une idée [hendiadyn) : banquets où l'on s'enivre, couches où l'on pratique la débauche, querelles fomentées par la jalousie. Alors même que Paul n'aurait pas eu en vue de pareils déportements réunis, ses expressions sont
bauche, de querelles ni de jalousie. ^*Mais revêtez le Seigneur Jésus-Christ, et ne prenez pas [tant] de soin de la chair, [qui vous conduirait] à ses convoitises. '
cependant trop fortes pour s'appliquer à la vie morale d'une communauté normale de chrétiens, encore moins à ces Romains dont il louait la foi (j, 8) ; ce sont là les vices du paganisme. La comparaison du jour et de la nuit ne peut être ici que l'opposition entre le christianisme et la vie immorale des païens; Thèodoret (III, 139; Schulze, Catene, 468, 17, cité par Lieiz.) : xK^yàp ol tbv jr«pdtvo[Ji8V dlcr7r«Çé[;.evot ^tov ixeîva âv vwxt\ SpÛVTêç (Jis9' ^)j/,rfp«v xè tîjî EÛxoajxtaç îMjBtT:{6tVTCsi (ï)(^^[i.a. BoijXsTKt To(vuv, wç TÎjç vuxTOç SieXGoûarjç VMi tyJç otyvofaç XrjÇ^itarjç, Tôv TcpoTÉpwv ^jjiaç à.Kf{k\é.f^<iL\. 7.ay.SfK Thom. distingue trois sortes de nuit et de jeur : C'est tout le temps présent, comparé à l'état de béatitude; l'état de faute, oonaparé à celui de grâce; le temps antérieur a l'Incarnalion, comparé au christianisme. Au lieu de choisir entre ces explications, il faut reconnaître que la pensée de l'Apôtre a évolué; exactement comme dans I Thess. V, 1-8, il passe du jour du Seigneur (v. 2) à l'idée du grand jour dans lequel, vivent les chrétiens. Parlant à des chrétiens de vieille date, il faisait allusion au jour de l'avènement du Seigneur. Mais le jour luit déjà, et c'est alors le christianisme avec ses obligations morales qui succède à la nuit de l'immoralité païenne.
14) Il faut revêtir Jésus-Christ. C'était déjà fait par le baptême (Gai. m, 27), mais il dépend du chrétien de collaborer à ce qu'a fait la grâce, et ce travail doit durer toujours. Néanmoins il y a dans l'expression une allusion à Ici profession récente du christianisme, qui s'accorde parfdtement avec l'explication donnée plus haut du v. 13. Anciens et nouveaux convertis, les Romains doivent oublier les vices du paganisme et revêtir Jésus-Christ ; cf. Col. IH, 9; Eph. IV, 24. Thom. ; dicitur autem induere Christum qui Christum imitatur; quia sicut homo continetur vestimento^ et sub eius colore videtur; ita in eo qui Christum imitatur, opéra Ckristi apparent. Per hoc ergo induimur arma lacis, quando induimur Christum.
Revêtez le Christ, c'est une autre manière de dire : vivez dans son Esprit, ne vivez pas selon la chair (viii, 12 ss.). C'est bien ce que Paul ajoute ici. S'il avait voulu dire que nous devons n'avoir soin du corps que pour autant que les mauvais désirs n'en soient pas excités [Corn., Zahn), il eût écrit tou dtijAa- ■côç et non tyjç aapKaç (cf. vin, 13). La chair qui est dans le langage de l'Apôtre un principe mauvais va à la satisfaction de ses désirs : il ne faut point en tenir compte [Lips., Kii/U, JûL, SH.); cf. Gai. v, 16 : v.oA ;niO'jp.îav sap/.ô; où pi TsXédYixe. — jtpdvoïKv noioî5ij.ai est fréquent dans les inscriplious [Roajjlac, p. 72, n. 1).
La Vg. in desideriis, àv èniOufistatç (F G) ; in des i de r La rendrait mieux eis
11-14. Sur la pro.x:imitè de la parousie. — Ou conclut souvent du raisonnement de Paul qu'il croyait la iiii du monde pi'ociiaine. Dapiùs
Ktihl : « La génération présente assistera au retour du Christ ». M. Toussaint est plus précis encore : « Le moment de la grande apocalypse semble si rapproché à l'Apôtre que, d'après son calcul, il doit s'écouler, jusqu'à son apparition, moins de temps que depuis le moment de sa conversion et de celle de ses lecteurs, c'est-à-dire moins de vingt ans ». Mais ce prétendu calcul exigerait un autre texte. Paul ne dit pas que ses lecteurs et lui sont plus proches de la fin qu'ils ne sont éloignés de leur conversion, mais simplement qu'ils sont, au moment où il parle, plus proches du salut qu'ils n'étaient au moment où ils ont cru. Cela va de soi, et il eût été inutile de le dire, si l'Apôtre n'avait pensé que lui et ses contemporains dans la foi étaient sensiblement rapprochés du salut. Mais cela se pouvait faire de deux manières. Paul, s'adressant à toute une génération, pouvait l'envisager comme marchant à ses fins dernières, dont elle n'était plus très éloignée. Mais il pouvait aussi se représenter le salut comme le jour qui est en marche pour remplacer la nuit. C'est à cette comparaison qu'il s'est arrêté, et on ne saurait, sans forcer le sens, dire qu'il pense à la mort de ses contemporains et à la sienne (contre Corn.). Mais il faut laisser à sa pensée l'incertitude chronologique qu'il a voulu lui donner. 11 n'a pas dit : « le salut est proche », il a écrit : « il est plus proche ». Il ne. pouvait pas oublier ce qu'il vient d'affirmer sur la conversion des nations et sur celle d'Israël (xi, 25), qui exigeraient certes beaucoup de temps. Il est vrai qu'il ajoute : « le jour est proche », mais ce sera pour en induire que les Romains doivent adopter la tenue du jour et se comporter comme on se comporte pendant le jour.
Il faut donc reconnaître ici, comme dans les évangiles synoptiques, deux modes de l'idée du salut; il est à venir, et il est commencé; la même image convient à ces deux modes.
Le salut est certainement à venir sous sa forme parfaite (Rom. v, 9 s.; II Tim. iv, 18), et le Sauveur lui-même est attendu (Phil. m, 20; Heb. IX, 28). Son avènement sera le grand jour, non le jour du Seigneur d'Amos (v, 18), qui était un jour de ténèbres, mais le jour véritable, et cependant un jour qui viendra subitement, comme un voleur de nuit. C'est l'idée de I Thess. v, 2 : oïSaxe Sti ^[xapa xupfou àç xX^tctkjç Iv vuxti o8twç £p)(^eTai : « le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit ». Cependant, comme il disait déjà aux Thessaloniciens qu'ils n'étaient pas fils des ténèbres, mais du jour, Paul ne peut se résigner à considérer la vie chrétienne comme un temps de ténèbres. D'une certaine façon, très réelle, elle est déjà le salut (Eph. ii, 5. 8). Les chrétiens doivent marcher avec cette bienséance qui convient au jour. On voit ici que non seulement le jour est proche, il est déjà levé. Qu'on reproche donc à Paul, si l'on veut, de donner à sa pensée un tour nouveau sans adopter une nouvelle image, mais qu'on ne tire pas
de cette image un enseignement précis sur le temps de la parousie. On peut dire en effet que toute appréciation chronologique se méprend sur le sens de l'Apôtre. Le jour du salut est une splendeur qui éclaire la vie morale des chrétiens et qui doit l'éclairer toujours davantage. Déjà l'aurore luit... L'avènement du Christ correspond-il au lever du ssoleil? on le croirait d'abord (12'*); mais on voit bien que les chrétiens vivent en pleine lumière. Sera-ce donc le midi? Mais en vérité cette inquisition est superflue. Paul ne fixe point les moments sur le grand chronomètre du Cosmos. Pour lui la consommation du salut absorbe tous les degrés intermédiaires de perspective ; elle est proche, elle éclaire déjà l'horizon, elle fait rayonner nos armes. Ne comptez pas les jours et les années, cela est d'un autre ordre
lii'min AUX r.oMAi.Nrt. 21