‹ Saint Paul [microform] (volume 2)Chapitre 97 sur 110 · Paul a écrit aux Romains comme apôtre bes gentils · texte numérisé non relu

Paul a écrit aux Romains comme apôtre bes gentils

14) Son enseignement dogmatique et moral terminé, Paul revient aux pensées de I, 8 ss. ; il y a donc une pause très marquée après le v. 13, et ce qu'il va dire maintenant s'entend de toute l'épître {Corn., ML, Zahn, Kiihl, contre Lips. qui entend la bonté et la connaissance relativement aux rapports entre gentils et Juifs convertis). S'il a cru devoir les instruire et même les avertir sur un ton pressant, ce n'est pas qu'il méconnaisse l'excellent état où est la communauté romaine. On voit que l'Apôtre tient à témoigner aux Romains beaucoup d'égards et à ne point s'imposer; mais ce n'est pas une raison pour mettre en doute la parfaite sincérité de ses éloges.

Les deux x«t devant «ùto? et devant aûxoi sont parallèles, mettant en vedette les personnes en scène, d'un côté Paul, de l'autre les Romains.

•/.a\ aû-cbç ï-^tii, « moi-même qui vous écris de cette façon » [Chrys.], plutôt que « moi aussi, comme tous les autres » ; wa\ «ù-rot, « par vous-mêmes, sans que je m'en sois mêlé ». — àya9wa6vYi demeure propre à la Bible et aux écrivains ecclésiastiques; dans le N. T. il est propre à Paul : Gai. v, 22; Eph. v, 9; II Thess. i, 11, dans le sens de bonté, résumant toutes les bonnes dis-

autres. ^^ Cependant je vous ai écrit assez librement par endroits, ou plutôt j'ai ravivé vos souvenirs, à cause de la grâce qui m'a été donnée par Dieu ^^pour être ministre du Christ Jésus auprès des gentils, chargé comme d'une fonction sacrée de l'évangile de Dieu, afin que l'oblation des gentils soit agréable, [étant] sanctifiée par

positions du cœur. — yvâjatç (l'article xriç n'est pas certain) est la connaissance des vérités chrétiennes. Bienveillance et compétence sont les deux conditions requises communément dans l'antiquité pour instruire les autres; puisque les Romains les possédaient, ils auraient donc pu s'avertir les uns les autres. On voit ici comment l'éloge doit être entendu pour n'être point une flatterie. L'excellente situation de la communauté dans son ensemble n'excluait point la nécessité pour les particuliers de recevoir des avis opportuns. — Nous avons suivi la leçon xal iJXXiriXouç avec les anciens mss. Zahn lit xal aXXouç avec la recension antiochienne, y compris la Pechitto, parce que xaJ ne s'explique bien qu'avec «XXouç : « vous êtes en état d'avertir même les autres », c'est-àdire d'autres Églises; cf. Ign. ad Rom. m, 1 : àXXouç IBiSàÇaxe. Soden cite Origène grec pour cette leçon, mais elle ne se trouve que dans Or. inter. et le commentaire suppose àXXTfXouç. xa.1 ne porte pas seulement sur àXXî{Xouç mais aussi sur vouôeteîv, capables aussi à.Q vous morigéner les uns les autres.

Dans la Vg. ipse ego serait plus littéral que ego ipse, et bonitate plus exact que dilecdone. La tournure ita ut possitis a un peu trop accentué la dépen- . dance de Suvifievoi etc. par rapport à ce qui précède. Il faudrait suppléer etiam avant alterutrum pour rendre xat.

15) Puisque rien ne manquait aux Romains, pourquoi leur écrire? C'était en effet assez audacieux, et la hardiesse était par endroits très sensible, mais l'Apôtre ne voulait que rappeler aux Romains ce qu'ils savaient déjà, et enfin il a reçu de Dieu grâce spéciale pour évangéliser les gentils. — ToXfirjpoWptoç {Sod. ToXfATipÔTepov) est un comparatif que rien n'oblige à prendre pour un superlatif (contre Zahn) ; inè [xlpou? n'est pas une limitation de cet adverbe (contre Corn. : paullo audacius, d'après Ghrys. et son école). — M adversatif porte sur toute la pensée : « j'avoue que c'était audacieux, mais »... àjïb fi^pouç, « en tel ou tel endroit » [SH., Zahn, Kûhl) ; il est fort douteux que Paul ait eu conscience d'avoir été trop pressant dans tel ou tel cas bien déterminé; c'est une précaution oratoire. SH. citent comme exemples : vi, 12 ss. 19; vni, 9; xi, 17 ss.; XII, 3; xiii, 3 ss. 13 ss. ; xiv; xv, 1. — (5jç è;îava[xi[j.vr;a-/'.uv est une autre précaution oratoire qui porte sur toute la lettre. Cela est de style quand on se croit obligé d'avertir quelqu'un ; on ne veut que suppléer à un défaut de mémoire : Dém. Philip, lxxiv, 7 : ÉV.aaxov u[j.c5v, xat-ep àxptSwç el'So-ca, Sfjiœç Iko.vap.vïî'jai PoûXojj-ai. — Stà r/jv y^apiv, la grâce est expliquée au v. suivant; cf. i, 5; XII, 3.; Stà indique la raison pour laquelle Paul a écrit, propter.

Dans la Vg. fratres suppose ii5£X«poi' que Soden accepte entre crochets.

16) La grâce d'apostolat conférée à Paul par rapport aux gentils était une sorte de sacerdoce. XeiToupyov en apposition avec tepoupyouvra doit avoir ici le sens de ministère sacré qu'il a ordinairement dans les LXX (contre Zahn) ; ce

TEsprit-Saint. '^'^ J'ai donc cette glorification dans le Christ Jésus

ministère a pour objet les gentils. — Upoupyst'v signifie « remplir des fonctions sacrées » et spécialement « sacrifier ». Mais dans le premier cas il ne peut être suivi de l'accusatif, et dans le second cas tô EÙaYyéîaov signifierait la chose sacrifiée, ce qui est impossible. Il faut donc supposer le sens d'administrer en prêtre. Dans IV Macch. vu, 8 on a la variante lepoupyouv-aç (au lieu de Srifitoupyouvraç) tov vdp.ov, dans ce sens; cf. Grég. Naz. (cité par Thés.) UpoupyoOvra TTjv 7)[j.wv aÙTûv atoTYiptav. C'est de la même façon que les tepoTtotof athéniens étaient des administrateurs. Ceux qui sont offerts en sacrifice sont les gentils, ils sont la Tzpoaœopâ, terme employé dans le grec de l'A. T. pour désigner l'oblation (nn;3D), Ps- xxxix (xl), 6, ou même le sacrifice sanglant. Sir. xlvi, 16 £v îtpoaipopa àpvoç yaXaôvivou. Cette oblation est agréable à Dieu, précisément parce qu'elle est sanctifiée par l'action de l'Esprit-Saint, car la sanctification doit précéder l'immolation (xii, 1). — Cornely explique qu'il s'agit du baptême, par lequel le chrétien meurt comme une victime sanctifiée par l'Esprit- Saint. Mais dans le baptême la sanctification est, sinon par le temps, du moins logiquement postérieure à la mort mystique. De plus, l'Apôtre se serait comparé au prêtre inférieur qui prépare la victime (Corn.), ce qui n'est sûrement pas sa pensée. Il n'a donc pas serré de très près sa comparaison. Les chrétiens déjà baptisés pouvaient offrir leur corps en sacrifice (xii, 1). D'un point de vue analogue, l'action de l'apôtre est comparée à celle du prêtre qui offre à Dieu des victimes agréables, les seules d'ailleurs qu'il soit disposé à accepter. Ce n'est pas tant l'expression d'une réalité mystique qu'une comparaison; Thom. : in quo quasi quoddam sacrifîcium et oblationem Deo obtulit. D'après Ulpien, les jurisconsultes méritaient le nom de prêtres.

Vg. in gentibus convient moins que ad gentes, La traduction sanctificans evangelium (Aug. consecrans; Or.rinter. sacrificans) trahit l'embarras de l'interprète; ce serait plutôt operans (au sens rituel) evangelio. — et avant sanctificata est à effacer avec WW., ne répondant à rien dans aucun ms. grec (d'après Soden).

17-19. Paul était décidé à montrer aux Romains qu'il n'avait pas, en leur écrivant, dépassé les limites de sa grâce, selon sapropre doctrine (xn, 3 ss.); il devait donc leur prouver que la grâce dont il avait usé avait eu les caractères sensibles d'une mission divine. D'autre part il ne voulait pas s'attribuer à lui-même le succès de ses missions. La difficulté de concilier ces deux points a causé l'embarras de la construction dans ces versets : l'intention est de reporter au Christ toute la gloire.

17) Nestlé lit tt)v jcaûx.vjitv, Soden omet tï)v. Avec l'article, la phrase est plus liée à ce qui précède, et c'est une difficulté, car il n'y a pas été question de glorification. C'est une raison de supposer que l'omission est due à des copistes qui ont choisi une tournure plus simple. D'ailleurs le sens est à peu près le même. Avec xrfv : j'ai donc cette glorification (contenue implicitement dans ce qui précède). xaiiy^Yiaiç est l'action de se glorifier, et non le sujet qu'on peut avoir de se glorifier (y.auy^Yjfi.a,). ouv suppose que Iv XpiurG est pris dans un sens restrictif. Étant seulement ministre, je n'ai donc la

pour le service de Dieu; *^car je n'oserais parler de choses que le Christ n'eût opérées par moi pour convertir les gentils, par le discours et par l'action, ^^ par la vertu des miracles et des prodiges, par la vertu de l'Esprit-Saint; si bien que depuis Jérusalem et en

glorification que dans le Christ, et seulement xà Trpbç tbv Osév (cf. Heb. ii, 17; V, 1), « pour ce qui regarde l'œuvre de Dieu », c'est-à-dire ici la prédication de l'EvaDgile.

Gloriam (Vg.) est un peu faible pour gloriadonem; avec l'article, istam gloriationem. — ad Deum, se. in us quae sunt Dei.

18, 19") La phrase est un peu embarrassée à cause des deux négations, mais le sens est clair : « je ne parlerai que de faits incontestables, paroles ou œuvres, qui prouvent que j'ai rempli ma mission d'amener les gentils à la foi et à l'obéissance; et môme je n'en parlerais pas, si ce n'était à proprement parier l'œuvre du Christ «. — toXjjltjgw, plus réservé que le présent (Il Cor. x, 12), sans aller jusqu'à l'ironie (contre SH.). — eî; unaxorjv, cf. I, 5. — X6y()) xai 'épyw avec ce qui suit, dépendent de xaieipy^^aTo ; c'esl l'œuvre du Christ, mais par Paul, par ses paroles, orales ou écrites (II Cor. X, 11), et par ses entreprises ou ses exemples; de plus, par les miracles qu'il a accomplis, et par les manifestations de l'Esprit qui agissait en lui et avec lui. Lipsius et Cornely prétendent que les miracles sont l'explication de È'pyti) et l'action de l'Esprit l'explication de î^oyco, donc ; « les discours en tant qu'inspirés par l'Esprit; les œuvres, à savoir les miracles ». Mais il est beaucoup plus naturel d'additionner ces manifestations; cf. II Cor. XII, 12 ta [xÈv <s-f\[:.tXa. toî3 àr:oa-6Xou xaxEipydoOri h uaïv âv Tzàari ujtOjaovri (représentant les œuvres de l'Apôtre), a-r\\i.dQiç, xt xat TÉpaat xai Suvijxeai, et Heb. II, 4 où les miracles sont distincts des opérations de l'Esprit-Saint. Les ari^tia. sont en principe distincts des -ripaia, car les TÉpaxa appellent seulement l'attention comme des faits anormaux; ils deviennent des QtwxzXd ou des signes lorsqu'on perçoit leur relation avec la chose qu'on veut mettre en relief; mais dans l'usage les deux mots signifient les miracles. Or.-int. : Signa appellantur, in quibus cum sit aliquid mirabile, indicatur quoque aliquid futurum; prodigia vero, in quibus îantummodo mirabile aliquid osienditur. Signa vero et prodigia quasi quae utrumque contineant dixit. Un miracle est aussi 8uva[j.iç (cf. le texte cité II Cor. xii, 12), mais ici ouvapitç indique, soit le pouvoir de faire les miracles, soit celui de manifester l'Esprit-Saint d'une façon qui n'est pas précisée, mais que l'on peut conjecturer d'après 1 Cor. xii. Paul n'hésitait donc pas à parler des miracles qu'il avait faits, aux Romains, comme aux Corinthiens (II Cor. xii, 12). Il faut beaucoup d'audace pour le taxer d'illusion ou de mensonge.

Audeo, représentant toXixô), serait à changer en ausim, car la leçon ToXixTfaoj est certaine. Efflcit de Vg.-Clém. est à lire effecit (WW.). — sancti après spiritus rend ay'»") leçon aussi bonne que ©sou [Sod.); mais B qui seul omet l'un et l'autre a probablement la bonne leçon.

19'') Résultat (oJaTs) : l'évangile a été prêché dans tout l'Orient. Il y a

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tous les sens jusqu'à Tlllyrie j'ai prêché pleinement l'évangile du Christ, 20 me faisant cependant un point d'honneur de ne pas évangéliser [les contrées] où le Christ avait été nommé, afin de ne pas

des difficultés de détail. — kno 'IspooffaXrJiJi n'indique pas nécessairement que Paul comprenne Jérusalem dans son apostolat auprès des gentils. Il y a prêché et discuté avec les Hellénistes (Act. ix, 28 ss.), mais ces derniers étaient des Juifs, et l'église de Jérusalem dans son ensemble ne pouvait être regardée comme une offrande des gentils faite par Paul. C'est donc un point de départ qui n'est pas inclus dans le résultat. — -ml x.ùzXw a été entendu des environs de Jérusalem ; la critique moderne l'entend maintenant avec raison, comme Chrys. et son école, des voyages en divers sens qua Paul a accomplis entre les deux points extrêmes ; Jérusalem au sud-est, et rillyricum au nord-ouest. Au lieu d'aller directement, il a fait maint circuit (Corn., SH., Za/m, Lietz., Kûhl, JûL), sur lesquels xa( insiste : « et ce long chemin, je l'ai fait en cercle ». — f^^xpi toîî 'IXXupixoiî ne signifie pas nécessairement que Paul ait prêché en Illyrie. L'Illyricum désignait, dans son sens premier, une région assez occidentale (jusqu'aux Vénètes), mais qui s'était étendue vers l'Orient avec les conquêtes i-omaines jusqu'à toucher la Macédoine et la Thrace. La carte XVII du grand atlas antique de Kiepert est intitulée Illyricum et Thracia, car le nom de Dalmatia ne commence qu'avec les Flaviens. Probablement Paul a voulu dire qu'il avait atteint, en prêchant en Macédoine, les confins de l'Occident. Si l'on tient à ce qu'il ait prêché en Illyrie, on supposera un voyage sur lequel nous n'avons aucun autre renseignement. Dans cette immense région, Paul a prêché l'évangile complètement; c'est le sens de 7tXy]pouv avec l'accus. (d'après Chrys. et son école, etc.); cf. Col. i, 25, nXTjpwaat xôv Xdyov toî5 Ssou. Il ne dit pas qu'il a converti tous les païens, ni même le plus grand nombre d'entre eux; il a promulgué la bonne nouvelle d'une façon suffisante, surtout si l'on tient compte de l'esprit municipal des anciens; les principales villes ont reçu l'évangile, il est donc promulgué pour toute la région. Paul semble regarder sa tâche dans ces régions comme achevée (v. 23),

La Vg. en omettant de traduire xai devant h^xXo) incline vers le sens que nous avons préféré : pep circuitum, c'est-à-dire circumquaque [Thom.). Si l'en voulait le conserver et cependant rendre -mi, il faudrait traduire et hoc per circuitum. Impleverim conviendrait mieux que repleverim.

20) Ce verset peut être regardé, soit comme une limitation de ce qui précède, indiquant que Paul s'est borné à prêcher où l'on ne connaissait pas encore le Christ, soit comme une explication destinée à préparer la confidence de ses intentions sur des missions nouvelles. On l'entend ici dans le second sens. oSxtoç 81 n'est donc pas une restriction : « en quoi cependant » {SH., Lietz., Jûl.), mais plutôt se rapporte à sùaYyaXIÇEdOai, et est expliqué négativement par oùy^ Srtou et positivement par àXXà xa0c6ç au v. 21 [Lips., Corn., Zahn, Kûhl). Le U est explicatif [porro) plutôt qu'adversatif. — çtXoT:i[jLoi5(j.£vov, ou bien dans le sens dérivé : « s'efforcer activement » [Field, SH., Zahn) qui

bâtir sur le fondement des autres, ^^ mais [plutôt] comme il est écrit : « Ceux auxquels il n'a pas été annoncé le verront, et ceux qui n'auront rien entendu dire comprendront. »

paraît bien être la valeur du mot dans I ThesB. iv, 11 ; II Cor. v, 9 ; ou bien dans le sens primitif : « tenir à honneur » {Lips., Corn., Lietz., Jûl., Kûhl). Ce sens est tellement en situation qu'on doit Ip préférer. Ce qui est en jeu dans la règle que Paul s'est imposée, c'est moins le zèle qu'une sorte de point d'honneur en même temps qu'une preuve de sa délicatesse envers les autres apôtres (cf. II Cor. x, 15. 16). Field a cité plusieurs exemples du sens dérivé dans la littérature contemporaine [Polybe, Diodore, Plutarque), mais le sens primitif s'est conservé {Diod. I, 25 et Grég. de Naz. cités par Thés. etc.). On lit dans Elien N. A. VIII, 2, à propos d'un chien de chasse : toîç kXkox^lon lauTov Tïôvoiç oùx èyYpaÇwv ... ^oiv.e Sa kv. touTwv è'y^siv xt cptXoTt[JLtaç Iv lauTtS çujtx%, donc un certain sentiment d'honneur {Field d'après Wetzstein).

wvo[ji.aci9)ri, où le nom du Christ avait été prononcé, condition nécessaire pour qu'on puisse l'invoquer (x, 10 ss.). — àXXoTptov, non pas « étranger », mais « appartenant à un autre » ; cf. xiv, 4. L'Apôtre avait donc pour principe de ne point porter l'évangile là où le Christ était déjà connu. Il posait le fondement, laissant les autres achever son ouvrage s'ils le jugeaient à propos ; c'est sa grâce propre : xarà t^v x,apiv toîî 6eoU tfjV 8o6eioav p.01 cbç' ooijjoç ipx.'tIxtcjv 8E[iiXtov 'Éôyjxa, «XXoj 81 è7;otxo8o[iEt (I Cor. iii, 10). C'est un principe, une règle qu'il entend appliquer partout. Comment donc a-t-il pu exprimer le désir d'évangéliser les Romains (i, 15)? A prendre les choses à la rigueur, les termes sont en opposition. Dire que l'église romaine était à peine fondée, ce serait ne pas tenir compte de l'éloge réitéré qu'il fait des Romains (i, 8 et XV, 14), Mais de ce qui suit (v. 22-24) il résulte clairement qu'il n'avait pas l'intention de se poser à Rome en apôtre de cette église, mais seulement do s'y arrêter en passant. Dès le début il avait marqué son rôle avec beaucoup de modestie (i, 11 s.). L'opposition n'est donc que dans les termes, ceux de 1, 15 dépassant un peu la pensée parce qu'ils préparent la thèse relative à l'évangile,

La Vg. sic autém praedicavi suppose le grec i5)iX9Tt[j.oijtAat, mais la traduction est beaucoup trop large; cî. praedicare nisus sum evangelium [AmbrsL dans WW.); cupide desideravi evangelizare {f g); d'ailleurs la leçon çtXoTt- (jiou[i«t, très naturelle, n'eût pas été changée en ipiXoTt[;.oû[/.evev qui est la bonne leçon (Nestlé, Sod, etc.). Il faut donc lire, ou bien ita porro annitens praedicara [Érasme), ou bien, d'après le sens préféré ici ; sic autem.in ghria ducens praedicare. — Hoc après evangeliuni est de trop. Lire aedificem avec le ms. B. Qi d e g, plutôt que aedificarem.

21) Le procédé de Paul est décrit d'une façon positive (àXXà xaGws y^yp*'^'^*') par un texte d'Isaïe (ui, 15). Il est cité d'après les LXX, sans aucun changement si on lit i>!|/ovTat non pas avant oTs [Nestlé] mais après mp\ aùtou [Sod,]. L'hébreu : WJiann m'Oi iih lUJNl îixn DnS nsp kS I-^K ''3 « car ils ont vu ce qu'on ne leur avait pas annoncé, ils ont compris ce dont ils n'avaient pas

ÉPITllE AUX ROMAINS, XV, 22. 355

2' Au&si ai-Je été empêcàé très souvent de venir vers vous ;

entendu parler ». II s'ag^it du Serviteur de lahvé. Les nations et leurs rois ont vu, dans un tableau qui regarde le futur, c'est-à-dire verront, au sujet du Serviteur, des choses dépassant tout ce qu'on pouvait raconter, des choses inouïes. Paul, identifiant avec raison le Serviteur avec Jésus-Christ, applique ces paroles aux gentils qui ont été évangélisés par lui, alors que personne ne leur avait parlé de Jésus, ou comme dit Cornely : (Isaiae) dtctum per al~ lusionem quandam ad eas pentes transfert, ad quas aliorum Apostolorum praedLcatio nondum adçenerîL II est donc bien étrange que le même Cornely, qui accorde que Paul â transposé le sens primitif du texte par une applicatioa spéciale, exige que l'on tienne la traduction des mots dans les LXX comme a S. Paulo adopiatam et approbatam. Il importe assez peu dans l'Épître qu'on lise : a Ils verront ce qu'on ne leur avait pas annoncé » etc., ou : « ils verront, ceux à qui on n'avait pas annoncé à son sujet », mais dans Isaïe il est plus naturel de ne pas metti-e en vedette les personnes, déjà représentées par les verbes, et d'insister sur ce que la chose annoncée a d'inouï. La meilleure preuve que cette idée est nécessaire, c'est que les LXX ont ajouté iz^fi aà-:o\j^ mais c'est en même temps l'indice que leur traduction de lUTi^ par olî est imparfaite. Dans sa traduction d'Isaïe, saint Jérôme a été inftuencé par les LXX • sans les suivre tout à fait, et peut-être par le souvenir de Rom. xv, 21, car il traduit : quibus non est narratum de eo viderunt, et qui non audierunt conîemplati sunt. Quant à Paul, si les temps parfaits pouvaient lui plaire davantage, puisque les nations, grâce à lui, avaient déjà vu, le futur convenait à une prophétie, et la traduction grecque lui allait mieux en mettant plus en vedette les nations. C'est probablement pour cela que ce passage d'Isaïe s'est présenté à sa mémoire pour caractériser sa manière de prêcher l'évangile, mais il ne prétendait pas pour cela autoriser la traduction grecque comme la meilleure et la seule conforme à l'original dans tous les détails.

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