Saint Paul Première épître aux Corinthiens
Pénétrer et commenter les deux épiîtres de saint Paul aux Corinthiens, c'est une entreprise qui offre autant d'attrait que de difficultés. Extrêmes sont l'intérêt, la variété et la complexité des sujets qui s'y succèdent. Et comme ce sont de vraies lettres, — non des épitres artificielles, — la connaissance y est présupposée d'une multitude de conjonctures que ne nous a pas expliquées leur auteur.
La Première est d’une valeur unique comme document d'histoire. Elle seule, illustrant les données des Actes des Apôtres en leur seconde partie, nous représente au vif, et sous tous les aspects, la pénétration de l' Évangile en ces grandes cités méditerranéennes qui furent le premier terrain de son expansion formidable à travers le monde antique. Il y trouvait les premières pierres d'attente pour l'édification d’une Église universelle conçue et née en Palestine, mais qui ne pouvait prendre sa forme définitive que chez les gentils. Cependant toute l'organisation — ou la désorganisation — des mœurs et des cultes grécoromains devaient tendre à l'éfouffer dès ses premiers pas, ou à le noyer dans le « chaos ethnique » et son syncrétisme religieux, si l'Esprit de la Pentecôte n'avait mis là des yeux vigilants et des mains fermes. Or, la Première aux Corinthiens est le tableau, que rien ne saurait remplacer, de cette prise de contact, si accidentée, entre le christianisme en toute la force de son enthousiasme juvénile, toute l'ivresse du souvenir récent de l'Homme-Dieu, et l'hellénisme mür, trop mûr, penché au bord de la décadence, mais imprégnant encore à fond toutes les pensées et tous les gestes des hommes. La mentalité religieuse héritée d'innombrables siècles païens, la tournure d'esprit générale, les. prétentions du rationalisme philosophique qui avait établi un #7odus vivendi avec toutes les superstitions, ct puis toutes les mœurs, tout l'état social, toutes les habitudes de famille et de société, constituaient un ensemble qui devait paraître impénétrable, établi à jamais, et qui se sentit soudain remué et disloqué par le ferment divin, la nouveauté absurde, téméraire, barbare de la Croix. Au milieu de quelles luttes intestines cctto translormation pouvait commencer, — en attondant la guorre sanglante, — cette Épitre nous en donne une première vue, plus ample et plus nuancéo que tous les autres documents du 1° siècle. Au contro do l'engagoment so dresse la figure de F'Apôtre Paul qui, sans le chercher, so peint lui-même comme une incarnation trpique de IR plülosophie et des ambitions do la Croix translormatrice,