VI INTRODUCTION
La Deuxième Érirre Aux Corivruiexs, qui présuppose le milieu de la Première, resserre cependant le champ visuel aux limites d'une communauté chrétienne déjà bien assise sur ses bases, — ou, plus précisément, aux relations de cette jeune Église avec celui qui l'a engendrée dans le Christ, le grand Apôtre qui en est le père et devrait en rester le modèle vivant. Le regard, moins étendu, est entraîné plus loin en profondeur. Après les premiers élans d'une ferveur parfois peu éclairée ou peu ordonnée, la communauté, sous l'influence de quelques meneurs qui veulent façonner à leur guise l'idéal nouveau, menace déjà de végéter ou de se corrompre; il faut que la vitalité débordante du « père » reflue abondamment sur ses nourrissons spirituels pour prévenir ou guérir leurs maladies d'enfance. Tâche incroyablement dure, car ils n'ont guère encore l'esprit de vraie liberté, d'union et de sacrifice! Pour maintenir l'attachement au Christ et à sa vraie doctrine, Paul est obligé, lui leur instructeur et leur modèle, de revendiquer ses droits à leur amour, à leur confiance, et à leur soumission. C’est pourquoi il se voit forcé aussi de leur bien montrer ce qu'il est, d'abord ce qu'il est pour eux, puis ce qu'il est en lui-même, par la grâce de Dieu. Effusions ardentes, que trouble souvent dans la forme la vivacité du sentiment, mélant l'éloquence la plus véhémente à d'infinies délicatesses de persuasion, et tout cela au milieu d’allusions à des “incidents graves pour l'esprit de la communauté et le cœur de l’Apôtre, mais matériellement trop menus pour s'être inscrits dans l’histoire générale, même dans les Actes. Aussi est-il très malaisé parfois d'en deviner la vraie portée et
d'en refaire la trame. Cette obscurité, que les plus pénétrantes recherches sont encore loin d'avoir totalement dissipée, est le tourment de tous les commentateurs. Mais ils sont bien dédommagés par l'accès que leur ouvre cette missive enflammée dans les profondeurs de l'âme de Paul, transformée par une grâce si extraordinaire, et ils le sont aussi par les vues qui leur sont données sur l’ensemble de son apostolat. Comme le Christ vivait en lui, ses sentiments personnels ne peuvent s'exprimer sans éveiller les considérations les plus hautes et les plus profondes tant sur la vie mystique individuelle où tout croyant est appelé que sur les dogmes fondamentaux du salut qui nourrissent cette vie. C'est dire que l'étude de cette épître sans plan ni système est, en dépit de ses difficultés partielles, une des plus instructives pour la doctrine, et la plus attachante au point de vue psychologique et spirituel, — sans parler de la délectation de sa beauté littéraire, encore supérieure à celle de la Première Épitre. On ne pourrait y comparer à cet égard que l’Épitre aux Philippiens ou le billet à Philémon. Mais celle-ci est beaucoup plus longue, plus passionnée, plus riche d’aspects. Elle éclaire toute la doctrine objective de la justification dans l'Épitre aux Romains, de l'union du Christ et de ses membres dans l'Épitre aux Éphésiens, en nous montrant ce qu’a opéré la Rédemption dans l’âme de celui qu'un auteur non catholique, Ad. Deissmann, à pu appeler, avec une certaine justesse, « le Premier après l'Unique ».
À tous ces égards, on pourrait dire que ces deux lettres forment la partie du Nouveau Testament la plus instructive pour l’histoire et la vie chrétiennes, — sinon pour la doctrine formulée, — après les Évangiles et les Actes. L'une nous apprend comment la croix s'est implantée dans le monde antique, si étranger et si hostile; l'autre, quel homme de Dieu il a fallu pour l'implanter.