Le dernier ennemi anéanti, c'est la Mort
La victoire du Christ, comme Messie, comme chef et sauveur de l'humanité rachetée, doit être si totale, qu'elle ne s'arrêtera pas avant d'avoir détruit la Mort elle-même, introduite dans l’humanité par l'envie du Diable et le péché d'Adam, et personnifiée ici comme adversaire ultime, celui qui résistera jusqu’au dernier moment. Le Christ ne remettra à son Père un royaume pacifié qu'après avoir anéanti ce dernier effet de la puissance du Diable. Telle sera la dernière œuvre de son règne messianique, conçu comme modalement distinct de celui de son Père, Mais à quel moment cela aura-t-il lieu? Paul, en tout ce contexte, n'a parlé qu'une fois, au moins explicitement, d'un fait qui équivaille à une « destruction de la mort »; c’est la résurrection de « ceux du Christ », au verset 23; de plus, l'emploi des présents mapaddot (qui est la vraie leçon au v. 24), et xarapyeïcur (v. 26 ; « le dernier ennemi, qui s’évanouit alors, c'est la Mort ») et non d’un futur à 26, ni à 23 d’un aoriste subjonctif valant un futur antérieur (qui entraînerait encore un délai), insinue la coïncidence entre d’une part cette destruction de la mort, ainsi que cette remise de pouvoir, marquant la fin de
tout, vélos, et d’une autre le fait précédemment énoncé, la résurrection des fidèles à la Parousie; Jésus est en mesure de remettre la royauté, à ce momentlà, et l'on peut dire que le terme est atteint : « Et puis alors, c'est la consommation finale, à ce moment où il peut enfin remettre à son Père la pleine royauté qu'il Lui a acquise, maintenant qu'il a détruit tous ses ennemis, dont le dernier à détruire, la Mort, est désormais abolie par la résurrection. »
Ce passage suffirait done, si on l'interprète de cette façon très naturelle et très grammaticale, sans épiloguer sur un terme obscur, à nous apprendre toute l’eschatologie de Paul (la résurrection des réprouvés n'étant que sousentendue, avec le jugement), et à écarter toute idée de « Règne intermédiaire » après la Parousie. Il faut noter seulement que Paul n'y dit rien concernant les hommes que le Dernier Avènement trouvera encore vivants sur la terre,
Si l'on estime cependant que nous avons trop usé du droit d'interprétation pour la péricope 22-26, alors examinons le passage du même chapitre, 50 et suivants, qui nous ramène au même thème eschatologique.
Les deux péricopes, assez divergentes dans la plupart de leurs traits, ont pourtant ceci d’explicitement identique, c'est de se terminer l'une et l'autre sur la destruction de la mort, qui coïncide avec la fin de toute histoire terrestre. Or, si l'on n'est pas encore convaincu que cela arrive juste au moment de la Parousie accompagnée de la résurrection. de « ceux du Christ », et non au bout d'une période subséquente, les derniers doutes doivent se dissiper à la lecture de 50-55 où une parfaite coïncidence cest établie entre ces trois événements. .
Quelle place occupe cette péricope dans l'argumentation de Paul?
&4G ÉPITRE AUX CORINTHIENS, XV. e
Paul y répond à une question posée au v. 35, à ce qui faisait la grande diff. culté pour les fortes têtes de Corinthe :
35. Mais on dira : « comment ressuscitent les morts? mais avec quelle espèce de corps (rotw dë swuartt) reviennent-ils ? »
Au lieu de résoudre immédiatement ce problème, l'Apôtre multiplie les considérations qui doivent disposer les esprits à écouter et à accepter la réponse, la promesse audacieuse qui sera exprimée seulement au v. 49 et suivants : à savoir que les morts élus auront un corps « pneumatique », pareil au corps glorifié de Jésus-Christ, — et, de plus, que les fidèles qui ne seront point morts au jour où aura lieu cette gloricuse résurrection, verront leurs corps transformés pour devenir semblables aux premiers en gloire (Voir le commentaire et l'introduction de 33-49 et 50-54).
Le v. 49 répond donc à la question du v. 35 :
49. Comme nous avons porté l’image de [l'homme] fait de poussière, ainsi nous . portérons (pogésouev — ou portons, popévwuev) l'image de celui qui est du ciel.
Mais Paul veut expliquer davantage cette réponse, ét la compléter. Il fallait d’abord qu'elle n'eût plus aucune obscurité; ensuite, comme il ne s'était agi que des morts, les Corinthiens pouvaient se demander quel serait le sort des fidèles trouvés encore en vie par le Christ revenu. Il continue donc par ce développement, que nous traduisons d’abord avec une littéralité barbare :
50. Mais j'affirme ceci, frères : « chair et sang » ne peut hériter de la royauté de Dieu, ni la corruption n’hérite l’incorruptibilité.