‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 135 sur 192 · c'est dans le Christ que tous seront vivifés · texte numérisé non relu

c'est dans le Christ que tous seront vivifés

Des commentateurs anciens, avec l’un ou l’autre moderne, ont cru que celte « vivification » était la résurrection corporelle en général, aussi bien des réprouvés que des élus. Mais cette opinion n'est guère d'accord avec le contexte, où Paul ne s'occupe absolu ment que de ceux qui seront appelés à la vie de gloire,

conforme à celle du Christ ressuscité. [l laisse, en tout ce chapitre, les damnés dans l'ombre. On ne comprendrait guère qu'il dît que les malheureux condamnés à la mort éternelle seront « vivifiés dans le Christ ». Par conséquent, de ce seul chef, ro rx aura peu de chances de signifier : « les autres, ceux qui n'appartiennent pas au Christ » et, à la résurrection, n’obtiendront pas le salut.

23. Mais chacun [arrive à cette vivification] au rang qui lui convient : d’abord le Christ, prémices [des ressuscités glorieux] (1); ensuite ceux qui sont au Christ, à sa Parousie.

Ceux qui sont au Christ et ceux qui sont sauvés, c’est, d'après tout le Nouveau Testament, exactement la même chose; car aucun juste, eût-il ignoré matériellement le Christ, ne peut être justifié et sauvé que par la médiation de Jésus, dont les effets anticipés se sont fait sentir depuis qu'il y a des hommes. Paul affirme que le Christ a le premier rang, et ses fidèles le deuxième, après un notable intervalle. N'était-il pas absolument inutile de dire avec tant de solennité une chose si évidente? Sans doute l'Apôtre aurait pu s'en passer; mais il tient à faire ressortir, par cette surabondance d'expression, en insistant sur l'ordre chronologique des résurrections respectives, que le Christ glorifié a bien le rôle de « prémices », dans lesquelles toute la masse est sanctiliée comme consacrée à Dieu et acceptée de lui (Kart Barth), — ici gloriliée. Car toute son argumentation repose là-dessus. La date antérieure de la résurrection de Jésus illustre sa fonction de « prémices ». Il convenait donc que le Christ fût, dans l’ordre du temps, au premier réyua, c'est-à-dire au premier rang, — comme un chef qui marche devant ses troupes, — et que cela fût souligné par un intervalle notable de temps entre sa résurrection et celle des hommes sanctifiés en lui.

Aïnsi il n'y a aucune difficulté à mettre le Christ dans l'énumération, comme occupant un tôtov téyua à lui tout seul (cfr. Lietsmann). I] n'est pas nécessaire (cfr. Gutjahr, al.) de distinguer parmi les saints (pour expliquer êv r& têle tdyuart) divers rangs assignés à chacun selon ses mérites.

24, Et puis (ou alors), c'est la fin (ro tékos)! car il livre alors la royauté (ou le royaume) à Dieu son Père, après avoir fait évanouir toute principauté, toute domination, toute puissance.

Pour la raison ci-dessus indiquée, nous faisons commencer avec élrs une nouvelle phrase, au lieu de coordonner éirx à l'éretre précédent pour faire ainsi de ro r£loc le troisième ordre des ressuscités. Théophylacte, plus tard Cajetan (réfuté par Estius), et quelques autres ont bien cru à tort (voir à 22) que ce +ékos signifiait « les autres » qui ressusciteront sans être sauvés. Mais au moins ces exégètes n'allaient pas soutenir pour autant qu'il y aurait entre la résurrection des deux groupes un intervalle de règne millénaire: les deux actes devaient se succéder immédiatement, et le jugement suivre aussitôt. (Voir ci-dessous, l'exégèse de I Thess.). Tout à fait arbitraire, et sans aucun appui dans le reste du Nouveau Testament (2), est l'opinion de Lietzmann, Loisy, al., qui veulent

(1) Cfr. Gol., 1, 48 : « pr'imogenitus ex mortuis ». (2) Même pas dans la I Pel., 111, 19-29; mais il serait trop long de le prouver ici.

Lk4 ÉPITRE AUX CORINTHIENS, XV.

voir un intervalle de guerres messianiques, ou un millenium, entre la Parousie accompagnée de la résurrection des chrétiens qui ont confessé dans leur vie le nom du Christ, et celle d'un vélo, les autres. justes, les non-chrétiens, qui ressusciteraient alors aussi, mais au dernier rang, comme un supplément au nombre des élus qui l'étaient de plein droit.

Jésus donc détruira tout pouvoir opposé au sien, ou qui pourrait masquer le sien,

25. Car il faut que dure son règne jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds.

Nous entendons Bacihebev, — et c'est très grammatical, — de la durée, de la prolongation du règne du Christ, qui s'étendra assez à travers les âges pour que tous ses ennemis soient vaincus tour à tour, et que toute puissance humaine se montre vaine en face de la sienne. Certainement Paul ne veut pas dire que le Christ commencera à être roi en acte seulement à la Parousie et à la résurrection des chrétiens; il a plus d’une fois dit expressément que nous sommes déjà sous le règne du Christ, Seigneur (xüptos); ainsi Rom., xiv, 17, 17, le service du Christ est identifié avec le « règne de Dieu », et Phil., 11, 9. ss., Jésus possède déjà, depuis son exaltation, le nom divin qui doit faire successivement fléchir tous les genoux, même sur terre (xat émiyeluv, v. 10). Ce règne messianique des prophéties n’est donc pas réservé à l'avenir; seulement il est à l'époque présente contredit, il doit abattre progressivement des obstacles, et ne sera reconnu de tous que lorsque le dernier aura disparu. Alors ce règne, d'une certaine façon, cessera, comme l'indiquent le v. 24, et, plus bas, le v. 28. Des anciens, par exemple Théodoret, pour esquiver cette idée et toute apparence d’infériorité de la Seconde Personne divine par rapport à la Première, contre Arius et Eunomius, ont compris &çpt où au sens de degré, et non pas de durée : « Il faut qu'il soit roi (à travers l'histoire terrestre) au point de mettre tous ses ennemis sous ses pieds »; mais cette interprétation est moins adaptée au contexte. Au reste, les Pères ont suffisamment déjà expliqué que le Christ ne cessera pas de régner après la consommation, — pas plus que le Père n'avait en réalité suspendu l'exercice de sa royauté pendant que le Christ régnait; seulement la caractéristique propre du Règne de Jésus-Messie, qui était la médiation et la lutte contre les ennemis, finira à la Parousie; le Sauveur cessera d'exercer le rôle de chef d'une église militante; comme représentant de l'humanité, il remettra au Père tous les trophées de ses victoires, Dieu sera « tout en tous », le monde entier sera consciemment soumis à son pouvoir, il n'y aura plus aucun mode distinctif entre la domination du Christ comme Messie et la domination universelle de Dieu; le Père et le Fils, siégeant sur un même trône (Apoc., xxu, 1, 3 : « le trône de Dieu et de l'Agneau ») exerceront la même royauté, d'une façon indivisible, et, en tout acte de l'Homme Jésus, les regards bienheureux verront à découvert la Divinité même qui agit. Paul a peut-être tant insisté, comme dit Théodoret, sur ce retour de tout pouvoir à Dieu, pour éviter que ses convertis du paganisme, se souvenant de leurs fables anciennes sur la succession de dieux suprêmes, croient que Jésus avait substitué son pouvoir à celui du Dieu d'Abraham et de Moïse, qui se serait effacé pour laisser

son Fils agir à sa place. Cela peut être une vue juste; car les erreurs paganognostiques guettaient déjà la foi des ignorants. |

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