A. AFFAIRE DE LA COLLECTE (XVI
Inr. Paul va parler de cette collecte pour Jérusalem, qui tiendra une si grande place désormais dans ses plans d'apostolat, comme d'un projet dejà connu des Corinthiens; la formule d'introduction (xep\ dé) est en effet la même qu'en tête des réponses formelles aux demandes posées par la lettre de l'église. En avait-il parlé dans la lettre précanonique? ici il ne fait qu'en réglementer la levée: — Nous étudierons plus à fond cette collecte et son but à propos de II Cor. vur-ix. Elle est à elle seule une preuve de la « catholicité » de l'esprit et du cœur et de l'action de saint Paul.
A. 1. xepi dé, encore plus bas au v. 12, cfr. vu, 4, etc. — Aoyias : ce mot, écrit aussi Aoyela, qui n'est pas spécialement biblique, signifie « collecte » (Deissmann, Bibl. St., al.), comme en quelques cas oukcyf, ou, comme dit Chrys. Épavos, « cotisation », « souscription », et se trouve abondamment représenté dans les papyrus dès l’époque ptolémaïque (Moulion-Milligan, Voc.).
B. 1. La tournure fait croire que Paul recommence à répondre à des questions qui lui avaient été officiellement posées. Paul avait pu parler déjà de cette collecte aux Corinthiens, non par Titus, qui n'était pas encore allé chez eux (cfr. Rob.-Pl.), mais au cours de sa première évangélisation ou dans la lettre précanonique. Il en sera question encore Il Corinihiens, vui-1x, très au long, Rom. xv, 25, 26, 31, Gal. 1, 10, et aussi Act. xx1v, 47, cfr. xt, 21. L'église avait probablement consulté l’Apôtre sur la méthode à suivre (Gutjahr), et c'était pour Paul l'exécution de l'arrangement pris, Gal. n, avec les anciens apôtres (Zd.). C'était là un hommage spécial des églises nouvelles des Gentils à la communauté-mère, — dont les affaires financières périclitaient depuis longtemps, surtout à cause des persécutions subies qui ont laissé des échos dans Jac. et Heb. Il faut remarquer que les fidèles de Jérusalem
CH. xvr, 1. “Ilsot 55 ns “hoyix 2 rs cils voïs dylouc, #3r2p dtétaËa tais Enxancions 1%: l'aharins, otws xal bueis morirure. 2. Kar “ulav ox66dro, Étaotos dbudv map Eauto Tiléto Oncauptéw o mt äy ebodgirar, va ph Otay EAU tôte hoyiar vhuvem. 3. “Orav D rapayévupar, où Eau Dorudonte, “dL ÉtioroAdy roûrous méphu Gmeveyuetr thv “ydpuv buy et ’Tepouoakip. #. "uv D dEroy à
ToÙ AAUÈ mopetecar, oùy Éuot moosÜcovrar.
sont appelés « les saïnts », sans autre précision, et leurs coreligionnaires comprennent aussitôt de qui il s’agit; car c'étaient eux les premiers « saints », les aînés de tous. Une solidarité et une assistance mutuelle déjà « catholiques » unissaient déjà tous’les croyants de l'Évangile.
Rob.-Pl, ont raison de faire valoir les correspondances de ce passage avec II Cor., Rom., Gal. comme un argument qui confirme solidairement l'authenticité de toutes ces « Grandes Épitres ». — Les « églises de Galatie » sont pour nous celles de la Galatie du Nord, voir Lagrange, « Épitre aux Galates ».
A. 2 Au lieu de 5a66drou, on a 6a664tw dans À, 37, et ox66dtev K, L, M, al.; la Vulg. a transcrit littéralement, « unam sabbati »; rat plav ooffiéron : xarà est
distributif, piav os. un hébraïsme (Lietzm., J. Weiss, Gutjahr, ete,), héb. nawa TTIN
(Strack-Bul.); et sa66drou (on a plus souvent le pluriel o466uta) signifie « semaine »; cfr. pour cette acception OK voÿ cafôdrov, Luc xvurr, 12. On lit Act. xx, 7, êv 79 ui rüv oa66druv. Il s'agit du dimanche. — edod&tar, passif (Gutjahr), cfr. Rom. 1, 10, edodw0moouat; ce verbe est fréquent dans les LXX, et signifie « conduire par un bon chemin »; Loisy précise trop peut-être en traduisant : « ce qu’il aura gagné ».
B. 2. Chrysostome relève la délicatesse de Paul, qui met ses fidèles à l'aise eu leur prescrivant de mettre leurs contributions de côté « à la maison », loïn du regard inquisiteur des voisins.
ll fixe pour cela un jour déterminé, celui qui était consacré au culte religieux, pour que {les fidèles y apportent d'une part plus de mémoire et d’exactitude, et se rappellent mieux dans quel esprit ils accomplissent cet acte. Le calendrier juif était donc connu dans cette église, qui comptait un certain nombre d'Israélites. Le dimanche était jour sacré, comme étant celui de la Résurrection (Sickenb., al.) peut-être avait-il déjà totalement remplacé le sabbat (Gutjahr). Ge « Jour d'Hélios » n'avait pas été uniquement choisi pour fêter « le lever du soleil » de Pâques (cfr. J, Weiss), maïs comme anniversaire exact de la résurrection; et l'ancienneté de cette fixation (voir au ch.x1) est un indice qui confirme la résurrection du Christ «au troisième jour » (supra, xv, 5).
Paul veut :que tout cela se fasse avant sa venue, pour le succès de la collecte, qui sera ainsi plus facile ct plus assuré, et pour éviter les retards et les embarras durant son séjour, qu'il veut occuper à des questions plus graves.
ms À, 3. oÙc èùy Goxtudonte est une formule bien connue des papyrus (Deissmann L O). H ne faut pas, comme la Vulgate, arm., Calvin, Bèzse, Estius et d'autres, joindre « per epistolas » à « probaveritis », car cette jonction ne va pas bien am sens de dortuds., mais à néubw, « mittam ». — Le pluriel (60 Emsxokv) peut, en attique déjà, s'employer pour une seule lettre; à moins (Bachmann) que Paul ne pense à des lettres de plusieurs communautés, qui accompagneront leurs envois respectifs d'argent, et seront expédiées de ‘Corinthe «en bloc. — Xépiwv, faveur gratuite.
B. 8. Paul dans l'esprit qui lui dictera plus tard les chapitres vu et ax de la Seconde Épître aux mêmes Corinthiens, leur présente ce sacrifice, non comme une pure
Cu. xvt, 1. Pour ce qui est maintenant de la collecte [faite] pour les saints, ainsi que je l’ai réglé pour les églises de Galatie, vous aussi faites de même. 2. Chaque premier jour de ‘a semaine, que chacun de vous mette à part lui l’é épargne qu il aura réussi à faire, afin que ce ne soit pas une fois que je serai venu qu'il faille alors faïre des collectes. 8. Maïs quand une fois je serai là, ceux que vous aurez jugés qualifiés, j'enverrai ceux-là avec des lettres porter vos générosités à Jérusalem. 4. Sapposé qu'il vaille la peine que je fasse la route moi aussi, ils feront route avec moi.
aumôûne, mais comme une « grâce », un on d'amour chrétien dent eux-mêmes profiteront; ainsi interprète :s. Chrysostome. Jérusalem est enfin nommée, pour la première fois, et les lecteurs savaient déjà qu'il s'agissait d'elle; c'était une affaire entendue à l'avance.
B. 4. Chrys. et la plupart entendent ce verset au sens que Paul se mettra Fui-même à la tête des envoyés de l'Église, si le produit de la collecte est vraiment généreux; il veut stimuler ses lecteurs, ce qui est assez dans la note de IT Cor. vurr-ix. Il vaut mieux le comprendre ainsi que de dire, avec Gutjahr : Paul ira avec les messagers si cela convient au jugement des Corinthiens; il est, croyons-nous, peu probable que Paul ait subordonné ses projets au bon plaisir de ces gens ‘un peu fantaisistes.
C'est ici la première mention de .ce projet d'un voyage à Jérusalem, qui devait être si dramatique.
B. PROJET DE SÉJOUR À CORINTHE, LES AFFAIRES D'ÉPHÈSE (xvi, 5-9).
Inr. Ces versets sont d'une grande importance pour déterminer l'ordre des rapports entre l'Apôtre et l'église de Corinthe (voir Intro», ch. IIT). À eux seuls ils n'élucident pas toutes les difficultés, et il faudra y revenir en commentant II Cor. 1, 45-16. Mais ils montrent au moins où Paul a écrit cette lettre-ci, et confirment la date approximative que nous avons déjà donnée (Int. ch. VIIT).
Il faudrait surtout savoir si Paul annonce ici un changement de plan.
J. Weiss, dans son système, se demande si le présent Sréeyx opat(e. 5) n'indique pas que Paul, quand il écrit ce morceau, est en Macédoine, alors 5 et 6 appartiendraient à la « seconde lettre », tandis que 7 et 8 seraient de la lettre « précanonique »; seulement l'adverbe & pr de 7 lui fait difficulté, ccmme nous le verrons. — Selon nous, il n'y a aucune raison valable de faire ces distinctions entre des versets qui se tiennent fort bien, et &pri ne suppose pas une « courte visite » avant la composition de I Cor. |
Cu. XVI, 5. ’Ehebsoua 55 mods duc Otav Maxedovtav GéA0w, — Maxedovlay yap “Gtépyoua, — 6. mods duas dè “ruyoy Tapauevd À ka Tapayemdow, (va bueïs pe mpomépbnss “ob éxv mopsiwpar. 7. Où Gékw yap dus “épre y rapodw ijety” EAritu yep gobvoy nvx émpelva mods dpäs, ékv 8 xÜpros Émurpébn.
8. Eriusvo 8 tv ’Epéso Éwsz vis mevrnuos:gs. 9. OSpa yap mor àvéuyer peydAn nai “évepyhs, nat àvrinslmevor modo.
À. 5. Cfr. Act, xix, 21. — Le présent Gtépyoua peut très bien signifier ur futur prochain (cfr. J. Weiss), Il n'y avait pas besoin de faire cette parenthèse et de répéter le verbe si Paul n'avait voulu insister sur la brièveté de son passage à travers la Macédoine.
B. 5. La situation indiquée par ce verset répond exactement à celle d’Act. xix, 21, c’est-à-dire au milieu du troisième voyage missionnaire (Lietzmann). Voici le texte : be 0 énAnpoÜn tata, Eeto 6 Ilaüdos Ev té rvebuatt, dev tv Maxedoviav xai ‘Ayaiav nopedeobat sis ’lepoodAuua, eindbv Bre meta ro yevéodar que Enet Det pe at “Pounv ideîv : « Quand toutes ces choses (les incidents d'Éphèse) furent accomplies, Paul se mit dans l'esprit de faire route, en traversant la Macédoine et l'Achaïe, vers Jérusalem, disant : « Après que j'aurai été là, il faut que je voie aussi Rome. » Paul avait déjà annoncé sa visite à Corinthe (iv, 18-s., x1, 34, xiv, 6); d'après Sickenberger, il dit ici à ses fidèles (5-9), avec beaucoup de ménagements, qu'il faudra l’attendre un certain temps; d'ailleurs il ne s'attardera pas en Macédoine à leur détriment. Mais déjà IV, 18-S., son voyage ne paraissait pas tout proche, puisqu'une mission de Timothée devait être interposée. Croire d'ailleurs avec J. Weiss qu'il était déjà en Macédoine est assez irréfléchi; car la parenthèse de Gtépyouat n'aurait guère de sens si elle : ne dénotait un voyage hâtif, et, quand on annonce à des hôtes sa venue prochaine, en allant vers eux aussi vite qu'on le peut, on envoie de nos jours une carte postale, autrefois on dépêchait un .messager, si l'on en trouvait un, avec un simple billet et non pas avec une longue lettre qu'on n'aurait pas eu le temps d'écrire en pareilles circonstances; on ne prendrait pas en attendant des dispositions provisoires ou définitives pour régler leurs cérémonies hebdomadaires, comme Paul l'a fait aux chapitres x1 et x1v. -
Resterait à savoir si ce verset et les suivants dénotent un changement de plan, comme (à cause du zedtepov de II Cor. 1, 15-16) le croient beaucoup d'exégètes, Bisping, Cornely, Heinrici, B. Weiss, Kühl, Callan, Sales, ete. Ce sera une question à discuter en son temps. Mais déjà les versets qui suivent l'éclaircissent quelque peu.
À. B. 6. svyov, accusatif absolu, rare. Paul, négligeant pour eux la Macédoine fidèle, veut leur donner une grande marque de son intérêt, et de sa confiance dans leur collaboration. On voit en effet, II Cor. x, 15, que Paul comptait prendre Corinthe, ce grand port et cette grande église, comme le centre de ses futures expéditions apostoliques. Plus tard, ce sera Rome. À. ‘7. Formule équivalente, « st Dieu le veut» Act. xvnir, 21, quand Paul quittait Éphèse après son premier passage, — Act, xx, 2 décrivent le trajet de Paul d'Éphèse en Hellade.
Il est très malaisé de bien déterminer le sens d'ägux, et pourtant de cet adverbe dépend en bonne partie le tableau qu’on se fera de l'histoire de Paul en cette période. *Agrt, « maintenant », peut avoir une valeur comparative, et s'opposer à un
Cu. xvi, 5. Or, j'arriverai chez vous dès que j'aurai traversé la Macédoine, — car je [ne fais que] traverser la Macédoïne, — 6. mais chez vous, au besoin, je séjournerai, ou même je passerai l'hiver, pour que ce soit vous qui aidiez à mon voyage, où je pourrai me rendre. 7. Car je ne veux pas aller chez vous, dans ce temps-ci, [rien qu’en passant; car j'espère
prolonger mon séjour quelque temps chez vous, pourvu que le Seigneur le permette.
8. Mais je prolongerai mon séjour à Éphèse jusqu’à la Pentecôte. 9. Une porte s’y est ouverte à moi, en effet, large et praticable; et [il y a] de nombreux adversaires!
réku, « autrefois », sous-entendu. Il peut signifier aussi soit un futur très prochain, soit un passé très récent (cfr. le français « tout à l'heure »). Enfin, parfois, dans la langue classique, il veut dire « juste à présent », « à cette heure précise, » et, classiquement encore, un passé à peine écoulé; plus tard, dans la langue hellénistique, il est employé très fréquemment pour signifier le présent en général, le présent Sans comparaison avec le passé ou le futur. — Beaucoup ici supposent que où Bélw &pri implique une comparaison avec un vouloir plus ancien (Toussaint, comme plus probable, Sickenberger, al.) : Paul aurait d'abord projeté « une visite en passant », maie maintenant, &prt, il y aurait renoncé afin de pouvoir en faire une plus longue. D'autres (Toussaint, comme possible, J. Weiss comme certain) comprennent &gr comme cquivalant à rélw, et signifiant : « [de nouveau] cette fois-ci », par opposition à une visite courte qui aurait été faite effectivement (c'est ce qui fait difficulté à J. Weiss pour placer 7-8 dans la lettre « précanonique »). Rob.-Pl. Bachmann, Guijahr, répondent que ëgx n’a pas du tout nécessairement ce sens-là; ils comprennent äprtnon comme « cette fois-ci de nouveau » (Paul aurait plutôt alors dit zdéw), mais comme « maintenant », c'est-à-dire « dans les circonstances présentes » (1). | B. 7. Nous croyons, comme les derniers nommés, que le mot &pri n'implique ici aucune comparaison avec un vouloir antérieur révoqué, et encore moins avec une
(1) Loisy se dispense de traduire äpu.
courte visite passée, dont il ne se trouve nulle part aucune trace (Bachm.), Paul leur dit qu'il veut les voir plus longuement qu'en passant, « dans les circonstances présentes », allusion aux difficultés draitées dans la lettre, et qu'il faudra bien mettre un certain temps à apaiser : « Maintenant » après tout ce que j'ai appris, « je vous dois une longue visite »; et il n’y a plus alors aucun rapport nécessaire avec II Cor, 1, 15, ce qui s'accorde mieux, à notre avis, avec le long intervalle qui sépare .la ITe lettre aux Corinthiens de la Première, et les multiples événements intervenus entre les deux,
Et l'on pourrait comprendre ce « maintenant » d’une manière encore plus simple, au sens de « tout de suite ». Paul dirait : « Je ne veux pas aller vous voir maintenant, tout de suite, car alors je ne pourrais le faire qu'en passant, à cause des alïaires qui me rappelleraient rapidement à Ephèse.Je me réserve de séjourner chez vous à loisir après que j'aurai passé par la Macédoine ».
——— PB, 8. Paul ne pensait cependant pas alors trop différer sa visite. Il écrivait très probablement notre lettre pour qu'elle arrivât à Corinthe vers le temps de la Pâque {voir ch. v, 7-8)-et il comptait quitter Éphèse à la Pentecôte, c'està-dire sept ou huit semaines après. De fait les circonstances l'obligérent à différer bien plus longtemps, jusqu'à ce qu'il fût chassé d'Éphèse par l'émeute des orfèvres (Act. x1x). C'est qu'il y avait un immense travail à faire dans cette ville (voir Act. x1x, 10).
À. 9. Pour la métaphore, très sémitique, de porte ouverte pour signifier des facilités d'action, de porte fermée pour dire le contraire, v. Strack-Bill., ad loc, — dvéwyev, parfait, forme tandive pour duégera. — La Vulg. et des Latins ont lu évaoyds, « visible », « manifeste » au lieu de éwpyÂs, signifiant « efficace » ou « qui promet du travail ». — L omet xat avt. moà. .
B. 9. Paul s'est aperçu qu’une tâche immense et très efficace l'attend à Éphèse; cette « ouverture de porte » semble s'être faite tout récemment, et la mention des « adversaires », ävriseluevor, ces bêtes féroces (xv, 32) dont Îles attaques à peine repoussées lui laissaient un cuisant souvenir, font supposer (Bachmann) que ces lignes (et par conséquent toute la lettre) ont été écrites quand Paul n'était qu'assez récemment revenu dans ces parages de l'Asie maritime, d'où les Corinthiens avaient l'espoir, ‘en apparence fondé, de recevoir assez prochainement sa visite. Il ne pouvait la frire si tôt, tant à cause des embarras d'Éphèse que des nouveaux espoirs qui l'empêchaient de quitter ce poste pour le temps assez prolongé qu'exigeait à ses yeux la situation de Corinthe. Voir Ixrron., ch. vi.