‹ Saint Paul Première épître aux CorinthiensChapitre 141 sur 192 · C. IxronmarTions sur TimoTHÉE ET ApoLros (xvi · texte numérisé non relu

C. IxronmarTions sur TimoTHÉE ET ApoLros (xvi

NT. St Paul ne pouvait venir tout de suite en personne, il avait annoncé du moins { ch. IV) la visite de son clier disciple et homme de confiance Timothée. Et à Éphèse, près de lui, se trouvait un prédicateur que les Corinthiens airaient bien mieux aimé revoir que Timothée, Apollos, qui avait chez eux un parti si fervent. Paul avait hésité peut-être, et hésitait même encore, à donner cette mission au premier, et il avait sincèrement fait des efforts pour que le second l'accepte. Les lignes consacrées à Fun et à l'autre sont très significatives.

Cu. xXvE, 10. Eüv E)0n Tiéôeos, *BRérere va 4066 YÉVATAL red dpac" ro vyap Épyov rupiou Epydberar dc ave. 14. MA sic oûv adrèr Éboudeyñon" rporéu- Vare dE adrov ëv elohvn, va EX0n mods me” Exdéyopiar ap œbrov era Tov dexgüv.

CH. xvr, 40. Mais s’il arrive que Timothée vienne, veillez à ce qu’il soit sans crainte en face de vous; car à l’œuvre du Seigneur if travaille comme moi-même. 11. Qu'on n'aille donc point n’en pas faire cas; mais faites-lui poursuivre son voyage en paix, pour qu'il vienne à moi, car je l'attends avec Les frères.

A. 10. ‘Eùv marque cértaïnement ici un doute. — Bléretv (uepmväv) vx, tournure hellénistique, au lieu de l'infinitif ou de &xwg; —npûs bus, « en face de vous »; ou « parmi vous », avec l'idée du mouvement qu'il a fallu pour’ venir (comme supra, aux vv. 6 et 7, xpès bpüç xarauevü, etc).

B. 10. Timothée, d’après Act. xix, 22 était alors parti pour la Macédoine, en compagnie d'Eraste: il n'était certainement plus à HÉphèse, et c'est probablement la raison (Lemonnyer) pour laquelle il n’y a pas de salutation inscrite de sa part en tête d'une lettre destinée à une église qu'il avait pourtant, avec Silas, aidé Paul à évangéliser (voir supra, 1, 1), tandis que son nom sera joint à celui de Paul au début de la Deuxième Épître. Au ch. 1v, v. 47, Paul avait l'air d'annoncer la venue de son disciple d'une manière très catégorique, et faisait même grandement son éloge, Iei rien de tel, et l’on pourrait en être un peu étonné; c’est une des bases de la théorie de J. Weiss, sur la pluralité des missives; iv, 7 aurait été écrit en des circonstances postérieures, quand la situation s'était aggravée: Mais on peut bien répondre au moins ceci : c'est que, au chap. 1v, Paul menaçaït, et, dans la chaleur de sa dictée; il pouvait paraître compter sur l’action éventuelle de Timothêe un peu plus qu'il ne le faisait en réalité ou à d’autres moments; son ton et ses dispositions étaient plus sereines quand il arriva à la fin de son épître. Au reste, puisque Timothée avait du travail, beaucoup peut-être, en Macédoine, Paul n'avait jamais pu être assuré que son émissaire arriverait à Corinthe avant lui. C'est pourquoi il n'en parle plus que comme d’une éventualité; et, puisqu'il doit lui-même se mettre en route dans quelques semaines, et que sa lettre vient de régler les difficultés principales, il ne pense plus à donner au passage de Timothée cette couleur de mission: officielle qu’elle paraissait avuir au chapitre 1v, dicté sans doute plusieurs jours auparavant, et dans une autre disposition d'esprit, Cette mobilité d’impressions, et les nuances d'expression qui en résultent, sont

42. "Aepi 8 St "AxokÂw T5 a3Eh 0, RoAX “mapentheox abrov Îvx EA0n pd bus per Toy dbehobv vit “mavrus où fv Délmuz va vdv ÉAOn, Éhebcerar dà Orav ebxat pion.

assez fréquentes chez Paul, sans qu on puisse le taxer de contradiction pour cela.

On ne sait pas si Timothée a jamais rempli la mission dont il s'agit. S'il l’a fait, ce doit avoir été sans grandes conséquences, à en juger par la Ife aux Corinthiens; en cette dernière lettre, le personnage qui avait été injustement traité (adranQets, IT Cor. vir, 12) n'est, malgré certains auteurs, tiès probablement pas lui.

La recommandation de Paul s'explique, si l'on se reporte aux conseils donnés I Tim. 1v, 11-12 au destinataire de la lettre. Timothée était encore relativement jeune, et peut-être encore assez timide ou impulsif; or les Corinthiens se montraient parfois gens retors, et rudes aussi à l’occasion, même avec leur Apôtre, comme IL Cor. le montre trop bien. En somme, Paul a l'air de désirer maintenant que Timothée, qui certainement édifiera les fidèles, .et leur rappellera par son exemple comment se conduit un vrai disciple de Paul (1v, 17), ne se mêle pourtant pas trop des affaires difficiles.

A. 11. Cr. I Tém. 1v, 12. — uerà rüv adeloüv omis B, sans doute à cause de la répétition des mêmes mots à la fin de 122.

B. 11. Tout ce que Paul demande aux Corinthiens, c'est de considérer Timothée avec révérence, comme un bon ouvrier de l’ Évangile qui rivalise de zèle avec son maître (10b, supra), de ne pas dédaigner ses conseils, et de lui prêter cordialement leurs services pour l’heureuse continuation de son voyage. Il espère qu'il quittera leur ville « en paix », c'est-à-dire probablement muni de bonnes nouvelles à rapporter à Éphèse sur l'effet qu'aura produit la présente lettre.

Paul suppose ainsi que tout pourra se faire entre la Pâque et la Pentecôte; c'est donc que Timothée, s'il passe à Corinthe, ne doït pas y demeurer longtemps. Est-ce que l’Apôtre « attend les frères » avec lui? Alors ces frères seraient Eraste et les autres compagnons du voyage en Macédoine et en Achaïe dont parlent les Actes. Mais plutôt lui et les frères attendent ensemble Timothée, à qui ils sont attachés et qui leur apportera des nouvelles de toutes les chrétientés d'Europe. Ces « frères » sont bien entendu ceux d'Éphèse, et non (comme au v. 12) les chrétiens de Corinthe, Stéphanas et ses compagnons, qui se trouvent actuellement à Éphèse auprès de Paul; ceux-ci avaient probablement apporté la lettre de Corinthe et devaient remporter la réponse apostolique; il serait entièrement dépourvu de sens de leur faire attendre Timothée à Éphèse pour retourner ensuite chez eux avec une lettre portant des recommandations au sujet d'un séjour de Timothée dans leur ville, lequel serait déjà passé.

À. 12. rept dé, cfr. supra vu, 1, etc., et xvi, 1. — Le nom d’Apollos est omis N, On ne sait comment. — Après àèekgoë, addition de ônk& buiv &r dans N°, D, E, F, G, sulg. Ambre. ; authentiques ou non, ces mots importent peu au sens, ils soulignent simplement l'intention de Paul de donner ou de transmettre une leçon à ses corres-

pondants. — Apollos s'appelle « le frère », comme Sosthène au ch. 1, 4. — Ici le verbe rapaxaksiv, aux nuances si multiples, signifie « engager ». — révrus oÙx — « absolument pas », diffère de où révws de v, 10 (= « pas absolument », v. ad Loc.)

et de où xévrus de Rom. ut, 9 (cfr. Lagrange «, « Épître aux Romains »); ce n'est que chez Paul, et en ces trois seuls passages, que xéytus est joint à une négation dans le N. T., et Zuc seul, en dehors de Paul, emploie révrws. — (Oéinue est la volonté d'Apollos, et non celle de Dieu (contre Théophylacte, Bengel, Evans). — ÿv, l'unique passé que possède’ le verbe eu, n'indique pas du tout, malgre Rob.-PI, ou Lemon-

12. Pour ce qui est maintenant d’Apollos le frère, je l’ai beaucoup engagé à aller chez vous avec les frères; et ce n'a pas été du tout [sa] volonté d’aller maintenant; mais il ira dès qu'il en aura le Loisir.

nyer, qu'Apollos n'était plus auprès de Paul quand il écrit; il est appelé tout naturellement par l’aoriste rapexdksou, et'signifie « était » ou « a été »; l’auteur pouvait l'employer tout aussi bien que és, dans le même sens.

B. 12. La tournure initiale, #ept &..., indique que Paul fait une réponse; la lettre de Corinthe avait sans doute demandé, et avec insistance, le retour d’Apollos (Roë.- PI., Gutjahr). Paul n'y aurait pas été contraire, et c’est assurément avec sincérité qu'il a cherché à décider Apollos; il tient à affirmer que le refus de celui-ci n'est pas dû à sa pression (Sales). Maïs l'attitude d’Apollos en personne a été catégorique, et mortifiante pour ses admirateurs; comme lui n’est pas le père de la communauté, il juge opportun de lui montrer uniquement, pour l'instant, la contrariété qu'il éprouve à voir des cabales montées sur son nom; il refuse intentionnellement (s. Thomas,

Sales, Bachmann, Gutjahr, Sickenberger, al.), et même sèchement : « Il ira quand il aura le temps »; nous penserions qu’il a expressément prié Paul — qui s’y est prêté avec une certaine malice, car les Corinthiens le méritaient, — de transmettre sa

réponse exactement .en ces termes. Bachmann trouve significatif qu'il n’envoie même (lorsqu'il pouvait très bien être encore à Éphèse, voir A) aucune salutation à l'église,

J. Weiss ne veut pas sentir ici de reproche secret, et prétend au contraire que cette mention d’Apollos indique des circonstances plus calmes que celles des premiers chapitres, et un temps antérieur aux factions révélées par les gens de Chloé. Pour ne pas remarquer le ton bref, réservé, tout juste courtois, de Paul en ce passage, il faut des oreilles plus ou moins bouchées par les nécessités d’une théorie . littéraire à soutenir.

D. Exnontarion. RECOMMANDATION DE QUELQUES PERSONNALITÉS: CONINCRIENNES (xvi, 43-18),

INT. — Après quelques conseils chaleureux, très appropriés à la situation que nous « fait connatire cette lettre, saint Paul parle de divers personnages de Corinthe, se trouvant alors près de lui, qui remplissaient des cliarges dans la communauté. Il serait intéressant de préciser ces charges, par un rapprochement avec le ch. XIT. En tout cas, nous avons ici ün indice nouveau de l'existence d’une organisation ecclésiastique locale.

Cu. XvI, 13. l'oyyopetre, “ovhxere êv vi mioreu, àvdplleode, xparaoüoe. : 1h. *Tlévra bpov Ev &yémn yivédôw.

45. Topaxond dE buide, abençoi cidare Tv obréuy Zrepava, Or Éctiv drapyh rh ’Ayalag wat els Guuxovlay “rois àylors “érabav Eaurobs" 16. “la wat Ümeïc drordoonofe tros Touoûtais xai mavti T& ouvegyobvtr nai xomidvre. 17. Xafpw dE nt rÿ Tapouoia Drepava wat Doprouvérou rat ’Ayaïxoë, Or rù *bpérepoy “borépnye cûtor évenkipuoar #8. avérauoav yaœp 1ù pèn “muedpo ai To bubv EmVWOTUETE oÙv' Tobc TolobTous.

A. 13-14. Paul se montre pressé de finir; remarquer, avec Gutjahr, la vivacité. de l'asyndeton. — Pour àv5p. et xpar., cfr, Ps. xxx, 25 (LXX); même sens EpA. vi, 10; pour la charité, voir ch. x. — ovÂxece, de otxw, forme hellénistique façonnée sur le parfait Éornxx de lornpr. — révra buëiv, « toutes vos œuvres » ou « toutes vos affaires ».

B. 18-14. Cette exhortation est adaptée d'une façon parfaite à tout l’enseignement de l'Épitre. Les fidèles de Corinthe doivent « veiller » contre leur laisser aller, « être fermes dans la foi », contre les influences de « libertins » comme ceux qui mettaient en doute la résurrection, se « viriliser » pour se dégager des enfantillages qu'ils étalaient dans leur prétention à la sagesse ou aux charismes (ch. 1-1; xut et xiv), se « fortifier » de toutes façons contre leurs passions, leurs chicanes, leur tolérance lâche comme dans l'affaire de l'incestueux, leurs craintes et leur respect humain dans celle des idolothytes. Qu'ils règlent tout sur la charité, d’où découlent les autres

vertus; c'est la grande leçon de toute l’Epiître, et elle devait être répétée à la conclusion.

À, 15. « maison de Stéphanas », cfr. 1, 16; la Vulg, ajoute « et Fortunati et Achaïci » d'après le v. 147, — otà. thv olxiav... Gt Eoziv, figure de grammaire dite « prolepse »; Ëtakov, accord « ad sensum ».

B. 15. Paul, en parlant de Stéphanas et de ses familiers, oîxfa (très probablement le Fortunatus et l’'Achaïcus dont les noms suivront), qu'il avait baplisés lui-même d'après le ch. 1° ct qu'il estimait comme de bons collaborateurs, veut dire « vous les connaissez bien, vous devez savoir ce qu'ils sont ct ce qu'ils valent », comme plus bas au v. 18. Il les appelle les « prémices de l'Achaïe », non pas probablement qu’il les eût baptisés à Athènes, avant de venir à Corinthe (v. au ch. 1, 16), mais parce qu'il ne pense pas ici aux rarcs convertis qu'il avait pu faire là (Sickenb.); c'était sans doute la première « famille » corinthienne convertie en bloc (Rob.-P1.); ils étaient aussi « prémices » comme se distinguant parmi les meilleurs (Chrys.). Sur les fonctions qu'ils pouvaient avoir dans l'église, et leur initiative pour les embrasser, voir le verset suivant,

On admet généralement que c’élaient eux qui avaient apporté la lettre de Corinthe,

ÉPITRE AUX .CORENTHIBNS, 13-18. 465

ct devaient rapporter la réponse d’Éphèse (comme Phæbé porta la lettre aux Romains, Onésime et Tychique celles de la eaptivité destinées à l'Asie). Bachmann objecte que, s'ils avaient reçu mission officielle de l'église de Çarinthe, il serañt inutile à Paul de dire de les « reconnaître »; il se trompe, ear 1'Apôtre veut dire : « Recennaissez plus pleinement la valeur de ces hommes, que vous estimez du reste déjà, puisque vous Les avez pris pour vas représentants ». A. 16. va est elliptique (s.-ent. « il faut »}), ou bien se rattaphe à xgpaxakû de 45. — Uroréownole correspond à érakav du verset précédent. — fr, la recommandation d'Epaphrodite, Phil. n, 29. — œavrt T@ auvepyobvrs arA. sent. roïç spioûtoic, « fous ceux qui cnapérent avec [eux].au avec [de tels hommes] », et se donnent le même mal.

B. 16. Quelles étaient donc ces fonctions permanentes de Stéphanas et de ses

On. xvi, 18. Soyez vigilants, tenez-vous fermes dans la foï, virilisezvous, fortifiez-vous. 14. Que toutes choses se fassent chez vous dans la charité,

15. Et je vous fais une recommandation, frères : vous connaissez bien la maison de Stéphanas, qu’elle est les prémices de l’Achaïe, et qu'ils se sont rangés d’eux-mèmes au service des saints; 16. [il faut] que vous aussi, vous vous rangiez sous de tels hommes, et sous tous ceux qui travaillent avec [eux] et se donnent de la peine. 17. Je me réjouis de la présence de Stéphanas, de Fortunatus et d’'Achaïcus, parce que ceux-ci ont compensé la privation où je suis de vous; 18. car ils ont tranquillisé mon esprit, et le vôtre; reconnaissez donc [ce que valent] de tels hommes.

compagnons, pour que l'Apôtre recommande aux fidèles en général de leur être soumis? Sauf Lictzæmann, Joh. Weiss, qui verraient en eux des « diacres », dont la maison aurait servi à des réunions de la communauté, la généralité des commentateurs (Rob.-Pl., Bachmann, Gutjahr, Sickenberger, al.) pensent que leur rôle ne pou- vait pas être officiel, puisqu'ils s'y étaient « rangés d'eux-mêmes ». Nous doufons de Ja valeur de ce raisonnement; ils avaient très bien pu s'offrir spontanément à Paul pour recevoir de lui une charge importante dans l'église; par exemple Stéphanas était épiscope ou diacre ou didascale (v. ch: xt), et des gens de sa maison, baptisés avec lui, pouvaient l'aider, si l'on veut, dans les ävzüiders, surtout si l'église se réunissait chez eux; soit dit pour répondre à Gutjahr, qui ne voit pas comment « toute la famille » pouvait être munie de charges. Autrement on ne verrait pas comment saint Paul recommanderait de «leur être soumis ». S'il dit de l'être « à tous ceux qui coopèrent », ce n'est pas évidemment qu'il veuille faire obéir ses Corinthiens à quiconque montre du zèle privé. D'ailleurs, pour ce qui est de leur initiative (ÉtaËav), nous trouvons IT Cor. vi, 16-17, un cas dont l'analogic peut illustrer le leur, et la façon de parler de Paul : c'est celui de Titus, dont Paul présente le voyage à Corinthe comme spontané et méritoire, parce qu'il désirait cette mission, quoiqu'il ne fût parti que sur l'invitation expresse de l’Apôtre.

—— À. 17-18. ro buérepov botépqua : on pourrait l'entendre dans le sens subjectif {« ce qui me manquait de votre fait, de votre part », en fait de confiance, d'égards, etc.; ainsi Bachmann, Loisy, al.; Rob.-Pl. hésitent): ou dans le sens objectif (« Le manque », « la privalion que j'avais de vous », c'est-à-dire de vous voir et de vous entretenir, Gutjahr, al.). Nous adoptons cette seconde opinion, qui va bien mieux au contexte. — àver... tb... mvebua, Cfr. LI Cor. vu, 18. — émyuv., clr. L T'hess, v, 12,

B. 17-18. Dans la compagnie de Paul se trouvaient, avec Stéphanas, deux bons

ÉDITRE AUX CORINTHIENS, 30

chrétiens de Corinthe, qui portent des noms d'’affranchis, et faisaient très probablement partie de la « famille » mentionnée au v. 15 et occupée au service de l’église. En ce.cas, il faut noter, comme une marque de l'égalité chrétienne à Gorinthe et dans toutes les églises pauliniennes (voir vu, 21-23), que ces humbles croyants sont mis. par l'Apôtre au même rang que leur maître, et remplissaient peut-être des charges non inférieures à la sienne. Tous trois, suivant l'opinion générale, ont servi de messagers dans l'échange des lettres.

Avec beaucoup de délicatesse et d’effusion, Paul se félicite de les avoir près de lui comme de très dignes représentants d'une église qui lui est si chère; dans leur affection et leurs égards, il veut voir le type des sentiments de la communauté. « C'est comme si je vous avais vus », déclare-t-il avec une tendre amitié (Sales). Ils n'ont pas compensé seulement « le manque de rapports personnels » (Gutjahr), pour le traitement des affaires et les choses de ce genre, maïs adouci le regret qu'éprouve le cœur chaleureux de l’Apôtre de ne pas revoir la communauté plus tôt. On aime trouver cette note, si digne de Paul et si habituelle d’ailleurs chez lui, à la fin d'une lettre qui souvent a dû être sévère. Certainement cette interprétation est la meilleure; à cette place surtout, Paul n'aurait pas volontiers rappelé les reproches trop mérités, ni rien exprimé surtout qui pût paraître à personne un trait de susceptibilité personnelle.

Ils ont réconforté l'esprit de l'Apôtre — par la joie de voir de si bons représen-

. tants de sa chère communauté, et par tout ce qu'ils ont pu lui dire de la foi, de la générosité, du dévouement à leur père qui subsistaient quand même à Corinthe; et l'esprit des Corinthiens, parce que ceux-ci comptent sur la manière apte dont ils auront exprimé leurs sentiments et leurs besoins, et sur les instructions bien fondées qu’ils auront obtenues de l’Apôtre à la suite de leurs rapports, et de leurs explications ajoutées à la lettre de l’église. Paul jouit d'avance de l’heureux effet qu'aura leur retour à Corinthe, Ce passage rappelle, même dans les termes, la joie qu'il eut plus tard quand il reçut Titus revenant de la même ville (IT Cor. vu). … Une dernière fois, il engage l’église à reconnaître le mérite de ses délégués (ëxy:vocxete), et par conséquent à suivre leur direction (brotéooncte, supra, v. 16). Il avait donné aux Thessaloniciens (loc. cit., À) une recommandation du même genre (eibévou), à l'égard de leurs préposés (rpoïoréuevor), c'est-à-dire de ceux qui remplissaient dans leur église des fonctions ecclésiastiques; ce qui confirme bien ce que nous avons voulu établir concernant la situation officielle de Stéphanas et de ses deux compagnons.

E. SALUTATIONS ET CONCLUSION (xvi, 19-24).

Int. — Nous gagnons ici quelques renseignements nouveaux touchant l'entourage de Paul.et les usages chrétiens, et les habitudes épistolaires de l'Apôtre. La formule Marana tha est célèbre et doit être expliquée. Tout finit sur le témoignage de la « Charité », comme il convenait à cette lettre.

D , e , , Cu. xvI, 19. ’Acrélovron dpas ai ExnAnolar tic ’Aciac. *’Acmdterar buüc ëv l ? … # xvpiy moXA& Axbhac nat IToioua odv rh “ar” ofxov abrüv ExxAnoia. 20. ’AotéCovrar buaç ot adehpot mévrec. ’Aondoode &XANous ëv oulépart &ylu.

CH. xvi, 19. Les églises d'Asie vous saluent. Vous saluent beaucoup dans le Seigneur Aquilas et Prisca, avec l’église [qui est] dans leur maison. 20. Vous saluent tous les frères. Saluez-vous les uns les autres, dans un saint baiser.

A. 19. — 20. Le verset 19 est omis tout entier À, 84; la première partie, dans 37, 39, al, — Téva ajouté à ExxAnotar C, P, al., pes, — Tlpioxdx, forme plus ordinaire, pour Mpicz, À, D, E, F, G, K, L, al., syr.; äondteru singulier, « pindarique », — AUX noms des époux a été ajouté rap” of ai Eevitoua, D, E, F, G, vue.

B. 19. Manifestation de la charité catholique ‘des églises : es mots « églises d'Asie » sont une nouvelle preuve que cette épître est envoyée d'Éphèse, car Paul n’a pas été à Laodicée, Hiérapolis, ou en d'autres villes d'Asie évangélisées dans la même période. |

Sur Aquilas et Prisca (Priscilla), voir Ace. xvin, 2, 18, 26, et Rom. xvi, 3-5. Nous avons fait la connaïssance. de ces illustres époux quand Paul arrivait à Corinthe; ils le reçurent alors chez eux comme ouvrier tisserand, et aidèrent ses premières prédications. Plus tard, à la fois pour leurs affaires et par zèle apostolique, ils se transportent à Éphèse, à Rome, où ils avaient des maisons. Est-ce à Éphèse, dans le « combat contre les bêtes » (v. supra, xv, 32), ou dans l'émeute de Démétrius (Act. xx), qu'ils « exposèrent leurs têtes » (Rom. xvi, 4) pour le salut de l’Apôtre? C'est un point de l’histoire primitive de l'Église qui nous échappe, à notre grand regret. C'étaient des chrétiens notables et très agissants, bien connus dans le monde d’affaires de Corinthe, grands amis de Paul et aussi d’Apollos, qu'ils avaient introduit dans l'Église (Act. xvin, 26). Comme leur industrie s'exerçait en diverses villes, ils avaient à Éphèse une maison où une partie des chrétiens se réunissait pour les cérémonies liturgiques; ceux-là devaient s'intéresser particulièrement à Corinthe, dont Aquilas et sa femme devaient volontiers leur parler, puisque c'est là qu'ils avaient connu le grand Apôtre et pout-être reçu le baptême. — Bachmann observe pertinemment que la mention de leur séjour à Éphèse, où ils avaient maison en ville, serait plus difficile à admettre s'il ne s'était écoulé que quelques mois avant qu'ils se rétablissent à Rome (Rom. XVI, 4); cette considération recule la composition de notre lettre jusqu'aux premiers tomps du travail de Paul à Éphèse.

— B. 20. « Tous les frères » d'lfphèso et d'Asie saluent Les Corinthions. Et même, pouvons-nous supposer, tous ccux que Paul à convertis hors d'Asie, el

21. O Goracuds +9 euÿ yeupt Iaÿhou. 22. Hi si où œuheï vov xbprov, “tu

23. H you Toù xupiou ’Inoo5 mel’ buüv. 24. ‘H “éyérn pou meta mévrwy dpüv v Xpior® [nooë.

avale. Mapavabd.

qu'il voit en esprit unis à ceux de Corinthe par le lien de la charité. Il est leur porte-parole. Par lui, toute l'Église catholique recommande à ces Corinthiens si divisés de s'unir dans un saint baiser fraternel. Gfr. I Per. v, 14. Même charité catholique II Cor. xm, 12 et Rom. xvi, 16.

s———…— B. 21. La salutation finale, jusqu'à 24, a été tracée sur le papyrus de la main même de Paul. Il cesse de penser au style; tout est en interjections, en déclarations brèves. Cfr. IT Thess. us, 17; la fin de Gal, vi; Col. 1v, 48.

wmmimer À. LS. Hrw {cfr. Jac. v, 12) forme hellénistique (dorienne?) pour Éotw. — ‘&védeue, répondant à D hébraïque, a été découvert, par Deissmann, dans une

malédiction purement païenne de Mégare, du rr-1e siècle, et trois fois dans le même document le verbe üvaleuatitew; on dévoue aïnsi quelqu'un aux dieux infernaux (Voir Moult.-Mill.), Le mot qui suit, papuvaña, n'a rien à faire avec V'anathème, malgré Ia confusion que Îa proximité des deux expressions a fait naître en certains temps, et dont un témoignage se trouve déjà dans une inseription sépulcrale d'Attique. 1ve-ve s. après Jésus-Christ, dvddeua frw uapav a0év. Ces mots étrangers sont araméens, et devaient, puisque Paul ne les traduit pas, être entrés dans la liturgie comme Amen, Alleluia, ou dans le langage des « pneumatiques ». Ils peuventse lire de deux manières : Maran atha, « Le Seïgneur vient» ou Marana tha, « Notre Seigneur, viens! » cfr. Apoc. xxu, 20. Lisent « Maran atha » Rob.-Pl., J. Weiss, Toussaint, Lemonnyer; lisent « Marana tha » {cfr. Didachè, x, 6) Lietzmann, Bachmann, Gutjahr, Callan. On peut hésiter. Pour trancher la question, il faudrait bien connaître l'origine de d'exclamation. $tr.-Bäll. rapprochent la formule juive de bannissement : « Le -Schem (le « Nom »} vient ». Ælostermann (« Probleme im Aposteltext ») donne une aœutre interprétation : « Notre-Seigneur est le signe (nK) », formule de fraternisation; id. Mommel (ZNTW 1914, pp. 317-322) qui pense de plus à la signification des lettres N et n, première et dernière de l'alphabet, comme « et w : « Notre-Seigneur est le commencement et la fin ». D'autres opinions encore ont été exprimées, Nous préférons le sens « Notre-Seigneur, siens! » (Marana tha), parce qu'il nous semble mieux s'accorder avec les souhaits qui suivent; une menace de jugement {comme « le Nom vient » des Juifs), aggravant encore l'äféveua, nous paraît être moins dans le ton de la lettre, Au reste, libre à chacun de choisir.

B. 22. Paul mn'écrit pas de sa propre main pour « montrer son écrilure » (comme EL Thess), maïs parce que l'habitude antique, fréquemment constatée dans les papyrus, était de signer soi-même les lettres qu'on avait dictées, avec une courte phrase. L'Apôtre a volontiers pris cette occasion (voir Gal. vi, 41-18) de fixer d'esprit de sa lettre, en quelques mots vigoureux, où se dépensait le reste de son inspiration. Notons une dernière fois l'à-propos de J. Weiss, d'après qui cette mention de « sa propre écriture » se comprendrait chez Paul seulement dans une première dottre, en sorte que ceci devrait appartenir à la lettre « précanonique »; inôme il irait jusqu'à supposer, pour la même faible raison, que ZT Thess. est en réalité la première lettre envoyée à Thessalonique. Dieu pardonne à l'esprit. de système |

On voit très bien comment Paul a tracé ces lignes. Toute la, lettre prêchait l'union au Christ, donc son amour; le mal venait tout entior à Corinthe de ce qu'on ne Je-connaïissait pas «et qu'on ne l'aimait pas assez; done « anathème à qui n'aime pas le Seigneur! », et nuit ainsi à toute l'église. Paul et les vrais fidèles appellent

21. Salutation de ma main, à moi Paul : 22 « Si quelqu'un n’aime pas le Seigneur, qu’il soit anathème. Marana THA! 23. Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec vous! 2%. Mon amour avec vous tous, dans le Christ Jésus !*»

au contraire d’un cœur ardent celui qui seul les rendra vainqueurs du péché et de Ia mort ; « Marana tha! — O notre Seigneur, viens! ».

B. 22-24. Il vient déjà, Il vient par sa grâce : « Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec vous! », Déjà elle remplit l'âme de Paul, père de la communauté, d’un amour débordant pour ses fils, qui s'est manifesté même parmi ses réprimandes (nous traduisons ici &yéxn par « amour », pour mieux faire ressortir le caractère affectif de ce dernier mot) : « Mon amour est avec vous tous — dans le Christ . Jésus » — qui est la source de tout amour, et comme le « lieu ».où s'exerce le seul amour éternel. J, Weiss rachète un peu ici bien des mauvaises subtilités, en notant que saint Paul tient à finir son admirable lettre par le nom de JÉSUS.

Page 1