‹ Saint Paul, ses missionsChapitre 16 sur 46 · ATHÈNES · texte numérisé non relu

ATHÈNES

Paul prit la route que suivent aujourd'hui les barques de Salonique à Athènes. Peu d'entre elles passent au large de TEubée ; la plupart s'engagent dans le bras de mer sinueux qui sépare cette longue île du continent. La navigation est de trois ou quatre journées. On range, sur la côte de Thessalie, l'Olympe , l'Ossa et le Pélion, les Thermopyles à l'entrée du canal de l'Eubée, les champs de Marathon à la sortie. Sunium, couronné de ses blanches colonnes, annonce la pointe de TAttique : ce cap doublé, les marins remontent au nord dans le golfe d'Égine vers Salamîne et le Pirée. Ces eaux, si vivantes jadis, quand Athènes couvrait la mer de ses flottes , n'avaient plus au temps de Paul la même activité. Les plus beaux ports de la côte, Mégare, Égine, Phalère, Munychie, le Pirée lui-môme, n'étaient que de pauvres boui^ades, sans commerce important ^ Gorinthe seule subsistait. A Tintérieur du pays, même désolation ; les plus fertiles cantons déserts, Argos,

ï Cicéron, ad Fam., iv, 6.

Thèbes devenues de simples villages, leurs temples croulant faute d'argent pour les réparer ' ; au jugement de Polybe, le Péloponèse entier ne valait pas 6,000 talents ^.

Cette dévastation était Tœuvre des gouverneurs romains qui, s'abattant sur la région, en avaient épuisé la richesse. Les campagnes, écrasées de taxes arbitraires, s'étaient dépeuplées; l'Acarnanie, l'Étolie, TArcadie n'offraient aux yeux que d'immenses friches où vaguait un rare bétail. L'unique moyen d'éviter la ruine commune était d'acheter, avec le titre de citoyen romain, l'exemption des tributs qui accablaient le pays; les plus riches n'y manquaient guère, et, par là, s'aggravait la misère publique r car ce qu'ils ne payaient pas retombait à la charge des autres. Dans cette condition désespérante le bas peuple languit et disparut peu à peu; comme les champs, les cités se vidèrent.

Athènes survivait à ce déclin; elle méritait seule, avec Corinthe , le nom de ville ; mais ce n'était plus l'Athènes de Thémistocle et de Périclès, reine de l'Hellade. Dépouillée de cette suprématie par la guerre du Péloponèse , elle était tombée avec tout le pays sous le joug de la Macédoine; deux siècles plus tard sous celui de Rome '. Depuis ce temps tous ses efforts pour ressaisir la prépondérance n'avaient été qu'une suite de

» Pausanias, II, xviii, 3; xxxviii, 2. — Strabon, VIII, viii, 1; IX, 11,5.

2 Duruy, Histoire des Rojnains, t. III , p. 28.

^ La chute de Corinthe, en 146, amena l'asservissement de la Grèce. La Macédoine formait déjà la province de ce nom; la Grèce proprement dite ne garda pas celui d'Hellade ; elle devint la pro-

i58 SAINT PAUL.

mécomptes et d'insuccès. Elle s^était rangée au parti de Pompée, ce fut pour voir triompher César: luttant pour la liberté avec Gassius et Brutus, elle partagea leur défaite ; elle était du côté d'Antoine à Actium , et fut entraînée dans sa déroute*. Son seul bonheur au cours de ces désastres fut qu'aucun d'eux ne lui devint mortel. Sylla seul l'avait traitée sans merci ^; ses autres vainqueurs l'épargnèrent, par respect pour son nom et pour les merveilles dont elle était le sanctuaire. Sous les Césars elle resta ville libre ', obéissant au gouverneur de l'Achaïe, mais conservant ses lois, ses conseils de gouvernement, l'Aréopage, les Six Cents et le peuple. Sa population demeura nombreuse, intelligente, empressée, non au commerce que Gorinthe absorbait, ni à la politique, comme dans le temps de l'indépendance, mais aux sciences et aux arts dont elle vivait. On affluait encore à ses écoles, de Rome surtout. Peu d'hommes ont laissé un nom dans les lettres latines qui n'y aient fait quelque séjour. Atticus, Cicéron, Varron, Ovide, Horace, Virgile vinrent s'y inspirer. Les hommes d'État eux-mêmes cédaient au courant, et ne traversaient point Athènes sans s'y arrêter. Antoine en fit sa résidence favorite ^, Cassius et Brutus

vince romaine d'Achaïe dont les limites répondaient à peu près à celles de la Grèce moderne.

1 Leake, Topographie Athens, p. 15.

» Appien, Bell. Mithrid., 38 et suiv. — Plularque, Sulla, 14. — Velleius Paterculus, n, 23.

• Strabon, IX, i, 20. — Cicéron, in Pis,^ 16. — Dion Chrysostorae, Or., xixi.

* Appien, De Bell. Civ., 5, 7. — Plutarque, Antonius, 33, 34.

y passèrent leurs derniers jours ^ ; César, Pompée, Auguste et ses favoris rembellirent àTenvi^. Respecter la cité des Muses était un point d'honneur pour les Romains : la voir et Tadmirer, l'ambition de tout bel esprit.

Ce concours donnait à Athènes l'aspect des villes d'étudiants qui n'ont d'autre vie que leurs écoles. L'affluence au temps de S. Paul y était aussi grande que jamais, mais le sérieux des études avait décliné. Des déclamations de rhéteurs, les exercices du corps, gymnastique, équitation, assauts de luttes et de courses occupaient la jeunesse opulente qui venait en ces lieux mener large vie et acquérir la science de plaire*. On eût alors vainement cherché des maîtres comme ceux qu'écoutaient Gicéron et César au siècle précédent, Cratippe le peripatéticien, l'académicien Théomneste, Philon de Larisse, Antiochus d'Ascalon. Platon, Aristote, la haute philosophie n'avaient plus ni interprètes ni disciples. Jamais, Athènes ne connut pareille stérilité; cinquante ans plus tard, elle redevenait féconde ; le milieu du premier siècle marque une défaillance unique dans son histoire *.

L'éclat que jetaient les lettres latines en fut la principale cause. Rome était devenue à son tour un foyer

1 Plularque, ^rw^w5, 24.

3 Leake, Topographie Athens, p. 15 et 16.

3 Gicéron, ad AU., m, 32. Ad Fam., xii, 16; ivi, 21. — Lucien, Nigrinus, 13 et sq. ; Mortuorum Dialogi, ix, 5. —Philostrate, Apollf IV, 17.

^ A partir de Nerva, mais sous Adrien surtout, dont elle fut la ville favorite, et, après lui, sous les Antonins.

de vie intellectuelle ; comme la Grèce , elle avait ses poètes, ses historiens et ses orateurs; elle accueillait et honorait le génie. On vint à elle de tous pays, d'Alexandrie, de Rhodes, de Tarse, des Gaules, de TEspagne. En attirant ainsi les esprits, elle se montrait dans les lettres et les arts ce qu'elle était dans le gou. vemement, maltresse du monde. Elle le formait à son image , lui inspirait ses goûts, ses pensées, sa philosophie môme : Athènes n'échappa point à cette souveraine influence. Stoïciens et Épicuriens étaient les maîtres préférés de Rome, les Actes nous les montrent en pareille faveur à Athènes, seuls en vue et tenant école*.

Dans cette ville, si diverse de l'antique cité par l'âme et le génie , le dehors demeurait tel qu'aux plus beaux jours. Les dévastations de Sylla, les rapines des gouverneurs romains n'avaient atteint qu'un certain nombre de statues, de tableaux, d'objets d'art; la plupart des monuments avaient été respectés. L'Acropole surtout restait intact 2; Paul y trouva dans la môme splendeur qu'aux jours de Périclès ce que le génie religieux de la Grèce a conçu ^de plus pur, réalisé de plus parfait.

Ce rocher abrupt, berceau et refuge d'Athènes, ne gardait plus de sa destination primitive que le nom « de ville haute » , d'Acropole ; toute habitation en avait disparu , et les remparts cyclopéens destinés à le défendre n'enfermaient plus que des temples , tous con-

1 Act., XVII, 18.

« Beulé, r Acropole d'Athènes ^ i, 320-337.

sacrés à Pallas Athéné, vierge divine, sortie du céleste éther, de Zeus, dieu souverain. Les sanctuaires, pressés sur Tétroit sommet de TAcropole, consacraient les gloires dont Athènes était redevable à son patronage. Le temple de la Victoire sans ailes rappelait Salamine, Marathon, de longs jours de triomphe et de suprématie sur le monde; un gracieux édicule, TErechteion, contenait l'olivier sorti de terre à la voix de la déesse : don précieux entre tous, car se propageant dans TAttique et THellade, il avait changé un sol rocailleux en fertiles vergers. Mais c'est au Parthénon qu' Athéné se révélait en sa vraie grandeur. Ce temple, comme son nom l'indique, était le sanctuaire de la Vierge. Pallas Athéné y régnait en pleine lumière, au-dessus des basses passions que divinisaient ailleurs Aphrodite et Dionysos , c'était le génie, dont le souffle animait tant de merveilles dans Athènes, et plus que toute autre la statue de la déesse; Phidias, en effet, n'avait ciselé qu'une œuvre d'égale perfection , le Jupiter d'Olympie , et en ce dernier lieu il n'avait pas trouvé ce qui mettait l'ivoire d'Athéné- en splendeur incomparable, unécrin digne d'elle, le Parthénon ^ . Tout ruiné qu'est ce temple , la grâce ,

i Outre la Minerve de Phidias, que renfermait le Parthénon, une statue colossale de la déesse s'élevait au-dessus de la colline, si haute, dit Pausanias, qu'aussitôt après avoir doublé le cap de Sunium on apercevait de la mer la pointe de sa lance et le cimier df son casque (Pausanias, I, xxvin, 1). D'innombrables statues occu» paient tout l'espace libre sur le sommet de l'Acropole et on a peine à concevoir qu'une foule de monuments , tels que les décrivent les anciens, aient pu tenir dans un espace si restreint. La colline sacrée était vraiment, selon le mot de S. Paul, xau($a)Xov, « remplie d'idoles ».

rharmonie de ses lignes, sa majesté simple, la finesse et Téclat des marbres en font aujourd'hui encore le chef-d'œuvre de Tarchitecture.

Paul s'émut-il au spectacle de ces beautés sans rivales, en comprit-il Texquise perfection? Nous en doutons. Son éducation toute juive, le goût de TOrient peu sensible aux délicatesses de Fart grec, les hautes pensées qui absorbaient Tapôtre, tout porte à croire qu'il vit seulement au Parthénon l'usurpation sacrilège du génie humain s'adorant lui-même en place du Dieu qui l'a créé. Sous les brillants dehors de ce paganisme, Paul découvrait le même fond de ténèbres que chez les autres gentils, la même impuissance à sortir du péché. « Les Grecs recherchent la sagesse, dit-il; pour nous, nous prêchons le Christ crucifié,.... qui est une folie pour les Grecs, mais qui est la force et la sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, Grecs aussi bien que Juifs ; parce que la folie de Dieu est plus sage que les hommes ^ »

Ce mépris d'une philosophie qui a donné au monde ses plus nobles penseurs n'était que trop justifié par l'avilissement du sentiment religieux dans Athènes. Tant de belles spéculations n'aboutissaient qu'à une grossière idolâtrie. A la différence de l'Orient, de rÉgypte surtout, qui, pour mieux respecter la divinité, l'entourait de mystère et ne l'adorait que sous des symboles relégués dans l'ombre, la Grèce façonnait ses dieux à son image, humains et fragiles; elle les appe-

» I Cor., I', 22-25.

lait Immortels, mais elle les concevait soumis aux mêmes disgrâces, aux mêmes passions que Thomme, ne donnant aucune leçon d'honnêteté, quelques-uns même personnifiant le vice. Il est vrai qu'en retour, elle prêtait également une forme à certaines vertus, dressant des autels à la Miséricorde , à la Modestie * ; mais c'était là un culte de parade, de nulle influence sur les mœurs. Quelques sages seulement avaient entrevu et révélé à leurs disciples le Dieu unique, infini, immuable, souverainement parfait; pour la foule, elle courait aux idoles, plus nombreuses dans Athènes que partout ailleurs*.

Paul, en qui le nom d'Athènes avait éveillé de grandes attentes, ne put voir sans déception cette multitude de statues, de temples, d'autels tous voués à l'idolâtrie^; son cœur s'indignait à mesure qu'il parcourait la ville, et cette amertune montait d'autant plus qu'il ne pouvait l'épancher. Pour la première fois, en effet, depuis le commencement de son apostolat, il se trouvait sans compagnon, dans l'isolement que son état maladif, le besoin d'ouverture et d'affection, lui rendaient si pénible. Dès l'arrivée, se sentant étranger et comme perdu dans ce monde nouveau, il avait recommandé aux fidèles de Bérée, en leur donnant congé, de lui envoyer au plus tôt Timothée et Silas*.

ï Pausanias, I, 17.

2 Id., XXIV, 3.

« Tite Live, xlv, 27. — Denys d'Halicarnasse, de Thucydide, 40. — Élien, Varies Historié, v, 17. — Philostrate, Vita ApoL, IV, xix; VI,m.

* Act., XYii, 15.

Le premier vint seul S Silas n'ayant pas cru possible d'abandonner des néophytes à eux-mêmes en pareille lourmenle. Timothée, en effet, apportait de tristes nouvelles ; la rage des Juifs contre TÉglise de Thessalonique demeurait aussi violente qu'au premier jour. Paul, dénoncé, guetté dans toutes les juiveries de Macédoine, ne pouvait s'y hasarder sans folie, et cependant il ne supportait pas l'idée de laisser ces Églises désemparées, sans guide ni soutien. « N'y tenant plus », il préféra demeurer seul, pour douloureuse que lui fût la solitude, et il renvoya Timothée « soutenir et encourager^ » Thessalonique.

L'apôtre n'avait fait jusque-là que parcourir la ville en silence et comme accablé du fardeau de sa tâche ; l'heure était venue de prêcher la folie de la croix au peuple le plus infatué de sa sagesse. Il se rendit d'abord à la synagogue et y parla aux Juifs ainsi qu'aux prosélytes, mais sans grand succès apparemment, car il se tourna aussitôt vers les vrais Athéniens, les païens

» La première Épître de S. Paul aux Thessaloniciens (m, 1-5) met hors de doute que Timolhée Tint à Athènes et fut aussitôt renvoyé à Thessalonique par S. Paul. L'hypothèse de Wicseler (Chronologie des apostolischen Zeitallers^ p. 248), que l'ordre donné aux fidèles de Bérée fut contremandé et que, par suite, Timothée se mit en route, mais ne vint pas jusqu'à Athènes, est en opposition avec les termes précis de S. Paul (EuSox^aaixev xa-

taXeiçÔïîvai iv *A6^vai; (tovot iné[L^0L[Ltyt Tti«.66eov l'Kt\L^OL ).

L'apôtre disant qu'après avoir renvoyé Timothée il se trouve de nouveau seul (I Thess., m, 1), on en doit conclure que Silas n'était pas venu à Athènes et qu'il ne rejoignit S. Paul que plus tard, à Corinthe, en même temps que Timothée.

* I Thess., III, 2.

de la cité , et transporta sur la place publique le siège de sa prédication.

Athènes avait divers centres de réunion; toutefois le principal rendez-vous des oisifs se trouvait à Toccident de TAcropole. Le nom d*Agora, « Place publique », avait été donné à cet emplacement, alors que, spacieux et libre, il formait au pied de la « ville haute » le marché de la primitive Athènes ; mais il s'était peu à peu couvert de bâtiments et formait alors tout un quartier, le plus vivant de la cité, le plus riche en œuvres d*art. Tous les dieux de TOlympe y avaient leurs sanctuaires^; les Grecs illustres, les étrangers même, des statues ; à côté d'Harmodius et d*Aristogi« ton, de Lycurgue, de Démosthènes, de Pindare^, Paul trouva rimage d'un Juif en robe pontificale : c'était le grand prêtre Hyrcan, Tami d'Athènes 3; plus loin la statue d'une princesse juive, la belle Bérénice *y devant laquelle, quelques années plus tard, nous le verrons comparaître chargé de fers \ Ces monuments, engagés au milieu de boutiques, d'édifices, de ruelles tortueuses, donnaient à l'Agora l'aspect des bazars orientaux. Leur amas irrégulier remplit peu à peu le vallon que

1 Pausanias, I, 3-17. Les statues, monuments, édifices publics se pressaient sur l'Agora; les sanctuaires surtout : le temple d'Apollon (le Patroum), celui de la mère des dieux (le Meiroum), le Tholus, où les prytanes prenaient leurs repas et offraient leurs sacrifices, le lieu de réunion des 600, le fameux autel des douze dieux, les temples de Mars , de Vulcain , d'Aphrodite , etc.

2 Smith, Geogr, Dict., vol. I, p. 296. » Josèphe, Antjud., XIV, viii, 15.

* Corp, inscrip, grxc, n» 361.

* Act., HT, 23; XXVI, 29.

ferment au sud-ouest de la Tille les éminences voisines de FAcropole, TAréopage, le Pnyx et le Muséum; par suite, le marché public, n'y trouvant plus assez d'espace, fut contraint de déborder dans la plaine, au nord de r Acropole. Une nouvelle Agora s'y étendait, au temps de S. Paul, aussi fréquentée que Tancienne, ornée elle aussi de monuments ^ Le portique d*Athéné Archégète venait d'y être élevé aux frais de César et d'Auguste ; peu de temps après les ravages de Sylla, Andronicus Cyrrheste y avait dressé son horloge sur la Tour des Vents, au lieu où Socrate, dit-on, instruisait la jeunesse ^.

Au premier coup d'œil ces deux Agora semblaient ne former qu'une suite de marchés aux trafics les plus divers, marchés de fleurs, de fruits, de poissons, de livi'es, de vêtements; en réalité, c'était le centre de toute vie dans Athènes; vie politique, liltéraire, mondaine. Citoyens et étrangers de séjour dans la ville y passaient tout leur temps, n'ayant d'autre souci que d'entendre ou de rapporter quelque nouvelle. S'asseoir à l'Agora, causer, regarder les passants, leur demander : Qu'y a-t-il de neuf? était, dès le temps de Démosthènes et de Thucydide, l'occupation d'Athènes ^. Paul, si étrange d'aspect et de langage , n'eut qu'à parcourir la place publique pour être arrêté et questionné. Il y

1 Leake, Topographie Athens, p. 154-162.

2 Lewin, The Life and Episiles of S. Paul, 1. 1, p. 252.

3 Démoslhènes, iPhilipp,, 10. — Thucydide, m, 88, elle Scoliaste sur ce passage. Cf. le Scoliaste d'Aristophane^ Equit, 975. Nous y lisons qu'Athènes possédait 360 cercles de réunion et de conrersaUon.

vint tous les jours, parla de TÉvangile, mais sans captiver cette foule plus légère encore que curieuse. Tant de rêveurs passaient sous ses yeux, qu'elle ne vit dans « la parole de la Croix » qu'une folie de plus à railler. Il se trouva pourtant quelques hommes à qui imposèrent le sérieux et Tardente conviction de Tapôtre : c'étaient des philosophes épicuriens et stoïciens; ces derniers avaient sur TAgora même le centre de leurs réunions, le portique à fresques, la Stoa-Pœcile d'où venait leur nom ^ ; en ce lieu, ou sur quelque autre point du marché, ils s'assemblèrent autour de Paul et l'écoutèrent. L'apôtre leur prêcha Jésus, mais par égard pour ces esprits altiers, il leur parla moins des humiliations du Sauveur que de sa Résurrection. Ce mot Résurrection, Anastasis, mis en relief, et dans une auréole de gloire, fut pris pour le nom d'une déesse que Paul proposait d'adorer en compagnie de Jésus 2; on ne vit là qu'un de ces couples divins qu'enfantaient les rêveries de l'Orient. Les uns disaient : « Que prétend ce discoureur? » les autres : « Il semble annoncer des divinités étrangères. » Toutefois, sous des formes à demi barbares, la pensée se dégageait forte, originale, propre à saisir les esprits sérieux. Les auditeurs de Paul le pressèrent de venir à l'Aréopage pour s'expliquer plus amplement : « Pourrions-nous, lui disaient-ils, connaître cette nouvelle

^ Pausanias, i, 15. Eschine marque expressément que ce portique se trouvait sur l'Agora. Contr, Ctesiph., 186.

• Tifjv 'Avàffraaiv 6e6v xtva elvai êvopiiîiov, fixe elwOoTec xal 6yjXe(oi« «reSetv. S. Jean Chrysostome, in Acta Apost^ Hom. xxxviii, 18.

doctrine dont vous parlez? Vous nous faites entendre des choses étranges , nous voudrions savoir ce qu'elles sont. »

L'apôtre se prêta à leurs désirs, heureux de prêcher Jésus, hors du tumulte de l'Agora, devant la première assemblée d'Athènes. L'Aréopage, en effet, n'avait rien perdu de son ancien prestige ; son autorité et ses attributions s'étaient môme accrues sous les Romains ^ Supérieur aux autres pouvoirs de la cité, il formait une sorte de sénat, de cour suprême, exerçant sur les lois, les mœurs, l'éducation, l'édilité, une haute censure^. Les affaires religieuses, l'entretien des temples, la surveillance des cultes établis étaient particulièrement de son ressort*. A ce titre la démarche qu'on pressait Paul de faire avait une réelle importance, car tout Athènes révérait ce conseil où siégeait l'élite de ses citoyens, politiques, orateurs, philosophes *.

L'apôtre gravit l'escalier de pierre qui , partant de l'Agora, menait au sommet de la colline appelée elle

1 Corpus inscrip. grxc, n*' 313, 315, 316, 318, 320, 361, 370, 372, 377-381, 400, 402, 406, 415-417, 420-422, 426, 427, 433, 438, 444-446, 480, 3831. — Cicéron, de Nat, deor,^ n, 29. Voir Daremberg, Dictionnaire des Antiquités , Areopagus.

« Lucien, Bis accusatus, 12. — Tacite, Ann.y ii, 65. — Aulu- Gelle, xn, 7. — Plutarque, Cicéron^ 24. — Hlmerias dans la £i' blioihèque de Photius,, éd. Bekker, p. 365. — Quintilien , Inst, orat., v, 9, 13. — Cicéron, ad Fam., XÏII, i, 6; ad Att., V, XI, 6.

» Isocrate, Aréopag. 29, 30. — Suidas à ce mot. — Lysias, Pro sacra olea, 25 et 29.

» Démosthènes, Contr. Aristocr., 65. — Plutarque, Solon, 19. •— Eschyle, Eum.^ v, 700 et sq. — Schœmann, Griech, Alterth.^ 2« éd., I, p. 511.

aussi l'Aréopage. Le tribunal se tenait à Tendroit où, » d'après la Fable, les dieux s'étaient assemblés pour juger Mars *. La justice n'avait cessé depuis lors d'être rendue en ce lieu. On ne jugeait que les meurtres à rorigine^; Solon étendit à tous les crimes, à la législation entière, l'autorité des Aréopagites et les mit par là au premier rang ^. Nous avons vu qu'ils s'y maintinrent à travers toutes les révolutions. Au siècle d'Auguste comme aux jours primitifs, ils siégeaient en plein air sur des degrés taillés dans le roc*. Deux pierres étaient placées en avant des juges, consacrées, l'une à Ylmplacabilité, l'autre à Y Injure. L'accusateur montait sur la première, l'accusé sur l'autre '^j ils parlaient dans l'obscurité, car l'Aréopage tenait ses audiences la nuit, afin de voir, dit Lucien, non l'orateur, mais ce qu'il disait ®. Au penchant de la- colline , les Furies veillaient dans leur sanctuaire , prêtes à s'élancer sur le coupable et à le poursuivre sans merci.

Paul, selon toute vraisemblance, n'eut pas à affronter cet appareil judiciaire, il vint librement au conseil, en

^ Pausanias, I, xxviii, 5. C'est à ce fait légendaire que colline el tribunal devaient leur nom d'Aréopage : ô 'Apeio; riàYoc, la colline de Mars.

2 Pausanias, IV, v, 2.

3 Démosthènes, contr. Aristocr., 22; contr. Neaer., 80-81. — PoUux, VIII, 117. — Didot, Fragm. hist gr., i, p. 387. — Plutarque, Solon, 19. — Isocrate, Aréop., 37, 39, 55.

* PoUux, vm, 118.

^ Pausanias, I, xxtiii, 5.

•Lucien, Hermot, 64; de Domo, 18. Nous ne conservons ce détail que sur le témoignage de Lucien et non sans quelque hésitation, car l'authenticité en paraît douteuse. Voir Daremberg, Die* iionnaire des Antiquités, Areopagus.

pleine lumière, non pour être jugé, mais pour exposer sa foi et tenter d'y gagner des magistrats dont le suf- . frage eût entraîné le peuple. Moins émouvant qu'une séance de nuit, le spectacle offert à ses yeux ne laissait pas d'imposer : autour de lui l'élite d'Athènes et de la Grèce; à ses pieds, la ville étalant monuments, portiques et temples; plus majestueux que tous, le Parthénon dressant en face de lui le trône de la sagesse humaine, dans un éclat qui éblouissait les regards. Nulle part le paganisme ne s'était montré à lui sous des formes plus séduisantes. L'apôtre n'y donna pas un coup d'œil : toutes ses pensées étaient aux âmes, tous ses souvenirs à Jésus crucifié. Uniquement rempli de son dessein, il avait fait, en parcourant la ville, une remarque qu'il jugea propre à lui servir. Athènes , comme Rome , dans la crainte de méconnaître quelque divinité, élevait çà et là des autels anonymes avec ces simples mots :

ArNQSTOI20EOIS.

Aux dieux inconnue ^. Paul prit texte de cette superstition pour se concilier l'assemblée :

1 Un de ces autels se trouvait à Phalère (Pausanias, I, i, 4). Si l'apôtre aborda à ce port, ce fut un des premiers objets qui frappèrent ses yeux. Il est fréquemment parlé ailleurs de ces dieux inconnus. Philostrate, ViU ApolL, VI, m, 6. — Lucien, Philopairis^ 9, 29. -^Diogène de Laêrce, I, x, 110. — Hesychlus, 'A^vûteç OeoC, etc. — « Inscriptio ar» non erat ut Paulus asseruit : Ignoio Deo, sed ita : Dits Asix et Europx, Diis ignotis et peregrinis : Verum quia Paulus non pluribus indigebat diis ignotis, sed uno tantum Deo ignoto, singulari Terbo usus est. » S. Jérôme, in Tit, i, 12.

« Athéniens, dit-il, je vois qu'en tout vous êtes religieux à l'excès ^ Passant, en effet, dans vos rues et regardant les objets de votre culte, j'ai trouvé un autel sur lequel est écrit : « Au Dieu inconnu, » Celui que vous honorez sans le connaître est celui que, moi, je vous annonce.

« Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qu'il renjerme, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n'habite pas dans des temples faits de main d'homme et il n'est point honoré par les ouvrages de la main des hommes, comme s'il avait besoin de rien, lui qui donne à tous la vie, le souffle et toute chose. Il a fait d'un seul sang toutes les nations; il les a fait habiter sur la face de la terre , déterminant à chacune d'elles la durée et les bornes de leur domaine, afin qu'elles cherchent Dieu, qu'elles tâchent de le toucher en tâtonnant, et de le trouver, quoiqu'il ne soit pas loin de nous. Car c'est en lui que nous vivons, que nous nous mouvons et que nous sommes. Gomme l'ont dit quelques-uns de vos poètes : « Nous sommes de sa race ^, » Étant donc de la race de Dieu, nous ne devons pas croire que la divinité ressemble à l'or, à l'argent, à la pierre , à une œuvre sculptée par Tart et le génie de l'homme. Oubliant donc ces temps d'ignorance. Dieu ordonne maintenant aux hommes que tous, en tous lieux, se repentent parce qu'il a arrêté un jour où il doit juger

ï Isocrate, Paneg., 33. — Thucydide, ii, 38. — Pausanias, I, XTII, 1; I, xxnr, 3; X, XXYIII, 6.

* CeTers se trouve dans un poètecilicien, compatriote de l'apAtre, Aratus (Phenom.» 5), et dans Cléanthe (Hymne à Jupiter, 6).

en justice le monde par Thomme qu'il a destiné pour cela, et qu'il a autorisé auprès de tous en le ressuscitant d*entre les morts »

A ces mots Tapôtre fut interrompu par des rires et des railleries. On avait écouté jusque-là, si étrange que parût ce discours à demi barbare, aux phrases traînantes et embarrassées ; la nouveauté des idées, çà et là des traits heureux maintenaient l'attention; mais quand à l'incorrection du langage se joignit ce que ces lettrés tenaient pour de vraies chimères : la résurrection, un jugement prochain, leur patience fut à bout; ils ne virent plus dans l'apôtre qu'un songeur ridicule et l'assaillirent de moqueries. Paul essaya vainement de poursuivre; l'auditoire se dérobait, les plus bienveillants lui dirent : « Nous vous écouterons là-dessus une autre fois. »

Un tel accueil étonne dans cette assemblée d'élite, et s'allie mal au souvenir des anciens sages de la Grèce parcourant l'Orient en quôte de vérités, de Socrate prêtant Toreille à toute révélation, d'où qu'elle vînt. C'est que l'Athènes qui écoutait Paul n'était plus la ville de Solon et de Périclès; Pythagore, Platon n'y avaient que de rares disciples, rêvant de transmigration des âmes, d'expiation dans l'Hadès, de renaissance dans un monde supérieur; la philosophie grecque avait replié ses ailes; renonçant aux grands essors dupasse, elle ne regardait que la terre et la vie présente. Les Stoïciens et les Épicuriens , que les Actes nous montrent autour de l'apôtre , demeuraient également fermés au monde surnaturel.

Pour les Stoïciens, en effet, la matière seule existe;

ils ne reconnaissent d'autre Dieu que la force mystérieuse qui donne à tout objet sensible forme, unité, pouvoir d*agir. Cette force dans l'homme est Tâme, matérielle comme le corps qu'elle anime, et dont elle ne se distingue pas essentiellement, qu'elle maîtrise toutefois et pénètre d'un souffle divin. Une morale égoïste et orgueilleuse découle fatalement de ce panthéisme. Les Stoïciens se vantaient de ne vivre que pour le devoir; mais l'homme, dans leurs théories, étant à lui-môme son Dieu , il n'a pour accomplir ce devoir qu'à suivre ses instincts, sa nature. Souverainement libre, indépendant, il se suffit à lui-même, ne se doit à personne; pour lui tout le travail, l'art de la vie, consiste à demeurer dans une impassibilité absolue et à écarter tout ce qui troublerait ce corps ^ Quel contraste entre cette sagesse hautaine et l'évangile de Paul qui ne parlait que d'humilité, révélait à l'homme sa faiblesse et son péché, lui prêchait la compassion pour toutes les souffrances, commandait de faire le bien sans espoir de retour I

Les disciples d'Épicure n'étaient pas plus capables que les Stoïciens de ces hautes visées. Eux aussi défiguraient la divinité qu'ils imaginaient reléguée au loin, à peine connue, sans action sur le monde, que le hasard seul a produit. Eux aussi estimaient l'âme matérielle , de môme nature que le corps et mourant avec lui. En apparence plus qu'en réalité leur morale se distingue de celle de Zenon. Ils ne donnaient

1 DôUinger, Paganisme et Judaïsme, lir. V, ii : Stoïcisme. — Paaly, Encyclopâdie : Stoici.

d'autre but à la vie que la recherche du plaisir, mais une recherche prudente qui, tout en suivant les instincts de la nature, use de tout sans abuser de rien; Texcès, en effet, engendre la souffrance, rompt réquilibre des facultés, par suite trouble le calme de Tâme qui est le plus sûr plaisir ^ On le voit, bien que partant de principes opposés, le culte du devoir et celui du plaisir, Stoïciens et Épicuriens aboutissaient en pratique à la même conclusion : tout sacrifier à son propre repos; des deux côtés, même passion de tout rapporter à soi, égoïsme de Torgueil chez les Stoïciens, égoïsme du plaisir chez les Épicuriens.

Le christianisme, dont le Dieu est charité, la grande loi Tamour du prochain, n*avait rien pour de tels sages. Paul le comprit et quitta l'assemblée. Sa parole néanmoins ne demeura pas complètement stérile. « Quelques-uns, disent les Actes, se joignirent à lui et embrassèrent la foi, parmi lesquels fut Denys, surnommé l'Aréopagite ^, et une femme nommée Damaris et d'autres encore. » Une petite communauté se forma donc, plus choisie que nombreuse, car Athènes ne ressentit pas, à entendre la Bonne Nouvelle, Témotion qui avait agité les villes de Macédoine et déterminé tant de conversions.

1 Denis, Histoire des théories et des idées morales dans Fantiquité, t. I : Épigurb et Zenon, p. 255 et suir. — Dollinger, Paganisme et Judaïsme, Ht. Y, u : Ëpicurismb.

* Au rapport d'Eusèbe {Historia ecclesiastica, lu, 4) cet Aréopagite fut le premier évoque d'Athènes.

Cette indifférence vint en partie du caractère exceptionnel de cette cité. Demeurée en son déclin un centre actif d'études, elle voyait constamment passer des lettrés, des philosophes en renom, entendait leurs théories,. excellait à en démêler le côté faible, à les railler finement, à les oublier pour d'autres nouveautés. L'habitude de n'écouter qu'à demi , d'une oreille distraite, les discoureurs qui affluaient sous leurs portiques, ne permit pas aux Athéniens de reconnaître la voix de Dieu dans celle de Paul.

L'eussent-ils discernée d'ailleurs, une cause irrémédiable les aurait empêchés de s'y rendre , c'était l'opposition de leur génie à celui de l'Évangile. Le Grec a tous les dons de l'esprit au détriment du cœur : vif et souple d'intelligence , il monte d'essor aux sommets de la pensée, aux beautés de choix; l'idée , l'art, le monde extérieur lui offrent d'inappréciables délices; il vole de l'une à l'autre, en exprime les douceurs , mais sans se fixer, sans se donner. Les Athéniens plus que tous se montraient sensibles à ces joies exquises; ils avaient mis leur idéal dans la beauté plastique. Les merveilles de statuaire et de peinture qui se disputaient leur admiration , l'Agora aux mille bruits , leur théâtre d'une perfection sans rivale , tout les tenait en constant éveil, épurant leur goût, donnant à leurs regards finesse et puissance. Nul comme eux ne goûtait les charmes de la Grèce, n'aimait la sérénité de son climat, la grâce de ses horizons, la lumière qui bleuit ses eaux, teint ses roches de pourpre et d'or : « Heureux fils d'Erechtée, disait Euripide, enfants fortunés des immortels , vous marchez dans un

lîe SAINT PAUL.

air pur, plein de mollesse et de clartés ^ » Des hommes si heureux de vivre n'étaient pas pour entendre les béatitudes évangéliques. Les magistrats qui avaient absous Phryné pour son élégance^, les sages qui divinisaient l'homme pour sa beauté^, que pouvaient- ils comprendre au mystère du Christ? Sans doute leurs légendes racontaient que des dieux étaient descendus sur terre, en habits de bergers; mais c'étaient des dieux triomphants sous leur effigie mortelle ; leur démarche même les trahissait. Un Dieu bafoué, battu et mis en croix offensait la délicatesse des Athéniens; ils le rebutèrent avec mépris , et leur dédain fut d'autant plus suffisant que l'habitude de discuter leur ôtait jusqu'à la bonne foi; il ne s'agissait pas de les convaincre, mais de leur plaire.

Nul défaut de l'esprit grec ne répugnait davantage au ferme génie de Paul que ce manque de sérieux, car une telle légèreté d'âme mène dans le monde des idées à une frivole insouciance, et dégénère en duplicité dans les affaires pratiques. Le Grec du commun était trop souvent alors , ce qu'il est demeuré de nos jours, l'homme fin et avisé, mais trompeur. Les cœurs droits et sincères auxquels l'Évangile s'adresse ne se trouvaient qu'en petit nombre dans cette race noble d'apparence, en réalité fourbe , sèche , égoïste, vani-

1 Euripide, Medea, v, 824-830.

2 Alhénée, xiii, p. 590. — Alciphron, i, 30.

3 a S'il naissait quelques mortels semblables à ces images des dieux , le reste des hommes s'accorderait pour leur jurer une éternelle obéissance. » Aristote, Polit, cap. n, 15. — Platon, Phœ^ drus, passim. Cf. Hérodote, y, 47; vii, 187.

teuse. Les centres de commerce, aux populations mêlées, avaient jusque-là offert à l'apôtre un champ bien plus fécond; Corinthe, la seule ville de Grèce qui eût gardé cette activité, Corinthe était proche. Paul y tourna ses pas, n'emportant d'Athènes qu'un mépris plus sensible de la sagesse du monde , plus d'ardeur à y opposer « la parole de la croix* ».

1 I Cor., 1, 18.

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