‹ Saint Paul, ses missionsChapitre 26 sur 46 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

L'ÉPITRB AUX ROMAINS.

La Lettre aux Galates était un coup d*éclat ; jamais encore Paul n'avait parlé avec cette netteté et rejeté aussi complètement le mosaïsme. Plus de sabbats, de fêtes juives, d'observances, de circoncision * ; la liberté pour tous dans le Christ Jésus ^. C'en était fait de la Loi et de son râle de pédagogue : l'enfance passée, le pédagogue reçoit congé*. Tout ce que l'on attendait vainement d'elle, ablution des péchés, rédemption, sanctification, tout cela ne se trouve qu'en Jésus, et, pour l'obtenir, aucune pratique , aucune œuvre légale n'est requise : il ne faut que croire en Lui, s'unir à Lui et s'abandonner à sa vertu divine qui opère en nous le vouloir et le faire *. Telle était la maîtresse pensée qui absorbait de plus en plus l'apôtre, la révélation spéciale qu'il avait mission de répandre à travers le monde.

Elle l'avait saisi dès l'heure de sa conversion , car Jésus, lui montrant la gentilité comme son champ

1 Gai., IV, 9, 10.

* Id., IV, 31.

» Id., m, 24, 25.

* Id., u, 16-20. Philip., u, 13.

l'épItre aux romains. 371

d'apostolat, avait ajouté : « Par la foi qu'ils auront en moi, ils recevront la rémission de leurs péchés et auront part à la vie éternelle ^ »

A mesure que se multipliaient les révélations célestes et que Tâme de Paul s'y ouvrait, ce dogme capital du christianisme lui apparaissait en lumière plus nette; ces clartés étaient pleines au temps où il écrivit son Épitre aux Galates. Il voyait, dans la foi qui sauve et justifie , tout ce que nous y voyons , non une simple adhésion de Tintelligence, mais la foi animée par la charité, un don du cœur, de la volonté, de Tâme entière au Christ. Il y voyait Dieu ne se bornant pas à absoudre, à oublier, à voiler en nous le péché sans le détruire, mais agissant en créateur tout puissant, de telle sorte qu'il renouvelle l'âme croyante , y efface le péché, la régénère, influe en elle son propre esprit, sa sainteté, sa justice.

Au spectacle de cette transformation merveilleuse , on comprend l'indignation de Paul contre les Judaïsants qui méconnaissaient un pareil don des cieux. Non moins vive était l'inquiétude que lui causaient leurs progrès chez les Galates, inhabiles aux discussions des écoles juives. Les confondre lui était aisé partout où il pouvait les joindre comme en Galatie ; mais que de chrétientés où il ignorait leurs intrigues I Paul ne vit d'autre remède à cette contagion que d'exposer sa doctrine dans un écrit qui passerait d'Église en Église, et la montrerait à tous établie sur le solide fondement de l'Écriture.

1 Act, XXVI, 18.

Le calme où il trouva Gorinthe était propre à ce dessein : rarement dans sa vie constamment traversée , Tapôtre avait joui d'un tel repos; il en usa pour rédiger un précis de ses enseignements, et le mit sous forme de lettre y seul genre d'exposition où sa pensée se mût à Taise. Mais à quelle Église s'adresser de préférence, dans un danger qui les menaçait toutes également? Il ne pouvait songer à Jérusalem , foyer des résistances judaïques; Antioche, Éphèse n'avaient point de relief hors de l'Orient : ses yeux se tournèrent vers Rome.

Cette maîtresse du monde n'avait jamais été plus puissante; en tout sa parole faisait loi. L'Église fondée dans ses murs avait emprunté quelque chose de ce prestige et pris ascendant sur les chrétientés éparses de l'empire. On savait d'ailleurs qu'elle était l'œuvre , le siège de Pierre. A ce double titre, sa foi rayonnait dans tout l'univers ^ Paul ne pouvait mettre en mains plus actives et plus sûres la propagation de sa doctrine ; l'Église de Rome, en effet, «pleine de science, de charité, capable d'instruire les autres^ », était déjà initiée aux enseignements qu'il lui voulait confier. Elle les tenait de Pierre, auquel l'apôtre des gentils avait confié ses révélations'; elle les tenait aussi des nombreux disciples de Paul , qui , d'Éphèse , de Gorinthe , de Macédoine, étaient venus s'établir en Italie, et que l'apôtre saluera à la fin de sa Lettre aux Romains. Il n'avait

1 Rom., I, 8.

3 Id., XV, 14.

» Act., XV, 2-4. Gai., i, 8; ii, 2, G, 9, 14-19.

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