‹ Saint Paul, ses missionsChapitre 33 sur 46 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Seize ans se sont écoulés depuis le jour où Paul sortait d\\ntioche pour sa première mission en terre païenne. Ce court espace de temps lui a suffi pour affranchir le christianisme. La foi nouvelle, resserrée jusque-là en d'étroites limites, a pris, grâce à lui, un essor de plus en plus libre, et la transformation s'est trouvée aussi rapide que soudaine ; car, Dieu lui révélant plus nettement qu*à tout autre l'universalité de l'Évangile , l'apôtre marcha droit au but sans tâtonnements ni scrupules.

Pierre sans doute, au temps où Paul entreprit l'apostolat des gentils, avait déjà eu sa vision de Joppé. Aux frères de Judée, scandalisés d'apprendre qu'il baptisait des païens, il avait fait cette réponse admirable de foi et d'humble candeur : « A peine commençai-je de leur parler, que l'Esprit Saint tomba sur eux comme il est tombé sur nous aux premiers jours... Si donc Dieu leur a fait le même don qu'à nous qui avons cru au Seigneur Jésus-Christ, qui étais-je, moi, pour l'interdire ^ ? »

Cette parole du chef de l'Église jetait sur l'avenir

1 Act., XI, 15, 17.

SAINT PAULf SES MISSIONS. 2V

des clartés décisives, mais elle ne changea rien dans le présent. Les Douze, môme hors de Judée, continuant d'annoncer TÉvangile presque exclusivement aux fils dlsraël , l'ensemble de ces convertis demeura juif non seulement de culte , d'habitudes , de vie extérieure, mais de cœur et d'idées. La foi nouvelle fut tenue par eux pour un bien propre à leur race, pour l'achèvement et la perfection exclusifs de leur Loi. Libre aux païens d'y participer comme au mosaïsme; mais par grâce, sous condition de vivre à la juive et sans jamais prétendre au même rang que les Israélites d'origine. Pendant quinze années, les chefs des Églises judaïques, se bornant à restreindre ces visées hautaines, ne tentèrent rien à l'opposite. L'originalité de Paul fut de n'en plus tenir compte.

Dès le premier jour S il déclara hautement le dessein de son apostolat : par égard pour les Juifs leur offrir d'abord l'Évangile, sur leur refus aller aux gentils, car la Bonne Nouvelle est pour eux aussi bien que pour Israël, et Dieu les voit tous de môme œil, tous également dans le péché et dans une égale impuissance d'en sortir. Vainement les croyants au mosaïsme en espèrent-ils le salut; ses pratiques extérieures ne donnent point la vertu de résister au mal ou de s'en affranchir. Dès lors , à quoi bon imposer aux gentils des rites qui

1 A Antioche de Pisidie, la première Tille où, séparé de Marc et n^ayant avec lui que Barnabe, il agit librement, en vrai chef de la mission. « Vous êtes les premiers, dit-U aux Juifs de cette cité, à qui il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais, puisque vous la rejetez et que tous tous jugez Yous-mômes indignes de la vie éternelle, nous allons aux gentils. » Act, xin, 46.

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