XVI PRÉFACE
œuvre, Fauteur ne se révèle davantage. Il s'y montre dans les contrastes de son génie, ardent, fougueux, mais en même temps plein de tact, de présence d'esprit , de prudente réserve ; mêlant à une force d'âme indomptable des abattements douloureux ^; d'une droiture inflexible, avisé toutefois, habile aux allusions couvertes, aux précautions oratoires. Tous ces mouvements de l'Ame apparaissent dans les pages inspirées , et sous les formes les plus diverses : fine ironie, menaces, tendres supplications, larmes, cris déchirants. Seuls, la parole de Jésus dans l'Évangile , et dans l'Ancien Testament les Psaumes d'Israël , émeuvent à ce point.
Nous n'avions pas à craindre , là où le cœur de Paul palpite , de fatiguer le lecteur. Nous avons cité, et d'autant plus au large , que les Actes ne donnent pas une idée complète du caractère de l'apôtre. On imaginerait en lui, à lire le seul récit de saint Luc, une nature puissante, énergique, capable de rompre et de dompter, mais sans grâce ni tendresse; les Épltres achèvent l'ébauche et nous montrent mêlées à cette force de volonté les qualités de cœur et d'âme qui rendent aimable. C'est par là que saint Paul se distingue des hommes qui, comme lui, ont mené le monde. L'orgueil et l'égoïsme sont habituels à ces dominateurs , leur personnalité écrasant
i I Cor., II, 3. II Cor., I, 8, 9 ; IT, 9; vil, 5 ; xii, 7-10. Acl. , xvui, 9, xxiii, etc.
PRÉFACÉ. XVIÏ
6u absorbant tout. De tels génies peuvent subjuguer pour un temps, forcer Tobéissance, Tadmiration ; ils ne se font point aimer. Les Épltres de saint Paul nous le montreront d'une grandeur tout autre : l'égal des plus puissants par l'esprit, la vigueur de l'action, la maîtrise des âmes ; mais en même temps homme comme nous, aussi attachant par Vinfirmité que par les générosités de sa nature. Avec la même loyauté qu'il nous découvrira les élans de son cœur, sa charité embrassant le monde et se donnant à tous , il ne cachera rien de ses misères , des disgrâces physiques qui mêlent à sa fierté native une touchante humilité. C est par lui que nous connaîtrons l'état constant de maladie qui rendait son âme compatissante, prompte aux larmes, à toutes les émotions; l'effroi qui le saisissait aux heures critiques ; « l'aiguillon de la chair, l'ange de Satan qui le souffletait*. »
Au spectacle dépassions si diverses, si contraires parfois en une même vie , comment méconnaître que la singularité de cette grandeur ne vient point de la seule nature? La grâce y a sa part. C'est Jésus qui a fait Paul doux et humble de cœur, qui lui a dévoilé dans l'amour chrétien l'accomplissement de toute justice ; c'est Jésus qui a transformé en « homme parfait dans le Christ ^ » le Juif fanatique de Damas.
1 II Cor., XII, 7.
* Coloss., I, 28.