‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 103 sur 108 · LIVRE SIXIEME. 2 1 I · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME. 2 1 I

bière, le corps qu'on y avait mis dans de la chaux vive, se trouva, à la réserve d'une partie de la tête qui était un peu endommagée, sain et entier, et sans la moindre marque de corruption. La chair en était fraîche, tous les membres étaient fermes, et posés exactement dans leur situation naturelle; et il s'en exhalait une douce odeur, pareille, selon le rapport du docteur Barthélemi Torrez, qui était présent, à celle d'une argile tendre, imbibée d'un suc odoriférant. L'habile médecin, après avoir examiné tous les doigts, l'un après l'autre, déposa avec serment dans le procès-verbal qui en fut fait, que l'état où il voyait le corps, avec toute sa peau, tous ses nerfs, et toutes ses autres parties aussi saines, malgré la quantité de chaux dont il était couvert, et l'excessive humidité du lieu où il avait été placé, lui paraissait un miracle au-dessus de la nature.

Après qu'on l'eût mis avec beaucoup de respect dans la nouvelle châsse, on le déposa dans l'espèce de niche qu'on avait creusée dans la muraille, et qui fut aussitôt exactement fermée. Le provincial fit ensuite une défense très expresse à tous les recteurs du collège, de jamais laisser enlever, sans un ordre supérieur, la moindre partie des précieuses reliques de ce saint missionnaire.

Ce privilège de l'incorruptibilité après la mort, a quelque chose de si particulier et de si rare, que Dieu n'a jugé à propos d'en honorer que quelques-uns de ses plus illustres saints. Dans ces derniers siècles, il a voulu l'accorder, du moins pour un temps, au vénérable Claver, comme il l'avait fait plus d'un siècle auparavant au grand Xavier ; sans doute afin qu'on rende quelque jour à l'apôtre des Indes occidentales, les mêmes respects que tout l'univers chrétien s'empresse de rendre à l'apôtre des Indes orientales.

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CES merveilleux récits du Père Fleuriau, nous croyons devoir donner pour épilogue une courte relation des deux miracles que la S. C des Rites approuva le Ier novembre 1887, et qui déterminèrent la canonisation de l'Apôtre des nègres.

Le lecteur remarquera que tous deux — comme d'ailleurs les deux miracles approuvés par Pie IX, le 27 août 1848, pour la béatification du même saint — ont eu lieu en Amérique : il semble que Dieu ait voulu glorifier son serviteur surtout dans cette partie du monde où il avait tant souffert et tant fait pour la propagation de l'Évangile.

Le premier miracle est la guérison instantanée et parfaite de Barbe Dressen qui avait un chancre invétéré au côté droit de la mâchoire.

f Barbe Dressen, née à Trêves en 1779, avait émigré aux Etats-Unis, et, après la mort de son mari, elle s'était fixée à Mihvaukee. Elle avait joui d'une santé parfaite jusqu'à soixante-dix ans, il lui vint alors une petite verrue à la joue droite ; cette verrue dont elle ne se préoccupa point d'abord, augmenta jusqu'au diamètre d'un écu de cinq francs, et prit une couleur rougeâtre inquiétante qui la décida à consulter le docteur Bayer chez qui elle travaillait.

Le docteur reconnut aussitôt un chancre incurable, qui devait inévitablement amener la mort. Cette femme, connaissant la haute science du docteur, n'espéra plus de guérison par les remèdes humains et pensa à recourir à ceux du ciel. Le Père Weninger de la Compagnie de JÉSUS, au cours d'une mission qu'il était venu faire à Mihvaukee, propageait la dévotion au bienheureux Pierre Claver surtout en appliquant ses reliques aux malades, et il obtenait beaucoup de guérisons par ce moyen. Barbe l'alla prier d'appliquer la relique du bienheureux sur son mal. Le Père accéda à son désir, l'exhorta à la confiance et lui recommanda de réciter quelques prières quotidiennes en l'honneur de Claver; elle se conforma à ce conseil et pendant deux ou trois ans le mal sembla diminuer, de sorte qu'elle espérait la guérison complète. Mais le Seigneur lui ménageait une plus dure épreuve

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pour la glorification de son serviteur. La maladie augmenta inopinément, la verrue se transforma en ulcère dont l'écoulement formait sur la joue de la patiente des croûtes successives qui la rongeaient et lui occasionnaient d'atroces douleurs. Elle endura pendant dix ans ces souffrances aiguës, sans omettre un seul jour ses prières au bienheureux Pierre. Sa confiance allait enfin être récompensée. Le Père Weninger était, depuis peu et après dix ans, revenu à Milwaukee. Barbe se sentit ranimée d'un plus vif espoir, elle fit appeler le Père au parloir, lui raconta son martyre de dix ans et lui dit : « Il n'y a que le saint qui puisse m'aider. » Puis elle se mit à genoux et demanda au Père de la bénir avec la relique du Bienheureux.

Le Père Weninger, ému de compassion, lui toucha d'abord avec la relique la partie de la joue affectée du chancre et puis ensuite le front et la mâchoire gauche. Prodige inouï ! à l'application de la relique, toute douleur disparut instantanément. La femme se releva transportée de joie, remercia le Père et sortit brusquement de la résidence.

A peine en plein air, elle s'aperçut qu'elle était complètement guérie : le vent ne lui causait pas la souffrance aiguë qu'il lui causait d'ordinaire, de légères écailles se détachèrent de la joue en poussière menue, et ces derniers vestiges du mal avaient disparu avant sa rentrée chez elle. Il ne restait aucune trace de l'affreuse plaie. Ceux qui l'avaient vue un peu auparavant furent stupéfaits et confirmèrent le miracle sous la foi du serment. Barbe Dressen avait 82 ans quand elle fut guérie le 29 juin 1861. Cinq ans après, les examinateurs délégués pour l'interroger furent obligés de reconnaître que ce mal miraculeusement chassé n'avait plus reparu.

Voici l'autre miracle.

Ignace Strecker, venu d'Allemagne aux États-Unis avec sa famille en 1853, travaillait en 1861 dans une fabrique de savon à Saint-Louis. Un jour, il se heurta malheureusement la poitrine contre un angle de fer. Le choc avait été fort et, quoique sans blessure apparente, le sternum fut contusionné; une douleur cuisante et une sensation de brûlure s'ensuivirent ainsi qu'un gonflement progressif. Strecker ne s'était pas d abord préoccupé de cet accident, mais au bout de deux mois la tumeur n'ayant pas cessé d'augmenter, il consulta le médecin Heitzig. Celui-ci constata la carie du sternum. Les remèdes de son art prodigués pendant neuf mois n'amenèrent

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aucun résultat heureux, il voulut alors appeler à son aide son collègue le plus renommé, le docteur Schoeneman. Vainement ils essayèrent d'arrêter la carie qui avait gagné trois des côtes du côté gauche. Tous les remèdes furent impuissants à interrompre les progrès du mal; l'anémie, la fièvre, la toux, l'oppression et les sueurs nocturnes étaient venues le compliquer. Ignace n'était plus qu'un squelette revêtu d'une peau presque transparente. Deux ans s'étaient passés ainsi sans trêve à ses douleurs, et les médecins l'avaient condamné, ne lui donnant plus que 15 jours à vivre. Le malade renonça donc absolument à tout traitement, reconnu dailleurs inutile par celui qui le prescrivait, et congédia son médecin.

Sa femme, qui avait entendu le Père Weninger prêcher sur l'efficacité du recours au bienheureux Claver, engagea Strecker aie choisir pour intercesseur; il se traîna donc avec peine à l'église Saint-Joseph, où le Père Weninger touchait et bénissait avec la relique une multitude de malades, et se fit aussi toucher et bénir. Sa confiance était grande ; elle fut justifiée; à partir de ce moment la plaie ne jeta plus de pus : c'était le signe de la cessation de la carie. La blessure sécha en peu de semaines, se cicatrisa parfaitement et tous les maux concomitants disparurent ainsi que les symptômes avancés de phthisie, de sorte que peu de jours après sa visite à l'église, Ignace avait recouvré toute sa vigueur d'autrefois. Il reconnaissait à juste titre qu'il devait ce bienfait à l'intercession du bienheureux Pierre Claver et à ses mérites que Dieu avait daigné glorifier une fois de plus. Le docteur Schoeneman, qui, après l'avoir soigné quelque temps l'avait abandonné comme un malade désespéré, fut grandement surpris de cette guérison inattendue. Quoiqu'il ne fût pas catholique, il reconnut en ce fait un miracle de la toute-puissance divine.

Par suite de la vérification de ces deux miracles faite canoniquement, la Sacrée Congrégation des Rites proclama le 26 novembre 1887 que l'on pouvait procéder à la canonisation du B. Claver ; et, le 15 janvier 1888, Léon XIII plaça saint Claver sur les autels, en compagnie de son saint ami Alphonse Rodriguez, ne séparant point dans la gloire ceux que Dieu avait si étroitement unis ici-bas.

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