LIVRE SECOND
continue cependant son chemin, en la recommandant lui-même au Seigneur. A peine eut-il fait vingt pas qu'on descendit en hâte de la chambre de la malade pour dire à son maître qu'elle était absolument hors de danger. Les deux Espagnols, étonnés du peu de temps qui s'était écoulé entre le rétablissement de l'esclave et les prières du saint homme, lui attribuèrent de concert cette guérison.
Emmanuel Lopez avait une esclave nommée Antoinette, dont le P. Gaver prenait un soin particulier, parce qu'elle était attachée à l'hôpital de Saint-Lazare, où elle rendait mille services. Elle tomba si dangereusement malade, qu'il passa trois nuits à l'assister et à la disposer à la mort. La veille même de la fête de saint Lazare, l'ayant prise par le bras, comme pour examiner son pouls: « Antoinette, lui dit-il, c'est aujourd'hui la résurrection de Lazare, rendez grâce à Dieu de la santé qu'il vous donne. » A ces mots, comme s'il se fût repenti d'en avoir trop dit, il se déroba aux yeux de ceux qui étaient présents. La malade se trouva parfaitement guérie le même jour; et tant qu'elle vécut, pour marquer à Dieu sa reconnaissance, le jour de saint Lazare elle portait à l'hôpital tout ce qu'elle avait gagné en une année par son travail.
Résurrection d'une négresse et d'un nègre, morts sans baptême.
QUELQUE diligence que pût faire le zélé missionnaire, comme il ne pouvait se trouver partout où on avait besoin de son secours : il advint qu'une négresse d'Angola, appartenant à Don Vincent de Villalobos, major de Carthagène, mourut sans qu'il eût pu arriver à temps pour l'assister. Déjà son maître donnait des ordres pour l'enterremcnt,lorsque le Père survient; il arrête la cérémonie et appelle à haute voix la négresse par son nom. sans qu'elle donne le moindre signe de vie. Aussitôt il se met en prières auprès d'elle et, quelques moments après, on aperçut qu'elle remuait. Après avoir jeté une grande quantité de sang par la bouche, elle s'écria d'une voix distincte : « Ah ! JÉSUS, que je reviens fatiguée ! — D'où et de quoi lui ? demanda le Père. ■ — Je marchais vers un jardin délicieux, répondit-elle, et comme j'étais près d'y entrer, un enfant d'une beauté ravissante s'est présenté à moi, m'en a défendu l'entrée, et m'a fait retourner
sur mes pas, en me disant que je ne pouvais pas encore arriver au lieu charmant que je voyais. Je suis donc revenue ici, mais sans savoir ni par où, ni comment ; et de là vient l'extrême lassitude que je sens. » Alors le Père fit écarter tout le monde pour la confesser ; mais ayant reconnu qu'elle n'était pas chrétienne, il la disposa au baptême, qu'elle demanda avec instance en présence de tous les assistants. La maîtresse, qui, pendant vingt ans, l'avait vue fréquenter les sacrements, voulait s'y opposer, mais elle se rendit enfin à l'autorité du saint homme ; et à peine la négresse eut-elle été baptisée, qu'elle expira. Dans les informations qui se firent depuis pour servir à la canonisation du P. Gaver, Don Vincent attesta ce miracle avec serment.
Il arriva quelque chose de semblable dans la maison de Don François de Silva. On y avait trouvé une pauvre esclave étendue par terre et tellement privée de sentiment, qu'elle parut morte à tout le monde. Les maîtres et les domestiques en furent d'autant plus affligés, qu'elle n'avait pas encore été baptisée. A la première nouvelle de cet accident, le père se transporta à la maison ; et dès qu'on l'aperçut : « Ah ! mon l'ère, lui dit-on, quel malheur ! et qui l'aurait pu prévoir ? — Hé quoi ! répondit le saint homme sans paraître troublé, le bras de Dieu est-il donc raccourci ? C'est un bon père : un peu de foi et de confiance en lui. Où -est l'esclave ? » On la lui montre, il s'approche d'elle, et, après une courte mais fervente prière, il l'appelle et lui demande si elle veut être baptisée. L'esclave, ayant ouvert les yeux, répondit d'une voix distincte qu'elle le voulait de tout son cœur. 11 est impossible d'exprimer l'étonnement, la joie et la sainte frayeur dont tous les assistants furent saisis en ce moment ; mais l'admiration augmenta quand, après avoir reçu le baptême, on la vit se lever d'elle-même et marcher parfaitement guérie. La merveille ne se termina pas là. Le Père avait défendu de jeter l'eau qui avait servi à baptiser la négresse : un domestique, qui avait ignoré cette défense, la prit pour arroser un vase où il y avait quelques plantes desséchées depuis cinq ou six mois. En peu de jours, toutes ces plantes reverdirent et produisirent des fleurs très belles et très odoriférantes, tandis que toutes les autres qui étaient proches et qui avaient été arrosées avec de l'eau ordinaiie.rebtèrent sèches et périrent.
Je finirai ce sujet par un autre prodige qui eut encore plus