‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 82 sur 108 · LIVRE CINQUIÈME. I 7 I · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. I 7 I

rance et de ses austérités, il s'était fait comme un bouclier impénétrable pour opposer à tous les traits empoisonnés de l'esprit tentateur. Il avait surtout une dévotion particulière à la conception immaculée de la Mère de Dieu, pour obtenir la grâce d'une pureté digne de cette Reine des vierges: il la conseillait à ceux qui se sentaient attaqués de tentations violentes contre cette vertu ; et ils ne manquaient pas d'en éprouver, tôt ou tard, les plus salutaires effets.

Sa pauvreté.

POUR ce qui regarde la pauvreté religieuse, on peut dire du P. Claver, que, conformément à la règle et à l'esprit de son saint fondateur, il la regardait comme sa propre mère: tout ce qu'on apercevait dans sa personne et dans sa manière de vivre respirait la pauvreté même. Sa chambre fut d'abord une espèce de loge si étroite et si obscure, que pendant plusieurs années il était obligé d'en sortir pour pouvoir écrire: son lit, ainsi qu'on l'a déjà remarqué, n'était qu'une simple peau ou une natte étendue parterre. Tous ses meubles consistaient en quelques instruments de pénitence, deux sièges de bois grossièrement travaillés, un petit banc pour ceux qui venaient le voir, et une table toute nue sur laquelle il n'y avait que son bréviaire, le même qu'il avait eu d'abord et qu'il conserva toute sa vie, avec deux volumes de cas de conscience : pour ce qui est de tous les autres livres, il allait les consulter à la bibliothèque, à mesure qu'il en avait besoin. Les ornements répondaient aux meubles: un crucifix d'une peinture grossière, placé entre deux images, dont l'une représentait JéSUS-Christ à la colonne et l'autre saint Pierre à genoux pleurant son infidélité: une croix de bois au chevet de son lit, et au-dessus, un portrait du F. Rodriguez; telle était la parure de sa chambre. Amateur de tout ce qui le rapprochait de son divin modèle, le P. Claver ne se servait ordinairement que du rebut des autres: il changeait de bonnet carré, au plus tous les dix ans, encore n'en voulait-il jamais porter un neuf: ses camisoles étaient composées de quatre morceaux de mauvaise toile attachés ensemble avec de petites cordes; et pour ce qui est de son manteau, c'est un prodige que l'ayant employé à tant d'exercices de charité, il ait pu durer si longtemps; aussi était-il tout cousu de pièces. Un

jour le supérieur l'ayant obligé de prendre une soutane neuve, il parut si embarrassé et même si affligé, que, par compassion pour lui, on fut contraint de lui rendre celle qu'il avait quittée.

Son amour extrême pour la pauvreté allait jusqu'à des attentions qui paraîtraient des bagatelles, si on ne remontait pas au principe qui les dirigeait. Jamais il ne prenait une chandelle entière, se contentant des bouts qu'il ramassait de tous les côtés: il n'écrivait que sur le revers des papiers dont on ne faisait plus d'usage ; et pour cela il n'avait point d'autres plumes que celles qui avaient été rebutées, et qu'il accommodait de son mieux. C'était encore par le même esprit, qu'il ne se nourrissait ordinairement que des restes de pain qu'on avait recueillis sur toutes les tables; et qu'il faisait ses plus chères délices d'aller manger à la porte au plat des pauvres.

Souvent il arrivait que, revenant à jeun et tout épuisé de fatigues longtemps après midi, il ne trouvait rien pour dîner, parce que le frère cuisinier l'avait oublié. Loin de s'en plaindre, il tâchait toujours d'excuser l'officier, en disant qu'il ne fallait s'en prendre qu'à lui seul, et qu'il le méritait bien pour n'avoir pas eu le soin de se trouver avec les autres. Quelqu'un pourtant, touché de compassion de le voir ainsi négligé, voulut en avertir le supérieur. « Oh! pour cela non, je vous prie, lui dit le saint homme, eh ! de quoi se plaindre? Combien y en a-t-il d'autres qui passent, non pas une seule matinée, mais plusieurs jours sans avoir un morceau de pain?» Toutes les aumônes qu'il pouvait ramasser étaient employées à secourir les pauvres: il travaillait sans cesse, s'épuisait et se privait de tout pour eux ; mais il n'aimait pas à distribuer lui-même les sommes qu'on voulait lui mettre en main. Quelques instances qu'on pût lui faire d'en prendre au moins une partie pour l'employer aux usages qu'il jugerait les plus convenables, il refusait toujours.

Dans une grande maladie qu'il eut, le capitaine Jean- François de Saint-Martin ne put le résoudre à accepter le moindre soulagement de sa part ; et comme il le conjurait avec instance de lui dire au moins de quoi il pourrait avoir besoin : « D'un peu de toile pour habiller un nègre », lui répondit-il. On lui en envoya douze aunes ; il en fit couper précisément ce qui était nécessaire, et renvoya le reste. Un jour qu'il avait consenti à ce qu'on lui envoyât une bouteille de vin dont on savait qu'il avait besoin, on lui demanda s'il le

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