‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 81 sur 108 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

qui triomphait aussi bien de la férocité naturelle des sauvages, que de la haine de ses plus opiniâtres ennemis: L'idée qu'on en avait parut surtout en deux occasions bien remarquables.

Une femme qui devait une certaine somme au collège, tâchait depuis longtemps d'éluder, à force d'artifices et d'impostures, les poursuites ordinaires de la justice: tous les jours elle assemblait chez elle une grande multitude de gens de toute espèce, devant qui elle ne cessait point de déclamer, ni d'invectiver contre les jésuites. On jugea à propos de tenter les voies de la douceur, et comme on crut celle du P. Gaver capable d'apaiser un peu l'esprit de cette furie, on lui ordonna d'aller lui parler : il obéit, il parla, mais inutilement. La femme abusant de sa patience et de son humilité, le chargea d'injures lui et son compagnon. Peu contente de ces premiers excès, elle résolut de passer des outrages aux mauvais traitements: elle feignit donc d'être malade et envoya chercher le Père pour la confesser, en témoignant un vif repentir de l'avoir ainsi traité. A peine fut-il entré qu'on vit paraître deux esclaves fugitifs, que la prétendue malade avait fait cacher dans sa chambre, et qui vinrent pour se jeter sur lui comme des furieux; tandis qu'elle de son côté, pour assouvir sa rage, vomissait contre lui un torrent d'injures. Le compagnon du Père, homme intrépide et vigoureux, voyant qu'on était sur le point de le frapper avec violence, le retire par son manteau, se met en devoir de le défendre et cependant crie de toute sa force au secours. A l'instant les assassins s'évadent; et la femme, aussi touchée que surprise de la douceur et de l'humilité du saint homme, se jette à ses pieds, lui demande pardon de son emportement, et lui promet de se corriger.

Dans un grand procès qu'on avait intenté aux jésuites, un des principaux juges se montrait si passionné contre eux, qu'il faisait sentir en toutes manières son indignation à quiconque osait parler en leur faveur. 11 était cependant nécessaire de lui présenter une requête d'où dépendait le gain ou la perte de la cause, et personne ne voulut s'en charger. Le recteur du collège eut recours à sa ressource ordinaire, à la douceur du P. Gaver, persuadé que du moins la réputation de sa sainteté ferait quelque impression sur l'esprit du juge. Il le chargea donc de présenter le mémoire ; le magistrat ne l'eut pas plus tôt aperçu, que tout transporté de colère, il s'oublia jusqu'à lui dire les choses les plus outrageantes. Le Père se retira sans rien répondre, mais avec un air respec-

tueux et aussi satisfait que s'il eût été le mieux reçu du monde. Le lendemain, on le renvoya encore, avec la même requête que le juge n'avait pas daigné prendre : celui-ci, plus outré que jamais et s'imaginant que les jésuites faisaient peu de cas de son indignation et de son autorité, entra dans une telle fureur, qu'il les traita tous, sans distinction, de mutins, de séditieux, de scélérats, de gens qu'il fallait exterminer. Le saint homme, après l'avoir écouté avec une tranquillité admirable, le quitta en lui faisant une profonde révérence. L'affaire dura encore longtemps, toujours avec de nouveaux outrages d'une part, et une patience inaltérable de l'autre; mais enfin la douceur l'emporta sur la violence, et les jésuites gagnèrent leur procès.

Ses vertus religieuses. — Sa pureté angélique.

COMME ce sont les trois vœux qui constituent proprement les religieux, à tout ce qu'on vient de dire des vertus du P. Claver, on peut ajouter que si dans toutes les autres il pouvait servir de modèle aux chrétiens les plus parfaits, dans celles de son état il était encore le modèle des religieux les plus fervents.

Sa pureté était celle d'un ange, ce qui cessera de paraître étonnant, si l'on fait réflexion à son extrême modestie, à sa mortification excessive et à sa vigilance continuelle sur tous ses sens. On a observe que, pendant cinquante-quatre ans qu'il vécut dans la Compagnie, jamais il n'arrêta les yeux sur le visage d'aucune femme: aussi ses confesseurs ont-ils protesté hautement qu'il avait toujours conservé en ce point la première innocence de son baptême.

Prévenu de la grâce dès sa plus tendre enfance,il eut l'amour de la vertu avant l'usage de la raison. Le peu de temps qu'il passa dans le siècle, il pouvait déjà servir d'exemple aux religieux; et depuis son entrée au noviciat, il ne cessa point d'avancer à grands pas dans la route de la sainteté. Tous les jours il se confessait, après un rigoureux examen de luimême; et il ne le faisait jamais sans répandre beaucoup de larmes. Attentif aux moindres mouvements de son cœur, son amour pour Dieu lui inspirait une vive crainte de l'offenser, qui le retenait sans cesse dans la circonspection la plus scrupuleuse. En un mot, de son recueillement, de sa tempe-

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