‹ Saint Pierre Claver, ap^otre des n`egresChapitre 99 sur 108 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

et de tendresse, il s'appliqua surtout à prouver que le ministère auquel Dieu l'avait destiné auprès des nègres, était la principale source de tant de merveilles qu'on avait admirées en lui.

Dans les habitations d'alentour, les autres nègres firent éclater leur zèle pour leur père commun, d'une manière moins pompeuse à la vérité, mais peut-être plus touchante. Dès qu'on y eût appris son heureuse mort, on n'entendit parmi ces pauvres esclaves que pleurs, cris, gémissements, et on fut plusieurs jours sans pouvoir les consoler de la perte qu'ils venaient défaire. Il n'y eut pas jusqu'aux nègres marons,gens accoutumés au meurtre et au brigandage, qui ne donnassent des marques de la plus vive douleur à la mort d'un homme qu'ils respectaient toujours comme leur maître, et qu'ils aimaient encore comme leur père.

Tous ces détails sont tirés de la lettre du P. Recteur de Carthagène; pour les terminer en deux mots, on peut dire qu'on vit se renouveler à la mort du P. Claver, tout ce qu'on a vu de plus singulier et de plus éclatant à celle des plus grands saints: jamais il n'y eut plus de concours, plus de vénération pour leur mémoire, plus de confiance en leurs mérites, plus d'empressement à avoir de leurs reliques. Toutes les voix conspirèrent à le canoniser par avance; et il y a lieu de croire que ce ne fut pas sans une secrète inspiration du ciel, que les ecclésiastiques, les religieux, la noblesse et le peuple, les savants et les ignorants concoururent dans le même instant à lui déférer tous les honneurs permis, qu'on a coutume de rendre aux plus illustres personnages que l'Église ait consacrés dans ses fastes.

Portrait du P. Claver.

E P. Claver était d'une taille moyenne, naturellement __, droite, mais un peu courbée par l'habitude qu'il avait contractée de baisser les yeux et de regarder à terre. Il avait la tête grosse, le visage grand et tirant sur le brun, le front large et ridé, les tempes enfoncées: ses yeux étaient bien fendus, mais ses paupières étaient un peu rouges et enflammées par l'abondance des larmes qu'il avait coutume de répandre. Il avait le nez modérément courbe, la bouche grande, les lèvres grosses, la barbe épaisse, le cou court, la voix assez

forte, mais plus sonore que flexible. Sa complexion était robuste d'elle-même, mais il la ruina bientôt par l'excès de ses travaux et de ses austérités.

Quelque grande qu'eût été la réputation de sa sainteté pendant sa vie, elle s'accrut beaucoup par la multitude des merveilles que Dieu opéra pour manifester la gloire de son serviteur après sa mort. La première chose qui surprit tous les assistants, c'est que, quand on lui présenta la palme dont on a parlé, en signe de tant de victoires qu'il avait remportées sur l'enfer, de lui-même il ouvrit la main pour la recevoir, et la referma aussitôt. Ce prodige fut bientôt suivi d'une infinité d'autres qui ne contribuèrent pas peu à augmenter la confiance qu'on avait déjà en son crédit auprès de Dieu.

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