Saint-Pierre de Rome
Ces paroles de Clément Vil devraient être gravées en leltre^^ dur sur le fronton de la ljasili((iie vaticanc. car seules elles donnent la raison juste, précise, authentii[iii'. ihi niltc niali'rici r[ du culte s|iiiitiiel ddiit les papes, l'Eglise, les princes, le iiiomle ciitici-, ont cntonii' ir tombeau du piiiiee des Apôtres. Ce fondieaii n'est pas une si'pullnic privée, ipir le cœur d'une faniille eu huines ^arde el vi'iièic avec une exclusive jalousie, écartaid par la vue nièine <le ses ti'nioi^na^cs dalVection tout coiilaet de l'étranger. Ce n'est pas da\aiita;^e un de ces monuments glorieux élevc's par la reconnaissance et radmiiation di's peu|iles. gages permanents de victoire devant lescpiels les ^i''U('iatioiis ipii p,i<seiit appieiiiieiit à aimer, à servir, et au liesoin à iléleiidn' la patrie: le tiiiiilie.iii de s^iint Pici're n'a
2 INTlKlULCTltlN
pas lie rimilirMc. Il c^l iiiiiviTsoJ coininc le |>()iivnii' ildiil il syiiiltolisc la luaJL'sli'. i'ii'iii' iiinsIkiiic |hii-|,iiiI Tl'l^lisr du ('.lii'i>l, il csl le i-ciitii' ,iiii|iic| toillc riiisluii'c (lu iiKiiidc alMiiilil, le |ii\ii| aiiliiiir (|i|i|iii'| elle -.c ili'roiilc. Si Dii'ii. à liavi'i's les à^fs i|iii |H'(''ivi|ciit, Ir (llii'isl. iliiiLic riiiiinaiiité, fonde cl ain'aiitit les iiaiioiis, sauve du iiiilii'ii di' la iunii|ili(ni d de rericui- la |M)i^iiée de Jnils ijni dniveiil. maigri'- leurs (h'I'auls de laee, eoiiserver la vraie iinlion de la divinité, de son culte, de ses ra|i|ior[s avec les honnnes, et garder inlaele respi'ranre du Messie libérateur, c'esl pour ainenei' I"linmanit(', di's ipialre cnins de riinrizoïi. à une inèux' fui. un même eidle. un mk'mm' salul. el Iniidcr ainsi sur sain! l'id-rc runih' de son Eglise. VA ilepiiis. dejmis ipii' la Pirvrc londamrnlale a (;l('' scellée dans le sol rninaiii ]iar la ninrl du prince des .\p(")|irs, n'est-ce pas ce lonilieau ({ui guiiM'nic le monde?
Chose éti'ange! le lonilieau du Chi-isl a él(' livré par un mystérieu.\ décret de la Providence à une domination aiitichrétiemie. A peine Jésus a-l-il ijuilté le sé[)ulcre où son corps meurtri avait été déposé, que l'axe de son Eglise sul)it une déviation. Née à Jérusalinii, 1 Église ne doit ))as y exercer son empire. Li's saintes femmes éplorées accourent immuembaumer le corps de leur Maitre; le tomlieau est vide : « Allez, leur dit un ange, le Christ est ressuscité, il n'est ]ilus ici. »
Le Christ est avec Pierre. Là où Pieirc ('tahlit sa résidence, là est le Christ; là où Pierre lixe à jamais par sa mort son pouvoir de Pasteur universel, là est à jamais le Christ.
Aussi bien le tombeau de saint l'ieiae n'est pas un sim[ile .souvenir. une Memoria glorifiant ses restes comme les cénotaphes des hommes illustres: c'est \m tombeau ipii vil. i|ui agit, ipii parle aux. générations qui se pressent à ses [lieds. Oiiels ossements ont plus prophétisé «pie les siens?
C'est sur saint Pierre ipie s"a|)puie le Vicaire de Jésus-Christ pour affirmer son autorité, revendiipiei' ses droits, exercer son luinistére; c'est au nom di^ saint Pierre (piil gaide. illinnine. di'vcloppe sans aucune di't'aillaiicr les enseigiiehicnls de la foi; c'esl par le pouvoir conl'('réà saint Pierre (|u"il niaiiilii'ul la discipline ('vauLii'liipii'. irdrcssi' les mœurs, encourage les bons, glorifie les saints, condamne les mauvais. Si sa puissance est respectée, sa tloclrine écoutée, ses arrêts même les plus sévères
INTHilDrCIKiN :t
fidèlement observés, c'est qm- l;i voix «In p.ipe est la voix même de Pioni-.
CoikIk' (1;iiis sa tomhi'. riciiv jiinic ji.n- la liouche de ses successeurs, il vit cil eux.
« Tu es Pierre, r[ sur cette Pierre je hàtiiai iikui I','glise... » Cette parole du riluist au pauvre pêcheur de Jjetlisaïdc a |it'ii('lr(' les t-ntraillcs lie riiiiinaiiili', cl pciidaiil de longs siècles elle a attiré devant son tonilicaii toutes les nations cliiéliennes. Plus les nations ont eu au cœur la sève calliolii|ue, plus elles sont accourues à ses pieds. On peut dire sans ciaiiitc (relieur que le culte du tondieau de saint Pierre est le témoignage le plus éclatant (le la profession de la loi callioliipic. le siçiie autliciiliqiic de sa vitalil(''. Ils baissent en jiroportioii.
Aussi nos pères ont eu |iour le toiiilieau apostolicpie un anioiir cnlliousiaste, une vc'iitable passion. Seule celle passion divine explique le cidte ardent, persévérant, niagiiill(pie, (piils lui ont voik'. Rien ne leur a jiaru trop fastueux pour riionorer. Ce n"est pas un iiioiiuiueiit fiiiièhrc qu'ils lui ont bâti; ce n est |ias une châsse (piils lui ont coiisaciée, mais par deux lois, avec le nièiiie ('•laii de ;.:('ii('idsil(' . t\r> jjasiliipu's iiuiiienses, OÙ les arts ci toutes les |-ic|iesses du inonde l'ui-eiit conviés à fêter splcndideineiit la pi('seiice f\r<. restes saci('s du prince i\c^ ApiJtres. De Constantin à Micliel-Aii^e. et au delà, c'est une inaiclie liioiiiphale des papes. des enipeicuis. des rois, des princes, de riiniveis clii('tieii, olfrant à Tenvi, pour (diislniire et décorer ces basili(pies. lui' de leurs cassettes, le génie de leurs artistes.
Ce culte matériel ne leur suflil pas. Ils \ieiiiieiit eu personne, les plus augustes comme les plus linnililes. se |i|-osleiiiei- devant ce tombeau, en baiser le seuil, v puiser comine à la source nniipic la luiiiière de la loi et IV'iier^ie de la \eilu. \ iinploivr à deux lieiioiix le panloii de leurs fautes. Lt's papes surtout rendent an loinbeau de saint l'ieri-e le culle le plus ardeiil. .\nloni(le lui ils ninlli|ilieiil les iKiiineurs. accmnulent les privilèges; près de lui ils rei-oiveiil la tiare, près de lui ils la dc'-posent; heureux de lliMINcr à ses ciM('s le lien de leur snpl("'inc repos.
Raconter ces cliKses du passi' ne niaii(pie pas d'it|iportuiiil('. Si le siècle (pii s('leinl lia pas eu la vilalih' callidliipie de ceux (pii l'oiil pi'(''c('d(''. n'est-ce point parce (piil s'est èloi;:ii(' de la Pierre iniiliihiire de l'Mglise? \']\ si le si(''i|i' ipu \a iiailiv \enl \i\rc de celle vie divine (jui
4 I NTImiil CTKiN
seilli' l'i'ul lui iliiiiiicr mn' vrrWv ;^i;iii(lriir. ii"ost,-cc ]i()iiil iiii loiiiliciii ilc S.-iilil l'iriii' i|ii'il ilnil l;i rlicicliiT? Nos prpcs \'\ mil |iiiisi'c s;iiis irlàdic
Montrer If clii'iiiiii i|ii'il> nul suivi. iiiili>|iii r l;i source <lc l;i lui. nous ;i |>;irii œuvre ('iiiiin'iiiiiM'iil .■i|i(isl(ili<|iii'. I.cs leçons de riii^-loiic soni ilrs leçons (le clioses qui souvi ni [m'iuMicmI pins .iv.nil ii;ins les âmes que les j»lus doctes enseignements.
Ces! |ioini|iioi nous avons l'ci'il ce livic. \ons croyons qui! aiTivc ù son heure. A l'ani'ore ile c|iai|ue si(''cle le> [lonlili's romains oui liisa^c île |inliliei' iMi juliili'. celle ^l'àce de nnsi''ricoi'ili' (|ui ranienail anh'iTois an lonilieau (je saiui Pierre joules les nalions cliiétieiuies. Kn celle occurrence, parler de ce toinhean. eu racoiiler les j^loires, les tristesses, les vicissitudes, rediic laniour passionn/' don! il lut rolijet. les immenses liienl'ails ipie nos pères en regnreni, loule celle liistoiic. palrimoine familial de rKi.;lise. pen( l'axiver dans les co'urs ces mêmes sentiments et les l'allacher plus ('lioilenienl à la loi de saiul Pierre. C'est notre espérance.
Certes, nous ne pri'lendoiis pas avoir lont dil: nous ne pri'teiidons même pas avoir lonjours bien dil, mais nous croyons que, malgré ses lacunes, ce livre écrit avec un grand amom- de la vc'rité et une vénération de cœur pour saint Piei-ro. |)ourra sorvii- loul à la lois à la gloire du prince des Apôtres et au bien de ses enfants.
Nous le déposons luunhlement aux pieds de saint Pierre. Que le Porti(>r du eiel. — connue disaient nos pères. — daigne l'accepter, et, se souvenant de la parole de son Maitre bien-aimé : « l'ardonne septante fois sept fois! I) nous ouvrir un jour h^s portes de la vie éternelle!
Rome, 12 livHI 1898.