LK VATICAN
Toute la terre est à Dieu: mais il s'est réservé, sur son immensité, quelques coins privilégiés où il manifeste davantage et d'une m.niirie insolite sa puissance ou sa bonté. Ce sont les lieux sainla, les i»aradis : les portes du ciel ne se ferment jamais sur eux.
Entre tous, après la terre sanctifiée par la présence du Cluisl, aucun lieu n'est plus vénérable que celui (pii a été consacré et illustré par le martyre et la sépulture de saint Pierre. Nos pères s'y traînaient à genou.\ et l'arrosaient de leurs larmes. Aussi nous a-t-il paru utile, au début île cette histoire, de jeter un couj» dnil rapide sur le passé du Vatican.
Ces quelques lignes préliminaires seront comme le portiipie du temple.
Le Tibre sépare le Vatican de l'enceinte des sept collines sur lesquelles est bâtie la Ville éternelli\ Il en fait un quartier à part, réservé, indépendant, que, par une inluilion de Tavcnir, ni roi, ni consul, ni empereur ne songea à entourer de niinailles pour en {)iendre possession. On (lirait ipie ce coin de terre attendait son souverain légitime.
Le mont Vatican, situé à l'ouest de Rome, n'est sépai'é ilu .laniculf et du Monte-Mario que par des dépressions peu profondes. A ses pieds s'étale une plaine (|iii longe les bonis du Tibre. |ilaiiii' (|ui eut sous la n'publiipic cl l'enqiire ses jours de gloire.
K SAl.NT-l'Il.lllii: I)i: ItOME
Drs les premiers temps toutefois, ce lieu .iv.iit iiiic iiKiuvaisc r('pntatioii, si iKius eu croyons Tacite, ipii le tniilc (rinlàiiie ', saus doute à cause de la multitude de serpents (pii s'y rencontrait. p]st-ce pour ce niolirque l'on y hàtit, dans la suite mi temple à Apollon, le divin cli.u-meur? Ce tem]tle existait encore .sous Xéi'on , à ciHé du cir(pie, et lut témoin du martyie et de la sépulture de saint Pierre, enseveli, disent les anciens, in Innpio ApoIliiii>i -,
l.'abbé liiieliesne croil ipril n'y eul j.uiiais à côté du liniue de Néron un leinple cousaci'é à Ai)ollon. Les premiers écrivains chrétiens aui'aient fait confusion avec le temple de Cybèle, parce que les directeurs du culte de Cybèle et d'Apollon étaient les mêmes. L'existence des deux temples ne parait pas impossible, et l'affirmai ion des anciens écrivains est tellement nette, que nous l'acceptons et maintenons le titre de temple d'Apollon comme la bonne indication de la sépulture de saint Pierre \
On a cherché et savamment discuté l'étymologie du nom Vatican. Les uns veulent, comme Pomponius Festus, que ce nom vienne d'un ordre divin domié aux Romains par quelque prophète, de chasser les Etrusques qui l'occupaient '. Aulu-Gelle l'attribue à la présence du temple d'Apollon, dont l'esprit prophétifjue remplissait cette solitude : Valica- )iii)i) Il i'iiliriniis'\ Quoi qu'il en soit, ce nom était prédestiné, et le Vatican est vraiment depuis dix-huit siècles le lieu des oracles.
Nous trouvons çà et là, pendant la longue période des luttes du peuple romain iiiiitre les voisins ipii gênent son extension et cherchent à la comprimer, le son\rnii' de la |ilaine vaticane.
ih\\ ne se rap[)elle ce Mulins Scévola pénétrant dans la tente du roi de Clusium, Porsenna, pour l'assassiner? Ami des Tarquins, Porsenna faisait l(^ siège de Rome ]>our leur rendre la couronne; la famine était grande et menaçait de livrer la ville. Mutins, jeune lioinnu! de noble famille, se dévoue pour la sauvei-. Il traverse le camp (Muiemi et frappe de son poignard celui (|u"il croil le l'oi; ce n'étail ipie son secrétaire. Arrêté par ordie (le Poiseinia. il est eoiidanim' à pi'iir dans les tlammes. Le Romain ne tremble pas. Il met la main sur un brasier ardent et ilit : « Voici le cas que l'on fait du corps, (juand on a la gloire en vue. » Porsenna, ému d'admiration, lui rendit la liberté, et Mntius rentra dans Rome comme un triompiiateur. Le |)(Mii)le ra|»|iela Sccvnln. pour rendre honneur à la main
' Tacite, Annal. 1. II.
- IJb. ponlif. I, p. ,^)8. Édition Diiclicsnc: Tliorln, l'aiis, 1880.
3 Cf. Lih. ponlif. I, p. liO.
* De l'cW<. signi/'icat. I. XIX.
■' Noct. ttll. 1. XVI.
LA BASlLluLE VATICANE 9
gauche qu'il avait étendue sur le brasier, et le Sénat, pour récompenser sa bravoure, lui fit don d'uni' pn)|irii'té d;iMs la plaine vaticane, le long du Tibre.
Non luni de là était le champ de Cincinnatus, plus au nord, vers le Monte-Mario. Encore une fois, Rome était aux abois. Son consul, Minutius, cerné par les Éques, avec toute son armée, implorait du secours. La patrie fut déclarée en danger; un dictateur, ayant plein pouvoir, s'imposait. Le Sénat choisit Cincinnatus. C'était un homme de mœurs modestes, qui vivait dans le calme de sa métairie à la plaine vaticane. Les députés du Sénat vinrent l'y trouver. Cincinnatus labourait son champ. Par respect pour les ordres du Sénat, il laisse ses bœufs, revêt sa toge et accepte la dictature. Les Éques vaincus passent 'sous le joug. Cincinnatus trioiiii)he à Rome, et après seize jours de pouvoir se démet de sa charge et reprend sa charrue.
Peu à peu les monuments se pressent au Vatican; les routes le sillonnent, les jardins l'ombragent, les ponts le relient à la ville. Ce n'est plus le lieu infâme de Tacite, mais une promenade ornée de villas appartenant aux patriciens et aux einpereuis. A travers ces villas qui bordent la voie Triomphale, la voie Cornelia, la voie Aurélia, des temples, des portiques, des statues, se dressent de toutes parts, alternant avec les tombeaux de Romulus, de Nunia et de Scipion l'Africain. Ces tombeaux n'étaient (pie des souvenirs, car les corps de ces héros n'y reposaient poinl. Celui (le Scipion, en pai-ticiilier. enlevé à sa sépulture familiale sur la voie Appicnne, avait été transporté sur le rivage de la nier et enseveli comme un défi en face de Carthage.
Les em[)ereurs Adrien et Marc-Aurèle y construisent de superbes mausolées, rivalisant de grandeur et <le richesse, pendant cpi'un loii couronné, Lucius Verus, glorifie i)ar un temple la mémoire de son. cheval favoi'i.
Au milieu (le ("ette floraisdu ,nlisti(pie. (pii transforme la plaine vaticane, les vieux Pidinains gardent avec une religieuse terreur un arbre légendaire, imiqiie de son espèce, el im|il.uil(' au Vatican par les Etrusques, le fameux t('i'('liintlio dont le linnc ('■lai! cduxerl de (•aracl(''res étranges. C'i'sl à sdii (imln-e (|ue !<■> ,iii;.:ures aiment à pn'dire l'avenir. Sa célébrité devint telle, (pi'il donna sun nom à loule la i'i''gion.
L'avèiienienl de Caligula au In'iue d'Auguste conununi<pia une nouvelle vie à la plaine vaticane. Cet empereur p(issi''(lait . pai' s,i mère, mie villa diMil les jardins s'c'teiidaient des hords du Tilii'e au pied du Vatican et du .Tanicule, entre la voie Aurélia et la voie Triomphale, il ri-soliii d'y bàlir un cir(pie en riiomieiir d'Au^usIe el de Tihèrc II en jeta les Ion-
10 SAiNT-PiEunie Di: homi;
dations, ûtahlit la spiim. et lit phicci- au centre robélis(|ii(' qui se trouve .ichnHcment sui' la placi' Saint-Pici're. Cet oljrlisqiii', ini des jiliis licaiix de Uotiic, taillé en Egypte, ciit |iriiic à nhorder en llalic II r.illnl. |)(iiii- le transporter, construire ini navire dont les diniciiisions excitèrcnl lailiniration univei'selle. Quoique le firque ne fût qu'i'hauelii'. Cili^nla en lit la dédicace solennelle aux euqnicurs Au^usle et Tiliére. cuninic ic témoigne l'inscription (pii se lit encore à la base de Tobélisque :
DIVO r..KSAIU DlVl JULIl \\ AUC.IJSTO Tl. CyliSAIil DlVl AUGUSTl I'. ALUIUSTO SACUU.M
Pendant que l(^s murs du cirriue s'i'levaient. Cali^^iiia s'occupa de relier le Vatican à la ville par un |H)nt. Jusque-là, en eilel, deux ponts situés aux deux extrémités de la plaine vaticane ]iermettaient de passer le Tibre, le pont Milvius au nord, et le pdiil du .lauicule au sud. L'accès du cinpie était ilonc dillicile. L'empereur y pourvul eu jelimt un pont sur le Tibre, en l'ace du nouvel ('■diliee. Il paiiait de l'église actuelle de Saint- Jean-des-F'Ioi-eiiliiis et di'lioiicliait à rii('ipiliil du Saint-Lspi'it. Ses ruines se voient encore dans le tleuve. Ce pont eut un nom célèlire tpiand. après avoir servi à Fusage privé de Néron, il devint la propriété de la ville. Le Sénat décréta que seuls les triompliateurs et leurs descendants ])uurraient y passer, d'où le nom de pont Triomjihal.Sur la rive vaticane s'ouvraient, de chaque côté de rentrée, des portiques où Farniée victorieuse formait ses lignes. Quand Tolila mit le siège devant Rome, le pont Tiioniphal fut coui)é pour ernp('cliei- l'invasion. Ce fut sa lin; il ne se releva jamais de ses ruines.
Victime de sa cruauté, Caligula mourut à vingt-cinq ans, assassiné dans le portique souteri'ain de son [)alais, sans avoir aclievé son œuvre.
Claude, « le pauvre homme, « comme l'appelait Auguste, laissa en détresse la construction du cirque : Messaline et Agrippine suffisaient à l'occuper. Tl eut le tort de désignei- pour son successeui- un enfant dont le nom est une infamie. Néron n'avait ipie dix-sept ans ipiand Claude, empoisonné jiar Agripjiine, lui légua le gouvernement de l'empire. Les premiers temps de son règne furent heureux, grâce à la direction de Sénèque, dont l'influence maîtrisait les violentes passions de l'adolescent couronné. Une main de fer aurait pu briser ce tempérament voluptueux et cruel, vaniteux et lâche, et développer les germes d'honnêteté que quelques gouttes du sang d'Auguste y avaient semés, et dont les premières pousses tiiciit l'espérance «lu peiqile romain. Elles furent vite étouffées par les instincts mauvais qui liduvèrent dans la mollesse impuis-
LA liASlLKiLE VAïlCANE
santé de Sénèque un débouché facile. La morale païenne était incapable de transformer Néron.
A cette époque de décadence, rien n'était jilus dans les goûts du peujile romain que les exercices violents du cirque: Puneui et circenseï^ ! Néron était de son temps. Comédien par instinct, il exige de son précepteur (luoii lui enseigne la science des courses et des représentations théâtrales.
NiTon. (Rome. .Miis<!o Jii Capitule.) — Phol"/. Alinnri
SéiirijiK' III' vil |i,is le (l.iiiLicr (iii n'eut |i;is le cour.i^r de leliisi'i'. 11 essaya iriiiii' (Iniii-iiiesiirc. làcliii (l'alléiiui'i' ;iii dcliois le lidinilc d'iiii riiiperenr cnclirr ou liislrimi. en (li'ioli.int ees leeoiis r(iiii|irniiiell;iiites .iiix l'egards ilil piililic. An (lilà ilii Tilire, il.iiis l;i pl.iiiie \,itic;ilie. le eircpie de Cali- ^ulii, |il;ie(' dans un lien solilair<'. an milieu de jai-dins, t'oniK'' |iar des murs inaelievés mais sut'lisaniiiieiil (''Icm's eoulre les indiscrets, lui parut IViKlinil !<• pins |ii()|ire aux exercices de Xi'inii. \,'nn'o fut déblayée, la siiiiiii (irui''e de ses dieux, el I iin|M'Tial l'Iève |int cniirir à son aise. Le silence de celle sulilmli' ili'|ilnl à Ni'roii. S'il s'exen;ail à coiiduii'e les chars, s'il aiiprenail à cliaiiler el à jdiiei' de la llùte, il (Mileiidail bien avdjr aiiliMir de lui i\r^ s|ieclaleui's poni' a|i|ilaudir si's laleiils el cou-
12 sAiNT-i'iKiiiir. i)i; luiMi:
ruiiiirr ses victoires. ]1 résolut d'achevci' l;i ronstiiK lidu <lii ciniiir. l/iiidin de ses premiers essais, .illn iiu'il t'ùl ('^aleiiii'iil li'niniii de srs li iumiihcs. S<'iirM|ii(' (lut regretter .iiiirmiiciil d^vdii- miMii mir |i(hIi' i|ii il ne pouvait plus l'cniii'i'. Rome ;ill;iit ;ivoii- |iiiiir ciiiiirrciii- un ciiiniMlicM Ini-iné par ses soins.
Le cinjiic du Vaticin. (■oiiiiuc hms les ciniues romains, était une immense enceinic de luiinc i'lli|>lii{iii'. Il .dl.iil dr IVsl -À l'ouest, où il se irnninjiil |in''s de Téglise ;i(iiii'llr de S;iiiilc-.M;iillic, |);ir uni' (■niniic ;iu milieu de l;M|uclic (iM\r,iit l;i |i(iilc lii(iiii|ili;iir dcslini'c à lu sdi'lic des vainqueurs. L'uppidum, édilice élevé où Ion gardait les chars et les chevaux dans les carceres avant la course, l'ais.iit façade, inais d'une manière ohlique. H était llanqué à chaijue (.'xtréniilé d'uiic tour où se tenaient ceux qui donnaient le signal des courses en agitant un petit drapeau blanc. Entre les deux tours, sur la plate-forme dr Ynjijiiihim, au-dessus à.Q?> carceres , se ii-ouvail inie loge réservée à celui qui |iayait les jeux, quand ci' ii"('lail pas l'euiperrui-.
Trois rangs de nuu's, distants lun de l'autre à la largeur île trente pieds, dessinaient l'enceinte du cirque Vatican. Ils portaient les gradins, les loges et les galeries couvertes où s'entassaient et circulaient les spectateurs. Le rez-de-chaussée, sous les galeries, était i-éservi' au.\ man-liands de comestibles, de rafraîchissements et de fleurs. Entie l'arène et le premier rang des gradins, un fossé assez profond, lenipli il rau. que l'on apjielait Enfipio^, |initi'geait les s|K'ctaleurs contre les lnMes férOCes, qui plus d'une lois furieuses s'étaient élancées hors de l'arène. Souvent, pour distraire le })euple et varier ses plaisirs, on faisait combattre dans ce bassin toui'nant des crocodiles el des hippopotames. Des conduites d'eau, ingénieusement disposées, pernu'tfaient iiièine d'inonder eutièi-ement l'arène et de la transformer en lac sur leipiel. à la izrande joie des Romains, se livraient des courses nauliques et des combats dont l'horreur égalait les égorgenieiits des gladialeuis.
L'arène était divisée dans sa largeui- par la ><])iiiii. u\uv assez bas qui prit son nom de sa position dans l'arène analogue à celle de l'épine dorsale dans le corps des aiumaux. La spina servait à déterminer la longueur de la course et à empêcher les chars de se heurter. Elle était décorée. île distance en distance, de statues, d'autels, de colonnes, sur lesquelles on élevait les houles coniques {ova curricnJorum) et les ilaïqihins qui indiquaieiil aux spectateurs le nombre de toiu's déjà faits par les chars. Au centre se dressait le grand obélisque, aujourd'liui sur la place Saint-Pii>rre. C'est à lui que l'on doit d'avoii- pu reconstituer dans son intégrité les ligues et les dimensions du cirque Vatican; car, tandis
LA liAsii.iijLK vatii;a.ni-:
que ses nnmbi'oiix cullègues dormaient dans la ponssiT-re où les avait jetés la liache dis li;irh;ires, seul il resta debout sur la base où lavait placé Caliyida jusqu'au temps de Sixte-Quint.
A chaque extrémité et à une faible distance <!•• la >ijnna se groupaient trois colon nettes à forme conique, élevées sin- un soelu : celait la nnin, la boriH' <|iii lix.iil l;i limite des coiu'ses. Gellr du ciMé des carceres, sur la façade, sappelait meta prima. Elle indiquait ir pniiit de di'part et d'arrivée; l'autre, à l'opposé, vis-à-vis la porte triom|)liale, sappelait la secuwhi ))irl(i. Sept t'ois les cliafs volent aiitoiu' de \n spina ; heureux le cocher qui, le pi'einier, sous les yt'ux diui peuple haletant, sept fois revient à la meta prima. Les applaudissements le saluent, les matrones lui jettent
Oiiursu do chars. (C. AdemoUo. Galerie Pisani.) — Photog. Alinari.
leurs bijoux; il rei;oiL le brabcinn. qui es! le prix de la course, et la porte trionq)liale s'ouvre devant lui. Mais il faut ipie le prix soit bien gagné. Aussi le conductein- doit éviter de laisser entre son char et la meta assez d'esiiMCc pour ipiuii concurrent puisse y glisser le sien et prendre garde (le le sencr lr(i|i près pour ne pas être renversé. Dans lentrainement de la course il lui l'ant nu couii d'o'il assuri'. eai' il aura beau arriver le premiei- devant la meta, s'il la dépasse il est vaiinu. Ses i-hevaiix doivent s'arrêter net eu faee des ti-ois colonnes, devant la uiclie du dieu Cousus. l'inspirali'ur ri le protecteur des courses.
Le cirque de Néron est terminé; il étale au dehors ses arcades, ses (■olonnes et ses pilastres. A l'inb-rieiu', les marbres les plus variés et les plus riches sciulilleul >ou- les i'eux du soleil. Toiil est \iyr\. \ .rs pra'cones pairoiuviil la \illeel auiionceul l'ouverlure des courses; r«//)(Oy/. alticlii" sui- les uiins. promet ipie le vélum ombragera les spectateurs, car ce sont des coinses (pie Rome n'a jamais vues : l'enqiereur lui-nu'me en disputera le |iii\. Aussi tout saj^ile dans la grande ville, de Vcrgastiilttin île
14 SAI NT-l'i i:ii 11 I. m. iiiiMi;
l'esclave jusqu'iiu llKtlamas ilr l.i |i;ili iiimiic; l:i:iiiiIs il jniiis assiègent les trois ponts (jui coninnnii(jnriit avec li' \';ilii:iii. Les grands, parce (pi'ils savcnl qiruiic alislnilion poiii-i'ait leur cDÙIri- l,i \ic : uni' trie liuiiliail si racik^niriil! Les petits, jiaicc cpif, oiilic l;illi;iil iri('si>liiili; des courses, ils ont l'espoir de s'amuser aux dc'pcns de I cinpcreur que leurs plaisanterit's nV-par^iiairiil puinl. A lloiiii'. le ]ii'iiplc. — ce profannm vulguti, — a\;iil limil de rire. Le l'irc es! I;i iv\anrhc des l'aibles.
Le podium, — jux'nnei' rww^ au-dessus de r.nvnc — se ii'iii|ilil de dignitaires. Ils y sont tous : sénaleurs et luagistrals, assis sur leuis sièges d'ivoire, ambassadeurs des peuples soumis, envoyés suppliants des vaincus. Les vestales ai]i\eiit. Les gradins sup('rii iiis sont envahis. Sous les galeries couvertes les matrones s'installenl. riiliuiissantes de parure, 'l'ont un peupK; attend. Le cortège inip('iial. grossi à chaque pas jiar la Ibule des adulaleni's, débouche du puni de Caliiiula: la //'//•/(( l'oinpse, qui occupe le centre de roppiiluin. s'ouvre, et Néron app.uait à son |ienple en costume de cocher : tunique c(an1e el ('Iroite, couleur |ioinpic. sans manches, laissant les hi-as lilires: les courroies enroulées autour des jambes et couvrant le dos des mains, casque eu lète. Les concuri'ents sont présents, verts, bleus, blancs; chacun a sa couleur, et déjà le jmblic impatient parie pour le ponipre de Césai- on poin- le vei-t, le bleu, le blanc de ses adversaires. Ni'ron moule sur le quadi-ige. passe les rênes aulonide son corjjs; ce (jid |ierinellait au eondneleui- daxoir pins dCnqiire sur ses chevaux en se penchant v\\ ariière, et les empêchait de glisser de ses mains en cas de choc violent. Un couteau recourbé pend à sa ceinture, ]iour couper les l'ênes au besoin, s'il c'tait r(>nversé et traîné pai' les chevaux. L'heure est venue; les chars sortent des carceres et .se ])lacent en hgne devant la corde blanchie à la craie qui barre la piste. Les trompettes sonnent; du haul des tours de Vnjijiiilnni . le diredeni- d(;s courses agite le voile liliuic; l'.n-ène es! oiivei-|e. L'iin|H'iial cocher s'élance.. (Jui oserait lui (bsjniter le hnibeiiiH:' Sept l'ois le |ionipre ti'iomphe. sept l'ois les apjilandissenieiits éclatent; Sénèque peut être satisl'ail, sou ('lève sort vainqueur par la poile lrionq)hale, |ialnie et bourse en main. Mais le peuple, tandis que les sénateurs se pâment d'admiration, réclame de vraies com-ses et i)rodigue au César victorieux les quolibets les jilus iiTévérencieux.
Ce n'i'lnil ipi ini connneiicement. iMiivn'' par ses succès dé'iisoiics, Néron, dont l;'une,1idp li.isse pour l'ti'e capable d'ini \('ritalile oi'gneil . était pé-tiie ili' \;inili' pui'iile. ne n"\c pins (pie les .ippLindissemeiits du théâtre. 11 dispute tour à tour les prix de poésie, de mu-sique. de décl*-