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LA CONFRSSION
Dans la basilique do Michel-Ange, comme dans celle de Constantin, le point central est la Confession mT-me de saint Pierre, ce lieu saint par l'xcclk'nce, où repose son tombeau. Son histoire, comme sa description, est en partie double, soit qu'on lève les yeux vers les hauteurs sublimes de la coupole, soit qu'on les abaisse sur l'autel papal et l'oratoire inférieur, i.a coupole fait j)artio intégrante de l,i Confession : ses piliers l'encadrent, ses arcs lui donnent accès, son dôme la couronne. L'histoire de sa construction nous est connue; il ne nous reste plus (pi'à coiilem- |>ler ses magnificences.
A vrai dire, elle dépasse toute description; pour elle, connue pour lôs grajidioses spectacles de la nature, raconter c'est amoindrir : il faut voir.
Qualie piliers commencés par Biamante, renforcés pai' Raphaël et Mi(-hel-Ange, portent la coupole de Sainl-l'ierre Leurs dimensions sont énormes : soixante-dnu/.e mèlres de pourtour. Une église dt> Roni(\ Saint- Charles-Mux-Ouati-e-Fontaines, est exactement de l;i hi.iikIciii- d'iin de ces piliers. Trois de leuis facos sont ornées d'un autel; la quatrième, devant lu (Confession, est percée d'une niche où l'on a placé une statue colossale: .saint Longin, n^ivre du Bernin; sainte Hélène, d'André Holgio, de Carrai-e; sainte Véroniipie, de Fi'ançois Mochi, et saint André, de du Quesnoy. Cette dernière eut une pose assez mouvementée. Du Quesnoy. seul éfrangeipai'uii ces artistes, (Mit ;\ subii' leiu' jalousi(\ Il exposa I.i maquette de saint Audit'- dans la niche occupée actnellenietd par sainte HtMèiie. ipii lui avait (''lé régulièiemeiil allriliiii''e. Son projet reçut les l'(''licitations de
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tous, même du pape. Des quatre statues, relie de saint André est, sans conteste, la plus artistique. Mais il arriva qu'en reportant le plâtre à l'atelier, il fut brisé en mille morceaux. C'était une première avanie. Du Quesnoy ne se découragea point. En trois ans d'un travail acharné il fit sa statue. Une nouvelle injure l'attendait. Il avait donné à son œuvre la pose qui lui convenait pour recevoir la lumière dans la niche où elle devait être placée. On la lui refusa. Du Quesnoy réclama vainement au nom de la justice; il fut obligé de placer sa statue à contre-jour. Il en mourut de chagrin. Ces quatre statues coûtèrent vingt mille écus. Elles correspondent aux quatre reliques insignes conservées dans les loggia supérieures : la sainte Lance, la vraie Croix, la sainte Face et la tête de saint Andi'é. Ces loggia, enrichies de marbre, ont chacune un vénérable souvenir de la basilique Constantinienne : ce sont deux de ces colonnes torses ornées de feuillage, — columnse vitinese, — provenant, dit-on, des dépouilles du temple de Jérusalem, qui formaient le portique devant l'antique Confession. Entre ces colonnes, sur le fond des loggia, se trouve un bas-relief allusif à la reUque que l'on y conserve.
Plus haut, au-dessus de la grande corniche, sont les quatre angles dessinés par la tombée des arcs sur les pilastres; ils sont décorés de médaillons en mosa'ique représentant les quatre évangélistes. Ces personnages mesurent sept mètres de hauteur; la seule plume de saint Luc, six pieds. Des anges, des clefs symboliques, îles tiares, complètent cette ornementation.
Plus haut encore, nous airivons à la première assise circulaire de la base du tambour, une corniche surmontée de la célèbre frise où se lisent sur fond or les paroles du Christ à saint Pierre : Tu es Pctnis, et super hanc petram sedificabo Ecclesiam meam. Ces lettres ont sept pieds. Audessus, une autre corniche garnie d'une grille de sûreté porte le premier déambulatoire (pii permet de faire le tour de la coupole. On y parvient ]iar un escalier très large et très doux jusqu'à la plate-forme de la nef, mais qui se rétrécit à l'entrée dans le tambour et devient assez laborieux. Nous sommes, il est vrai, à cinquante-trois mètres de hauteur. C'est l'endroit le plus favorable pour mesurer l'immensité de la coupole. La base du tambour est ornée de mosaïques : anges et guirlandes de fleurs qui, vues d'en bas, font le plus gracieux effet, mais, de près, paraissent grossièrement dessinées. La proportion de la perspective est admirablement gardée.
Le tambour lui-même, solidement construit en traveitin, d'une architecture si austère et si pure au dehors, est divisé à l'intérieur par des pilastres allant deux à deux et seize fenêtres. Le ruissellement de lumière
qui l(jiiilir <l(! ces fenêlres sur la Confession inonde la Basilique et la remplit (le splendeur. Oiiiind Pie IX se leva de son trône pour proclamer le dogme de l'Immaculée Conception, un rayonnement inattendu l'enveloppa dans une auréole de gloire.
Au-dessus de la rangée des pilastres et des fenêtres, une corniche soutient le deuxième déambulatoire. Là, à soi.\ante-treize mètres daltitude, tonmience l'inflexion iiremière de la courbure de la voûte. Cette voûte est
nti-l iriir i|i- I:i r..ii|i.
divisée par seize bandes dont l.i l.ii'^^ein-. plus l'vasée à la base, va se rélrecissaiil m iiioiil.'iiil veis l,i hinlerne, coumie pour conduire le reti.ird jusrpiau dei-nier soiuiiiet. l-llies .sont couleui" dazur avec semis d'étoiles. Dans les compartiinenls luniM's |i,ii- les bandes, six ordres de mosaùpn's superposés repn''sriileul des p.ipes et des évècpies, le Christ, la sanite Vierge, sain! .leaii-Haplistc et les Apôtres, d(!s chérubins et des séraphins, toute une gloiic d'Ieste. Elle nous conduit à la lanterne. Les mosaïques qui la (l('rnreiil muiI loiilcs .illusives ."i ( '.i.'iiiriil VIII. ((iii les lit exécuter. Siu' l.'i voûte, à cent dix-nenl' nièlies au-dessus du |»avé de la Basilnpie. le Père éternel ikhIi' p.ir t\v<. augt>s, les bras ('li'ndus, semble répandre à profusion les grâces de vie divine don! il es| je piincipe et la lin'.
' TdiiIc.s les mu.s;ii(|H(s (urciil ilcssinccs par le chevalier d'Arpin.
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Cette coupole, avec ses lignes si pures et si harmonieuses, son peuple de saints, sa lumière intense, sa prodigieuse hauteur, offre un spectacle merveilleux.
Son extérieur n'est pas moins admirable. Le tambour, en belles pierres de travertin, est d'une rare simplicité. Ses divisions concordent en tout point, comme celles du dôme lui-même, avec les divisions de l'intérieur. Chacun sait que la coupole de Saint- Pierre a une double calotte, celle du dedans, dont nous connaissons la magnificence, et celle du dehors, recouverte en plomb et partagée par des nervures en seize compartiments. Aucune décoration, à part les ouvertures symétriques qui donnent de l'air et de la lumière au vide laissé entre les deux calottes. Ce vide sert au passage qui monte au sommet de la basilique. L'accès est assez facile jusqu'à la voûte de la lanterne; mais pour arriver dans la boule qui porte la croix, il n'y a plus qu'une échelle perpendiculaire. Cette boule, qui d'en bas paraît d'une grosseur ordinaire, contient une quinzaine de personnes. Des trous percés çà et là permettent d'admirer l'incomparable l)anorania qui se déroule dans l'immensité de l'horizon'.
La coupole de Saint-Pierre règne sur Rome en souveraine. C'est elle que l'on aperçoit la ])remière à l'arrivée, elle encore que l'on salue la dernière, d'un regard qui ne peut lui dire adieu. Tout est à ses pieds : les palais, les tours, les dômes, les sept collines. Elle est suprême dominatrice, sans égale, comme le iioiixdii- de celui dont elle recouvre et honore la poignée de cendres. S'il est vrai, comme Taine l'a écrit, que la basilique "Vaticane soit l'église d'un dogme, la coupole en est la formule nette, précise. Elle crie à tout l'univers : C'est ici la Pierre qui porte l'Église du Christ; hors d'elle, tout s'écroule et périt.
Nous trouvons, dans le travail de Romolo Burri, intitulé : Esaai sur la stabilité de la coupole de Saint-Pierre, le poids exact de cette coupole, d'après les calculs du jésuite Bosrovich et des franciscains Leleur et Jacquier. Il atteint le chilfre respectable de cinquante-six millions deux cent huit mille et huit cent trente-sept kilogrammes'. Pour soutenir une
' Voici les diverses mesures de la Basilique :
Longueur totale : 18(5'" 98.— Largeur de la grande nef : 25"'.— Largeur du transeiit : 137'". — Hauteur de la nef : iô"'. — Hauteur de la coupole, du pavé à la croix : 130"'. — Circonférence de la coupole : 131") 72. — Diamètre de la coupole : 42"' 'S.
' Voici le détail :
La lanterne, la boule et la croix 1,384,839,7-1
La coupole 17,(M1,823,40
Le tambour 16,290,565,37
Les contrefoits 4,526,968,08
La base 16,904,040,90
I, A liASIIJnt K VATICANE 2oo
telle masse, il fallait un terrain solide et une construction à toute épreuve. Aussi s'explique-t-on facilement les craintes que la coupole n'a cessé d'inspirer aux esprits timides. Elles eurent, du reste, quelque apparence do raison, par suite du tassement inévitable du monument et des tremblements (le terre qui en secouèrent les bases à plusieurs reprises.
Pendant une période de quatre-vingt-dix ans, il ne fut question d'aucun mouvement compromettant. Ce n'est qu'en avril 1680 que des niiiiciiis tiiMihJantes commencèrent ;'i circuler dans le peuple, semées, dit-on, par les ennemis du Bernin. On l'accusait très injustement d'avoir affaibli les quatre grands piliers, en ouvrant à l'intérieur, par ordre d'Urbain VIII, les escaliers montant aux loggia. Cet fut comme une traînée de poudie. IV'isonnc; n'osait plus s'aventurer à Saint-Pierre, par peur de recevoir sur la tête quelque pilastre ou quelque bout de corniclie. Innocent XI, alors régnant, s'en émut. Il donna ordre à Mu"" Olivieri, économe de la révérende Fabrique, de faire une sérieuse enquête. Trois architectes : Matliias et Antoine de Rossi et Charles Fontana, examinèrent avec soin tout le monument; rien ne leur parut suspect, à part (pielques crevasses insignifiantes, de vieille date, ne pouvant occasionner aucun péril. Leur rapport, très optimiste, fut loin de satisfaire le {)euple romain, d'ordinaire assez peureux, et même le souverain Pontife. 11 voulut une contre-enquête. A son appel, les plus célèbres architectes de l'Europe se rendirent à Rome. Après scrupuleuse inspection, ils décidèrent unanimement ([ue les crevasses avaient pour cause le tassement normal de l'édilice, et ii"olfrai<'nt aiinui danger pour sa solidité. Les esprits se calmèrent prescpie à nîgret.
Soixante ans plus tard, les mômes craintes se réveillèrent plus vives que jamais. Ijenoit XIV venait de monter sur le siège de saint Pierre.' Il nélail pas homme à laisser tomber sous son règne cette coupole qui était la gloire des pontifes romains et l'orgueil de Rome. A quatre reprises différentes, des ingénieurs, des architectes, le jésuite Hoscovich, les franciscains Leleur et Jac([uier, savants hommes en mallii'iii.ilii|iies, examinèrent miimtieuseiiHiil la |}asili(pic. Il ii\ .ni pas le moindre {)ilier, la moindn; coiiiiclic (|iii n eùl à rtndie raison de sa soliilité. Ces (piatre eiKiuiHes successives aboutirent an même résultai : rien à craindrt' pour la coupole. Peiioit XIV ne lut pas encore trau(piillisé. Une cin<piième commission, dirigée [lar Poléni, liés docte mathématicien de cette époque, fit une nouvelle revue de tout l'édifice. Chacun des conuTiissaires dut mettre sa dé[tosition jtar ('(lit o[ sons secret. Vingt-neuf rapports signalèrent (les crevasses plus mi moins ilangereuses. mais pres([ue foules dillérentes. L'accord existai! enroie moins pour les réparations à exécuter.
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Les uns voulaient enlevei^ le plomb de la coupole et le remplacer par du cuivre; les autres proposaient de renforcer les contreforts, de remplir le vide des piliers, même de supprimer la lanterne. Poléni se contenta de demander, comme urgentes réparations, de boucher les crevasses les plus inquiétantes et d'entourer la coupole de cercles de fer, pour prévenir tout écartement. Son avis prévalut. Depuis 1744, grâce aux cinq chaînes de fer qui étreignent sa masse, la coupole, malgré les tremblements de terre dont elle a subi les terribles secousses, n'a fait aucmi mouvement. Les Romains passent sous son dôme le cœur paisible.
Quitterons-nous la coupole de Saint-Pierre sans signaler rapidement le spectacle féerique que présente son illumination? A Rome, lorsqu'un étranger raconte la magnificence de quelque fête dont il a été témoin, on lui dit immédiatement : « Avez-vous vu la coupole de Saint-Pierre illuminée ? »
Cette illumination n'a lieu qu'à certaines solennités extraordinaires, comme la fête de saint Pierr(>, la canonisation d'un saint. A la tombée de la nuit, des lanternes aux mille couleurs courent le Ions de la colonnade, s'égrènent sur la façade, les portes, les pilastres, les fenêtres, les loggia, la corniche, suivent toutes les saillies du tambour, s'attachent aux nervures et aux regards de la coupole, s'enguirlandent en plusieurs files autour de la lanterne, griiiipciil sur la boule et atteignent le sonmiet de la croix. 11 y en a quatre mille quatre cents, jetant une lumière douce, accusant dans l'ombre de la nuit toutes les lignes d'architecture. Vers minuit, au son de la grosse cloche de la Basilique, en un clin d'œil le spectacle change. Six cent quatre-vingts jets de flamme vive, ardente, épars à travers les lanternes, illuminent subitement l'immensité de la Basilique. Ce n'est qu'un éclair : la coupole entrevue dans un embrasement de gloire!
De ces sublimes hauteurs, nous descendons A la Confession même de saint Pierre.
Dans un chapitre précédent, nous avons raconté les diverses transformations qu'elle subit, depuis les splendeurs toutes royales de l'époque constantinienne juscpi'au lamentable pillage des Sarrasins, au ixe siècle. Par mesure de prudence, Léon IV crut devoir dérober aux regards le sarcophage du prince des Apôtres. La clianihre sépulcrale, — cette demeure royale revêtue de plaques d'or. — fut voûtée aux trois (juarts, la galerie y conduisant, sous l'abside, obstruée. Seule, au milieu de la nef, la Confession proprement dite demeura accessible à la piété des pèlerins. En se penchant comme autrefois sur le soupirail ouvert audessus du tombeau, ils ne voyaient plus le sarcophage: mais ils