I,F. CLI.TE
de saint Pierre, comme à lu source vivifiante de la foi, le jubilé n'est plus qu'une faveur spirituelle plus abondante et plus féconde que les indulgences ordinaires. Quel pape donnera, comme Boniface VIII, le coup de barre (jui ramènera les peuples au tombeau du Pèclieui? Depuis qu'ils s'en sont éloignés, depuis que le culte de la Pierre angulaire de l'Église a baissé dans le monde, l'esprit catliolique a baissé en proportion. Li- ciilti' de l'une est le signe visible de l'autre.
i!ii!i.i<)(;iiAi'ini-:
De sacra vctrrum CJiristUinorum romana peregrinatione Disquiaitio: Roma?, 111 i.
CaiicelliL'ri, de Sfcretariis; Hoinaj, 17S(i.
De Waal, la Schola Francorum fondala Ja Carlonutgno ; Roma, 1897.
De Rdssi, Inucvipliones chrixtiduce.
[/Ahbé Diichesiic, Liber potitificalia.
Toiiinio, Grotte Vatiatnc; Roma, WM.
Marsilio Honorati da Viterbo, Tesori drW annu xanto: Roma, HitO.
Piazza, Efemerlde Vnticuna: Roma, 1087.
I.iiif^i Maria Rezzi , Nuthir su r/li itnni suiili ili iniii'iTsul iiiiihilco : lîuma, 182-4.
Willil.aldo. VitaS. Donifacii, apiid Miî.'iic, Pulml. Int., t. LXXXIX.
Nori'ia, lirevis cnarvat'io Sarr. Ititiniiu srrrulurutn in aprnritdo cl claiideudo Porta)ii s((n<t<nn, clc; lldin.i', 1720.
Rii};git'i'i , Dell' nnlicu pcllef/rhiaiiio hi f{iiiiiit da Sepol. di-i Apostoli: Huma, |S(»7.
l'influence du pèlerinage au tomdeau de saint pierre
Le jour où, cloué sur sa croix, Pierre rendit le dernier soupir, il ne mourut pas tout entier. Comme ceux d'Klisée', ses ossements ont prophétisé. Couché dans sa tombe, aimant invisible, il attire à lui les âmes, et pendant de longs siècles, devant ses restes sacrés, défile une solennelle et interminable procession de pontifes, d'empereurs, de rois, de grands, de peuples. On dirait que ce tombeau est devenu le centre du monde, le foyer lumineux autoui' duquel, emportées dans son évolution, gravitent les (lestinc'cs de l'humanité.
Quand, sur les débris do l'empire romain, les races conquérantes scUxblisscnt, se constituent vu nations in(lt''|it:u<lantes. la Providence veille sur l'unité de l'Eglise menacée par la diversité m»*me des peuples, de leurs langages, de leurs lois, de louis coutumes. L'unité de l'empire romain servait à merveille ruiiité catholiiiue : un seul chef temporel, l'empereur; un seul chef spirituel, le pape. Lo troupeau était massé dans le bercail par l'épée de l'empereur. Mais, on baptisant ces brebis errantes qui s'ai)pelaiont li's Lombards, les Francs, les Alamans, les Hretons, les Picfes, les Saxons, ot tant d'autios peuplades sorties do la barbarie, unies dans le môme acharnement sur lo cadavre de l'empire et se dévorant entre elles pour s'en arracher les lambeaux, l'Kglise avait lieu de craindre (pi'en étondant ses confiuôtes son unité fût en péril, hioii pourvoit au
' IV \Wff. XIII. 'Jl.
danger : par l'amour profond, passionné, qu'il met au cœur de ces Barbares, devenus ses enfants, pour le tombeau de saint Pierre, il les rattache invinciblement à la chaire pontificale. Le pèlerinage au tombeau de saint Pierre fut, entre les mains de Dieu, le moyen le plus efficace pour établir, développer et garder dans le monde l'unité de la foi romaine.
Combien de pèlerins, prosternés devant ce tombeau, se sont relevés apôtres! Combien sont venus lui demander la lumière et la force pour enseigner aux peuples la vraie doctrine de l'Eglise, et la sceller de leur sang! Cette action mystérieuse et puissante du tombeau de saint Pierre, nous allons la suivi-e pas à pas à travers le monde chrétien.
Au ye siècle, vers l'an 430, un pèlerin de race bretonne mêlée de sang romain est à genoux devant le tombeau de saint Pierre. Patrice est dans la pleine maturité de l'âge. Né d'une mère réduite en servitude par les lois de la guerre; esclave lui-même, condamné à garder les troupeaux de son maître irlandais; ayant souffert pendant six ans les tourments de la faim, de la soif et du dénuement, son âme s'est mûrie dans la douleur et pénétrée de pitié pour les malheureux qui ne connaissent pas le Christ. Libre enfin par miracle, il a repris ses études aux pieds des maîtres vénérés qui sont la gloire de Lérins et de Marmoutier, — ces foyers de lumièi^e qui illuminaient alors l'Église; — mais une voix mystérieuse lui parle au cœur, son sommeil en est troublé. Là-bas, sous les brumes de l'Irlande, des innocents lui crient : « Patrice, cher enfant, reviens parmi nous, reviens nous sauver! » Il hésite, il attend; l'appel se fait plus impérieux, Patrice veut la lumière. Où la trouvera- 1- il.' A ce tombeau devant lequel nous le voyons prosterné. Quand il se relève, il s'est dévoué. II va frapper à la porte du successeur de Pierre; c'est un vieillard, Célestin I, qui consacre de ses mains débiles l'apôtre de l'Irlande.
Patrice passe les mers et retourne, en évêque, dans ce pays où il a servi comme esclave. Il y trouve une société constituée, une hiérarchie militaire, une magistrature régulière, un sacerdoce hautement considéré. Toutes ces forces vives d'un passé glorieux se liguent contre le novateur. Mais sa parole les charme, ses mœurs les séduisent, ses miracles les transportent, et bientôt commence pour sa personne ce culte passionné qui est resté la tradition la plus populaire de Tliiande, et que treize siècles n'ont point affaibli. Les bardes même, — ces poètes sacrés de la verte Érin, — devenus chrétiens, remplissent les monastères qu'il fonde, et l'on dit que leurs chants, bénits par le grand apôtre, étaient si beaux, que les anges de Dieu se penchaient au bord du ciel pour les écouter'. Trop faible pour
' I,a Villeiiiarqué, Ijigende celtique , p. 10.3.