‹ Saint-Pierre de RomeChapitre 77 sur 106 · Œuvre pie Wicard, de Lille · texte numérisé non relu

Œuvre pie Wicard, de Lille

18. 18.51. — École française des Frères (lour les enfants de la colonie française au palais Poli.

Et depuis lors un nomhre considérable d'établissements de ri'ligieu\ et de religieuses.

vert d'or et de pierreries. Elle était revêtue d'une robe dont on retira quarante livres d'or très fin. A côté du cadavre, une cassette en argent contenait des bibelots en cristal, des agates, des pierreries, une lampe en or et cristal en forme de conque, plus de cent cinquante anneaux d'or, des croix, des colliers, tout l'attirail d'un lu.xe exubérant. Quelques pierres

La Bt^puUnrf di^ rtiiiiito rtHronllIc. mofuiïqu*' dont l'original, pur le Gucrchin. HO trouve au maii^f du lUipitoli',

portaient gravés k-s noms des archanges, Michel, Gabriel, Raphaël ot Uriel; ce dernier a exercé assez inutilement la sagacité des archéologues. Sur l'une on lisait : Domina nostra Marin; sur l'autre cùté : Domino nostro Honorio. Ce trésor si intéressant fut dis[)('rsé on partie; les pierreries et les perles servirent à l'ornomenlation d'une tiare.

Le sarcophage contenant les restes de l'étroniile l'ut i-eligieusement porté dans l'oratoire voisin de Saint-André, ipii servait de sacristie, et

déposé SOUS un autel. Il y resta jusque sous le pontificat de Grégoire XIII. En 1574, par ordre de ce pontife, le sarcophage fut ouvert. On reconnut authentiquement le corps de la sainte; mais, au lieu de le remettre dans le vénérable sarcophage qui le gardait depuis le jour où Pierre lui-même l'y avait enseveli, on eut la malheureuse idée de le déposer dans une urne étrangère. La tête, bien conservée, fut mise à part dans un reliquaire. L'oubli de toutes les traditions fut tel, que l'antique sarcophage, sur lequel on lisait cette inscription, qui à elle seule racontait toute une histoire si touchante : Anr. Petronillx , Filise dulcissimx, fut scié et servit, comme plaque de marbre vulgaire, au dallage de la chapelle du Saint-Sacrement.

Que faisait donc le roi de France?

Provisoirement, en attendant la fin des travaux de la Basilique, les restes de Pétronille furent placés sous l'autel du Saint-Crucifix, près l'ancienne porte du Jugement. On y mit cette inscription : Corpus S. Petronillse Virginis, Filiae S. Pétri. A cette époque, on croyait encore que la jeune vierge était la fille de saint Pierre.

Les discordes civiles qui agitaient la France, les guerres religieuses qui la déchiraient, avaient fait oublier le culte de sainte Pétronille et tomber en désuétude le juspatronat des rois très chrétiens sur sa chapelle. Henri IV, rentré dans le sein de l'Église romaine, eut à cœur de reprendre l'antique tradition de ses prédécesseurs sur le trône de France. Son ambassadeur à Rome près le Saint-Siège, le cardinal d'Ossat, recueillit, en grande partie du moins, les titres qui constataient le droit royal, et entreprit d'en faire revivre l'exercice. Il fit un rapport très solidement motivé et le pi'ésenta à Clément VIII. Ce pontife, après mûr examen, lui donna raison et publia la bulle Decet Romanum PontificemK Le juspatronat des rois de France sur la chapelle de sainte Pétronille, — en quelque lieu qu'elle soit transférée, — est de nouveau affirmé, reconnu à perpétuité (10 septembre 1501). En réalité, cette reconnaissance, — comme la demande elle-même, — est plutôt chose de diplomatie que témoignage d'une dévotion spéciale à sainte Pétronille. Les diplômes se multiplient souvent pour combler le vide des affections disparues.

Entre temps, sous Paul V, les quelques murs encore debout de la basilique Constantinienne devant tomber pour permettre la construction de la nouvelle façade, il y eut un bouleversement général de toutes les vieilles reliques qui avaient trouvé un refuge à leur ombre. Déjà plusieurs saints occupaient la place d'honneur définitive qui leur avait été assignée. Ce fut le tour de sainte Pétronille.

' Bull. Valic. m, |i. 202.

I,F, CULÏK 001

Grimaldi, notaire public du révérendissime Chapitre, nous a laissé un récit détaillé et authentique des cérémonies qui eurent lieu à cette occasion. Nous allons le suivre pas à pas '.

Le mardi 10 janvier 1606, par ordre du cardinal -archiprêtre Paul Rizoni, sacriste de la Basilique, Marc-Antoine de Magistris et Paris Pallotla, tous chanoines de Saint-Pierre, enlevèrent la table de marbre do l'autel du Crucifix. A l'intihifur, — qui était assez large et assez profond, puisqu'ils purent y descendre, — ils trouvèrent une petite urne en marbre qui contenait une caisse en plomb. On y lisait cette inscription : Corpus S. Petronillse Virg. Filive S. Pétri, Pos. tempore Domini Gregorii papae XIII. — Anno Domini MCLXXIIII. Ils l'ouvrirent, et tous les assistants purent voir et vénérer les ossements de Pétronille, sauf la tête. Cette reconnaissance faite, toutes choses furent remises en place, et, dit le notaire, « comme il ('tait trois heures de nuit, soit huit heures du soir, chacun rentra dans sa maison. »

Le 14 janvier, à une heure de nuit, trois chanoines et trois autres clercs de Saint-Pierre renfermèrent le corps de sainte Pétronille dans une châsse en cyprès et le transportèrent, en chantant des hymnes en son honnear, dans le chœur des chanoines. Toute la nuit, ils firent autour de la sainte une veillée de prières. A l'aurore, la châsse fut remise sur l'autel du Saint-Crucifix, plus facile d'accès, afin que le peuple romain pût visiter à son aise et vénc'rer la fille bien-aimée de Pierre. Le 14, qui tombait le deuxième dimanche de l'Epiphanie, il y eut un immense concours de pèlerins : cardinaux, prélats, clercs et lidèles, se pressèrent à ses pieds. Après les vêpres solennelles, présidées par le cardinal -archiprêtre Eyangeliste Pallotta, la châsse fut portée en triomphe à l'aulel qui lui était destiné, sous la petite coupole de droite, à (jui va vers la chaire de saint Pierre. Sur le sarcophage de marbre on plaça une inscription rappelant l'historique de ces diverses translations. Nous n'en citons que les ])remiers mots, qui ont une grande importance : Corpus snnctie PetronilUe Virginis. Il n'est plus question de son titre séculaire de lllle de saint Pierre, titre à jamais supprimé.

Au-dessus de l'autel, une splendiilc mosaïque, la plus Ih^IIo. sans contredit, do toute la Hasiliipie. représente l'ensevelissement de Pétronille et son entrée triomphale dans lo ciel, — cet accueil si alïectueux iU' Notre-Seigneur, ipic (îuerchin a si chri'liennemont ('omitris et si admirablement rendu •.

' >[s. arclliv. ili' la h.isil. Vatic.

'' L'urigiiiul est au musée du Ga|>itolo.

Il est à regretter que le culte de sainte Pétronille, comme celui de tant d'autres saints de la basilique Gonstantinienne. ait à peu près disparu. Les Romains ne connaissent plus l'autel de Pétronille, qui autrefois, après saint PieiTC, occupait une des premières places dans leur dévotion. Les longs travaux de la construction de la nouvelle Basilique, la démolition des anciens autels, les translations répétées des corps saints, la diminution de la foi, la perte de ce sens chrétien qui guidait si lumineusement les pas de nos ancêtres, ont fait oublier les vieilles dévotions.

L'oubli de Pétronille a gagné la France elle-même. Au milieu de ces translations, de ces fêtes solennelles en l'honneur de sa patronne, il est pénible de constater son indifférence la plus glaciale. Pas une parole ne vient de France, pas un hommage, ni de son roi ni de ses évoques; pas même une réclamation diplomatique en faveur du droit royal. Le silence est absolu, Pétronille n'est plus rien pour la royauté française.

Ce n'est qu'après la tourmente révolutionnaire que son souvenir semble renaître, mais souvenir purement juridique, à propos du patronat officiel de la France sur sa chapelle. En 1829, sur un rapport qui lui fut présenté par Mil'" Lacroix, alors clerc national de France à Rome, Chateaubriand, ambassadeur de Charles X, réclama par une note diplomatique adressée au cardinal Albani, secrétaire d'État de Pie VIII, le droit royal de juspatronat sur la chapelle de Pétronille. Le 30 juin, le cardinal répondit en déclarant que le droit royal était incontestable et de perpétuelle durée, mais que, la fondation ayant disparu, il n'y avait plus de revenus pour une chapellenie. Plus tard, en 1841, un autre ambassadeur, La Tour- Maubourg, reprit aussi inutilement les mêmes négociations.

Il était réservé à un cardinal français de renouer l'antique tradition, non pas par des notes diplomatiques, mais avec le cœur du peuple français. Au mois d'octobre 1889, conduisant à Rome, aux pieds du pape, un pèlerinage d'ouvriers français, le cardinal Langénieux se souvint de Pétronille et de ses rapports séculaires avec la France. Ce que Pétronille avait fait pour la fdle aînée de l'Église en la personne de ses rois, pourquoi ne le ferait-elle pas en la personne de son peuple? L'alliance fut renouvelée. Léon XIII remit offlciellement le gouvernement de la République en possession de la chapelle de sainte Pétronille et consacra à nouveau tous les droits et privilèges concédés jadis à la France par ses prédécesseurs. En souvenir de cette nouvelle alliance, une lampe brûle sans cesse, aux frais de la France, devant l'autel de sa patronne, perpétuant à ses pieds son hommage et ses supplications.

Notre tâche est terminée.

C'est aux pieds de sainte Pétronille qu'il ajnvient à un Français de déposer rtiommage d'iui livre destin*', dans sa pensée et plus encore dans son cœur, à glorifier le tombeau du prince des Apôtres, son père bienaimé dans le Clirisl.

RIBLIOGRAPHIE

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RECONSTlTUIIi

A. Vue extérieure de la faç

B. Obélisque.

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