‹ Saint-Pierre de RomeChapitre 76 sur 106 · M CCCC LXX · texte numérisé non relu

M CCCC LXX

Le second est ce cardinal Jean de Villiers de la Groslaye, abbé de Saint-Denis, du titre de Sainte- Sabine, qui fit exécuter par Michel-Ange et poser dans la basilique de Pétronille le célèbre groupe de la Pieta. Il mourut le 6 août 1499. Le lendemain, ses restes, escortés par le clergé de Saint-Pierre, les frères de la Minerve, de VAra Caeli, de Saint-Augustin, de Sainte-Marie-du-Peuple, de Saint-Marcel, et les Carmes, furent

< Ms. n. 100, p. 161. Arch. de la basil. Vatic. - Bonanni, Templ. Vatic, p. 114.

LE CULTE no:;

ensevelis près de Pûtronille. A loflice funèhie assistaient les cjiidin.tux Cesarini, Boigia, Grimani et celui de Sienne : ce cortège extraordinaire était bien dû à l'ambassadeur du roi très chrétien. A Rome, il est vrai, plusieurs provinces de France avaient leurs églises particulières : les Bretons, Saint-Yves; les Bourguignons, Saint-Claude; les Lorrains, Saint- Nicolas. Il y avait même une petite église très pauvre, avec un hôpital annexe, pour les pèlerins français de toute province; mais ces diverses églises étaient à la l)asilique de Pélronillc ce qu'étaient ces provinces au roi de France lui-même, des vassales. Pétronille avait le pas sur toutes, comme plus proche de la couronne.

Parmi les princes de la maison de France qui témoignèrent à sainte Pétronille le culte le i)lus ardent et la générosité la plus magnifique, arrivent au premier rang Louis XI et Charles VIII.

Louis XI, qui cherchait entre tous les saints du paradis les plus habiles protecteurs, n'eut garde d'oublier Pétronille. Une circonstance douloureuse vint du reste solliciter et presser sa dévotion. Le dauphin, depuis Charles VIII, était atteint d'une maladie rebelle à tous les remèdes. Charlotte de Savoie, sa mère, inquiète pour ses jours, fit vœu à sainte Pétronille de restaurer sa chapelle, si elle obtenait sa guérison. La guérison fut accordée, et Louis XI, reconnaissant, ordonna la réparation de l'antique monument. Un diplôme d'Innocent VIII, publié dans le BuUarium Valicanu}n' , mentionne les faits : le vœu do la reine, la guérison ilu dauphin et les largesses de Louis XI.

En 1471, les travaux commencèrent. C'était sous le puutilieat (k- Si.vte IV. A peine les ouvriers eurent-ils enlevé l'autel, qu'ils dt'couvrirent le sarcophage de Pétronille. Le pontife en informe immédiatement Louis, XI. Il lui écrit : « Très cher fils en Jésus-Christ, salut. Dernièrement, eu faisant les travaux d'ornementation que Votre Majesté a ordoimés dans la chapelle de la bienheureuse Pétronille, on a trouvé le sarcophage en marbre où son corps est conservé. A chaque coin du sarcophage sont quatre dauphins, placés là comme les gardiens et les adorateurs de ce glorieux sépulcre. D'où nous concluons que la dévotion de votre san"' très chrétien envers cette sainte n'est pas une chose nouvelle. Ce (jui nous cause une grande joie; car, en décorant ce sépulcre vénérable, vous continuez ainsi la pii'té de vos ancêtres et imitez leurs illustres vertus. Nous avons voulu vous informer de cet événement, aliu (jue Votre Majestése réjouisse de plus en i)lus de sa piété envers cette sainte et (|ue vous soyez assure' de toute la consolation qu'elle nous donui-'... »

- Caiicell., (le Hccrcl. 1, \t. lOW.

o96 SAINT-PIERRE DE ROME

Quel roi de France eut la belle pensée de symboliser près de Pétronille l'amour de sa race par ces quatre dauphins, on l'ignore; mais combien regrettable qu'ils soient disparus ! Sans nul doute, ils y restèrent après les restaurations ordonnées par Louis XI et ne quittèrent ce tombeau que lorsque les rois de France en perdirent eux-mêmes le souvenir et laissèrent toute liberté à de nouveaux changements. Louis XI confia la garde et le culte de la France près du tombeau de sainte Pétronille à deux chapelains, qui devaient y célébrer la messe trois fois par semaine pour le roi de France.

Charles VIII. que le vœu de sa mère et l'intercession de Pétronille avaient rendu à la santé, n'oublia pas la patronne de la France. Il augmenta les revenus des deux prêtres chargés de célébrer les messes dans l'oratoire; car son père, toujours avare après coup, même avec Dieu, les avait maigrement dotés. Il institua en outre, pour le repos de l'âme de Louis XI, — in expiationem et refrigerium, — une messe d'anniversaire, qu'on devait célébrer chaque année à perpétuité, le dernier jour du mois d'août. De plus, le jour même de la fête de sainte Pétronille (31 mai), après la messe solennelle, on devait réciter un De profundis à la même intention. Depuis lors, la valeur monétaire ayant considérablement changé, les papes ont dû réduire ces diverses fondations; cependant, aujourd'hui encore, à la fête de sainte Pétronille, après la messe, les chanoines de Saint- Pierre récitent un De profundis pour le repos de l'âme de Louis XI. De la rente primitive, il est donné pour cette prière sept centimes à chacun des clercs bénéficiers, quatorze aux bénéficiers, et vingt- huit aux chanoines.

Les dispositions de Charles VIII fin-ent autlieuti({uement reconnues et approuvées par le pape Innocent VIII. A la date du 18 juin 1490, il publie la bulle Etsi ex supernœ, qui est l'acceptation officielle et publique du juspatronat de la France sur la basilique de sainte Pétronille. Pour plus de sécurité, il assigne aux deux chapellenies le revenu de deux maisons sises à Rome, propriétés françaises, l'une au lieu appelé areus Campi Florse , l'autre près de la chancellerie apostolique. En cas de vacance des titulaires, le roi de France « doit présenter au pape des sujets dignes, constitués en l'ordre de prêtrise, qu'il institue lui-même chapelains à vie ' ».

Cette cordiale entente dura jusque dans les premières années du xvi« siècle; puis peu à peu, pour des raisons diverses, les derniers Valois laissèrent s'éteindre, avec le culte de Pétronille, le droit royal sur sa

' Cf. Mémoire hist. sur les inslilut. de la France à Rome, par Me'' Lacroix, clore uational. 2«éd. Arnaud; Rome, 1802.

LE CULTK

chapelle, en sorte que, vers l'an 1600, la France n'exerçait plus son juspatronat; il n"y avait plus depuis longtemps de chapelains titulaires.

Il y a, à cette époque, entre la papauté et la France, comme un refroidissement. Les relations nécessaires existent toujours, mais les relations intimes ont fait place à la diplomatie dans toute sa raideur glaciale. Le roi de France prend toujours le titre de roi tn'-s chrétien, la France celui de fille aînée de l'Église; mais entre la fille et la mère il n'y a plus d'épan-

Iiitériour dt; Saint - I>)ui» - des - français.

chement : le respect demeure, la tendresse est éteinte. Le culte ilc Pétronille suit la même pente; il descend, comme le culte de l'Fglise. On dirait (jue la disparition de l'un est le symbole de la mort de l'autre.

Du reste, depuis une cenfain»' d'années, grandit, à côté de l'oratoire de Pétroniilo, une autre église nationale (|ui v,i liiciilnl usurper la infiniért' place et elïacer jusqu'à son souvenir. Les Français avaient, comiue nous l'avons déjà dit. une petite église nationale, étroite, dans un (piartior incommode, au milieu du fouillis de ruelles qui occupaient rfiiiplat'cment et les environs de Saint-André th'lla Valle. 11 leur tardait d'en sortir. Après bien des recherches et des démarches, ils obtinrent, en 1V77, l'échange de leur église et de leur hospice in Airnula contre les églises de Sainte-Marie de Cfllis, Saint-Benoit, Saint-.\ndré, Saint-Sauveur et

l'hôpital Saiiit-Jacques-des-Lombai'ds, propriétés des moines de l'abbaye de Farfa, en Sabine, et ils en prirent possession le 11 janvier 1478. Sixte IV, par une bulle du mois d'avril de la même année, approuva la convention, supprima les titres des anciennes églises et érigea en paroisse le nouveau temple finançais, sous les vocables de Sainte-Marie, Saint- Denis et Saint-Louis. Elle n'est connue depuis que sous celui de Saint- Louis- dès-Français. Ses grandes proportions, ses riches ornements, sa royale dotation, son collège de chapelains, diminuèrent d'autant le prestige de l'antique oratoire des rois de France au Vatican. Son titre national disparut. A la prière du cardinal Jules de Médicis, Léon X confirme les privilèges accordés par Sixte IV, entre autres celui, pour tous les Français habitant à Rome, n'importe sur quelle paroisse, d'être de droit paroissiens de Saint-Louis. C'était confirmer la déchéance de la chapelle de sainte Pétronille'.

Sa ruine matérielle suivra de près cette déchéance morale.

Sous le pontificat de Paul III il fallut, pour continuer les travaux de la basili(jue Vaticane, démolir la chapelle ronde de Pétronille. De Paul I à Paul m, liuit siècles avaient passé sur ses murs sans les ébranler, huit siècles de foi et de vénération. Il n'en resta pas pierre sur pierre; tout fut détruit, le sol nivelé, les tombeaux mêmes dépouillés. Le corps de l'impératrice Marie, femme d'Honorius, fut retrouvé dans son sarcophage cou-

' Liste des établissements français à Home avec la diiti" ilt> leur (unihition.

1. L'an 750. — Cliaprllc iii]|ii'Tiale et royale de Sainte- IVtrniiilli' , ;'i Saint-Piei're ilu Vatican, sous Pépin le Bref.

2. Vers l'an 800. — Hospice et cimetière des pèlerins français à Saint-Sauveur in ossibus, près Saint -Pierre, par Charlemaf^ne.

."{. Vers -1230. — L'auditorat de la Rote pciur la l'ranre.

4. Vers 1230. — Le (Iléricat national du sacré Colléo-e et du Consistoire jioMr la France.

5. 1454. — Saint-Louis-des-Français, confrérie, |)aroisse, liopital. (!. 1455. — Saint-Yves-des-Bretons.

7. •1473. — Confrérie de la Purification, dite des Quatre-Natioiis : France, Bourgogne, Lorraine et Savoie.

8. 1478. — Saint-Sauveur m Thermis, desservi par le clerfjé de Saint-Louis.

9. 1482. — Fondation royale en faveur du Chapitre de Saint-Jean-de-Latran.

11). 1494. — Fondation royale du couvent d<>s Minimes français de la Trinité-des-Monts, aujourd'hui des Uames françaises du Sacré-Cœur depuis 1828.

11. 1615, — Œuvre pie française à Lorette, fondation du cardinal de .loyeuse, doyen du sacré Collège.

12.1619. — Saint-Denis-aux-Quatre-Fontaines, à Rome, couvent des Pères Trinitaires de Provence, et depuis 1840, des religieuses de la congrégation di' Notre-Dame d(> Uordeaux.

13. 1()22. — Église et confrérie de Saint-\icolas-des-Lorrairis.

14. 1652. — Eglise et confrérie des Francs -Comtois de Bourgogne, à Saint-Claude.

15. 1828. — Ecole gratuite des Frères français au quartier dei Mtnili.

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