LOUIS DE BASSOMPIERRE
(Voir page 64, note 1.)
Je ne résiste pas au plaisir de transcrire ici une page fort peu connue de Louis-Ellies du Pin, « Docteur de la Faculté de Paris, et Professeur Royal en philosophie. » Elle est dans sa Nouvelle Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, tome IV, qui traite des auteurs du sixième siècle de l'Église. 11 vient de parler de saint Grégoire et cite l'édition de ses œuvres publiée en 1675 à Paris par M. Goussainville, prêtre; il ajoute, page 342 :
« Toute l'édition est dédiée à messire Louis de Bassompierre, alors évêque de Saintes, prélat qui imitoit parfaitement les vertus de saint Grégoire, qui pratiquoit exactement les règles que ce grand pape a prescrites aux Pasteurs, et qui avoit toutes les qualités qu'il demande dans les évoques. Car après avoir passé ses premières années dans la retraite, et mené une vie exempte de crimes, dans lesquels les plaisirs du monde engagent la plupart des jeunes gens, il fut nommé, lorsqu'il y pensoit le moins, à l'évêché de Saintes. Son dessein étoit de le refuser, mais s'étant trouvé comme forcé de l'accepter, il ne songea plus qu'à s'acquitter de son devoir. Dans ce dessein il quitta la cour et le monde pour se retirer dans son Diocèse afin de
s'appliquer entièrement à la conduite du troupeau que la Providence lui avoit confiée. Ayant eu depuis des occasions favorables de faire une grande fortune selon le monde et de passer à des églises plus riches et plus considérables, il les a fuies avec la même précipitation que les autres courent après. On l'a vu dans un temps que les affaires de son diocèse l'obligeoient de demeurer à Paris, s'enfuir promptement parce que le bruit avoit couru que l'on jetoit la vue sur lui pour remplir une place qui l'auroit engagé à être éloigné de son Église ou à en accepter une autre. On sait avec quelle sagesse il a gouverné son peuple dans des temps très-difficiles, avec quelle prudence il l'a maintenu dans la fidélité qu'il devoit à son prince, avec quelle douceur il a fait revenir au sein de l'Église un grand nombre d'hérétiques dont son diocèse étoit plein quand il y entra. Tout le monde éprouvoit également sa bonté, sa douceur, sa faciiité. Les grands avoient toujours lieu de se louer de son honnêteté, et les petits de sa charité. Il distribuoit ses biens aux pauvres avec tant de libéralité, que souvent il ne se réservoit rien. Il faisoit des aumônes considérables à de pauvres gentilshommes, à des familles qui étoient dans le besoin, sans qu'ils sussent à qui ils étoient redevables de ce soulagement. Il cadioit si soigneusement le bien qu'il faisoit que ceux qui l'approchoient le plus près avoient de la peine à s'en apercevoir ; et s'il arrivoit qu'ils le découvrissent il leur défendoit très-expressément d'en rien dire à personne, quelquefois même il feignoit par une pieuse tromperie que l'aumône qu'il faisoit étoit une dette, afin que ceux à qui il la faisoit n'eussent point de honte de la recevoir. Il n'entendoit jamais parler de querelle, de différends ou de procès entre
les personnes de son diocèse qu'il ne fit ses efforts pour les accommoder; et comme il étoit d'un naturel doux et engageant, et qu'il avoit l'esprit vif et pénétrant, il y réussissoit presque toujours au contentement de tout le monde. Il aimoit la règle et la discipline, sans toutefois avoir rien de sévère ou de rebutant. Il traitoit ses prêtres comme ses frères, et haïssoit l'esprit d'empire et de domination. Il maintenoit avec vigueur la dignité des évêques et ne pouvoit souffrir que l'on y donnât aucune atteinte. Il a défendu la vérité et les intérêts de l'épiscopat avec force, mais avec humilité. Il n'a jamais voulu entrer dans aucun parti sur les disputes qui furent agitées de son vivant avec tant de chaleur entre les théologiens, et s'est comporté avec tant de prudence que les uns et les autres ont été contents de sa conduite. Enfin en mourant il a donné des marques d'un grand détachement du monde et il a laissé les pauvres ses seuls héritiers. Il nous reste un monument illustre de ce grand prélat. C'est un traité écrit en forme de dialogue sur le retranchement des fêtes, imprimé par son ordre en 1670. Il y établit des principes si justes et y fait paraître tant de force de raisonnement et d'érudition que je ne doute point que tous ceux qui liront cet ouvrage n'aient une aussi haute idée de sa science que ceux qui l'ont connu en ont de sa sainteté. »
Est-ce cet éloge assez bizarrement placé là, à propos de saint Grégoire, qui donna lieu à un bruit fort répandu alors? On disait que les six premiers siècles de la Nouvelle Bibliothèque étaient non de Du Pin, trop jeune pour cela, mais de l'évêque de Saintes lui-même; que le manuscrit était passé dans les mains de l'abbé Du Pin parle moyen de son père attaché à l'évêque de Saintes.