LA PSALLETTE DE SAINT-PIERRE EN
( Voir page 67 , note 1).
Il ne sera peut-être pas sans intérêt de voir comment , après la suppression du Chapitre, fut, dans l'église Saint- Pierre devenue église cathédrale-paroissiale , organisé le service du culte. Ce ne fut pas l'évêque qui régla ces détails, mais bien le directoire du département , sur l'avis du directoire du district de Saintes. Isaac Robinet , en sa qualité d'évêque constitutionnel, était seulement chargé de faire ses humbles propositions à l'administration départementale qui statuait. Le directoire, du reste , se montra de bonne composition : il accorda tout. Voici comment futorganisée la psallettedu nouvel évêque, et les motifs qui déterminèrent (29 juillet 1791) le district à donner un avis favorable. Robinet avait envoyé au département son tableau dès le mois d'avril. Le 24 , son travail était soumis par le département au district. Il avait fallu trois mois à ce dernier pour libeller ses conclusions. Nous ne nous étonnons donc pas si elles sont sages.
« Le directoire du district de Saintes , « Considérant que, quoique la religion chrétienne soit tout intérieure et toute spirituelle , les chrétiens sont des
hommes qui ressentent, comme les autres, les impressions des sens et de l'imagination; que la majeure partie, incapable de s'appliquer aux opérations purement intellectuelles , a besoin que la piété soit aidée par les choses sensibles ; que si, par cette conséquence, les yeux doivent être frappés par la grandeur et la netteté des objets extérieurs et propres à orner le temple du Seigneur, la musique est également essentielle, puisque la douceur et l'agrément de ses accents dégagent pour ainsi dire l'âme de la matière , l'élèvent et l'environnent de sentiments divins;
« Considérant que ces dispositions ne nous éloigneront point de la simplicité des premiers chrétiens: car ceux-ci, simples seulement dans leurs mœurs, avaient des temples magnifiquement ornés et un clergé nombreux et bien réglé, parce qu'ils savaient que l'ordre et la grandeur des objets extérieurs soutient la noblesse et la pureté dans les pensées ; que celles-ci dirigent les affections, et que l'âme s'applique difficilement aux bonnes choses, tandis que le corps souffre, et que l'imagination est blessée , qu'enfin la piété était assez importante pour l'aider en toutes manières ;
« Considérant que l'Assemblée nationale a consacré l'exercice de la religion catholique, et l'a regardée comme le premier objet des devoirs du peuple français , en décrétant que la dépense nécessaire à ce culte serait la première des charges de l'Etat ; que l'économie nationale ne peut point être rigoureusement observée à ce sujet, et se porter sur la pompe indispensable au service divin;
« Considérant que l'église paroissiale de Saintes est la • première du département, et celle où le premier des fonc-
tionnaires publics ecclésiastiques exerce le ministère sacerdotal avec un clergé nombreux ;
« Considérant qu'indépendamment des motifs ci-dessus établis, il est important de convaincre les ennemis de la constitution que cette constitution n'a porté aucune atteinte à notre respect pour la religion , et à notre attachement aux cérémonies qui en soutiennent la majesté et la grandeur.
« Est d'avis qu'il y a lieu d'adopter la proposition de M. l'évêque et son conseil, et d'attribuer en conséquence à l'église paroissiale de Saintes une belle musique et un nombre de serviteurs proportionné à son importance :
« 1° Un maître ou directeur de musique auquel on confiera quatre enfants de chœur, qu'il sera chargé de nourrir, éclairer et blanchir , et auxquels il enseignera la musique vocale.
«Il recevra pour l'exercice deses fonctions de premier musicien et pour gratification de ses soins à l'éducation des enfants de chœur, un traitement annuel de mille livres, ci. . . . 1,000 fr.
« Il recevra , pour la pension annuelle des quatre enfants de chœur la somme de neuf cents livres, c'est-à-dire deux cent vingtcinq livres pour chacun, ci 900 »
« 2° Deux basses-contre ou chapiers pour le grand chant, traités chacun d'une somme de
sept cents livres, ci 1,400 »
« 3° Une taille, sept cents livres. . . . 700 »
« 4° Une basse-taille . . 700 »
« 5° Une haute-contre 700 »
« 6° Deux serpents, sept cents livres chaeun. 1,400 »
« 7° Un organiste, quatre cents livres.
a 8°Deuxsacristes,troiscents livreschacun.
o 9° Trois hommes destinés au service pénible de l'église, c'est-à-dire sonner les cloches, souffler l'orgue , balayer et fosseyer , traités chacun d'une somme de deux cents livres.
« 10*Un servant demesse, traitéd'une somme de cent livres
« 11° Un homme chargé de la police intérieure de l'église, trois cents livres. . . .
8,800 fr.
Total.
« Tel est le nombre de musiciens et de serviteurs qu'il a cru indispensable, tels sont les traitements qu'il a cru devoir leur attribuer relativement à l'importance et au genre de services de chacun d'eux.
« Le Directoire est aussi d'avis que les enfants de chœur soient habillés tous les deux ans, et qu'à l'égard de cet habillement et à l'âge où les enfants doivent être admis et sortir de la psallette, on se conforme aux dispositions établies par le ci-devant Chapitre de Saintes.
« Le Directoire observe au surplus que la nomination aux différents emplois qui résultent de la présente organisation appartient à M. l'évêque et son Conseil ; mais qu'il est dans ce moment de la justice et de l'économie de confirmer les habitués du ci-devant Chapitre dans les places qu'ils exerçaient lors de l'existence de ce corps ; leur conduite et leur zèle à exercer leurs fonctions depuis que l'église est ouverte à l'évêque constitutionnel de ce département, le traitement qu'ils reçoivent de l'Etat et qui
cessera par le moyen de leur nomination , exigent cette préférence.
« Signés: Ardouin, Eschasseriaux, Dugué, Godet, secrétaire. »
Le Directoire du département fut encore plus généreux : en approuvant le tableau, le 13 août suivant, il ajouta deux enfants de chœur.
Cette laborieuse organisation avait exigé quatre mois de travail. Elle dura moins.