TESTAMENT DE MONSEIGNEUR LÉON DE BEAUMONT
ÉVEQUE DE SAINTES
Au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Je, Léon de Beaumont, évêque et seigneur de Saintes, étant indisposé de mon corps, mais, par la grâce de Dieu, sain d'esprit, mémoire et jugement, considérant la certitude de la mort et ne voulant en être prévenu sans avoir fait les dispositions que je me crois en conscience obligé de faire dans les vues qu'il plaît au
Seigneur de m'in-pirer, j'ai fait mon présent testament que j'ai dicté, nommé à une personne de confiance qui l'a écrit sous mes yeux, ainsi qu'il s'en suit.
Premièrement je me suis mis en la présence de Dieu, le priant par les mérites de la mort et passion de son cher Fils Jésus-Christ, par l'intercession de la très-sainte Vierge Marie sa mère, et de tous les saints du paradis, de me pardonner mes péchés, me faire miséricorde et de recevoir mon âme dans sa cour céleste parmi ses élus.
Je veux être inhumé dans le chœur de l'église du séminaire de Saintes avec toute la simplicité chrétienne, m'en remettant sur ce aux soins de mes exécuteurs testamentaires ci-après nommés, aussi bien que sur le service anniversaire et autres prières.
Je donne et lègue à messire Jean de Beaumont, capitaine de cavalerie, mon petit-neveu , tous les droits, noms, raisons et actions qui m'appartiennent tant à titre successif qu'onéreux, sur l'hérédité de demoiselle Marianne de Beaumont de Gibauld, ma sœur, dernière décédée, ensemble tout ce qui peut m'appartenir à quelque titre que ce soit sur l'hérédité de dame Geneviève de Beaumont, veuve , au temps de son décès, de Monsieur le marquis de Lanoue, maréchal de camp des armées du roi, sans aucune exception ni réserve, à la charge qu'il payera à la demoiselle de Gibauld, sa sœur aînée, une rente annuelle de la somme de deux cent cinquante livres, amortissables pour celle de cinq mille livres, lequel amortissement il pourra faire à sa commodité, moyennant quoi l'hérédité de la demoiselle sa tante sera quitte envers elle.
Je donne à messire de Ghilais, mon neveu , toutes les créances et tout ce qui m'est dû à titre onéreux sur la terre de Ghilais.
Plus je confirme la rente que j'ai faite à dame Elisabeth-Thérèse de Beaumont, veuve de messire Gaston de Viauld, chevalier, seigneur d'Aigre, ma sœur, de tout ce qui m'appartient sur la terre de Monmalan pour la somme de trois mille livres dont je veux qu'elle demeure quitte.
Plus, je donne à l'hôpital général de Saint-Louis de la présente ville, cinquante quartières de méture et vingt-cinq quartières aux Sœurs de la Charité de la même ville, pour être distribuées aux pauvres ; je veux de plus que le jour de mon enterrement il leur soit distribué en argent deux cents livres. Je lègue à chacun de mes domestiques une année de leurs gages, outre ce qui se trouvera leur être dû au temps de mon décès. Je donne pareillement à La Haye, mon valet de chambre, et à Clermont, mon domestique, ma dépouille dans laquelle sont compris deux petits chandeliers d'argent, mon bassin à barbe aussi d'argent, de quoi je veux que La Haye prenne les deux tiers, et Clermont l'autre tiers.
Gomme aussi, voulant satisfaire à une obligation essentielle de laquelle néanmoins je ne dois rendre compte à personne, je donne et lègue à la maison et séminaire de Saintes tous mes autres meubles et effets, choses censées et réputées meubles, or et argent monoyé et non monoyé, meubles meublants, fruits, denrées, prix de fermages et autres effets actifs, les ornements et vases sacrés de ma chapelle, le bassin et les burettes, ma bibliothèque et généralement tout ce qui est de nature de meuble, dont il sera fait inventaire après mon décès pour être le fout vendu, à la réserve de ma bibliothèque, mes chasubles, chapes, aubes et autres ornements de cette espèce, qui seront délivrés en nature audit séminaire sous la condition ci-dessous exprimée, et aussi mes vases sacrés et burettes d'argent. Je veux que le prix qui proviendra de la vente desdits meubles et effets, les sommes de deniers que je pourrai avoir, et le montant de mes dettes actives, après que les passives auront été payées, soient employés en rentes ou fonds, suivant la prudence et discrétion de mesdits exécuteurs testamentaires pour faire un fonds qui servira à l'entretien des jeunes clercs du présent diocèse qui auront les qualités requises pour l'état ecclésiastique, dont les places seront réglées en conformité du décret d'union de la mense conventuelle de Fontdouce et du prieuré de Saint-Thomas de Cosnac, voulant néanmoins que le don de ma bibliothèque etornemens dont je prohibe la vente ser-
vent pour la fondation d'une place, et les autres seront réglées à proportion du produit du surplus dudit légat.
Et à l'égard de mes autres biens non donnés, j'institue pour mes héritiers ladite dame d'Aigre, ma sœur, mes frères, mes neveux et nièces, et généralement tous ceux qui au temps de mon décès se trouveront habiles à me succéder suivant les lois et coutumes des lieux où mes biens sont situés.
Je nomme mes exécuteurs testamentaires M. Jean-Pierre Belly, prêtre, supérieur dudit séminaire, et Me Michel Perreau, avocat en la cour et juge de la temporalité de mon évêché, que je charge de faire exécuter toutes mes dispositions ci-dessus avec exactitude et le plus promptement que faire se pourra, leur donnant à ces fins tous les pouvoirs requis et nécessaires, et leur lègue, savoir audit sieur Belly tou s mes bréviaires, et audit sieur Perreau ma grande cafetière d'argent, pour les récompenser des peines qu'ils prendront.
Je casse, révoque, et annule toutes les autres dispositions à cause de mort que je pourrais avoir ci-devant faites, et veux que mon présent testament vaille, soit comme testament, codicille ou autrement, en la meilleure forme et manière qu'il pourra valoir; et pour cet effet après l'avoir dicté, nommé et fait écrire devant moi, je l'ai pris en main, l'ai lu et relu, et trouvé que telle est ma dernière volonté, dans laquelle je persiste, me proposant de le sceller et cacheter, et d'en faire recevoir la souscription par un notaire devant qui je veux que l'ouverture en soit faitte sans aucune formalité de justice en présence de mes exécuteurs testamentaires et d'un de mes héritiers si cela se peut.
Fait à Saintes en mon palais épiscopal, le vingt-troisième septembre mil sept cens quarante quatre; et ai signé en toutes les pages au nombre de trois, y compris la présente.
Plus je donne à Rabier mon domestique, outre une année de ses gages, la somme de deux cens livres une fois payée.
f Léon évêque de Saintes testateur.
Ce testament, qui fut contrôlé et inséré aux droits réglés à Saintes, le 4 0 octobre 4744, moyennant 390 livres, fut scellé du sceau de 1 evêque : d'argent au lion de gueules lampassé, armé et couronné d'or, le 23 septembre, en présence d'Izaac Chateauneuf et Pierre Drugeon, marchands ; Pierre Guiet, boutonnier ; André Monmoyne, tailleur ; Pierre Merle, vitrier, et Pierre Bernardj maître ès arts, tous habitants de Saintes, qui signèrent :
f Léon, évèque de Saintes; Monmoyne; Guiet; Drugeon ; Bernard; P. Merle; Gougnon, notaire royal à Saintes.
Page 24, 17e ligne. Pour les deux vicaires généraux de Léon deBeaumont qui furent spécialement attaqués par les Janse'nistes, Simon-Pierre de Lacoré et Gaspard Marquentin de Glosmorin, docteur en théologie, on consultera avec fruit les Nouvelles ecclésiastiques, publication périodique de la secte, aux années 4729- 4745. On y trouvera un extrait de l'oraison funèbre du prélat par le P. Danéhil, de la Compagnie de Jésus.
Léon de Beaumont eut encore pour vicaires généraux Jacques deBougainville, qui fut doyen du Chapitre de Saintes (4754), trèsprobablement parent des deux frères, Jean-Pierre de Bougainville l'académicien, et du célèbre marin Louis-Antoine de Bougainville; puis Barthélémy-Henri de Salignac de Lamotte de Fénelon, devenu évêque de Pamiers en 4735.
Du reste, M. Hippolyte de Tilly a commencé sur Mgr de Beaumont, un peu son parent, une étude qui complétera tout ce qui n'est qu'indiqué ici, et sera un vrai service rendu à l'histoire locale. Je m'arrête donc.
En 4 836, des ouvriers, creusant la chapelle de l'hôpital de la marine, trouvèrent le tombeau de l'évêque de Saintes. Ils s'y précipitèrent, croyant à un trésor. La croix, l'anneau furent enlevés. Cependant on n'emporta pas les os pour en faire du noir animal.
Page 25, note 1. Thomas-Joseph Bonnerot, principal du collège de Saintes, fut nommé curé de Saint-Maur, par l'évêque de Saintes, Pierre-Louis de la Rochefoucauld, à la mort de Jean- Baptiste Faure (5 octobre 4783), et prit possession le 9 octobre
Page 30, 4re ligne de la note t. Le Rituel du diocèse de La Rochelle a encore, selon son habitude, travesti le nom de cet évêque qu'il appelle Guillaume de la Bruntière, fils d'Antoine , sieur du Plessis de Gesté. C'était un Duplessis, dont il portait les armes, aussi bien que le Duplessis qu'on nomme Richelieu. Guillaume Duplessis de la Brunetière, dans un acte du 2 avril 4702, s'intitulait conseiller du roi en ses conseils, seigneur-évêque de Saintes, prieur des prieurés simples de Saint-Sauveur de Lomine, diocèse de Vannes, de Saint-Saturnin-sur-Loire, diocèse d'Angers, de Saint-Pasteur, diocèse de Meaux, et de Saint-Pierre-de- Lozay, diocèse de Saintes. Voici son testament que j'ai été assez heureux pour découvrir :