TESTAMENT DE GUILLAUME DE LA BRUNETIÈRE
ÉVÊQUE DE SAINTES
Au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Nous, Guillaume de la Brunetière du Plessis de Gesté, conseiller du roy en*ses conseils, évesque et seigneur de Saintes, estant indisposé de mon corps, mais, par la grâce de Dieu, sain d'esprit, mesmoire et entendement ; considérant qu'il n'y a rien de si certain que la mort et ne voulant en estre prévenu sans avoir disposé
de mes affaires spirituelles et temporelles, j'ay fait mon testament et ordonnance de dernière volonté en la forme qui suit. Premièrement je recommande mon âme à Dieu le père tout-puissant, le supliant en toute humilité par les mérites infinis de la mort et passion de son fils unique, mon sauveur et rédempteur, Jésus- Christ, intercession de la glorieuse vierge Marie et de tous les saints et saintes, de la recevoir miséricordieusement au rang des bienheureux et de ses élus, lorsqu'elle sera séparée de mon corps, lequel, après mon décès, je désire estre porté dans mon église cathédrale de Saint-Pierre de la présante ville pour y estre présanté comme dans la maison des enfants de Dieu ; mais comme je conserve toujours de très-particuliers esgards pour les bontés infinies que feu messire Guy Delanier, vivant abbé de Vaux , mon très-honoré oncle, m'a toujours tesmoigné et entouré, je veux et entends que de ladite église cathédrale il soit porté en celle des pères Jacobins de ladite ville pour y estre inhumé auprès dudit feu sieur abbé mon oncle, mais sans pompe ni honneurs de sépulture et aux moindres frais que faire se pourra; et comme les prières et les aumosnes sont les plus essentiels secours que je puisse et doive attendre auprès de Dieu, j'ordonne et recommande à mon héritier et donataire universel cy après nommé de faire distribuer, le jour de mon enterrement, aux pauvres mendiants qui vont aux portes des églises de ladite présante ville la somme de deux cents livres, comme aussy de donner à chascune des quatre communautés de la mesme ville la somme de cent livres une fois payée pour dire à juste convenance des messes pour le salut de ma ditte âme, et quant aux biens temporels dont la divine providence m'a fabvorisé, où et en quoy qu'ils pussent estre et consister soit propres, acquez, meubles meublans, et ustensiles, livres, ornements, argenterie et autres effets généralement quelconques, et de quelques natures qu'ils soient, considérant la grande et fraternelle union qui a toujours subsisté entre moi et messire Jacques de la Brunetière, présentement abbé de ladite abbaye de Vaux et doyen de ladite église cathédrale, mon très-cher
et honoré frère, je l'institue par ce mien présent testament, fait pour cause de mort, mon héritier et donataire universel en tous mesdits biens sus-exprimez, droits, noms, raisons, actions, droits d'actions, ressindance et ressizoires, sans en rien réserver ni excepter, à la charge par luy de donner à nos neveux et niepces communes dans ce qui me reste des biens patrimoniaux seulement ce que la loy de la province où ils sont situés leur en attribue par souche et représentation, en quoy je les institue pour mes héritiers particuliers, suppliant très-humblement ledit seigneur abbé de la Brunetière, que je créé en outre et institue soubs son bon plaisir mon exécuteur testamentaire, conjointement avec M. Bacot, avocat en parlement et juge baillif, de vouloir bien entrer dans le manimant de tous mesdits meubles, droits et effets dont du tout, par la juste et singulière confiance que j'ay en sa sage conduite et amitié fraternelle, je lesse la fonction de l'inventaire à sa discrétion, sans que d'autres que ceux qu'il jugera à propos s'y puissent ingérer ny simmiscer pour quelque cause et prétexte que ce soit, ce que je prohibe par exprès sur la certitude que j'ay qu'il conduira et mesnagera le tout suivant la cognoissance qu'il pourra prendre de mes debtes passives, et pour donner tout ce que je puis présentement d'idée, tant de mon bien patrimonial que de mes acquêts, debtes actives et passives, je déclare, moy ledit testateur, à l'égard de mon patrimoine, que ce que je pourrai en avoir en Anjou estoit originairement de dix mille livres, desquelles en ayant esté employé cinq mille livres pour mes bulles, il n'en reste plus que cinq autres milles que je dézire et ordonne estre partagé, comme dit est, entre ledit seigneur abbé mon frère et mesdits neveux et niepces suivant et conformément à la coutume du pays d'Anjou ; et à l'esgard de mes acquêts d'immeubles qui consistent dans la maison, fief et seigneurie de Saint-Sorlin et du Ramet, appartenances et dépendances, situées en la paroisse de Saint-Pallais lès ladite présante ville, suivant le contrat qui en a été passé entre moy et feu M. de Mazotte, je recognois en debvoir encore quatre mille livres du capital et la rantede deux années et demie.
En ce qui conserne mes debtes actives, elles consistent aussy premièrement en vingt louis d'or d'une part que me doivent les filles de Notre-Dame, valant deux cent soixante livres eu égard au temps du prest, en plusieurs pochées de mesture, d'autre que je leur ay avancée et que je veux pouvoir leur être remise gratuitement au cas qu'il se trouve d'ailleurs de quoy payer mes propres debtes. Secondement en une avance considérable de mesture que j'ay faicte aux sœurs hospitalières de la citadelle dont le compte n'est point en règle et qui doit monter à plus de mille livres; troisièmement en que M. de Ghambon reste de me payer du contrat de l'Espineuil, qui ne m'a jamais esté exhibé ni quittancé : quatriesmement en la somme de deux cent cinquante huit livres restante à me payer de l'acquisition du fief et seigneurie de Poulignac nouvellement faitte par M. d'Ambérat ; cinquiesmement diverses sommes dont les divers fermiers des fonds et terres de l'évesché me sont actuellement débitteurs et comptables, et dont le montant à l'esgard de chacun d'eux paroistra à la vue de leurs baux et de leurs quittances, dont du tout les payemens s'en feront entre les mains de mondit sieur de la Brunetière, dont les quittances seront de pareille force et vertu que s'y je les avay personnellement données et signées de ma main ; outre et par dessus lesquelles debtes actives, il me reste, tant en la présante maison épiscopale qu'en celle de la campaigne en despendant, plusieurs considérables provisions et d'une notable valeur dont Delouche, mon domestique, en fournira un estât entier et mesmoire spécifique audit sieur abbé mon frère, pour l'employer avec tous mes autres effects dans l'inventaire susdits; sur quoy et sur le tout quy demeurera de ma succession, je recommande singulièrement à mondit sieur l'abbé mon frère, donataire et exécuteur testamentaire, de vouloir bien donner ses soins et son application particulière à ce que tous mes domestiques actuellement à mon service soient au plutôt payés de tout ce quy leur est dû de leurs gages, voulant mesme que ceux d'entre eux quy portent mes livrés soient après mon décès revestus des justaucorps
de livrés noir, comme aussi que toutes mes autres debtes passives soient entièrement acquittées et par préférence à toutes autres dispositions sur tous mesdits biens, m'en remettant pour les mesnagements et exécution du tout à la prudence dudit sieur abbé mon frère, que je supplie et conjure de mesnager toutes choses en sorte qu'il y en puisse avoir tout autant qu'il se pourra pour les pauvres, cassant, révoquant et annulant tous autres testaments et dispositions que je pourray avoir fait contraires aux présentes, voulant et entendant que le présent sorte son plein et entier effet, soit comme testament, codicille, donation ou autrement en la meilleure forme et manière que faire se pourra; et d'autant que c'est ma dernière volonté, j'ay requis le notaire royal soubsigné de la rédiger par escript; ce quy a esté à l'instant fait et après que lecture en a esté faite de mot à mot audit seigneur testateur qui a desclaré la bien entendre et estre sa dernière volonté pour l'exécution et de laquelle il a obligé et oblige tout et chascun ses biens présents et advenir. Fait et passé au palais épiscopal audit Saintes le premier de may mil sept cent deux avant midy en présence de noble Jean Bacot, advocat en la cour, juge baillif des causes temporelles dudit évesché, Me Jean-Louis Adam, prestre, curé de la paroisse de Saint-Maur dudit Saintes: Me Michel Réveillaud, procureur au siège présidial dudit Saintes, Jacques Bacot, marchand, Sebastien Brehon, maître apotiquaire, Pierre Pelletan et Gabriel Menanteau, demeurant tous audit Saintes tesmoins à ce appelez, cogneus et requis soubsignez avec ledit seigneur évesque.
f G. évesque de Saintes.
Bacot, Réveillaud, Brehon, Adam, Pelletan, G. Menanteau, Dalidet, notaire royal à Saintes.
Le frère dont il est ici question, Jacques Duplessis de la Brunetière, docteur en théologie, chanoine de Saint-Pierre, archidiacre de Saintonge, fut nommé, en juin 4 685, doyen du chapitre, abbé de Saint-Etienne de Vaux en 1 681 . Il fut en outre grand vicaire de l'évêque de Nismes, Esprit Fléchier, abbé de Saint-Étienne de Baigne.
En 1709, au mois d'avril, il se démit du décanat en faveur de son neveu Henri Duplessis de la Brunetière, grand archidiacre de Saintes.
Guillaume de la Brunetière fut enterré près de son oncle Guy Lanier, comme il l'avait désiré, dans l'église des Dominicains. Sa pierre tombale a été transportée sous le porche de Saint-Pierre où elle est encore.
Page 33, note 2. Au lieu de 1296, lisez : 296.
Page 39, 12e ligne. Lisez: contre lequel il avait jadis pris parti. J'ajoute que Agobard avait été nommé gouverneur d'Aquitaine, par Louis le Débonnaire.
Page 60, 18e ligne. Fronton de la Roche, chanoine de Saintes, mourut âgé de 75 ans, le 30 août 1730, et fut inhumé dans la cathédrale derrière le chœur.
Page 60. Parmi les hommes illustres du Chapitre, on pourrait bien encore ranger « messire Matthieu Despruets, Prestre, Docteur en Théologie, Abbé de l'Abbaye nouvelle de Gourdon, et Chanoine de l'Église Cathédrale de Xaintes » , qui, le 1 9 mai 1 650, prononça dans l'église de Notre-Dame de Pons, 1' « oraison funèbre de tres-havt et tres-pvissant seigneur messire Henry d'Albret, sire de Pons, sovverain de Bedeille, Comte de Miossens, Seigneur de Coiiaraze, Iarderest, etc. »
Il mourut à Saintes le 28 mai 1667, et fut inhumé dans l'église Saint-Pierre.
Un de ses parents, Bernard Despruets, né d'une ancienne famille de Béarn, fut tout jeune chanoine de Saintes; puis à 27 ans, aumônier de l'abbaye de Sainte-Marie, au faubourg Saint-Pallais, dont un bref apostolique le créa visiteur à perpétuité. Élu théologal de l'église de Lescar, en 4 636, il fut nommé évêque de Saint-Papoul et consacré à Paris le 9 novembre 4637. Le 25 février 4 653, il maria, à Saintes, François-Louis Acarie du Bourdet, lieutenant aux gardes, tué à Valenciennes deux ans après, et Anne Marsault, fille de Jean Marsault, seigneur de Saint-Georges, conseiller du roi, lieutenant général au siège présidial de Saintes.
Page 63, ligne 4re et note b. Il ne sera peut-être pas sans intérêt de transcrire ici le testament d'Alexandre de Ghevriers de Saint-Mauris, que nous venons de découvrir. On y verra en outre son nom que Briand, 11, 559, estropie ainsi : « Ghevrières de Saint-Maurice, y> d'après sans doute le Rituel du diocèse de La Rochelle., de Mgr Bernet, et le Gallia. Baptisé le 29 décembre 4 653, il était fils d'Honoré de Ghevriers, dit le comte de Saint-Mauris, libre seigneur de Saint-Mauris en Maçonnais, vicomte du Thil en Beaujolais, seigneur d'Emeringue, deSalagni et autres lieux, et de Claudine de Damas du Breuil. Chanoine de Saint-Pierre de Maçon, il devint trésorier de ce Chapitre sur la démission de son oncle Léonard de Chevrierset par provi-.ion de Rome du 4 4 août 4678, prit possession le 7 mai 4 680, et fit admettre ses preuves de noblesse le 49 juin suivant. Docteur en théologie de la Faculté de Paris le 22 mars 4 692, il fut élu prévôt de son église ; il se fit sacrer comme évêque de Saintes le 25 mars 4703, à Paris dans l'église des Jésuites. Tous les gens de bien le pleurèrent à sa mort, dit le Gallia, II, 4087 : « Quem Iuxerunt boni omnes. »