LES GRAVIERS
(Pessiu de M. Eügène Le Mouël).
Description
se trouvent une douzaine d’étangs qui reflètent dans leur miroir d’acier ce paysage mélancolique.
L’île Miquelon, distante de Saint-Pierre par un détroit d’une lieue de largeur environ, improprement appelé la « Baie », a une étendue plus considérable. Sa plus grande longueur est de 36 kilomètres, sa plus grande largeur, de 24 kilomètres. Sa superficie égale 21 53i hectares.
Elle se compose de deux parties jadis séparées par une passe accessible aux navires, et qui est comblée par les sables depuis 1783. L’une de ces parties est la grande Miquelon, l’autre Langlade ou petite Miquelon. Ces deux parties jumelles sont reliées l’une à l’autre par un isthme long d’au moins trois lieues.
L’isthme est entièrement sablonneux dans son extrémité ; c’est la dune de Langlade, plage incomparable, mais où l’on heurte à chaque pas des épaves de navires à moitié ensablés. Ce « cimetière de navires » paraît perdre en partie sa lugubre réputation», par suite de l’érection d’un phare de premier ordre, en 1882, qui a eu pour but d’éclairer ce point noir, qui était la côte de Miquelon, détestée par les Compagnies d’assurances.
Rade de Saint-Pierre.
Dans toute la colonie, il n’y a que Saint-Pierre dont la rade puisse abriter les grands navires venant d’Europe ou d’Amérique. L’extrémité Nord-Ouest de l’ile- Aux-Chiens, faisant face au Cap. Rouge de l’île Saint-Pierre, est le commencement de la rade dans laquelle on pénètre par trois passes : la passe du Nord-Est, la passe du Sud-Est et la passe aux Flétans. La rade, longue de plus d’un mille, s’arrondit à son extrémité Sud, et prend fin à l’Ile-Aux-Moules. C’est entre cette île et la Pointe-Aux-Canons que commence le port de Saint-Pierre, dénommé par les habitants le Barachois.
Ce barachois est une espèce de cul-de-sac qui, protégé par une digue, sert de refuge aux 200 goélettes de pêche qui hivernent d’octobre en avril. Autour de cette anse, s’espacent les établissements de commerce (magasins, salines, etc.), lesquels sont séparés par des champs de pierres artificiellement disposées, appelés Grâves. C’est sur les grèves que les « graviers », jeunes Bretons de 16 à 18 ans, font sécher la morue.
Ville de Saint-Pierre.
Elle est ramassée sur un étroit espace entre le littoral et la ligne des collines ou mornes qui la surplombent. On y compte — non compris la banlieue — environ I 200 maisons, la plupart bâties en bois, précédées ou suivies d’un jardinet. Les édifices sont rares. L’église, le Palais de Justice, l’hôtel du Gouverneur, les Ecoles communales sont à peu près les seuls qui méritent d’être signalés.
Saint-Pierre est avant tout une ville commerçante. Les magasins y sont nombreux, quelques-uns de belle apparence. En dehors du quartier commerçant, les cases habitées par les pêcheurs sont pauvres et dénuées de confortable.
Les rues sont larges, et leur largeur s’explique par la crainte des incendies. I^a ville a failli être brûlée trois fois. Elles sont non pavées, et non pourvues de trottoirs, en sorte que le sol s’y montre raboteux et bosselé, par endroits, d’aspérités rocheuses.
D’ailleurs, l’aspect de Saint-Pierre varie suivant qu’on l’envisage pendant la belle ou la mauvaise saison. En hiver, c’est un gros tas de neige; celle-ci nivelle
tout sous une couche uniforme. Les amas de neige sont parfois si considérables que, pour se frayer un chemin, on est obligé de creuser des tranchées dans lesquelles on circule comme dans une ville assiégée.
Quand vient le printemps, la neige fond, et c’est pendant plusieurs jours un patouillis épouvantable. Puis la vie commerciale reprend. Les quais présentent une animation extraordinaire. C’est un échange continuel entre la mer et la terre.
Malgré l’état rudimentaire de la voirie, Saint-Pierre s’est donné le luxe des derniers perfectionnements modernes. Les rues sont éclairées à la lumière électrique et un réseau téléphonique entremêle ses fils au-dessus du toit des maisons.
Ajoutons enfin que des travaux importants de canalisation permettent à la ville d’être abondamment pourvue d’eau. Des bornes-fontaines sont placées à tous les carrefours.
L’Ile-Aux-Chiens.
Si cette île n’existait pas, il faudrait l’inventer, car elle est le complément de la rade de Saint-Pierre, dont elle assure la sécurité.
Sur cet îlot, vit une population de 5oo âmes, entièrement adonnée à la pêche. Aussi, l’Ile- Aux-Chiens représente-t-elle exactement un campement de pêcheurs. En été, les embarcations sont tirées sur le rivage, les filets sèchent au soleil, et les femmes, en l’absence des maris, travaillent sur la grâve à préparer la morue.
Miquelon.
Quand on aborde Miquelon par la baie de ce nom, on croit avoir affaire à une grosse bourgade. Dès qu’on atterrit, l’illusion tombe. Qu’on se représente une centaine de maisons faisant face à la mer, maisons basses, sans étage, toutes noircies par l’âge et les intempéries. C’est là tout Miquelon, et la désolation qui en ressort est telle qu’on plaint les pauvres gens condamnés à vivre sur ce coin de terre infortuné.
Cependant, au début de la colonisation, on s’était demandé si Miquelon ne devait pas être la capitale. Il y avait de bonnes raisons pour cela : une rade capable d’abriter toute une flotte, un territoire comportant 22000 hectares cultivables dans certaines parties. Ces raisons n’ont pas prévalu. Saint-Pierre a absorbé toute la vie commerciale, et Miquelon s’éteint dans le plus triste abandon.
LE PETIT PECHEUR (Dessin de M. Eugène Le Mouël).
Pêche de la morue.
Officiellement, la pêche de la morue est censée s’ouvrir le i®' avril pour finir le i*' octobre, mais ces dates n’ont rien de sacramentel. Dès le mois de mars, les marins des ports de Bretagne et de Normandie s’apprêtent à s’embarquer pour Saint-Pierre-Miquelon. Leur nombre s’élève à 7 ou 8000.
Le départ des « Terre-Neiivas » est un événement qui a le port de Saint-Malo pour témoin. Tous ne bénéficient pas des vapeurs qui en transportent un tiers tout au plus. Le reste prend passage sur des voiliers qui, à cette époque de l’année, ont parfois des traversées fort pénibles, à cause de la rencontre des glaces. Le naufrage du Vaillant, en 1897, monté par 72 hommes, et allant se briser contre une banquise, est encore dans toutes les mémoires.
Le métier de pêcheur du Banc est un des plus rudes que l’on connaisse. Est-il rémunérateur? Oui, s’il fallait compter sans l’imprévoyance du marin. Beaucoup s’engagent, alléchés par les avances en argent qu’on leur paie au porl d’embarquement. Ces avances, depuis quelques années, ont haussé notablement. Elles sont portées à 5oo fr. pour un patron de doris, à 4oo fr* pour un simple matelot. Onia leur donne à valoir, sur ce qu’il gagneront pendant la campagne. En un mot, et sans entrer dans les détails, un pêcheur peut, avec une pêche ordinaire, se faire de 7 à 800 fr. Outre ses salaires, il est nourri par l’armement.
Soit qu’ils arrivent par les vapeurs, soit qu’ils arrivent par les voiliers, les marins métropolitains séjournent peu à Saint-Pierre. A peine débarqués, ils montent sur leurs goélettes respectives, au rôle desquels ils sont inscrits. Leur armateur les emploie à compléter l’armement. Aussi les voit-on passer dans les rues de Saint-Pierre, traînant un « baluchon » quelconque. Ils ont une démarche pesante, qu’alourdit encore de grosses bottes de cuir leur montant jusqu’à micuisses. Ces bottes, ils les garderont pendant les six mois que dure la campagne. On peut dire qu’elle font partie de leur être physique.
A partir du i5 avril, les goélettes du port de Saint-Pierre, armées, équipées, pourvues du certificat de navigabilité, appareillent pour les lieux de pêche. Quels sont' ces lieux de pêche? Trop souvent, à propos du bruit soulevé parla question des pêcheries de Terre-Neuve, on s’imagine que le French-Shore attire toutes les forces vives de l’industrie morutière. Il n’en est rien. L'a pêche sur le French- Shore est insignifiante, si on la compare à celle qui se pratique sur les Bancs, la seule qui met en mouvement tant d’hommes et tant de navires.
Les Bancs.
Les Bancs sont situés au Sud et au Sud-Est de l’île de Terre-Neuve. Ce sont d’immenses territoires sous-marins dont la formation a des* causes sur lesquelles on n’est pas bien d’accord et sur lesquelles il serait trop long d’insister.
Le plus grand, nommé au reste Grand-Banc de Terre-Neuve, aflecte la forme d’un triangle, dont les côtés ont environ 270 milles de long, soit 600 kilomètres. Sa superficie est à peu près celle de l’île de Terre-Neuve ou, pour être plus compréhensible, répond à celle de trois départements français.
Cet exhaussement sous-marin est recouvert de 60 à 100 mètres d’eau. Au-dessus, voltigent quantité d’oiseaux de mer, si bien que certains patrons de goélette, ignorants de faire le point, se fient à la présence de ces oiseaux pour « mouiller l’ancre ». Ils doivent être sur le banc.
A rOuest du Grand-Banc, il s’en trouve d’autres moins importants : le Banc-a- Vert, le Baiic-de-Saint-Pierre, le Banquereau. Ce dernier est très choyé par les Français et les Américains, qui y font des pêches excessivement fructueuses. Le poisson est petit, mais très abondant, quand il donne.
Depuis longtemps, on invoque une question d’humanité pour empêcher les grands paquebots transatlantiques de prendre le Grand-Banc de Terre-Neuve en écharpe. En effet, des collisions se produisent souvent, à raison de la brume presque constante qui règne dans ces parages. Ces grands steamers, passant à toute vitesse au milieu des navires de pèche à l’ancre, peuvent être comparés à des projectiles lancés dans un jeu de quilles. Il serait à désirer qu’une convention internationale obligeât les paquebots transatlantiques à se détourner de
leur route, pour éviter le Grand-Banc. Ça ne les retarderait pas de beaucoup et bien des vies humaines seraient épargnées.
Le French-Shore.
En 1713, le traité d’Utrecht, qui reconnut à l’Angleterre la propriété de l’île de Terre-Neuve, laissait à la France le droit exclusif de pêche sur une partie du littoral. C’est cette partie du littoral qui est dénommée French-Shore. Il faut croire que cette appellation déplaît aux Anglais, car ce n’est que tout récemment qu’ils mettent une certaine affectation à désigner la côte qui nous est dévolue : Treaiy Coast (Côte des Traités). ^
Le texte des traités est si explicite qu’il ne semble pas qu’il y ait matière à contestation, encore qu un homme d’Etat anglais ait pu dire que cette question des pêcheries était a Un sport d’erreurs historiques ». Le mal est venu de ce que, par la succession des années, les habitants de Terre-Neuve, gens prolifiques, ont fait souche, ont établi des villages sur la côte oii nous avions le droit de pêcher, à l’abri de toute concurrence étrangère, et se sont mis à tendre des filets, là où nous devions être seuls. Cette tolérance devait être la source de conflits qui, sans être bien graves, se sont envenimés par suite du mauvais esprit des Tcrre-Neuviens. Soutenus par le Parlement de Saint-Jean, ils ont revendiqué le droit d’être maîtres chez eux, faisant abstraction des traités auxquels ils n’avaient pas été parties.
Il faut reconnaître que l’Angleterre, plus Juste que sa colonie, a réagi contre cette méconnaissance de la foi due aux traités. Cependant, influencée par les doléances du Parlement de Saint- Jean, elle paraît envisager comme une éventualité désirable la cession de nos droits sur le French-Shore. La question est de savoir si elle y mettra le prix, car, quoi qu’on en dise, le French-Shore a son utilité, et n est pas une valeur négligeable.
Il vaut à plusieurs points de vue; d’abord, bien que la pêche sur les Bancs attire tout notre effort maritime, il n’est pas vrai de dire que la morue s’est retirée définitivement, loin des côtes Ouest et Est de Terre-Neuve. Tant de causes peuvent influer sur les déplacements de la morue qu’il est téméraire de hasarder que ces côtes ne sont plus poissonneuses.
UX TRANSATLANTIQUE SUR LE BANC l'Dessin (!e M. Gaston Roullet).
En second lieu, il y a la baie de Saint-Georges, vaste et magnifique baie où le hareng pullule au printemps. Que le bulot vienne à disparaître du Banc, que le Parlement de Saint-Jean applique avec rigueur les dispositions prohibitives du Bait-Act, la baie de Saint-Georges sera notre Palladium contre la malveillance terre-neuvienne.
Enfin, sans revenir sur la question, aujourd hui oiseuse, de savoir si le homard
LUS PÊCHEURS A TERRE (Dessin de Gaston Roullet).
est un poisson ou un crustacé, il s est établi le long du French-Shore quelques lîomarderies françaises, et il importe, pour la prospérité de ces industries nouvelles, que notre droit illimité, quant au genre de pêche, ne perde pas sou caractère.
Les homarderies.
On compte sur la côte Ouest de Terrc-rseuve i5 homarderies, entre les mains de sept concessionnaires français, contre 5q homarderies anglaises. On voit, par ces chiffres, que les Anglais n’ont pas eu à se plaindre du modus vi\eudi intervenu en i88i.
Aux termes de cet arrangement, ce sont les commandants des deux divisions navales, française et anglaise, qui, après entente, accordent les places où doivent s’élever les homarderies.
D’après une statistique de ces cinq dernières années, nos établissements de conserves auraient fourni en 1893, 2.202 caisses; en 1896, 3.235; en 1897, 3.3ao ; en 1898, 2.58i, et en 1899, 2.829. Chaque caisse comprend 48 boîtes de homard et la boîte contient environ 5oo grammes. Le homard rais en boîte se paie 5 centimes; il entre dans chaque boîte un ou deux homards suivant la grosseur.
Division navale.
Chaque année, la Division navale, composée de deux croiseurs et d’un avisotransport, sous le commandement en chef d'un capitaine de vaisseau, a pour mission de veiller à la sauvegarde des intérêts français sur le French-Shore. Le gouvernement anglais, de son côté, met en ligne cinq bâtiments de guerre, sous les ordres d’un commodore.
Ces deux Divisions navales évoluent dans les parages de Terre-Neuve et prennent contact à des dates indéterminées. Si des difficultés surviennent entre pêcheurs français et anglais, il y a un échange de notes entre les deux commandants qui règlent d’une façon pacifique ces petites querelles souvent aiguës, mais hors d’état de dégénérer en casus helli.
La petite pêche.
La petite pêche s’exerce autour des îles Saint-Pierre et Miquelon dans des canots à fond plat, dénommés warys. Ces embarcations non pontées se dirigent à la voile ou à l’aviron, suivant que le temps est plus ou moins maniable. On compte dans la colonie 453 warys que montent i o5o hommes.
Le petit pêcheur a une position supérieure à celle du marin-banquier, en ce sens que, propriétaire de son wary et du gréement d’icelui, il exploite les fonds de pêche pour son propre compte. Il a un matelot, son « avant », à qui il abandonne le tiers de la pêche, gardant pour lui les deux autres tiers.
Le métier de ces deux hommes n’est pas une sinécure. Il faut qu’ils s’approvisionnent de boitte, qu’ils pêchent, qu’ils rapportent à terre la morue pêchée, ({u’ils la tranchent, qu’ils la salent, et tous les jours, c’est à recommencer. A peine ont-ils le temps d’accorder quelques heures au sommeil.
Pour peu que la chance le favorise, le petit pêcheur, au bout de sa campagne, peut mettre de côté douze à quinze cents fr,, net.
La morue.
La morue a établi sa demeure dans les parages de Terre-Neuve avec une telle vertu prolifique qu’il n’y a pas de place pour les autres poissons. Elle affectionne les Bancs, ces hauts plateaux sous-marins, où elle trouve une nourriture à son goût. Il est possible aussi que la température des eaux soit pour quelque chose dans son cantonnement. On a remarqué que sur les Bancs, la mer avait un abaissement de température de lo à i5 degrés. Or la morue se plaît dans les fonds où le thermomètre-plongeur marque une température d’environ 5 degrés centigrades au-dessus de zéro.
Malgré les effroyables hécatombes dont chaque nouvelle campagne amène le retour, la morue ne diminue ni comme nombre, ni comme grosseur. Elle se sauve
par sa prodigieuse fécondité. On a compté dans le ventre des femelles plus de neuf millions d’œufs. Dieu sait cependant si les moyens mis en œuvre pour la prendre se sont multipliés ef même perfectionnés ! L’emploi des doris a réalisé sur les anciennes chaloupes un progrès dont il convient de parler.
Les doris sont des embarcations légères à fond plat, tenant admirablement la mer. Elles s’encadrent les unes dans les autres, ce qui fait qu’on peut les charger sur le pont de la goélette de pêche , où la place est toujours à ménager. Dès qu’on amène les doris à la mer, deux hommes s’embarquent dans chaque doris, et vont à plusieurs milles de la goélette, tendre les lignes de fond. Ces lignes sont garnies de 2 mètres en 2 mètres d’avançons munis d’un hameçon. A l’hameçon pend l’appât, autrement dit la boitte ; et le fer de l’hameçon a beau dépasser 1 appât , la morue les ma.ri.ns embarquant dans un doris
n’y regarde pas de si près. (Dessiu de M. Gaston RoriABx).
Elle happe tout et reste accrochée, victime de sa gourmandise. Il n’est pas rare, dans une marée, de prendre 3 000 morues sur 12000 hameçons boîttés.
La boitte.
11 serait superflu d’insister sur la voracité de la morue, mais ce que l’on sait moins, c’est le goût capricieux qu’elle montre pour certains appâts. Ces appâts, il faut les varier pour ainsi dire périodiquement.
En première pêche (d’avril à juin), c’est sur le hareng que la morue concentre son appétit. La boitte de seconde pêche (juin à juillet), est le capelan, petit poisson blanc à dos noir, un peu plus grand qu’une sardine. La troisième pèche, qui s’étend de juillet à octobre, se fait avec l’encornet, mollusque genre pieuvre, dérivé des calmars et des seiches.
Rien de plus curieux que la pêche de l’encornet. Il se laisse prendre à la turlutte. Dès qu’il apparaît à la portée du pêcheur, il lance un jet noirâtre dont on a bien de la peine à éviter les éclaboussures corrosives.
La morue mord à ces différentes boittes, mais elle est également friande de moules, de coques, et généralement de toute pâture fraîche et non salée. C’est ce qui explique le succès d’une boitte, dont la nouveauté ne date que d’une dizaine d’années, le bulot, que les marins-banquiers, dans leur argot maritime, appellent aussi « cou-cou ».
Le Bait-Act.
Pour se rendre compte du française , il faut savoir de Saint-Jean avait voté une tants de Terre-Neuve d’ap boitte nécessaire à la pêche (c’était le nom de la mesure nous) avait pour but d’anni la rendant impossible. Pas Comment allions-nous* parer boitte fréquentent en les anses et les baies étions tributaires de nos que ceux-ci nous dé de ^la boitte , nous pour exploiter les fonds La nécessité rend in et les Fécampois, qui campagne sur le Banc, inspiration, faute de leurs lignes avec un abondance au fond de Ils obtinrent des geux. Leur exemple fut ce mode de boîttage lisé qu’il distance tous pourrait rivaliser avec le trouve, sur le sert immédiate
service signalé qu’a rendu le bulot à la pêche
qu’en 1886, le Parlement loi qui défendait aux habiporter aux Français toute de la morue. Le Bait-Act législative prise contre hiler la pêche française en de boitte, pas de morue!
le coup ? Les poissonsquantités considérables de Terre-Neuve. Nous voisins, et du moment niaient la fourniture étions fort empêchés de pêche.
ventif. Les Diéppois passent toute la eurent l’heureuse harengs, de boîtter coquillage qui gît en la mer.
résultats fort avantasuivi, et depuis lors, s’est tellement générales autres. Quel appât le bulot ? En effet, on Banc même, et on s’en ment.
TURLUTTES,
ENCORNETS, ENGINS DE PECHE (Dessin de M. Eugène Le Mouël).
Le bulot.
Le bulot est le buccin ondé, Buccinum luidatum de Linné. C’est une grosse limace, ou, pour être plus exact, puisque nous sommes en matière maiûtiine, un bigorneau de forte taille qui se reproduit avec une puissance prolitlque incroyable. On ne le trouve pas sur tous les fonds, mais là où il se trouve, il pullule en quantités prodigieuses. Sous cette drague, on se demande s’il ne finira pas par disparaître. Des pêcheurs prétendent que, déjà, il diminue de grosseur, ce qui serait un signe de dégénérescence. Cependant, malgré les razzias dont il est l’objet, sa race n’a pas l’air de s’éteindre.
Comment le pêche-t-on ? A l’aide de casiers amorcés tantôt avec de la viande de cheval, tantôt avec des têtes de morues. Ces casiers, plongés au fond de la mer, sont ramenés à la surface, au bout d’un certain temps, avec une provision de bulots. A coups de maillet, on défonce la coquille, on extrait l’animal et on fixe sa chair sur l’hameçon.
A raison de l’importance qu’a acquise le bulot, on a pensé qu’il serait utile aux
pêcheurs de connaître les parties du Grand-Banc où on est plus sûr de le rencontrer. Des cartes, où sont notés les gisements du précieux mollusque, ont été dressées par les soins des officiers delà Marine militaire, mais ces cartes n’ont qu’une valeur relative. Qui le croirait ? Le bulot est migrateur, encore qu’il paraisse impropre à la locomotion. Là où il était en abondance telle année, on ne le retrouve plus l’année suivante. L’essentiel, c’est qu’il ne s’épuise pas, par suite de l’énorme consommation qu’on en fait.
Préparation de la morue.
Dès que les lignes sont levées, les doris rappliquent vers la goélette qui est au mouillage. En temps de brume, la goélette corne ou tire des coups de pierrier, car les doris peuvent s’égarer (on dit alors qu’ils sont en dérive).
A peine le doris a-t-il accosté la goélette, que les morues sont jetées sur le pont. Sans désemparer, on les ouvre, on rabat les deux ailes en écran, on met de côté le foie et les œufs (la rogue), pendant que l’on jette à la mer la tête et les entrailles. Le poisson lavé est ensuite placé dans la cale et mis dans le sel. Ainsi préparée, la morue s’appelle « morue au vert ».
La goélette Saint-Pierraise, qui est généralement d’un assez faible tonnage, ne peut rester sur le Banc au delà de trois semaines ou un mois. Il lui faut se ravitailler en boitte, sel et vivres. Quand donc le patron juge le moment opportun, il lève l’ancre et appareille pour Saint-Pierre. Arrivé dans ce port, il débarque la morue pêchée, fait ses provisions, et repart sur le Banc, où il accomplit une autre période de séjour.
La morue qu’il a déposée est alors transportée sur une habitation où elle subira diverses manipulations, à la suite desquelles elle deviendra morue sèche.
Le séchage de la morue implique une série d’opérations qui, sans être très compliquées, demandent une grande attention. La morue est d’abord lavée, puis débarrassée de son sel. Après quoi, on l’expose sur la grave. Mais cette exposition demande un temps spécial. Il faut du soleil, un soleil pas trop ardent, tempéré pai une brise fraîche. Or, à Saint-Pierre, les beaux jours se comptent. Il y a des brumes persistantes, et il n’est pas toujours prudent d’aventurer la morue sur les grâves, où les variations de température peuvent la détériorer à ce point qu’elle serait « morue de rebut ».
A raison de ces contre-temps qui tiennent à l’état de l’atmosphère, un mode de séchage artificiel serait le bienvenu. On a pensé à l’emprunter aux Anglais. A Halifax notamment, le procédé Whitmann, basé sur le principe de chauffage à l’eau chaude dans les appartements, est assez généralisé. Un armateur de la colonie, M. G. Beust, a introduit ce système et s’en est bien trouvé. Malgré cela, son exemple n’a pas été suivi, et on continue à avoir recours au séchage naturel, légué de père en fils.
Principaux marchés.
La morue de Terre-Xeuve est, sans contredit, celle qui fournit à la consommation universelle la plus large part. Dans le Nord de la France jusqu’à Paris, la morue d’Islande a la suprématie, mais en Bretagne et dans le ^lidi, la morue de Terre-Neuve a toutes les préférences.
Les traités de commerce avec l’Espagne et l’Italie ont été très favorables aux expéditions de morues. Par Alicante d’un côté. Gènes et Livourne de l’autre, nous fournissons aux Espagnols et aux Italiens une denrée de conserve très appréciée, tant par sa bonne préparation que par le mode d’emballage, appropriés aux goûts de la clientèle.
Dans le Levant, c’est la morue de Terre-Neuve qui est la plus répandue.
A raison de leur proximité avec Saint-Pierre, les Etats-Unis présentent un marché tout trouvé. Il est vrai que les acheteurs américains ne veulent que de la morue de choix et indiquent les quantités dont ils ont besoin. La morue leur est expédiée en fûts, et réexportée sur les Antilles anglaises et les pays espagnols.
Les Antilles françaises, Guadeloupe et Martinique, sont un débouché important, la population créole de ces îles mangeant de la morue presque à chaque repas. Depuis le tarif général des Douanes, il y a un droit prohibitif sur les morues provenant de l’étranger. La morue française a donc, seule, accès dans nos possessions des Antilles. Elle est expédiée en boucauts, et se compose toujours de petit poisson.
Les prix de la morue.
Une question intéressante qui s’élève au début de chaque campagne, est de savoir à quel prix se vendra la morue. Elle est souvent achetée avant d’avoir été * pêchée. Les transactions entre vendeurs et acheteurs roulent
sur des chargements entiers, et le cours se fait habituellement à Bordeaux, qui est le grand réceptacle des produits de pêche
de Terre-Neuve.
Les prix varient d’une année à ’autre. Ainsi pour ces trois dernières la morue a été payée entre 17 francs le quintal, u’entend-on par quintal ? Il faut préciser : à Saint-Pierre-Miquece n'est pas le quintal métrique sert de type, mais le demi-quintal, dont le poids est de 55 kilogrammes pour la morue verte, et de 5o kilogrammes pour la morue sèche.
Les oscillations du prix de la morue tiennent à une infinité de causes. Ainsi, pour ne citer qu’un exemple, si l’hiver est rigoureux, les légumes étant tardifs, on mangera plus de morue. Au contraire, avec un hiver doux et humide, les productions de la terre arrivant sur le marché, la morue sera moins demandée, si bien que, lorsque la nouvelle campagne s’ouvrira, il y aura des stocks non écoulés, et les prix d’achat proposés seront moins élevés.
Il faut faire entrer en ligne de compte la spéculation. Les acheteurs de morues obéissent à des prévisions qui sont souvent déjouées, et leurs opérations sont extrêmement aléatoires. Ils ont bien vite fait de gagner ou deperdre i fr. ou u fr., par quintal, et comme l’opération peut se chiffrer par cent mille quintaux, on voit tout de suite le gain qu’ils peuvent réaliser, ou le bouillon auquel ils s’exposent.
A Saint-Pierre, les armateurs sont presque tous vendeurs de morues. On les appelle des « producteurs ». S’il y a des années où la morue s’est vendue 20 fr. le
LE PESAGE DE LA MORUE (Dessin de M. Eugène Lk Moukl).
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