LES
SAINT-PIERREf
Au premier plan, les Graves.
derrière, le Barachois, la ville de Saint-Pierre; a
Diorama de M.
Peintre des Départements
Ils
■OLOM^ANÇAISES
il.jroN ROULLET,
,çnta Marine et des Colonies.
fermant la rade.
quintal, il y a eu d’autres années où le prix n’a été que de 12 fr. Comme l’avenir d’une campagne dépend d’un prix plus ou moins rémunérateur, on saisira tout de suite l’intérêt de la question : Combien sera payée la morue ? 11 n’y en a pas de plus palpitantes dans la colonie.
Primes d’encouragement.
L’industrie de la pêche à la morue est primée par le Gouvernement français et c’est une des causes qui explique pourquoi elle est florissante. Dix fr. de primes sont accordés par quintal de 5o kilogr., sur les morues sèches expédiées de Saint- Pierre à destination des colonies françaises ou des pays étrangers.
La morue verte, expédiée de Saint-Pierre sur un port de France, n’est pas primée, mais si elle est séchée en France et réexportée à l’étranger, il lui est alloué une prime de 8 fr. par quintal de 5o kilogr.
Indépendamment des primes sur les produits de pêche, il y a les primes d’armement. On alloue 5o fr., par homme d’équipage, quand le navire est armé avec sécherie, et 3o fr., par homme, quand le navire est armé avec salaison.
Ces allocations se justifient en ce sens que, n’ayant pas les avantages des Terre-Neuviens qui pêchent pour ainsi dire sur place, les armateurs français sont obligés de faire venir de la métropole des pêcheurs, dont les frais de déplacement sont élevés. En outre, on a toujours regardé la navigation en vue de la pêche à la morue comme propre à former des marins capables et pleins d’endurance. Il faut croire que ces arguments ont leur valeur, car depuis 1816, les lois sur les primes ont été constamment renouvelées.
La dernière, en date du 3i juillet 1890, expire le 3o janvier 1901, mais tout fait présumer qu’à l’égal de ses devancières, elle sera renouvelée pour une période de dix ans.
Autres industries.
Par l’exposé qu’on vient de lire, on voit qu’à Saint-Pierre et Miquelon, tout gravite autour de la pêche de la morue.
Les industries maritimes sont donc les seules à peu près qui comptent.
Les calfats, les charpentiers, les forgerons, les voiliers, les poulieurs,.ne manquent pas d’ouvrage. Deux cales de radoub ou patent-slip, parfaitement agencées sont toujours prêtes à recevoir les bateaux qui ont subi des avaries. Une fonderie est en état de pourvoir aux nécessités pressantes.
L’outillage est donc complet. Quatre remorqueurs à vapeur sont constamment occupés à entrer ou sortir les navires.
QUAI DE LA RONCIÈRE (D’api'ès une photographie communiquée par M. le docteur Bouillon).
Pour s’affranchir de l’asservissement étranger, on a fondé une biscuiterie, une fabrique de vêtements cirés pour marins, deux fabriques de doris et des tonnelleries fonctionnent en vue de pouvoir emboucanter la morue.
En dehors des industries maritimes, les autres professions industrielles, qui n’ont à satisfaire dans le pays que les besoins journaliers, ne sauraient acquérir un bien grand développement. On compte à Saint-Pierre : 2 imprimeries civiles ; 9 maîtres-menuisiers ; 2 maîtres-maçons ; 5 peintres eu bâtiments ; 6 élablissements de forgerons; 6 ateliers de ferblanterie; 5 cordonniers; 5 horlogers; 4 coiffeurs ; ii teneurs de lavoirs; 3 hôtels à voyageurs; 18 teneurs de pension, 18 boulangers; 10 bouchers; 16 cafetiers.
Les métiers féminins n’ont guère d’avenir. Les objets d’habillement arrivent tout confectionnés. On a essayé de former des dentellières. La tentative n’a pas réussi.
La Vie Saint-Pierraise.
Saint-Pierre a le train de vie peu folâtre qu’on mène dans toute petite ville. Les gens sont cancaniers, et, en vérité, on ne saurait leur en faire un reproche. Enfermés dans une île où l’espace est forcément circonscrit, ils sont les uns sur les autres, comme à bord d’un bateau. Faute d’idées générales, les personnalités, les travers, les froissements, sont les sujets communs de la conversation, et, quand la médisance vient brocher sur le tout, les relations s’en ressentent, et il y a des brouilles dont la futilité des causes n’exclut pas la vivacité.
Pendant l’hiver, c’est le désœuvrement complet, mais qu’on ne croie pas pour cela que chacun se confine au coin de son feu. Il n’y a pas une petite ville de province où on soit plus noctambule qu’à Saint-Pierre. Malgré la neige, le verglas, on ne voit, le soir, que des gens emmitouflés et encapuchonnés, se rendant à quelque rendez-vous. A 10 heures, un tambour bat la retraite, mais ce n’est pas l’heure du couvre-feu ; il y a toujours des portes hospitalières qui s’ouvrent clandestinement, pour que la petite fête continue.
Si les plaisirs intellectuels sont rares, la vulgarité des distractions n’empêche pas que ces distractions ne soient fort courues. Les bals, par exemple, se succèdent dans toutes les classes de la société, depuis le bal par cotisations qui se donne à l’Hôtel Joinville, jusqu’aux bals plus modestes où l’on danse au son d’un violon ou d’un accordéon, en tapant du pied pour marquer la mesure. L’aube se lève qu’on danse encore.
Le patinage procure également un plaisir à bon marché. Comme les étangs, bien que glacés, sont recouverts de neige, on a eu l’idée de construire un bâtiment couvert, le Shating-Eink, où, moyennant un abonnement, les patineurs peuvent exercer leur virtuosité qui serait remarquée même au Palais de glace, à Paris.
Au carnaval, les deux bals parés et masqués du Rink sont la grande attraction de la saison.
, Le printemps coïncide avec la reprise des affaires. Pendant le mois d’avril, une activité fiévreuse saisit tout le monde, puis, quand les navires de pêche sont expédiés sur les Bancs, on songe à utiliser ses loisirs. Une route traverse l’île, celle qui conduit à la pointe extrême de Savoyard, bordée do maisons do campagne. On s’y rend, qui à pied, qui en voiture, qui en bicyclette. Des piquenique sont organisés dans la montagne, où, à défaut d’ombrage, on peut s’étendre sur le versant moussu des collines. Si mieux on aime, au mois d’aoùt, par exemple, se livrera la cueillette des myrtilles (pommes des prés et bleuets) portés
sur des plantes vasculaires ; Kalmia, Myrtillus, Juncus, Carex, Eubus, Chaviæmorus, on peut glisser la main sous les feuilles de ces arbustes nains sans crainte d’être mordu par un reptile quelconque. Dans toute l’île on ne rencontrerait pas un animal nuisible.
Il n’y a pas de fêtes patronales. Cependant les processions de la Fête-
Dieu, les réjouissances du mois d août attirent un sonnes qui ne deman et à arborer les Il y aurait chapitre des toi Pierre, la coquet dominant chez chez les hommes au café. Il n’y a où les catalogues gasins de Paris, ballots, ne soient de ferveur. Le l’Amérique où , mense ma fections ha kee des deux sur la ma tir des Sainttant le pê tropolitain apparaître au minable dans ron bleu tout tant le pê Pierrais se airs de mirli « complet »
neuf. Les aussi , n’ont à la banalité tion . Les laissent le
i'HARE DE GALANTRV
(D’après une photographie communiquée par M. le Docteur Houillon).
i4 juillet, les régates du grand concours de perdent qu’à se distraire modes nouvelles, long à dire sur le lettes. A Saint terie est le défaut les femmes, comme besoin d’aller pas de colonie des grands maexpédiés par lus avec plus voisinage de dit-on, un imgasin de conbille les Yansexes, a influé nière de se vê- Pierrais. Aucheur mé qu’on voit printemps est son bourgerapiécé, aucheur Saintdonne des flore, avec un tout battant femmes, elles pas échappé de la confecservantes débonnet de
paysanne pour le chapeau à plumes, les épaules rabattues par des palatines en fourrure qui les engoncent affreusement. Ce goût immodéré pour le « new-fashion u est tellement général, que pour se distinguer du commun, les dames du high life ont adopté le port de la voilette. Par un usage tacitement respecté, la voilette est le signe distinctif du rang social et de la respectahility.
Il faut croire que la vie Saint-Pierraise, si monotone qu’elle puisse paraître, a son charme, car ceux qui sont nés dans le pays ne peuvent s’en détacher. S’il le quittent momentanément, un désir invincible les pousse à revenir, et quand au retour d’un voyage, ils aperçoivent le phare de Galantry, ils éprouvent la joie des Hébreux à la vue de la Terre Promise.
La chasse.
On compte presque autant de chasseurs que d’habitants. En hiver, le marinpêcheur va chercher son déjeuner sur la vague. Les caps sont couverts d’oiseaux de mer, de palmipèdes marins, parmi lesquels il faut citer toutes les variétés de canards sauvages dont les principales sont les moyacs, les cacaouites, les bacayères, les bec-scies, etc... Quand une pièce tombe à l’eau, le terre-neuve bondit, plonge et va la chercher. Si l’on pèche en embarcation, on pose des statues (simulacres en bois grossièrement façonnés), pour attirer le gibier, qui s’y laisse prendre, et, quand il est massé, on tire dans le tas. Le tireur revient souvent avec des trophées qui démontrent qu’il n’a pas brûlé inutilement sa poudre.
La chasse du gibier de mer est permise en tout temps. Il n’en est pas de même de celle de la perdrix. Ce volatile hiverne dans les fourrés de Langlade et de Miquelon. Il est connu sous le nom de « Lagopède », et présente cette particularité qu’il est blanc en hiver et gris en été. Un peu plus fort que la perdrix de France, le lagopède a une chair très délicate. Il se rassemble par compagnies et ne se lève que débusqué par le chien.
Le lapin de provenance de Terre-Xeuve, quoique acclimaté dans la colonie seulement depuis une vingtaine d’années, s’est multiplié dans d’étonnantes proportions. Il se rapproche beaucoup du lièvre. Il ne terre pas, et quoiqu’il constitue un excellent manger, cependant en hiver comme il ne se nourrit que de pousses de sapin, il s’imprègne de l’odeur particulière à cet arbuste.
Outre la perdrix et le lapin qui sont le principal objectif du chasseur Saint- Pierrais, il y a encore la bécassine qu’on trouve sur les étangs. D’autres échassiers et palmipèdes fréquentent aussi les marais. Dans les plaines, on chasse le courlieu, le pluvier, les ortolans ; le long des dunes, les maubèches, les bécasseaux, les hirondelles de mer; dans les bois, les merles, et par surprise les renards qui ont des fourrures magnifiques.
Enfin, on peut chasser le phoque sur les plages du Grand-Barachois de Langlade qui découvrent à mer basse. Ces animaux vont par bandes, mais telle est leur prudence qu’il est difficile de les surprendre, et les chasseurs, qui traînent derrière eux toute une artillerie, assistent à une débandade et à des plongeons, sans pouvoir mettre à profit leur appareil de guerre
La pêche.
Les pêcheurs à la ligne qui vont taquiner la. truite sont fort nombreux, et leur ambition s’explique par le nombre des étangs sur lesquels peuvent s’étendre leurs gaules. Les eaux intérieures des deux îles sont évaluées à i 200 hectares, mais elles n’offrent d’habitat qu’à trois types de poissons : l’éperlan, l’anguille, et la truite.
De ces trois types de poissons, la truite est seule recherchée, et elle mérite de l’être. Généralement saumonée, elle atteint des dimensions et un poids qui nécessitent qu’on use avec elle du tourniquet pour la noyer, sans quoi elle casserait la ligne. Il n’est pas rare dans une journée de revenir avec vingt livres de truites dans son panier. On pêche au ver de terre ou encore à la mouche artificielle. Un contretemps fâcheux, quand on va à la pêche, c’est la nuée de moustiques dont on est assailli, s’il fait calme. La piqûre de ces moustiques est tellement doulou-
reuse, qu’il faudrait un courage surhumain pour ne pas plier bagage. Le moustique est la plaie de la campagne Terre-Neuvienne, qui abonde en tourbières.
Du côté de la mer, les fervents de la pêche n’ont pas beaucoup le choix. C’est toujours la morue que l’on tire hors de l’eau, et on en a vite assez. A mer basse, on peut récolter des bigorneaux dits vignots et des oursins, mais la variété des coquillages est fort pauvre. Il n’y a réellement d’abondants que les homards qu’on trouve dans le creux des rochers. On a beau les draguer aux mêmes endroits, le lendemain il y a toujours un remplaçant. La langouste est inconnue ; seul, le homard représente le genre crustacé. Sa valeur comestible laisse à désirer.
Mentionnons encore la moule qui, dans les étangs marins de Miquelon, se trouve en quantité considérable. Elle sert peu à l’alimentation. Les petits pêcheurs l’emploient comme boitte. Il serait à désirer que la culture artificielle de la moule vînt ajouter un élément de richesse déplus dans la colonie. Si les étangs de Saint-Pierre recélaient la moule, quel avantage pour les petits pêcheurs souvent à court de boitte et obligés d’aller la chercher fort loin !
Climat.
Nous n’étonnerons personne en disant que les Iles Saint-Pierre et Miquelon ont un climat froid.
L’hiver est très long plutôt que rigoureux. Les basses températures varient
en général entre : — i4° et i6°. - — En revanche, les étés manquent de chaleur et les maxima absolus dépassent rarement -j- 22®. Au surplus, pour s’en tenir à un détail typique, les poêles s’allument en octobre, pour ne s’éteindre qu’en juin.
Les premières neiges font leur apparition en novembre, mais ce n’est qu’en janvier qu’elles s’établissent d’une façon permanente, pour ne
des journées de poudrin ^ Elles sont rares, heureusement. On appelle jDOudrin une neige tamisée, impalpable, roulée en tourbillon par le vent. Elle pénètre par les moindres issues dans l’intérieur des maisons. Elle vous met au déü de sortir.
Les brumes ne sont fréquentes qu’en été. Elles durent quelquefois une semaine et même plus, sans discontinuer. Dès que les volutes de brume se déroulent audessus de Saint-Pierre, immédiatement la sirène à vapeur entre en mouvement. Un cri de taureau qu’on égorge se répète toutes les deux minutes, pendant six secondes.
disparaître complètement qu’en avril. Parlerons-nous
EFFET DE NEIGE (Dessin de M. Gaston Roullet).
Rien n’est plus changeant que le temps à Terre-Neuve. On a remarqué maintes fois que, dans la même journée, les vents font le tour du compas. Les personnes qui ont les bronches sensibles s’accommodent mal de ces brusques variations de température. Tel qui a été sans pardessus, le malin, est obligé de le remettre dans l’après-midi. On ne sait jamais s’il faut se couvrir ou se découvrir.
Les orages sont rares. A peine en compte-t-on un ou deux par an.
Population.
La population des Iles de Saint-Pierre et Miquelon s’élève à 6 352 habitants, ainsi décomposée : 5 289 à Saint-Pierre, 5q4 à PIle-Aux-Chiens, et 619 à Miquelon.
Sur ces 6 352 habitants on compte i o5o étrangers. Presque tous appartiennent à la nationalité anglaise et sont nés à Terre-Neuve.
La population flottante se compose des fonctionnaires et de leurs familles, ainsi que d’un certain nombre d’hivernants (3oo environ). Ces hivernants sont des marins nés en France, y ayant conservé leur domicile, et qui obtiennent l’autorisation de passer l’hiver dans la colonie pour ne pas être obligés de revenir au printemps, ce qui leur évite la dépense d’un double voyage d’aller et retour. La plupart se placent comme domestiques ou comme ouvriers.
Assistance publique.
La population sédentaire qui se compose en grande partie de pêcheurs est pauvre. Comme on l’a remarqué dans les pays ichthiophages, la natalité est vivace. Il n’est pas rare dans une famille de compter cinq ou six enfants, et quand la mer, cette grande nlangeuse d’hommes, fait des veuves, il est tout naturel que l’Assistance publique concoure à atténuer, dans la mesure du possible, les misères causées'par la privation du chef de famille.
Sous ce rapport, la colonie ne faillit pas à ses devoirs. Un ouvroir a été fondé qui garde et entretient les orphelines pauvres jusqu’à l’âge de 18 ans. Sur les fonds du budget local, une mensualité de i5 fr. est payée aux familles qui se chargent d’un orphelin. Le bureau de bienfaisance de Saint-Pierre a un budget qui se chiffre annuellement par 12000 fr. Le Gouverneur a i 5oo fr. à sa disposition, pour venir en aide aux infortunes cachées. Bref, on peut estimer à 5oooo fr. les charges qui incombent à l’Assistance publique, rien que pour Saint-Pierre.
A côté du rôle que s’attribue l’Administration, il y a l’initiative privée. Si les caisses de retraite pour ouvriers n’existent pas, des sociétés de secours mutuels se sont organisées en vue de secourir ceux que la maladie a interrompus dans leur travail. On compte trois Sociétés de bienfaisance : la Société de secours aux marins, la Société de secours mutuels et celle du Sou quotidien, ces deux dernières spécialement pour les ouvriers d’état.
Enfin, il nous faut parler d’une institution spéciale aux Iles Saint-Pierj’e el Miquelon, qui a rendu de grands services lors de la reprise de possession, qui dure encore et qui se maintient, malgré les critiques dont elle est l'objet. Je veux parler du livret. Comment faire vivre le marin-pêcheur qui reste inoccupé pendant six mois de l’hiver, qui a une famille dont les besoins sont pressants? I.a législation locale lui reconnaît le droit d’aliéner sa pêche future à un fournisseur [>rincipal, chargé de l’entretenir, lui et sa famille, pour tout ce qui est objet de première nécessité. En revanche, ce fournisseur principal, pour rentrer dans ses avances, a un privilège sur la morue pêchée. Les marchandises fournies sont
•.-AUX-CA.is’ONS (iVapr.ès une photographie communiquée par M. le Docteur Hoiillon).
consignées cur un lirret, sorte de petit carnet visé par le juge de paix, et qui doit rester entre les mains du pêcheur. A la Saint-Michel (29 septembre), le livret est liquidé c est-à-dire qu’on défalque sur le montant des fournitures le prix de la morue pêchée.
Soins médicaux.
L’archipel Saint-Pierrais est salubre. Il n’y a pas de maladies spéciales au pays. On y vit même plus longtemps qu’en France. Cependant il y a une telle agglomération d’hommes pendant la saison de pêche, que le service médical n’est pas toujours numériquement en état de répondre à toutes les éventualités.
On compte cinq médecins, trois qui appartiennent au corps de santé colonial, deux au titre civil.
L’hôpital, qui compte 70 lits, avec salle de désinfection, étuve à vapeur, amphithéâtre, etc., reçoit les gens de mer embarqués sur les navires de commerce, graviers et pêcheurs employés pour le compte d’un armement, les ouvriers et les pêcheurs hivernants, les indigents, les marins étrangers.
Contre les épidémies du dehors, un lazaret estétabli àl’Ile- Aux- Vainqueurs. le remorqueur (Dessin de M. Gaston Roullet).
En cas d’épidémies en ville, telles que la diphtérie, la variole, la fièvre typhoïde, un sanatorium accueille les sujets qui doivent être isolés.
Ce sont les sœurs de Saint-Joseph de Cluny qui, avec cinq infirmiers, assurent le service médical hospitalier, sous la direction d’un médecin colonial de i” classe, chef du service de Santé.
En ville, i pharmaciens, 3 sages-femmes pourvoient, en ce qui concerne leur partie, aux besoins de la population.
L’Œuvre de mer.
Cette Société, qui ne date que de trois ans, a comblé une lacune qui se faisait vivement sentir, contrairement à ce qui se passe depuis longtemps en Angleterre. Deux navires-hôpitaux ont été créés, un pour l’Islande, l’autre pour Terre-Neuve. Le Saint-Pierre (tel est le nom du navire affecté à la pêche de Terre-Neuve), se rend sur le Grand-Banc, recueille à son bord les malades et les blessés, et les amène au chef-lieu de la colonie, où ils sont transportés à l’hôpital. S’ils guérissent, le Saint-Pierre les rapporte à leur goélette de pêche.
En outre, l’Œuvre de mer a installé en ville une maison de famille, où les marins-banquiers, pendant les escales, aiment à se réunir. Ils trouvent du papier pour écrire à leur famille, et un timbre d’affranchissement, qui leur est octroyé
gratis, encourage leur verve épistolière. Des jeux et des livres mis à leur disposition, ainsi que des soirées où on tire des tombolas, sont des tentatives louables pour les détourner du chemin, malheureusement trop connu, qui mène au cabaret.
Les Cultes.
Le clergé de Saint-Pierre et Miquelon se compose d’un Supérieur ecclésiastique, en même temps curé de Saint-Pierre, et de quatre prêtres, les uns vicaires, les autres desservants des petites communes. La population est entièrement catholique. On compte à peine deux cents protestants, tous d’origine anglaise, qui entretiennent à leurs frais une petite chapelle dirigée par un pasteur, lequel ne reçoit aucune subvention.
Organisation administrative.
L’administration du pays est confiée à un Gouverneur, qui réside à Saint-Pierre. Représentant de l’autorité métropolitaine, ce gouverneur a l’entière responsabilité de la bonne marche des services.
Il est assisté d’un Conseil privé qui se compose de deux chefs d’Administra tion ; le
PLACE DU GOUVERNEMENT (D'après une photographie de M. le Docteur Houillon).
Chef du Service administratif et le Chef du Service judiciaire, et d’un habitant notable nommé par décret pour deux ans. Ces Conseillers donnent leur avis
dans les affaires qui leur sont soumises.
Le Conseil privé se transforme en Conseil d’Administration, toutes les fois qu’une question peut engager les finances de la Colonie. Il s’adjoint alors deux
membres en plus : le Maire de Saint-Pierre et le Piésident de la Chambre de Commerce. Ces cinq membres délibèrent sous la présidence du Gouverneur qui garde toujours, vis-à-vis de ses conseillers, une autorité souveraine.
Le vote du budget est l’alTaire qui motive l’examen le plus sérieux du Conseil d’Administration. Ce budget s’élève annuellement à environ cinq cent mille francs. Ce sont les droits de douane, évalués à 35o ooo fr., qui forment la majeure partie des recettes. En regard, les autres impôts sont insignifiants.
Il y a un Conseil du Contentieux administratif qui a les mêmes attributions que les Conseils de Préfecture, en France. Cette assemblée se compose des membres du Conseil privé, auxquels vient s’adjoindre, en plus, un magistrat qui est nommé rapporteur. Un officier du Commissariat colonial remplit les fonctions de ministère public.
Le Gouverneur est secondé dans ses fonctions administratives par un fonctionnaire appelé : Chef du Service de l’Intérieur, à qui il peut déléguer certaines de ses attributions, relatives, par exemple, à l’ordonnancement des dépenses du service local. Ce Chef du Service de l'Intérieur concourt à l’administration générale, ainsi que le Trésorier-payeur et le médecin, Chef du Service de Santé, qui peuvent être appelés en Conseil, pour les affaires ressortissant à leurs services.
A raison des armements, l’inscription maritime revêt une importance qu’elle n’a pas dans d’autres colonies. Le Tribunal maritime commercial qui juge les délits maritimes est composé du commissaire de l’Inscription Maritime, président, d’un armateur désigné par le Tribunal de Commerce, du Capitaine de Port, d’un capitaine au long-cours et d’un maître au cabotage. Un commissaire adjoint colonial, chef du service administratif, a la haute main sur le personnel placé sous ses ordres. Il a particulièrement comme charge celle de faire respecter le budget de l’État.
Mentionnons enfin, la Chambre de Commerce qui a pour mission de renseigner le Gouvernement sur les intérêts industriels et commerciaux de la Colonie. Cette Chambre, composée de onze membres, tous élus par leurs pairs, nomme chaque année son président, qui peut correspondre directement avec le Ministre. Elle se réunit dans une salle spéciale et dresse procès-verbal de ses délibérations. Par arrêté du 25 janvier 1899, la Chambre de Commerce des Iles Saint-Pierre et Miquelon a été reconnue d’utilité publique.
Organisation municipale.
La colonie est divisée en trois communes : Saint-Pierre, Miquelon et l’Ile- Aux-Chiens. La municipalité de Saint- Pierre se compose d’un maire, de deux adjoints et d’un conseil municipal de 19 membres. Les municipalités de Miquelon et de l’Ile-Aux-Chiens se composent chacune d’un maire et d’un conseil municipal de i5 membres.
Le budget de la commune de Saint-Pierre s’élève à une centaine de mille fr..
FEMME SUR LA GRAVE (Dessin de M. Kugéne Le Mouki.).
tant en recettes qu’en dépenses. Quant aux deux autres petites communes, elles n’ont pas de ressources propres. Aussi pour les faire subsister, leur donne-t-on une part sur l’octroi de mer, de quoi subvenir à leurs dépenses obligatoires. Ces dépenses obligatoires montent à une dizaine de mille fr., et il faut avouer que les deux petites communes, parasites du chef-lieu, coûtent fort cher. La symétrie administrative avant tout !
Organisation judiciaire.
Elle est modelée sur celle de France, toutefois avec un personnel réduit. C’est ainsi que le Tribunal de i” Instance est composé d’un juge unique. A la juridiction supérieure, appelée : Conseil d’Appel, le président est un magistrat de carrière. Il est assisté de deux juges, pris parmi les fonctionnaires de la Colonie, à la désignation du Gouverneur. Le Parquet est tenu par un procureur de la République, qui est le Chef du Service Judiciaire. Un greffier et un commis-greffier exercent les fonctions qui leur sont habituelles.
Quand une cause criminelle se présente, le Conseil d’Appel se constitue en tribunal criminel. L’institution du jury ne pouvant fonctionner, à cause de la faiblesse numérique de la population, quatre habitants notables désignés parle sort, sur une liste de quarante noms, siègent avec les membres habituels du Conseil d’Appel, et statuent sur la culpabilité de l’accusé.
Il n’y a pas de tribunal de commerce ; c’est le tribunal civil qui juge commercialement.
Les parties peuvent expliquer elles-mêmes leurs affaires ; cependant, au cas où elles voudraient se faire représenter en justice, il leur est loisible de demander le concours de mandataires autorisés. Ces mandataires se nomment agréés. Actuellement, il y a trois agréés, pourvus du diplôme de licencié en droit, qui conseillent les parties, font la procédure et plaident devant les tribunaux.
Le Timbre et l’Enregistrement n’existent pas dans la Colonie, et si l’on ajoute que la procédure est sommaire, on met en évidence cette constatation que la justice se rend à peu de frais. Aussi plaide -t-on à Saint-Pierre pour un oui ou pour un non. L’origine'normande de la majeure partie de la population est bien pour quelque chose aussi dans l’excès des litiges qui assiègent le prétoire local.
Il n’y a qu’un seul notaire, qui réside au chef-lieu.
Instruction publique.
Huit cent quatre-vingt-six enfants des deux sexes fréquentent les écoles communales. L’enseignement primaire est le seul qui soit donné. Un établissement tenu par les Pères du Saint-Esprit, puis un collège colonial dirigé par des instituteurs laïques ont essayé d’introduire un enseignement d’un degré supérieur pour les garçons. Ces diverses tentatives ont échoué. Les parents qui veulent que leurs 01s accomplissent leurs études sont obligés de les envoyer en France.
Computation monétaire.
Il semblerait que dans un pays français, sans mélange de races exotiques, la monnaie nationale devrait être la seule en circulation. Cependant elle se trouve en telle concurrence avec des monnaies étrangères que, dans les relations journalières, elle est presque éclipsée. C’est une surprise, pour qui débarque aux lies
Saint-Pierre et Miquelon, de constater la diversité des monnaies ayant cours: monnaies d’or et d’argent anglaise, américaine, mexicaine, banknotes, doublons, demi-doublons, quart de doublons, etc. Sans doute, à cause des transactions opérées avec les étrangers qui viennent nous visiter, il faut des espèces métalliques dont ils puissent se servir, et pour attirer cet argent étranger, il convient de lui donner un léger exhaussement. Mais p
ce que l'on comprend |
moins, c’est l’inva- ■
sion invétérée des doublons or espagnols. Cette monnaie surannée, après avoir valu 86 fr. 4o»
puis 84 fr., est tombée en 1899 à 82 fr.
Elle ne s’en va pas pour cela, et telle est son abondance dans les caisses publiques qui la reçoivent pour certains paiements déterminés, que les fonctionnaires touchent leur solde moitié en numéraire national et moitié en argent étranger.
La monnaie habituelle d’échange est le dollar argent, avec ses pièces divisionnaires. Elle est acceptée à un taux supérieur à celui qu’elle a aux Etats-Unis. On
a donc intérêt à la faire venir. L’usage s’est généralisé à Saint-Pierre de compter par dollars, ce qui contribue à surenchérir les frais de l’existence. Ainsi, un objet qui vaut 2 fr. est coté un demi-dollar, soit 2 fr. 70.
Un établissement de crédit, la Banque des Iles Saint-Pierre et Miquelon, au capital de 5oo 000 fr., facilite les remises qu’on peut avoir à faire sur France et sur les pays étrangers.
Un trésorier-payeur, en même te-mps receveur municipal, représente le Trésor public.
SXIÎST-PIERRE vu DES HAUTEURS (D’jiprès une photographie communiquée par M. le Docteur Hoiullon).
Moyens de communication.
La correspondance. — Les courriers expédiés de Paris, le vendredi de cliaque semaine, par voie du Havre, sont attendus à New-York dix jours après, dirigés sur Halifax ou Sydney (Cap-Breton), et sont apportés à Saint-Pierre par le steamer postal Pro-Patria, appartenant à une compagnie Saint-Pierraise . Ce steamer,