‹ Saint-Pol-de-Léon: la cathédrale--le kreiskerChapitre 19 sur 25 · INTÉ · texte numérisé non relu

INTÉ

nettes sveltes s'élèvent avec toute la légèreté du vothique flamboyant ; de gros piliers trapus soutiennent les grandes arcades de la nef; du côté

droit, le mur est plus épais et les piliers sont plus oros, une galerie de circulation règne sous les restes de fenêtres. Le chœur n’a pas du tout de fenêtres hautes mais seulement une galerie de circulation. Enfin les bas côtés sont traversés par des sortes d’arcs-boutants intérieurs sur lesquels s’appuient les berceaux transversaux perpendiculaires à l'axe de la nef. |

De l'un et l’autre côté le dernier de ces arcs-boulants appuyé à l’un des massifs qui soutient la tour est d’une épaisseur énorme et se subdivise du côté du transept en cinq énormes archivoltes lourdes et frustes. Il y a donc dans toute cette construction un mélange singulier de lourdeur et d'élégance, assez déroutant au premier abord. Nous observons aussi des différences de style entre les fenêtres : le chœur et son collatéral, Le transept et la facade ouest ont des fenêtres de style rayonnant; les fenûtres latérales des bas côtés sont flamboyantes. Essayons de voir comment s’est constitué cet édifice singulier.

L'édifice construitaprès 1375 ne comportait point une tour aussi haute sur le carré du transept. Les bas côtés de la nef, probablement couverts de voûtes de bois en demi-berceau, avaient une toiture qui n’aveuglait pas les fenêtres de la nef. Le bas côté sud était environ de moitié moins large qu'il n’est actuellement. Seul le collatéral du chœur présentait à peu près le même aspect que maintenant : il avait déjà ses grandes fenêtres rayonnantes ; le toit (qui ne devait d’ailleurs pas être à

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pignons) montait plus haut que celui du collatéral de la nef car il n'avait point laissé place à des fenêtres et le chœur, suffisamment éclairé par sa grande verrière de fond, avait seulement, au lieu de fenêtres hautes, une galerie de circulation aveugle. Ce fut l’œuvre du xv° siècle de construire la tour et de transformer les bas côtés.

Pour porter la tour il fallut élever aux quatre angles du carré du transept des massifs énormes. Du côté est la tour fut appuyée par des ares-boutants extérieurs, mais du côté ouest les ares-boutants furent placés de telle façon qu'ils devaient se trouver renfermés dans l’église elle-même. Il sembla logique de continuer tout le long des bas côtés, Le même système et d’avoir des bas côtés divisés perpendiculairement à la nef par des sortes d’arcs-boutants diaphragmes. Les bas côtés se trouvaient ainsi présenter une série de pignons perpendiculaires à la nef et dont les toits venaient buter contre la partie haute des murs aveuglant les fenètres. Les fenêtres se trouvant ainsi aveuglées on se décida à les boucher, on n’en laissa subsister que la partie supérieure, et encore pour pouvoir conserver ce petit jour il fallut écorner le toit, qui prolongé jusqu au bout, eût totalement aveuglé la fenêtre. Cet expédient est très visible du haut de la tour.

La disposition nouvelle des bas côtés permit de leur donner des fenêtres aussi hautes que celles du colatéral du chœur, mais qui, naturellement, ne furent point dessinées dans le même style : on profita de l'occasion pour élargir le bas côté sud

et l’amener au niveau du mur du transept. Un décrochement dans le mur ouest est le témoin évident de ce remaniement. Les deux porches oriental et occidental ‘furent construits alla mème époque. Il y a donc eu deux campagnes de construction dans le Kreisker; la tour et les bas côtés sont le résultat de la seconde campagne,

L'édifice primitif présentait une irrégularité de plan assez curieuse : le chœur est fortement dévié vers le sud ; le pignon nord du transept dévie dans la même direction. Le pignon sud, sans être tout à fait parallèle au pignon nord, es! cependant un peu oblique. Enfin la façade ouest est oblique par rapport à la nef. Ces anomalies peuvent s'expliquer en partie par des raisons topographiques. Du côté nord on ne disposait que de peu d'espace ; le tracé de la rue Verdérel est très ancien, et l’édifice bien que fortement dévié fait encore une saillie sur Palionement de cette rue. Rien n'empêche qu'une pensée symbolique ait profité de ces circonstances.

Extérieur. — Le Kreisker se trouve actuellement enclavé dans : l'enceinte du collège. Il=ny à de libres que la face nord, le pignon ouest, et la moitié de la face méridionale. L'autre moitié se voit d'ailleurs assez bien de la place Michel-Colomb. De la rue Verdérel on aperçoit très bien le pignon est'avec l'immense fenèlre qui ajoure entièrement le mur de fond. Toutefois le bas de cette fenêtre est un peu caché par le toit d'une sacristie du xvi° siè-

Photo Neurdein.

Le KReISKER, FACGADE SUD.

cle adossée au chevet de l’édilice. La partie nord-est est encore à peu près dans son élat primitif. C’est la seule partie qui soit demeurée presque sans changement lors du remaniement de l'église. On remarquera les arcatures aveugles retombant sur des modillons figurés, tout à fait analogues à ceux que nous avons vus à la cathédrale sur la face occidentale du croisillon sud, Le porlal qui termine la face nord-ouest est assez remarquable par ses fines sculptures en granit. Ce porlail est décoré de niches dont les statues ont disparu. Les sculptures de l'archivolte audessus des portes sont très curieuses.

Une partie très remarquable de la chapelle est le pignon ouest que l’étroitesse de la rue empêche d'admirer facilement. La grande verrière centrale est d’un très beau style. L'ensemble avec les deux verrières latérales et les galeries du couronnement a la plus grande élégance. Ce type de facade occidentale à trois verrières est très répandu en Angleterre. Le chevet carré avec sa paroi orientale percée d’une grande baie est également très anglais. On peut se demander s’il n'y aurail pas eu des influences anglaises dans la construction du Kreisker. C’est d’ailleurs une tradition dans le pays que le Kreisker aurait été construit par un architecte anglais !.

1 Prior, op. laud, p. 332, se fait l'écho de celte tradition. Nous ver rons que l'hypothèse d'une origine anglaise s'applique mal au elocher qui est tout normand, mais elle s'applique bien à l’église ; l'examen de l’intérieur apporterait un argument de plus: les piliers octogo-

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Du côté sud nous trouvons un petit porche où l’on accède par des marches, puis des fenêtres flamboyantes et trois fenêtres rayonnantes. Le porche est surmonté d'une terrasse au-dessus de laquelle on voit une fenêtre flamboyante dont la partie inférieure manque naturellement. Les remplages de toutes ces fenêtres flamboyantes sont remarquables par l'originalité de leurs dessins. Le sommet de la troisième fenêtre s’amortit en accolade «iguë. Les trois fenêtres suivantes sont de siylè rayonnant ; la première est celle du pignon de l’ancien transept. De la cour du collège on apercoit au chevet du bas côté sud une autre fenêtre rayonnante cachée à l'intérieur par un retable. Ajoutons que tous les pignons qui se succèdent tout autour de l’église ont des frontons garnis à l'intérieur de marches qui per- Heteutede ‘aires iout Le tour de l'église. Le pignon ouest, les porches et la partie non modifiée de la face nord sont couronnés par des balusirades. Jl nous reste maintenant à examiner le clocher. |

Appuvés sur les quatre massifs et les deux ares-boutants que nous avons vus à l’intérieur, le clocher est en outre étayé extérieurement par deux ares-boutants, celui du nord beaucoup plus court que celui du sud. La parlie carrée de la tour est vers sa base percée à jour d'ouvertures rectangu-

naux, et les chapiteaux'à moulures (de caractère monastique) se trouvent dans nombre d’églises d'Angleterre. On pourrait dire que le Kreisker est une église anglaise surmontée d'un clocher normand.

laires. Au-dessus, des moulures disposées dans des cadres rectangulaires contribuent à diviser les surfaces pour donner à cette tour déjà élancée par elle-même une apparence de légèreté plus grande encore. Puis de minces ouvertures fendent la tour dans toute sa longueur. De longues arcatures aveugles occupent les cotés de chaque face. Sur la plate-forme de la tour carrée est posée la pyramide octogonale équilibrée par quatre clochetons d’angles que rejoint une balustrade faisant tout le tour de la plate-forme. Les clochetons sont réunis à la pyramide par des tirants de pierre. Sur chacune des faces nord, sud, est et ouest, est appliquée à la pyramide une lucarne médiane. Clochetons et lucarnes sont à deux étages, d'une forme très élancée et parfaitement élégante. Des garsouilles se penchent aux quatre angles de la corniche au-dessus de laquelle règne Ia galerie. Sous cette corniche court une bande ornée de trilobes. Toute la pyramide est ajourée d'ouvertures trilobées.

Tel est ce fameux Kreisker, l'orgueil de toute la Bretagne, souple et fort, laissant passer à travers ses ouvertures les souflles des grandes tempêtes. Les siècles ont ajouté à sa beauté en le recouvrant d’une mousse dorée : dans la fine lumière des soirs d'été le vieux clocher semble resplendir et s’entourer comme d’une gloire. C'est d’ailleurs une curieuse étude que celle des aspects du Kreisker selon les saisons et les heures. Il possède le caractère de la beauté véritable qui est

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de se renouveler sans cesse. On doit le compter parmi les plus nobles résultats de l'architecture

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Photo Neurdein.

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