SOMMAIRE
Situation do commerce après la révolntion de 1789 et de i'indastrie do coton an commencement dn itx* siècle. — Création k Roapy, près de Saint-Quentin, en 1803, de ia première filature de coton dn département de l'Aisne. — Première exposition des produits de i'indastrie en 1798. — Ce que furent celles de 1801 et de 1802. — Création d'une Chambre consultatife des manufactures ii Saint- Quentin. — Exposition de 1806. — Les fabricants de Saint-Quentin s'y distinguent. — Le département de l'Aisne en 1806. ^ Evénements municipaux et antres, de 1796 îi 1802. — Séjour du premier consul Bonaparte ï Saint-Quentin, en 1802. — Etat comparatif du commerce de Saint-Quentin en 1761, 1789, 1800 et 1807. — Le conseil municipal demande à l'empereur les terrains et les matériaux des anciennes fortifications de la Tille. — Voyage et séjour de l'empereur et de l'impératrice il Saint-Quentin. — Décret de Cambrai du 28 avril 1810. — Fabrication du sucre de betteraves. — Sou origine. ^- Système continental. — Prospérité et puissance de l'empire. ^ Guerres d'Espagne et de Russie. ~ Invasion de la France. — Cbnte de l'empire.
Avant le grand mouvement politique de 1789 qui effaça en France jusqu'aux dernières traces de l'ancienne royauté, chaque province, chaque ville était régie par ses coutumes ou par ses institutions municipales, résultats de privilèges imposés lors de son incorporation à la monarchie , ou obtenus par des
services spéciaux envers la commune. Une ville différait presque toujours d'une autre ville, soit dans ses usages, dans sa forme, ou dans son administration. Chacune d'elles avait ses prérogatives, son histoire locale, comme elle avait son cachet particulier.
Cette situation ne pouvait plus subsister après la révolution qui venait de s'accomplir.
Les grands principes qui en étaient ressortis devaient porter leurs fruits et se retrouver dans la législation chargée de les rappeler et de les faire pratiquer. Toutes les villes allaient être uniformément soumises au même régime civil et judiciaire, comme au même régime politique. Dès lors, les destinées de la ville de Saint-Quentin, de son commerce et de ses industries allaient se trouver liées aux événements plus ou moins prospères de l'histoire de la France.
Ce que la révolution d'Amérique avait été par ses conséquences directes ou indirectes pour le commerce maritime, la révolution française le devint pour les rapports intérieurs du commerce de l'Europe continentale. Après avoir accompli l'affranchissement de l'industrie, elle ne déploya pas moins de puissance en luttant contre les obstacles qui pouvaient encore s'opposer au triomphe de ses principes. Toutefois, lorsqu'une réforme est devenue nécessaire et que le moment de l'accomplir est arrivé, rien ne l'empêche, et tout la sert.
L'état d'hostilité permanente qui existait entre la France et l'Angleterre avait contribué à diminuer l'importance du commerce maritime de l'Europe, et
la marine française avait été désorganisée par la révolu tion.
Rien ne faisait plus obstacle à la suprématie de la Grande-Bretagne. Au blocus de toutes les côtes de la France, Napoléon avait répondu, ea 1806 *, par Tun des actes les plus extraordinaires dont l'histoire fasse mention, par la proclamation du système continental, qui était une représaille de Tabominable conduite de l'Angleterre; et, ce qui étonnera toujours, c'est que ce fut au milieu des rigueurs de cette guerre opiniâtre que cette nation parvint à fonder l'édifice de sa puis* sance industrielle *.
La France, de son côté, ne déploya pas moins d'énergie et de valeur dans ses ateliers que sur ses champs de bataille; elle organisa toutes les branches de ses industries, et dans cette lutte pacifique, mais glorieuse, peu de cités la secondèrent avec plus d'intelligence et de résultats que ne le fit la ville de Saint- Quentin.
Nous avons fait connaître, dans la première partie de cette étude, ce qu'avait été le commerce de son district manufacturier, depuis les temps les plus reculés de son histoire ; nous allons, dans cette seconde partie, le reprendre à l'époque où nous l'avons laissé, c'est-àdire au moment où la France révolutionnaire, pour conserver sa: nationalité et ses libertés, fut obligée de lutter contre les armées de l'Europe entière.
1 Voir aux pièces jostificatiTes la teneur du décret do 21 novembre 1806
2 Hiitoire de la Politique commerciale de la Fronce, 2* volame.
En guerre avec tous les rois, la France perdit, en 1793, presque toutes ses relations, et elle fut forcée d'acheter à l'étranger, non-seulement ses denrées coloniales, mais encore toutes les marchandises que lui fournissait autrefois son commerce maritime *. Quant à ses industries, elles ne furent ni plus heureuses, ni mieux favorisées. Au milieu de ses luttes sanglantes et de ses discordes civiles, beaucoup souffrirent, quelques-unes succombèrent; une seule résista, et ce fut celle du fer.
La république ayant proscrit les produits des autres monarchies, il fallut bien forger sur son territoire les armes de ses soldats; il fallut bien armer ces héros de la France qui se battaient si vaillamment pour sa gloire et pour la défense de ses frontières. La nécessité montra une fois de plus qu'elle savait au besoin forcer l'industrie aux progrès et aux surprises.
De 1791 à l'année 1800 la France fondit et forgea plus de fer qu'elle n'en avait peut-être forgé et fondu depuis un siècle ^. Un grand nombre d'établissements industriels suspendirent leurs travaux, plusieurs manufacturiers furent ruinés.
Le gouvernement qui décrétait la victoire aurait voulu aussi décréter le crédit, mais il ne le put pas. II inventa le tncucimum, qui ne fit qu'augmenter la
1 En 1789, la France tirait de ses colonies une valeur de 250 millions par an, en sucre, café, coton, etc., elle en consommait de 80 à 100 millions et en réexportait 150 environ qu*elle versait dans toute TEurope, principalement sous forme de sucre raftiné.
3 Cb . Gouraud , Histoire de la polUique commerciale de la France, tome II. âge 50.
misère générale. Il créa les assignats, et à Saint- Quentin, cette création donna même un instant l'espérance d'une durée. Mais aux premiers signes de dépréciation de ce papier monnaie, a plusieurs de ses négo- » ciants aperçurent aisément quel en serait définitive- » ment le sort, et pour en réaliser la valeur, ils ache- » tèrent, autant que les circonstances le permirent, » des marchandises qu'ils vendirent avec de grands » avantages*.»
La confiance, qui est la condition absolue du travail et de la prospérité, manquait partout : Lyon était en ruines; la mitraille et l'incendie avaient décimé ou réduit à la plus affreuse misère ses commerçants el ses ouvriers; Sedan et les villes qui fabriquaient les draps, n'en faisaient plus que pour habiller les troupes ; Nantes était dévastée par la guerre civile, et l'argent avait disparu du marché. Heureusement que ces horreurs finirent avec le 9 thermidor, qui renversa la horde d'assassins qui avait noyé la liberté dans le sang français.
Après une si cruelle épreuve, après une si grande commotion, la société se reposa et le commerce commença à renaître.
La révolution, nous l'avons dit, avait épargné à la ville de Saint-Quentin la vue des horreurs qui se commirent dans d'autres parties de la France, et elle eut le bonheur de rester affranchie des horribles catastrophes et des excès sanguinaires de la Terreur.
^ Rapport de M. Delorme à la chambre consultative, en 1811.
Cependant quelques-uns de ses industriels furent incarcérés *, d'autres partirent pour aller défendre ses frontières menacées^, et pendant cette malheureuse époque, le commerce fut à peu près réduit à la consommation locale.
Mais quand la tcmpâte fut apaisée et que la nation eut repris ses allures normales, quand l'industriel fut as&uré de recevoir le prix de sa marchandise et le eultivateur de jouir des fruits de son labeur, de môme qu'après les massacres du siège de 1557, sa population intelligente se remit très-vite au travail. Les fileuses reprirent leurs rouets, les tisseurs leurs navettes, et les négociants leurs affaires et leurs relations.
Le commerce venait d'éprouver une catastrophe épouvantable, de laquelle il cherchait à se remettre et dont il avait hâte de sortir.
Il est toutefois à remarquer que c'est à l'époque où la France finissait sa révolution politique, qu'une révolution industrielle s'opérait en Angleterre, par l'emploi de la vapeur comme moteur principal de ses manufactures, et par le perfectionnement prodigieux de ses machines à filer le coton.
L'une des conséquences de ces nouvelles découvertes
1 M. Pierre Joly et son fils Samuel furent incarcérés tous les deux en 1 793, le père à Pommery, et le fils à l'Abbaye, à Paris.
2 Plusieurs habitants de Saint- Quentin furent envoyés à Valenciennes pour y défendre la ville, et d'autres partirent pour la frontière où ils firent
{lartte du corps d'armée commandé par le général Dampierre, qui attaqua es Hollandais le 27 octobre 1792, dans les plaines de Vingt-Coux où ces derniers et les Autrichiens furent forcés de battre en retraite. (Précis historique de Mb9, manuscrits de Grébert.)
devait tendre, tôt ou tard, au remplacement d'une partie des tissus de lin par des étoffes de coton.
Les industriels du district de Saint-Quentin furent des premiers à s*en préoccuper, et voyant diminuer la consommation de leurs batistes, et se rappelant qu'ils avaient déjà fabriqué avec avantage, de 17S0 à 1772, des mousselines, ils ne doutèrent pas que les tisserands, assez habiles pour faire les linons de la plus grande finesse, pouvaient être aussi bien employés à la production de toute autre étoffe, si délicate qu'elle fût. Ils pensèrent avec raison qu'ils possédaient les éléments nécessaires pour organiser une fabrication de ces tissus de coton auxquels le public et la mode accordaient une si grande faveur, et, en combattant l'Angleterre avec ses propres armes,- ils cherchèrent à imiter ses produits.
Le commerce de coton n'était sans doute pas en France à sa naissance, mais il était encore dans son enfance, et il avait besoin d'être encouragé. L'appui qui lui était nécessaire, il le trouva dans le premier consul. Le général Bonaparte, dont les échos des Alpes et du Nil redisaient la gloire, se trouvait, comme Colbert, comme Turgot, comme tous ceux qui arrivent au pouvoir, après de longs désordres, en présence d'une fortune publique à reconstituer. Le premier consul se plaça de' suite en protecteur de l'industrie française, et en particulier de l'industrie du coton. Sachant mieux que personne que le commerce est l'agent le plus puissant de la prépondérancepolitique d'une nation, dès qu'il le put, il chercha à le relever et
à lui venir en aide. Trop habile pour ne pas se rendre compte de la place considérable que les étoffes de coton étaient appelées à occuper dans l'industrie, il en encouragea la production, et saisit avec empressement toutes les occasions qui se présentaient pour seconder le développement d'une fabrication qu'il savait être une source de richesses pour ses manufactures et un moyen certain de combattre la puissance industrielle de l'Angleterre.
Déjà nous avons dit sommairement ce que fut à Saint- Quentin, au xvui* siècle, cette fabrication du coton. Nous allons miintenant indiquer son origine, ce qu'elle était en France au commencement du xix* siècle, et le développement qu'elle -sut y acquérir.
Le tissage du coton remonte aux époques les plus reculées de l'antiquité. Au temps d'Hérodote, qui écrivait vers l'an 445 avant l'ère chrétienne, leslndiens portaient des vêtements de coton, a Ce peuple, a-t-il s» dit, possédait une sorte de plante qui, au lieu de » fruit, produisait de la laine d'une qualité meilleure )> et plus belle que celle des moulons; les Indiens i> en faisaient leurs vêtements. Si donc à cette époque, » ajoute l'historien grec, le peuple lui-même portait » des tissus de coton, il est probable qu'il en était y> ainsi depuis plusieurs siècles, car les Indiens ont » toujours été cités pour leur éloignement pour toute » espèce d'invention *. f>
En 12S2, les étoffes de coton étaient déjà, dans la
t Hérodote, livre III, chapitre vi.
Crimée et dans la Russie du Nord, un article important de commerce pour les vêtements; on les apportait du Turkestan •
L'Arménie avait aussi, vers le même siècle, une manufacture de très-beaux tissus de coton, et cette laine végétale croissait abondamment en Perse. Elle y était aus^i manufacturée dans toutes les provinces qui bordent llndus.
On a cependant été étonné que le peuple chinois soit resté sans manufacture de coton jusqu*à la un du xni' siècle, lorsque cette industrie florissait depuis plus de 2000 ans dans Tlnde, pays voisin de la Chine.
En 1569, suivant les uns*, en 1590, suivant d'autres*, parurent en Angleterre les toiles de coton, provenant du royaume de Bénin sur la côte de Guinée; ces toiles avaient été tissées dans ce pays.
En Amérique la fabrication des tissus de coton avait atteint déjà un grand développement, lorsque ce continent fut découvert par les Espagnols.
Quant à l'Europe, l'art de fabriquer les étoffes de coton y pénétra plus tard que dans les autres parties du monde; mais en revanche, nulle part le génie de l'homme ne lui a fait prendre un plus prodigieux développement.
Au x""* siècle, les Maures, qui étaient alors maîtres de la plus grande partie de l'Espagne, naturalisèrent le cotonnier dans le royaume de Valence. Des
i Mimerel. Rapport de VExpoiiiion de Londres en 1855.
2 Oe$ Tmus anciem et modernes, par Bezoo, 6« volume , page 166.
manufactures de c jton s'établirent presque aussitôt à Séville et à Cordoue. — Au xiv* siècle, les tissus de coton fabriqués à Grenade étaient renommés par leur finesse et leur beauté. — Barcelone * ensuite tira un excellent parti de cette industrie, qui devint l'objet de transactions fort importantes.
Ce n'est qu'au commencement du xiv* siècle que Ton trouve quelques traces du tissage du coton en Italie, et ce n'est qu'en 1560 que les villes de la Belgique firent venir de ces étoffes de Venise et de Milan ^.
Les Anglais, nous l'avons dit, s'attachèrent d'abord à la fabrication de la laine; cette préférence s'explique par la proximité du pays d'où on en tirait les qualités les plus fines. Il n'en fut pas de même lorsqu'ils essayèrent de confectionner des tissus de coton; les mômes ressources n'existaient plus pour eux, et ils eurent, au contraire, à lutter contre de nombreux obstacles.
Les historiens ne sont pas d'accord sur l'époque précise où s'introduisit en Angleterre le tissage des étoffes de coton ; on pense généralement que ce fut vers la fin du xvi* siècle ; cependant cette assertion a des contradicteurs. L'un d'eux affirme^: cr quelesprtf- » mières balles de coton qui y parvinrent y furent
1 Barcelone est encore la ville d'Espagne où Ton fabrique le plus de tissus de colon.
2 Description des Pays-Bas, par Guichardin.
3 Biographie générale et Histoire de Manchester^ par Aikin.
» envoyées par les Génois et les Vénitiens, au commen- D cernent du xiv* sièle, en ajoutant toutefois qu*à » cette époque, le coton n'y était employé que pour » faire des mèches à chandelles. » Un autre, au contraire, dans un ouvrage publié en 1641 ^, où il fait mention de cette industrie, cite diverses marchandises qui étaient fabriquées à Manchester avec des cotons de Chypre et de Smyrne.
L'un des honorables rapporteurs du xi* jury à l'expositioiï universelle de Londres^, a dit: « que la » première balle de coton arriva en Angleterre en » 1569 ; qu'en 1 641 , sa fabrication était définitivement » établie à Manchester; qu'en 1678, on en filait et ït tissait manuellement 900,000 kilogrammes ; et que » dès cette époque, «es manufacturiers demandèrent D la prohibition des tissus de coton étrangers, prohi- » bition que son gouvernement décréta. »
Des rapports authentiques font connaître qu'il existait dans un grand nombre de paroisses de plusieurs comtés de l'Angleterre une certaine quantité de métiers à filer et à tisser le coton, qui fournissaient de l'occupation à bon nombre de cultivateurs pendant l'interruption des travaux agricoles, et que, sous le règne de Georges III, l'industrie cotonnière occupait 40,000 travailleurs, qui manutentionnaient près de IS à 16 millions de marchandises.
•Mais c'est surtout dès le commencement du xvni*
1 Le Trésor du Commerce ^ par Lowes Robert.
2 M. Mimerel, sénateur.
siècle qu'une augmentation se fit remarquer dans le chiffre de la valeur de ces produits. Les exportations des étoffes de coton faites par TAngleterre, en 1701, atteignaient le chiffre de 383,750 livres, et, en 1764, celui de 5,008,750 *.
L'usage de l'ingénieuse machine à filer, connue sous le nom de Jenny fSpinning-JennyJ , remonte aux années 1766 à 1768. Cette machine, inventée par Thomas flighs, fabricant de peignes à tisser à Leigh ( Lancashire ) , perfectionnée ensuite par Richard Arkwright, a beaucoup contribué aux progrès de l'industrie cotonnière en Angleterre ^.
En 1688^, il fut importé du Levant en France, par la voie de Marseille, 450,000 livres de coton en laine et 1 ,050,000 livres de coton filé. En 1750, cetta importation s'était accrue dans une proportion bien autrement considérable; elle s'élevait à 3,831,620 livres et celle des filésà2,014,978 livres*. Cette augmentation prouve que les manufacturiers français avaient su mettre à profit l'art de filer le coton. Cependant, à cette époque, et beaucoup plus tard encore, le coton ne se filait qu'à la main.
En 1668, les cotons en laines de toutes sortes ne valaient que 28 livres 1 6 sous le cent pesant, tandis qu'en
1 Des Titsus ancienî et modernes, par BëzoD, 6« volume, page ^3.
2 Dans d*autres documents, le nom de Arkwright est écrit Hargrearwes.
3 Des Tiwu anciens et modernes, par Bezon, 6« volume, page 220.
4 A celte ^époque. Saint-Quentin fabriquait des mousselines et foisait venir des cotons en laine de Marseille.
1750, les prix variaient de 70 à 90 livres tournois le cent, suivant la provenance et la qualité.
En 1765, une*^ manufacture de velours fut créée à Amiens. — En 1784, un arrêté du conseil d'état autorisait un autre industriel de la même ville ^ à établir près d'Ârpajon une fabrique de ce même tissu. — L'autorisation donnée à ce manufacturier, à titre de premier importateur des machines à filer le coton, inventées en Angleterre, lui conférait un privilège exclusif de 12 années pour la construction et remploi des machines au moyen desquelles on pouvait préparer le coton et la laine, carder en ruban, étirer, filer en gros, filer en fin, doubler et retordre en même temps. Ces machines, les plus parfaites de celles qui avaient été présentées jusqu'alors au gouvernement, donnèrent naissance à la première filature continue établie en France.
Ce fut encore dans la capitale de la Picardie, dans la ville d'Amiens, que fonctionna de 1789 à 1790 le premier métier appelé MulUenny. Deux de ses manufacturiers^ firent venir d'Angleterre des ouvriers intelligents, qui opérèrent dans leurs usines d'utiles modifications. Ils y construisirent un de ces nouveaux métiers qui avait 180 broches^ et qui réunissait toutes les perfections nécessaires pour produire un très-beau fil. Sur la demande du bureau d'encouragement de
1 M. Martin, maDufactarier à Amiens.
2 MH. Morgan et Massey.
d Rapport de M. Narcisse Poncbe, Société industrielle d*Amiens , n» 2. (Mars 1864.)
la ville d'Amiens, le ministre de Tintérieur accorda à ces manufacturiers une somme de 12,000 livres à titre d'indemnité des frais que leur avait occasionnés la construction de cette machine. En 1788, la navette volante avait été introduite dans leurs ateliers , et il est très-probable que si les circonstances leur eussent permis d'établir de suite les machines de préparation, avec les mêmes soins que ceux qui avaient été donnés à leur MuU-Jenny, la filature y aurait acquis, dès cette époque, un haut degré de perfection.
Dans la ville de Lille, avant Tintroduction des mécaniques anglaises propres à filer le coton, la majeure partie de celui qui était employé par ses fabriques, par celles de Roubaix et de Tourcoing, était cardé et filé au grand rouet. On y produisait, parles mêmes moyens, le coton pour broder. Mais cette main-d'œuvre était très-coûteuse, et les tissus que l'on y fabriquait revenaient à des prix par trop élevés.
En 1791 , une transformation s'opéra dans cette industrie. Un Anglais passant par la ville de Lille offrit à sa municipalité une mécanique qui avait le double avantage de carder le coton d'une manière préférable à celle qui y était usitée , et de le filer aussi parfaitement qu'en Angleterre. Le corps municipal , après avoir consulté la chambre de commerce, fit l'acquisition de cette machine, et c'est depuis cette réforme que la filature y prit une grande extension.
On filait aussi le coton à Rouen ; mais, comme dans les autres villes manufacturières, on le filait à la main. Ce n'est que de 1785 à 1787 qu'on essaya de substituer
à de vieux procédés remploi de quelques machines importées d'Angleterre*. Le gouvernement, désirant encourager cette industrie dans la capitale de la Normandie, lui accorda une somme de 100,000 livres pour la constiuction de mécaniques façonnées sur les meilleurs modèles, et il décida qu'elles y seraient distribuées, soit è titre d'avance, soit gratuitement, à ceux qui n'avaient pas les moyens d'en acheter.
 Rouen^, comme à Lille, un grand nombre d'ouvriers se révoltèrent d'abord contre les nouveaux métiers à filer, mais ils ne tardèrent pas à en reconnaître les avantages , et, peu de temps après, plusieurs filatures hydrauliques et avec des manèges s'y montèrent avec succès.
Un manufacturier de Rouen, nommé Delarue, qui, vers l'ao 1700, avait acheté une trop grande quantité de cotons en laine, dont il ne trouvait pas à se défaire, imagina de les faire filer et de confier ces filés à la communauté des toiliers. Ceux-ci cherchèrent à les employer le plus utilement possible, et ils essayèrent la fabrication de différentes espèces de petites étoffes dont la chaîne était en soie et la trame en coton ; ces
1 En 1784, un brevet fut accordé, te 18 mai, pour rétablissement d*une filature continue. En 1185, le 8 octobre, le roi Louis XVl voulant accélérer remploi en France des machines qui avaient été inventées en Angleterre, en 1767, par Hargreawes, accorda particulièrement à un sieur Miln une autre somme de 60,000 livres, à titre d*encouragement, un traitement annuel de 6,000 livres, un local convenable et enfin une prime de 1 ,200 livres par cbaque assortiment complet de machines livré à nos filatures.
Etudes ntr les industries du coton et du lin dans les régions du Nord, par A. Cordier, page 79.
2 Ce fut à Rouen que la mise en œuvre du coton fut tentée pour la première fois.
tissus, d'une excellente qualité, furent "ensuite nommés siamoises^. Ils substituèrent ensuite une chaîne en lin à celle qui était en soie, pour donner plus de solidité à cette marchandise. Cette fabrication s'y développa vers 1750, et elle varia à Tinfini sesproduits, qui prirent alors la dénomination générique de rouennerie. Rouen eut aussi, suivant un travail publié par la Société libre du Commerce et de Tlndustrie de la Seine-Inférieure*, des fabriques de mousselines de coton auxvni* siècle. Voici ce que dit l'ouvrage auquel est dû ce renseignement : « Deux commerçants » normands, MM. Hellot et Massac, élevèrent, en » 1753 , une manufacture de mousseline unie et » brochée qui, en 1758, faisait mouvoir 120 métiers. a Malheureusement elle dut succomber devant un a arrêt du conseil, du 19 juillet 1760, qui assujettisce sait les mousselines au même droit que les toiles te blanches de coton venant* de l'étranger; 75 livres a par quintal brut^. Ces produits se vendaient de 20 « à 50 livres l'aune. »
1 Elles prirent ce nom en souvenir du voyage de Tambassadeur de Siam à Paris, vers 1684, à cause de la ressemblance de ce tissu avec celui des vêlements que portaient les gens de la suite deTambassadeur.
^ Annuaire Normand pour 1843. Travail publié par la Société libre du Commerce et de l'Industrie de la Seine-Inférieure. — Signé : Dujardin. (Nous devons cet intéressant renseignement à l'obligeance de l'honorable If. Alphonse Cordier , secrétaire de la chambre de commerce de Rouen, auteur d'une excellente étude sur les industries de la laine, du coton et du lin.
3 Ces droits n'eussent pas empêché la fabrication des mousselines à Saint- Quentin , et si, depuis 1 750 , cette ville ne s'est pas placée à la tête de rindustrie du coton , cela a tenu à des circonstances que nous avons pris soin d'expliquer dans la première partie de cette étude (page 206), et non à rélévation des droits dont il est fait meaUon dans V Annuaire Normand,
Les prix des mousselines^ qui se fabriquaient à Saint-Quentin, de 1750 à 1772, étaient beaucoup moins élevés que ceux-ci, ce qui fut probablement la cause que les manufactures de Rouen ne continuèrent pas le tissage des étoffes légères, et qu'elles firent de préférence des qualités fortes , en blanc et en couleur.
A Troyes , dans cette ville si importante sous Henri IV et dont les foires furent si longtemps l'un des principaux entrepôts du commerce des provinces du Nord, au commencement du xvni* siècle , on ne produisait encore que peu de pièces de coutil, de la bonneterie, et, en petit nombre, des toiles de coton et des finettes.
Ce ne fut qu'en 1759 que Nantes monta sa première manufacture de toiles imprimées , et, à cette époque, comme nous l'avons dit, on ne fabriquait encore à Tarare et à Yillefranche que des étoffes pour doublures, tissées avec les mêmes navettes dont on se servait pour le nankin et les toiles de chanvre.
Nous ne parlerons pas encore de Mulhouse qui, avant 1798, formait un petit état indépendant, constitué en République. Depuis 1746 j cette ville s'était ess^ée à faire des impressions, mais elle se contentait de filés à la main, qui sortaient des rouets des Vosges, et qui s'y tissaient sur des métiers informes; elle n'avait encore que 8 à 9,000 habitants en 1796,
I Voir au premier volome, page 451, le rapport de Tribert, inspecteur.
et la très-rapide extension de son industrie cotonnière ne date que de sa réunion à la France.
Voilà très-sommairement quelle était la situation du tissage des étofTes de coton vers la fin du xvui* siècle.
A cette époque, le district de Saint-Quentin était non-seulement le centre d'un important commerce de linons et de batistes, mais encore, nous l'avons dit, le premier ou Tun des premiers qui ait fabriqué les mousselines.
Vers l'année (790, avec le filage à la main, la France manutentionnait seulement 4,000,000 de kilogrammes dé coton en laine ; elle recevait de l'Inde pour 27 millions de francs de coton fabriqué , et comme le tissu commun, le seul, pour ainsi dire, connu et consommé alors, valait 17 francs le kilogramme, on peut dire que la France introduisait alors 1,500,000 kilogrammes de coton et qu'elle en consommait en tout 5,500,000. — C'était environ un cinquième de kilogramme pour chaque habitant, puisque sa population était de 26,000,000 d'âmes.
A cette même époque *, l'Angleterre en manufacturait 12,000,000 de kilogrammes , soit 1 kilog. 500 grammes pour chacun de ses 8,000,000 d'habitants. Il est juste toutefois de compléter ce renseignenient, en ajoutant que déjà cette nation exportait une certaine partie des produits de ses manufactures.
Nous arrivons au moment où la substitution du coton au lin, qui avait commencé à s'opérer vers la
1 Rapport du il* Jury, Eipoûtion de Loodrei, par 11. llimereU
fin du xviii* siècle, prit en France un sérieux dévelop. pement.
Le commerce de linons et de batistes y occupait bien encore une partie de la population des environs de Saint-Quentin^, mais les tissus où le coton était mélangé avec le fil, comme les gazes joncs^ les gazes en fil mille mouches et les linons brochés s'y vendaient avec beaucoup plus de facilité.
Ses manufacturiers, voyant quelle était la nature des articles les plus recherchés par la consommation, firent préférablement des tissus qu'ils mélangeaient avec du coton filé à la main. On fabriquait seulement alors, outre les mousselines, des calicots et des basins. Mais la grande extension du coton allait se produire, et elle commença, en effet, avec le xix' siècle.
Ce fut à Roupy, près de Saint-Quentin, que fut construite, en 1803, la première filature du département de l'Aisne.
1 Le commerce de lioons et de batistes était facile et agréable à faire, il ne fallait que conruUtre le$ marchandiies et avoir des capitaux ; il ne demandait, nous ravoos dit, ni de vastes magasins, ni un personnel nombreux d*employés. On achetait ces tissus, au comptant ou à terme, en écni. Avant de mettre au blanc ses achats, le négociant les assortissait et fixait de suite le prix de vente de chacune des pièces, avec des nœuds faits à de petite ficelles qui y étaient attachées et que Ton appelait cordeaux. Quand ces pièces revenaient du blanc, généralement on ne les examinait plus de nouveau , on les vendait ou on l»^s expédiait sur les prix du cordeau ou avec une réduction de 3 ou de 5 pour cent pour les confrères ou les maisons vendant en gros. Avec deux ou trois commis, une maison pouvait faire pour deux ou trois millions d*afEaires. Les maisons de Saint-Quentin envoyaient leurs prix-courants à leurs clients , et leurs indications étaient si simples et si primitives que nous croyons devoir en reproduire deux copies aux pièces justificatives; elles feront connaître à nos lecteurs comment 8*y traitaient encore les aifaires au commencement du xix" siècle. (Voir au» pièces juitifieaHvei)*
Dès Tannée 1800, des essais pour y créer des établissements de ce genre avaient été tentés^ mais ils ne se réalisèrent pas ; c'est à M. Jacques Arpinque revient Thonneur d'avoir, le premier, doté le rayon manufacturier de Saint-Quentin d'une filature qui, mue d'abord par un manège, fut bientôt pourvue de la première pompe à feu de 12 chevaux qui fut construite à Paris à l'usage de ces établissements. D est des noms que la reconnaissance publique ne saurait oublier; celui de M. Arpin est de ce nombre.
C'est donc de 1800 à 1803 que le tissage des étoffes de coton vint s'établir définitivement dans ce rayon industriel, où se trouvaient les excellents ouvriers qui avaient fabriqué les linons et les batistes.
Les premiers tissus en coton dont ils s'étaient occupés avaient été, nous venons de le dire, les mousselines, les calicots pour l'impression et les percales unies. Ils firent ensuite des percales à jours qui imitaient les articles en fil les plus demandés.
En l'année 1800, il y avait 38 maisons de commerce établies à Saint-Quentin et 5S rouleurs^.
i Ces essais avaient été faits dès Tannée 1800, par M. Dolfbs.
S Les ronleurs voyageaient eux-mêmes avec leurs toiles : ordinairement ils faisaient deux tournées par an ; aux intervalles de repos, ib renouvelaient leurs assortiments dans la proportion de leur écoulement. Munis d'une charrette, ils la remplissaient de 3 à iOO pièces, plus ou moins, puis ils se rendaient dans toutes les villes quMls étaient habitués de fréquenter et j Causaient des déballages. De plus , ils vendaient presque en détail ou au moins par demi-pièce de six aulnes ou de sept aulnes et demie, et ils tentaient Tacheteur par Tattrait bien puissant de pouvoir lui fournir les qualités et les quantités qu'il désirait. ^Extrait 2 dul Rapport de M. Delorme, du 31 janvier 1811, page 47).
Vers la même époque, un mouvement à peu près semblable à celui qui venait de se développer à Saint- Quentin s'était opéré à Tarare ^ Depuis longtemps on fabriquait dans cette ville et dans ses environs des toiles de fil, des toiles chaîne fil et trame coton, puis des toiles en coton de qualités communes et des siamoises; mais à mesure que les moyens de travail s'y firent mieux connaître, les toiles de coton s'y perfectionnèrent, leur finesse augmenta, et on parvint à y faire les mousselines les plus claires et les plus fines. De 1800 à 1802 Tarare occupait 2,000 travailleurs environ, et ce district concentrait déjà sa fabrication principale dans l'article de mousseline unie et brochée, que Saint-Quentin négligea un peu à cette époque, pour plus tard le reprendre avec le plus grand succès.
L'établissement de M. Jacques Arpin fut suivi de plusieurs autres; MM. Samuel Joly et fils, dont la famille, originaire du Poitou, était venue s'établir à Saint-Quentin en 170S, y firent construire, en 1804, dans de vastes locaux appelés le Gouvernement j une filature dont les machines étaient mises en mouvement à la main. En 1808, cette importante maison, qui avait des succursales à Cambrai et à Saint-Pétersbourg, fit élever une autre usine de 15,000 broches à l'entrée
.1 En 1789, on ne comptait que 600 ouvriers tissant le coton fin, à Tarare, et i ou 5,000 en 1810. En 1864, le nombre de ceui qui, dissémines dans les départements du Rhône et de la Loire, traTailIeot pour ce district manufacturier une grande partie de Tannée, peut s'élever à Î5.000.
(Renseignements dus à Tobligeance de M. T. Maccntoch.)
da faubourg dlsle, au lieu dit la fabrique rouge^ où ils utilisèrent la chute de la Somme.
De toutes parts les manufactures s'organisaient, et Saint^Quentin marchait à la tête du mouvement commercial qui se remarquait dans presque toutes les villes de l'empire.
Pour constater les progrès de l'industrie, le gouvernement avait décrété des expositions périodiques des produits des manufactures françaises. Les auteurs de cette généreuse idée pensaient avec raison qu'il en résulterait une émulation salutaire parmi les fabricants de toutes les espèces de productions, et que cette noble lutte finirait par tourner à l'avantage du pays.
La première exposition fut ouverte au mois de septembre 1798, sous le ministère de François de Neufchâteau. En 1798, l'industrie et le travail commençaient à renaître et le commerce à se développer. Aussi, quoique très-inférieure à celles qui la suivirent, cette exposition annonça-t-elle déjà tout ce que nos manufactures nationales promettaient d'avenir et d'espérance. Elle ne dura que trois jours, et Chaptal, qui fut le rapporteur de son jury, se plaignit amèrement de ne pas y avoir vu les marchandises des villes de Lyon, Amiens, Saint-Quentin, Reims, Sedan, Elbeuf et Louviers.
Celles de 1801 et de 1802 furent de beaucoup supérieures à la première. Celle de 1801 fut mérae remarquable par l'alSuence des exposants. Le célèbre Jacquart n'y obtint qu'une médaille de bronze pour le magnifique métier qui illustra son nom et enrichit son pays.
Celle de J802 dura dix jours ; 22 médailles d or et plus de 40 d'argent y furent distribuées.
L'exposition de 1806 devait surpasser les autres par ses richesses et son importance.
Le consulat avait provoqué celle de 1802; Napoléon, empereur, décréta celle de 1806. C'était au retour de la campagne d'Austerlitz. L'exposition fit partie des fêtes consacrées à célébrer le triomphe de nos armées victorieuses.
Saint-Quentin, Lyon, Tarare y parurent avec éclat, et les étoffes de laine y obtinrent un succès qui s'explique par l'adjonction de la Belgique, ce pays si manufacturier, au territoire de l'empire français.
En voyant les expositions de Saint- Quentin et de Tarare, il fut facile de prévoir que l'industrie de ces villes laborieuses ne s'arrêterait pas dans la voie dans laquelle elles venaient d'entrer ; et, dès ce jour, la fabrication des tissus de coton était décidément conquise à la France. Ces deux cités y obtinrent les plus hautes distinctions; une médaille d'or fut décernée à une maison de Saint-Quentin ^, pour des calicots, des percales et des mousselines d'une grande beauté, et une autre à des fabricants de Tarare ^, pour leurs mousselines claires.
n est juste de dire que les industries de Saint-Quentin et celles du département de l'Aisne furent représentées à l'exposition de 1806 d'une manière toute spéciale.
i IIM. Pluvinage et Arpio.
% MM. MaUsrin aîné et Cia.
Cette brillante exhibition , qui fut généralement remarquée, avait été organisée par la chambre consultative des manufactures , fabriques, arts et métiers, qui venait d'être nouvellement instituée à Saint-Quentin par un arrêté de M. le préfet de l'Aisne, du 22 floréal an xn de la république.
Avant de revenir sur l'empressement remarquable avec lequel les manufacturiers de ce département se préparèrentàce concours pacifique, et de dire lenombre des fabricants qui prirent pari à ce patriotique tournoi, comparé alors à l'arsenal d'où devaient sortir les armes les plus funestes à la puissance anglaise, nous devons signaler tout ce qu'il y avait d'utile et d'avantageux pour la circonscription de Saint-Quentin à avoir une chambre spécialement composée de commerçants chargés de stimuler, de défendre ses industries, et de délibérer non-seulement sur les intérêts de ses localités mais encore sur ceux du pays en général.
Une loi du 22 germinal an xu avait décrété que des chambres consultatives des arts et manufactures pourraient être constituées dans les villes les plus particulièrement industrielles de France, avec le mandat de faire copnattre au gouvernement les mojens d'améliorer leurs fabriques, et d'éclairer l'administration sur les mesures qui pourraient influer sur les progrès comme sur le développement de ses manufactures.
Les premières villes qui furent dotées de cette nouvelle institution furent celles de Saint-Quentin, Valenciennes, Sedan, Tarare, Louviers et £lbeuf. Elles
étaient le complément des chambres de commerce, dont l'origine remonte à une époque beaucoup plus ancienne.
Auxvu* siècle, il n'existait d'autre chambre de commerce que celle de la doyenne de nos villes commerçantes,que celle de Marseille ^ Mais un arrêt du conseil, du 29 juin 1700, ayant ordonné la formation à Paris d'un conseil général du commerce, et ce conseil devant se composer, outre les six conseillers d'état, de 12 marchands ou négociants délégués par les principales villes commerçantes du royaume, des chambres de commerce durent conséquemment être établies dans ces villes. Leur mission était d'éclairer par des discussions préparatoires les questions commerciales , et de nommer ensuite un délégué au conseil général des manufactures qui devait s'assembler à Paris.
C'est par un arrêt du conseil, du 30 août 1701, que l'institution des chambres de commerce a été étendue aux principales villes de France. Celles de Paris, de Lyon, de Rouen et de Toulouse datent de cette époque.
L'établissement d'une chambre de commerce à Amiens n'a été décrété que le 6 août 1761 ; cette chambre était, lors de sa création, composée du jugeconsul et de huit marchands. Ces marchanda devaient
1 Suivant ud ancien manuscrit, textuellement cite par M. S. Berteaut, dans son ouvrage sur Marseille, • la chambre de commerce fut rétablie en
• l'année 1612, et, dès Tannée 1618, comme elle usurpait divers pouvoirs,
• et même Pautorité consulaire, elle fut supprimée par les factions de
• la ville, et rétablie en 1649 ; mais lors des grands désordres de Mar-
• seiUe, elle fut d'abondance supprimée en 1659, et dès 1660 réorganisée
avoir fait honorablement le commerce au moins pendant quinze années, à Amiens ou dans toute autre ville. Ils étaient autorisés à prendre le nom de syndics du commerce de la Picardie.
Pour pourvoir aux dépenses de cette chambre , l'ordonnance du roi qui Tinstituait portait : a qu'il serait pris, tous les ans, sur les produits des octrois ,
10 sols par chaque velte d'eau-de-vie qui entrerail à Amiens. » Le produit de ce prélèvement devait recevoir les attributions suivantes : 1** payer les appointements du député de la ville d'Amiens au conseil général du commerce; 2° ceux du secrétaire particulier de la chambre ; 3° les frais de l'écritoire, du bois, des bougies, des chandelles et autres; 4* acheter ISjetons d'argent du poids de 6 deniers, qui devaient être distribués à la fin de chaque assemblée à tous les membres qui auraient été présents ; j> 5"" et enfin à payer des médailles d'or du poids de cinq louis, destinées aux syndics sortant de charge à la fin des deux années de leur exercice, pourvu qu'ils aient assisté au moins 30 fois dans l'année aux séances de la chambre. Quant au surplus du produit de cette taxe, s'il y en avait, il devait servir à ses dépenses extraordinaires ^.
• par le nouveau règlement de Sa Majesté. »
Ce passage curieux permet d'apprécier le rôle que jouait alors la chambre de commerce de Marseillei au milieu des différents pouvoirs qui gouvernaient celte ville.
t Augustin Thierry. — Collection det manuscriU inidiU du ft'ert- Etat, 2* volume, page 284.
L'organisation de la chambre de commerce d'Amiens n'était pas celle des autres villes. Celles-ci étaient toutes électives et composées de huit à douze membres; elles variaient seulement , quant aux conditions d'éligibilité, suivant les diverses spécialités industrielles de chaque localité. Cette institution fut renversée , comme toutes les autres , par la révolution, et elle ne se releva que sous le consulat.
. Les attributions données aux chambres de commerce par l'arrêté du 3 nivôse an xi sont, du reste, à peu près les mêmes que celles qui leur avaient été primitivement concédées par Louis XIV.
La loi du 22 germinal an xii, et Tarrêté préfectoral qui décrétaient l'organisation d'une chambre consultative des manufactures, fabriques , arts et métiers à Saint-Quentin, y reçurent leur exécution le 6 prairial an xn. Vingt fabricants et manufacturiers, parmi les plus distingués par l'importance de leurs établissements, se réunirent à l'hôtel-de-ville, pour pfocéder, au scrutin secret, à l'élection des six membres qui devaient composer cette chambre.
Aussitôt organisée, elle eut à répondre à un projet de règlement présenté par celle de Valenciennes, qui proposait d'assujettir les linons, batistes et gazes à une marque spéciale et à une inspection très-sévère, afin d'empêcher la fraude. La chambre de Saint-Quentin, par sa délibération du 7 nivôse an xni, protesta, dès son début , contre les trop nombreux règlements du dernier siècle , et elle déclara que les meilleurs inspecteurs des manufactures étaient les acheteurs
eux-mêmes, et qu'au lieu d'entraver les opérations du commerce, il fallait lui laisser la liberté la plus grande.
Elle fut ensuite appelée à prendre les mesures les plus propres à préparer d'une manière brillante Texposition qui venait d'être décrétée.
L'empereur Napoléon, à son avènement au trône, convaincu qu'on ne saurait jamais s'entourer de trop 4p lumières, lorsqu'il s'agit de résoudre des questions aussi capitales et aussi complexes que celles qui touchent aux intérêts généraux du commerce et de l'industrie, consulta les hommes les plus capables et les plus compétents sur les améh'orations dont ils penseraient les diverses branches de la fortune publique susceptibles. H s'adressa aux chambres de commerce et aux hommes d'état les plus illustres, et en attendant les renseignements qu'il voulait examiner lui-même, il tint à juger de l'état du travail national dans son empire , en décrétant , le 20 février 1806 , qu'une grande exposition des produits de l'industrie aurait lieu, le 25 mai, à Paris. Ce délai fut ensuite légèrement prorogé.
L'empereur, qui désirait que cette exhibition fût brillante et splendide , fit envoyer par le ministre de l'intérieur aux chambres de commerce et aux chambres consultatives de France la copie de ce décret.
Le préfet de l'Aisne, de son côté, engagea avec instance les membres qui composaient celle de Saint- Quentin à prendre toutes les mesures qu'ils jugeraient les plus convenables pour donner à cette exposition toute l'importance qu'elle était susceptible de recevoir.
Cette chambre, dont la juridiction avait été étendue à tout le départemeot de l'Aisne, décida que, par ses soins, il serait adressé une circulaire pressante aux maires de ses \illes, bourgs et villages où se trouvaient des fabriques, pour- les inviter à lui remettre la note des établissements industriels qui se trouvaient dans leurs enclaves et les échantillons des produits qu'ils devaient envoyer à l'exposition.
L'industrie et le commerce du département répondirent avec le plus grand empressement à cet appel. Douze négociants de Saint-Quentin présentèrent des articles tissés avec le fil et le lin, et huit des tissus de coton*.
Les tissus de fil se composaient de batistes 2/3, 3/4 , et 4/4, de claires mignonnettes et brochéeSj de gazés unies simples et doubles, à mouches et brochéeSy de gazes joncs , de pièces de mouchoirs de batiste en blancs et imprimés, de mouchoirs à fleurs en blanc, en couleur, 3/4, 7/8, 4/4 et 5/4 ; de robes en linon, brodées en or, en argent et en différentes couleurs; de tabliers brodés, de gazes à bandes, de bandes de tulle, et enfin d'une enseigne de linon brodée en or, portant le nom du manufacturier qui l'exposait^.
1 Les 12 négociants qui exposèrent en 1806 des articles tissés avec le fil et le lin, étaient MM. Dumoutier-Devatre frères et 0«\ E. Fizeaux et 0«; Leuba-Delabave et C>"; P. Paulet, Hoael et Ci«; Ferdinand Ladrière et Cie; Blacé; Paillette; Bernoville-Dumont et Cie; Nicolas Carpentier. — Les huit fabricants de tissus de coton étaient : MM. Plavinage et Arpin; S. et J. Jolyet leurs fils; Ferdinand Ladrière et Cie; P. Paulet, Houel et O»; Duboscq-Rteaut; befèvre- Grégoire et Grégoire; Lemercier-Pailletta et G»; DolAis et &«.
2 Ge manufacturier était M. Ferdinand Ladrière.
Les pièces de tissus de fii, au nombre de S4, étaient presque toutes en qualités flnes^. Les prix des batistes 2/3 et 3/4, mesurant de 12 à 1 S aunes à la pièce, variaient de 90 à 230 francs ; les claires 2/3 et 3/4, de 15 aunes, de 69 à 230 francs. Il y avait également un coupon de claire 4/4 dont Taune valait 24 francs, des pièces de mouchoirs 7/8, 4/4 et 8/4 à fleurs, brochés, en coton blanc ou en couleur, rayés ou unis, dont les pièces, contenant de 12 à 17 mouchoirs, se vendaient de 90 à 190 francs. — Les tissus de fil, appelés garnitures de jupes, ayant 16 lés, étaient estimés de 90 à 130 francs, et les gazes unies, brochées et Joncs, de 60 à 90 francs ^
La broderie commençait déjà à revenir dans le district industriel de Saint- Quentin , puisque à cette exposition Tun de ses manufacturiers avait envoyé deux robes de linons, brodées en or, du prix de 1 ,000 et de 400 francs ; une brodée en argent, de 2S0 francs ; unebrodée en soie verte et argent, de 200 francs; deux sur mousseline, de 4S0 et de 200 francs, et enfin une
y En 1730 on vendait à Saint-Qnentin des claires 2/3 15 aunes, de 12 à 15 francs la pièce , et en 1806 on n'en vendait plus au-dessous de ti fr.
2 Les gazes joncs en fil 2 et 2, 3 et as, et i et i valaient de 55 à 90 fr. la pièce de U aunes; les gazes en fil de 30 à 180 francs; les claires 2/8, 3/4, 7/8 et i/i de 30 à 300 francs la pièce de 15 aunes. La pièce dont la qualité se vendait, en 2/3, 15 francs, valait, en 3/4, 55 francs, 70 en 7/8, et 80 francs en 4/4; celle de 115 francs en 2/3, se vendait 135 francs en 3/4, 160 en 7/8, et 200 en 4/4. Les prix des claires brochées variaient de 40 à 160 francs la pièce. On faisait en fil, en 1804, Its dessina qui se fabriquent encore en coton en 1866.
(Ces renseignements sont puisés dans des cartes d*échantillont de tissus de fil, de 1800 à 1806 )
grande quantité de fonds de bonnets brodés, de tabliers et de mouchoirs.
Les tissus de coton exposés par ses huit fabricants se composaient de calicots 3/4, 4/4 et S/4, de percales unies, de mousselines claires et épaisses, de mousselines brochées, de piqués, de basins gaufrés et cordelés. Les prix des calicots et percales variaient, suivant la qualité, de 2 fr. 70 à 10 francs Taune; les basins, de 4 à 9 francs ; les piqués, de 11 à 25 francs ; les mousselines, de 4 à 15 francs, et les joncs et tulles imitant le fil, de 2 fr. 75 à 4 francs l'aune.
Les autres parties du département avaient également tenu à envoyer leurs produits à cette exhibition, où Ton remarqua de la bonneterie, de la papeterie et de la vannerie fine de l'arrondissement de Vervins, quelques échantillons de la bonneterie de celui de Laon, des cotons filés de celui de Château-Thierry et des cuirs de différentes espèces de celui de Soissons.
Ce fut vers cette époque qu'un illustre manufacturier^, dont la noble ambition fut surtout de ravir à l'Angleterre le monopole d'une immense industrie pour en enrichir la France, monta à Saint-Quentin une grande succursale de ses fabriques de Normandie, et que plusieurs maisons de commerce qui avaient à Paris ^ ou ailleurs leurs domiciles, vinrent aussi s'y établir.
1 M. Richard Lenoir, doot ud des boulevards de Paris porte aujourd'hui le nom.
2 Parmi ces maisons, un rapport du 23 juin 1806, de la chambre consultative, cite MM. Leboult et Bawens de Gand.
Nous avons dit qu'à cette exposition , une médaille d or fut décernée aune maison de Saint-Quentin pour la qualité de ses calicots, percales et mousselines, que le Jury trouva d'une grande beauté et d'une admirable perfection. — Le district de Saint-Quentin venait de se faire connaître à la France, non-seulement pour ses tissus de fil, mais encore pour ses magnifiques produits en coton. La place distinguée que cette industrie tint à cette exhibition ne laissa plus aucun doute sur l'avenir brillant et prospère qui lui était réservé, et, dès ce jour, ce centre manufacturier, si riche par l'intelligence de ses ouvriers et de ses négociants, fut regardé comme l'un de ceux à qui allait appartenir la fabrication du coton. Ainsi l'antique cité du Vermandois, qui, dès le xu"* siècle, se préparait au commerce; qui, du xui* au xvi*, se livrait avec succès au tissage de la laine, et du XVI* au xviii% à celui du fil et du lin, la ville de Saint-Quentin allait, au commencement du xix«, devenir l'une des plus importantes de l'empire pour la filature et la fabrication du coton.
Il nous semble maintenant utile de faire connaître ce qu'était à cette époque la situation manufacturière et agricole des divers arrondissements du département de l'Aisne.
En 1806, il y avait dans celui de Saint-Quentin i filatures de coton, i belles et vastes blanchisseries^, plusieurs établissements d'apprêts et quelques amidonner! es.
1 Rapport de la chambre consultative, do 28 juin 1806.
Les filatures occupaient 900 ouvriers et filaient généralement jusqu'au n"" 100. Sur les quatre blanchisse* ries qui, en 1785, suffisaient à peine à manutentionner tous les tissus qui s'y vendaient, deux seules étaient restées en activité, les deux autres attendaient que de nouveaux produits vinssent les alimenter. La fabrication des étoffes de coton, en augmentant considérablement le nombre des pièces à blanchir, améliora leur situation.Pour ces derniers tissus, on commençait à faire usage des procédés du célèbre chimiste Ber* thollet, qui paraissaient préférables aux anciens, parce que les préparations au savon noir présentaient de sérieuses difficultés pour les étoffes destinées à l'impression ^. Toutefois ces changements, qui s'opérèrent très-lentement, furent peu sensibles sur la prospérité des manufactures de savon noir, qui ne produisaient pas moins apnuellement de 25 à 30,000 barriques de 30 kilogrammes chaque, lesquelles s'écoulaient trèsfacilement à Saint-Quentin, à Rouen, à Beauvais et dans les départements voisins ^; c'est à l'un des descendants du sieur Wattier, qui avait apporté au xvi' siècle cette industrie en France , que la ville de Saint- Ouentin doit, dit-on, sa première savonnerie.
La fabrication des tissus de fil était encore importante; toutefois celle des calicots, basins, piqués et mousselines, grâce aux prescriptions du décret qui
1 Rapport de la Chambre consoltative, da 23 juin 1806. S Même rapport.
menait d'être rendu^, y était déjà devenue assez considérable pour y occuper 8,000 métiers, et ce nombre devait être bientAt augmenté, puisque les corps commerciaux de répoque assuraient ^ «c qu'avant peu de mois le seul arrondissement de Saint-Quentin produirait annuellement 300,000 pièces de tissus de coton. » A ces produits déjà si nombreux, la broderie apportait son contingent. Plusieurs maisons s'en occupaient. On brodait sur des linons claires 3/4, sur des tulles, des gazes en fil et sur des mousselines.
Il s'était aussi créé à Saint-Quentin une manufacture de bas façon anglais ^ qui y occupait 25 métiers, lesquels n'employaient que des cotons des filatures françaises. Ces métiers produisaient chaque semaine de 150 à 160 paires de bas, du n"" 24 au n°36.
Il y avait bien encore quelques autres genres d'industrie, telles que celles des mégissiers, des peausiers, des corroyeurs et des fourreurs, qui vendaient en gros et en détail les marchandises qu'ils fabriquaient, mais elles n'étaient pas en voie de progrès, toutes les tendances étaient alors dirigées vers la production des tissus.
Le grand mouvement commercial qui venaitd'éclater avec tant d'activité dans la ville, se propagea bientôt dans tous les cantons de son arrondissement. Plusieurs se livrèrent avec le plus grand succès à la
i Dde rot du tî février 1806.
i Hnpport drt la chitnbre consulUtive, de 1806.
3 Ce fabrluiil M Dommalt Hamlllon ; il éUil anglaii.
fabrication des étoffes et des nouveautés de coton ; d'autres, comme ceux deBohain etdeRibfmont, s'occupèrent plus particulièrement des gazes de soie et des châles.
Déjà Bohaîn , Fresnoy-le-Grand , Orîgny-Saînte- Benotte et bien d'autres communes renfermaient de ces ouvriers habiles et intelligents, qui annonçaient qu'ils deviendraient un jour, pour le tissage des beaux châles cachemires, les rivaux de ceux de l'Inde. Qs travaillaient généralement pour les maisons de Paris.
L'arrondissement de Yervins qui, comme tout le département de l'Aisne ^, faisait partie de la circonscription de la chambre consultative de Saint-Quentin, fabriquait aussi des claires 2/3 et des batistes. Le Nouvion avait encore, en 1812, douze manufactures de fils retors fins, destinés à faire de la dentelle ^. Ces fils, qu'elles vendaient jusqu'à 1800 francs les cinq kilogrammes ^ étaient expédiés à Valenciennes, à Caen et à Alençon. Ces fabricants, propriétaires chacun de trois métiers ou moulins à retordre, n'occupaient pas moins de ISO ouvriers et de 1200 fileuses. Le prix
1 Outre SCS manufactures de Glés et ses nombreux tissages du lin, du coton et de la laine, le d«^par(ement de TAisne possédait trois ra])riques de bouteilles, deux de gobfleterie, une de verre à vitres, viogt-huil papeteries, trente tanneries, deux fabriques de faïence, deux for^KS, trente fours à plâtre, cinquante tuileries et fours à chaux, cent brasseries et treize cent quate- vingt-trois moulins à blé, à tan et à huile.
{A/mmire du départemeni de C Aisne de tSlO).
S Une des plus importantes de ces manoiactures était dirigée par M. Godelle* Desnoyers.
S Rapport dA la chambre consultative, de 1806.
moyen de la jouraée était de 70 centimes pour les hommes et de 40 centimes pour les fileuses. Le produit auquel pouvait être attribué le travail de ces ouvriers, devait s'élever environ à 270,000 francs. U y avait une autre usine à Plomion^, qui fabriquait annuellement 3,000 pièces de toiles pour chemises et pour draps.
Cet arrondissement, comme celui de St-Quentin, avait toujours été essentiellement industriel et ses produits variés et nombreux. Ainsi, dans ses cantons de Guise ^, de Sains etdeVervins, il y avait plusieurs papeteries, et Tune d'elles employait les résidus de chanvre dont elle faisait un papier qui ne revenait qu'à 2 fr. 50 la rame '. A Origny-en-Thiérache et à Oisy, on fabriquait de la vannerie fine, dont la production annuelle, qui s'exportait en partie en Allemagne, en Hollande et en Russie, était estimée à plus de 100,000 francs. Il y avait à Wattigny et à Gratte-Pierre, des forges dont le travail principal consistait à faire des barres.et barreaux de fer plat; à Quiquengrogne on faisait des bouteilles ^, et à Wimy, à St-Michel et au Nouvion, se trouvaient des verreries importantes, dont
1 Rapport de la chambre consultative, de 1806.
2 La ville de Guise avait un bureau pour marquer et mesurer les pièces de linons et de batistes qui se fabriquaient dans ses environs. (Rtinseignement donné par M. Matton, archiviste du département..
3 C&s papetenes étaient établies à Rabouzy, commune et canton de Vervins, à Rabouzy, commune d'Hary; à Gercy, Voulpaii, à Faly, section d« Wiëge, à Fraoqueville et à Rougeries.
4 On assure que cette usine fi t établie au xiii« siècle, par la famille Colnet, originaire d'Italie. — Cette fabrique est aujourd'hui très-importante.
les produits étaient très-estimés; enfin au chef-lieu de l'arrondissement, à Vervins, où avant 1790 la bonneterie occupait la moitié de la population ouvrière, on fabriquait encore de grandes quantités déchaussons de laine, mais peu de bas.
L'arrondissement de Laon se distinguait par la variété de ses productions. Son plus grand établissèment industriel était^ en 1806, la manufacture des glaces de Saint-Gobain ^. En 1790, cet établissement occupait 1200 travailleurs et consommait, année commune, 7000 stères de bois. Les glaces qu'il fabriquait entraient pour plus de 3 millions dans la balance générale du commerce, et la plus grande dimension que Ton y faisait alors, était de 110 à US centimètres de hauteur sur 72 à 75 de largeur. La prospérité de cette manufacture , momentanément interrompue par la révolution, recommença à prendre avec l'empire une activité qui, depuis, a toujours progressé et sur laquelle nous aurons à revenir.
Nous devons toutefois dire ici que la ville de Chauny renfermait, avant 1790, les magasins que cette compagnie y avait fait élever pour recevoir les glaces brutes, et delà les expédier sur Paris où elles étaient polies et mises au tain. Mais ces locaux, ainsi que l'ancien usage
1 Au xii« siècle, la ville de Saint-Gobain était devenue la propriété des sires de Coucy. L*un d*eax, Ënguerrand 111, y fit construire un chàteau-fort en 1212. — Dans la première moitié du xvp siècle, Marie de Luxembourg, veuve de F. de Bourbon- Vendôme, créa à Saiot-Gubain une verrerie à la place de laquelle s*est établie plus tard la manufacture des glaces actuelle. — C*est en 1665 qu'une compagnie obtint le privilège de la fabrication des glaces en cet endroit, mais on ne commença à en fabriguer qu*e& 1692, (Dictionnaire Mêtorique, par Melleville, tome l*', page 424.)
de polir à la main, devinrent tellement insuffisants, qu'en 1800, cette administration fut obligée d'en faire construire de nouveaux, et d'établir à Chauny d'importantes machines à polir.
Dans la même contrée, près de Goucy-le-Château, se trouvait la verrerie de Folembray, dite du Vivier, dont l'origine remonte à 1705. Le premier propriétaire de cette usine, le sieur Thévenot, obtint un tel succès dansla fabrication de ses bouteilles, que l'on ne demandait et ne se servait pendant un certain temps à Paris que des bouteilles thévenot tes.
Cet arrondissement possédait ensuite plusieurs poteries, etàUrcel, près de Laon, une manufacture de sulfate de fer ou de couperose, qui, depuis 1788, avait toujours été en voie de progrès. Elle occupait alors 200 ouvriers et elle fournissait annuellement au commerce douze cents milliers de marchandises, aussi estimées que celles provenant de l'Angleterre. Il y avait encore des fabriques du même genre à Beaurieux,à Chaillevet, à Andelain, mais elles étaient moins considérables que celle d'Urcel ^ Liesse était renommé pour son industrie particulière, et de temps immémorial, ce bourg faisait un commerce dont les produits, en verre et en argent, consistaient en bagues et autres objets de pèlerinage.
La ville de Chauny ^, qui a toujours été une cité
1 Rapport de la cbambre coosultatÎTe, de 1806.
i La ville l de Chauny avait acquis assez d'importance au xii" siècle, pour que Philippe d'Alsace, en preoant possession du Vermandois, crût devoir lui accorder, en 1167, une charte cooimunale calquée sur celle de Saiotr-Quentin.
commerçante, avait des blanchisseries importantes et aussi de nombreux tissages de treillis et de toiles 2/3, 3/4 et 7/8 de largeur; une grande partie de ces pièces, qui se faisaient dans ses environs, étaient blanchies à la chaux. Ces toiles, particulièrement propres aux besoins du ménage , se vendaient généralement dans le département de l'Aisne.
Cette fabrication occupait également un grand nombre d'ouvriers dans les cantons de Crécy- sur- Serre, de Sissonne et de Coucy-le- Château, où l'on en tisse encore.
Enfin, près de cette même ville de Chauny se trouvait la fabrique de faïences de Sînceny.
Les deux arrondissements de Soissons * et de Château-Thierry étaient plus agricoles qu'industriels. Dans celui de Soissons, où l'on s'occupait du commerce de la tannerie, on avait, depuis 1802, transformé en une verrerie importante le beau domaine de Prémontré, et clans celui de Château-Thierry^, on avait monté une filature de coton, dont les échantillons venaient de figurer à l'exposition de Tindustrie.
Le département de l'Aisne, favorisé par de si nombreuses manufactures, ne l'était pas moins par les riches produits de son agriculture. Ces produits, en 1806, se composaient principalement de blé, de seigle,
1 H y avait en 1810, à Soissons» une fabrique de papiers de tenture, une de soudes et de savons, dirigée par M. Pajot-Descharmes, une filature de coton et une fabrique de sucre de betteraves, dont M. Costerousse, dit Y Annuaire de l'Aisne de 1810, était le propriétaire.
t Oh fabriquait aussi de la bonneterie à Fère-en-Tardenoib, et à Neuilly- Saiot-Front, arrondissement de Cbâteau-Thierry.
d'orgè, d'avoine, de légumes, de pommes pour faire du cidre, de vins^, de houblons, de chanvres et de lins. On venait depuis quelques années d'y essayer la culture des colzas et de l'œillette, à laquelle le département du Nord devait une partie de ses richesses agricoles. On estimait alors que sa population consommait à peu près les sept huitièmes de ses produits ^. Les raisins pour faire du vin se récoltaient dans les environs de Laon , de Soissons et de Château - Thierry , et les pommes pour la fabrication du cidre, plus particulièrement dans les cantons de Ghauny, de La Fère et de Saint-Simon. Les moutons qui y étaient élevés étaient généralement de race médiocre, et, à cette époque, leur laine n'était employée que mélangée. Le tiers de cette laine servait principalement pour la bonneterie, les matelas et la chapellerie ; le surplus s'exportait à Amiens, à Reims et dans les autres villes voisines.
Les houblons se cultivaient dans le canton de Bohain, et ce qui ne se consommait pas dans le pays se vendait dans les départements de la Marne et de la Meurthe. La pierre calcaire, les briqueteries, les tuileries , se trouvaient généralement dans tout le département, et les pierres à bâtir particulièrement dans les communes de Bellicourt, à Riqueval, à Housset et à Tupigny. Sur les lisières des routes de Paris , Cambrai et
1 L*arrondi8semeot de Laon avait autrefois 3,609 hectares de terres plantées ea vignes; celai de Soissons, 2,350, et celui de Château- Thierry i,000.
2 Rapport de la chambre consultative, de 1806.
Labn, s'exploitaient plusieurs mines abondantes de beaux grès, de sables blancs, gris et rouges ; et dans les environs de Saint-Quentin , à Seraucourt et à Cerisy,on pouvait se procurer une argile très-blanche et des glaises de diâérentes couleurs propres à la fabri* cation de la poterie et de la faïence.
Les ardoises étaient très-communes dans les environs de Vervins, où existait aussi du minerai de fer qui fournissait au travail de quelques forges. L'on trouvait également de nombreuses carrières de plâtre dans Tarrondissement de Château -Thierry.
Le département possédait enfin une couche de pyrite martiale^ de 90 kilomètres de longueur sur 40 de largeur moyenne. Sa longueur s'étendait du nordouest au sud-est depuis Pienne et la Terrière, entre le Catelet et Cambrai, jusqu'à Beaurieux sur le bord de l'Aisne, entre Laon et Reims. Sa largeur, à partir d'Homblières et d'Itancourt, se prolongeait jusqu'à Noyon. Ses filons^ mesuraient depuis un piedjusqu'àlS d'épaisseur. Ces pyrites étaient employées à la fabrication du sulfate de fer et de l'alun ; on s'en servait le plus communément comme engrais, après les avoir laissées brûler à l'air. Une grande partie de ces produits s'expédiaient pour le département du Nord. Les marais de la Somme fournissaient aussi une tourbe végétale, connue sous le nom très-commun de bouzinj
1 Rapport de la chambre coosulUlive, de 1806, dû à h plume de M. Dupms.
t Même rapport.
qui, se reproduisant très-facilement, servait de chauffage aux familles nécessiteuses.
Telle était la situation industrielle et agricole de la circonscription de la chambre consultative des arts et manufactures de Saint-Quentin, quelques années après cette brillante exposition de 1806, où ses nombreux produits avaient été aussi généralement appréciés que justement récompensés.
Depuis la révolution, qui ne modifia pas seulement les pouvoirs politiques delà nation, mais qui, en changeant les formes de la société, changea aussi celles de son sol qui était alors divisé en provinces ; depuis 1789, rhistoîre de Saint-Quentin est devenue, comme nous l'avons dit, celle des autres villes de France. Son histoire particulière se trouve restreinte à quelques faits.
Ainsi, de Tan iv à Tan vm de la république, la cité Saint-Quentinoise se fit remarquer par ses nombreuses et brillantes fêtes civiques. Elle en donna en Thonneur de ragricuîture et du commerce*; elle en donna en l'honneur de la Reconnaissance^, et du bonheur des épo,ux'. En l'an iv on y fêta la Paix, et en l'an vm la Souveraineté du peuple.
Plus tard, on y célébra avec une grande pompe, par une cérémonie funèbre, le souvenir de la mort du
i Procès- verbal de Textrait des délibératioDS de la mairie, du 10 messidor an VII.
S Elirait de la délibëratioa du 10 floréal an vu.
3 Extrait de celle du 10 prairial an vil . Voir la copie de ces documents aux pièces jusUûcatives.
général Hoche et celui des ministres de la république assassinés par les Autrichiens aux portes de Rastadt^
L'assemblée constituante et la convention nationale, après avoir remanié Torganisation administrative de la France, n'avaient abouti qu'à créer des administrations collectives à tous les degrés, délibérant perpétuellement, n'agissant jamais^, ayant à leurs côtés des commissaires du gouvernement central, chargés de solliciter auprès d'elles ou l'expédition des affaires de l'état, ou l'exécution des lois , mais étant privés du pouvoir d'agir eux-mêmes.
Le premier consul plaça à chaque degré de l'échelle administrative un représentant du pouvoir exécutif spécialement chargé d'agir; il institua dans chaque département un préfet' et dans chaque arrondissement un sous-préfet.
En mai 1799, la ville de Saint-Quentin procéda à l'installation du premier sous-préfet chargé de l'administration de son arrondissement.
Au mois de décembre de la môme année, sa belle collégiale, qui avait été fermée, puis ensuite transformée en paroisse, avait été, à la grande satisfaction de ses habitants> rendue enfin à l'exercice du culte catholique. Le 17 avril 1802, ses cloches s'étaient fait entendre; en
1 Archives de rhôtel-de-ville.
2 A. Thiers, Histoire du Contulat et de l'Empire, tome I«r, livre II, page 150.
> Le premier préfet de T Aisne fut M. Daucby, nommé le 1 1 ventdse, an VIII fS mars 1800); Je second, M. Belzay de Courmebil, et le troisième, le baron M^in, qui fut ensuite député de r Aisne.
i803, elle avait reçu, comme paroisse unique, son organisation légale et définitive, et,le 26 juin, son premier curé en avait pris possession.
En 1801, on avait commencé à démolir une partie de ses remparts, et Tannée suivante, Tantique cité du Vermandois, tant de fois jadis visitée par ses anciens rois, eut également Thonneur de recevoir dans ses murs le premier consul Bonaparte.
Voici la cause de ce voyage.
Au milieu de ses occupations militaires et politiques, le vainqueur de Tltalie ne cessait de donner son attention aux routes, aux canaux, à Tindustrie et au commerce. On n'avait pu encore se mettre d'accord sur la manière d'exécuter le percement au moyen duquel on devait passer de la vallée de l'Oise dans celles de la Somme et de l'Escaut. Les ingénieurs étaient divisés, le premier consul voulut les entendre et examiner la question sur les lieux mômes ; il y vint et la jugea; le percement fut en effet décidé et continué dans la direction la meilleure, celle même qui a réussie
n arrivaà Saint-Quentin le 20 pluviôse an ix (11 fé* vrier 1802), et voici, à l'occasion du séjour qu'il y fit, une copie de la lettre , en forme de procès-verbal, que le maire de Saint-Quentin^ adressa au rédacteur du journal officiel qui était désigné alors sous le nom de Gazelle naltonale ouMonileur universel^.
1 A. Thiers, tome V«, livre VIII, page 357.
2 M. Blondel. Extr^iU des registres des délibérations de la mairie, des aos vu, vin, ix et x de la République.
' Cette lettre se trouve insérée au o^ 147 dudit journal, à la date du 27 pluvidse an ix.
« Nous sommes encore, écrivait ce magistrat, le 23 » pluviôse an ix, dans l'ivresse du bonheur. Le pre- » mier consul vient de quitter la ville de Saint-Quen- » tin, après l'avoir honorée de sa présence pendant D trois jours; tous nos cœursavaient volé à sa rencontre; 3> il les entraîna tous à sa suite.
» Arrivé le 20, vers quatre heures de l'après-midi, 9 il oublia la fatigue du volage, pour se livrer à l'emy> pressement des citoyens avides de voir le génie tuté- 0 laire de la France. Pendant plus de deux heures, il 3> accueillit avec bonté les autorités, les corps civils et » militaires, successivement admis à son audience. Le » 21, au matin, il alla, en suivant le cours du canal de » Picardie, jusqu'àtrois lieues d'ici, visiterles ouvrages, )> suspendus depuis vingt-cinq ans, de la partie sou- » terraine du canal. Le ministre de l'intérieur, le » citoyen Crétet, conseiller d'état , chargé des routes » et de la navigation; le préfet du département, plu- » sieurs savants et ingénieurs du conseil des ponts-et- D chaussées l'accompagnaient, ainsi que son état-major. >> D vit, avec intérêt, les premières ébauches de cette » conception hardie qui, par une route de quinze «•mille mètres de longueur continue, pratiquée à » travers une montagne, unira les eaux de la Bel- » gique à celles qui vont grossir la Seine. Il se fit » expliquer parle citoyen Laurent, ingénieur attaché D à la direction de ce canal, tous les détails que les » obstacles de la saison et de l'état actuel des travaux » ne lui permettaient pasde saisira la vue. Après avoir 0 ainsi rempli le principal objet de son volage, le
v> lendemain 22, il visita les divers établissements ^ D et ateliers de cette fabrique unique en son genre, qui » procure -à notre ville un commerce si florissant, et 0 qui rend l'étranger tributaire envers la France de » plusieurs millions.
» Les négociants eurent Thonneur de lui présenter D quelques pièces de linons et de baptistes, dont il ) admira le travail et la beauté. Nous n'avions pas » cru qu'il rest&t quelque chose à ajouter à Tadmira- A tion que commande sa renommée; mais combien ces D sentiments se sont accrus dans nos âmes, lorsque D nous avons été à portée de reconnaître cette supériow rite de lumières et cette universalité de connaissances » qui se décèlent malgré lui. Avec quel attendrisse- » mentne Tavons-nouspasvuentretenir familièrement » nos principaux négociants des moyens de rendre à » notre commerce son antique splendeur; descendre s> dans les humbles celliers où Taclive industrie sert » les désirs de l'opulence et de la beauté. Heureux, s'il > a daigné lire dans nos cœurs les sentiments dont ils » étaient pénétrés 1 Au reste, la franchise picarde en » avait tracé l'expression sur tous les visages, n
Nous n'ajouterons rien au récit du maire de cette ville, si ce n'est que pendant la durée du séjour qu'il y fit, le premier consul se concilia les sympathies de sa population, qui- admirait en lui le dévoué protecteur de ses industries. Le mouvement était donné ; chacun, plein d'espérance sur l'avenir réservé au commerce, se
1 L*apprét de M. Dufour-Denelle, fut un de ceux qui fixèrent plus particulièrement son attention.
mit à l'œuvre : le manufacturier redoubla de zèle pour fabriquer les produits que la consommation réclamait; le pouvoir municipal chercha tout ce qui pouvait rendre plus florissante la: cité Saint-Quentinoise, et sa chambre consultavive mit à Tétude les projets qui devaient hâter les progrès de son commerce et son agriculture.
Dès qu'elles furent organisées, ces chambres virent de suite les services qu'elles pouvaient rendre aux intérêts généraux, et elles ne se préoccupèrent pas moins de ceux de Tagriculture que de ceux de Tindustrie.
Aussi, si Ton se reportait aux documents qui font connaître les travaux de ces corps consultatifs, on verrait qu'ils n'ont pas été moins utiles à l'agriculture, qui fournit à l'homme sa nourriture et ses vêtements, qu'aux manufactures qui mettent en œuvreles produits de la terre ou qu'au commerce qui les échange ou les exporte. Cette ligne de conduite fut toujours celle de la chambre consultative de Saint-Quentin.
Dès le 20 octobre 1806, elle demandait au préfet de l'Aisne que, par des primes importantes, le gouvernement voulût bien encourager Tamélioration de la race chevaline et de la race ovine. Llle se plaignait de ce que le nombre des moutons diminuait de plus en plus dans sa circonscription; elle attribuait cette diminution, qui portait un préjudice considérable à la production des engrais, aux réquisitions considérables delà fin du dernier siècle, à la trop grande consommation qui en fut faite à l'époque du maximum, et à la privation du Pâturage que les bêtes à laine trouvaient le long des
chemins nouvellement défrichés ^ Elle demandait ', enfin , a que des primes d'encouragement fussent dis- D tribuées, avec solennité, à ceux des cultivateurs qui » feraient les plus beaux élèves eir bétes à laine, et à A ceux qui exposeraient chaque année, sur le marché TU de Saint-Quentin, la laine la plus parfaite, d
C'est qu'en effet ce commerce était loin d'y progresser. Ainsi, avant 1789, il s'y vendait 7,000,000 de kilogrammes de laine brute, tandis qu'en 1806, cette quantité se trouvait réduite à 150,000 kilogrammes; cette décroissance considérable ne justifiait que trop la sollicitude des représentants de son commerce.
Tls se plaignaient encore de la situation fâcheuse dans laquelle se trouvait, dans les environs de Saint- Quentin, la culture et le rouissage du lin, et ils formulaient le vœu que l'on s'occupât à rendre son importance à une production du sol qui avait contribué, pour une si grande part, à la richesse des principales villes de la Picardie et de la Frandre.
Aucune question vitale pour l'agriculture n'échappait à leurs travaux et à leurs vœux. En même temps qu'ils émettaient celui que les fabriques de briques, contre lesquelles des plaintes s'élevaient , fussent soumises à un contrôle sévère, ils demandaiei^ au préfet de l'Aisne : r la formation d'une société d'agriculture à Saint-Quentin; 2"" que des encouragements fussent accordés aux cultivateurs qui changeraient leur
1 Rapport de la chambre consaltative, de 1806.
2 Dès 1806, cette demande de la chambre tendait à réclamer la création de comices agricoles.
ancien mode d'assoler leurs terres, en supprimant les jachères; ^ que les chemins vicinaux fussent plantés; 4"^ que l'on encourageât l'établissement de pépinières communales; S"" et enfin, la création d'un jardin botanique.
En septembre 1 808, cette cité sentit le besoin d'obtenir l'érection d'un conseil des prud'hommes. Ces conseils, d'abord institués pour la ville de Lyon, par un décret du 18 mars 1806, furent ensuite établis dans la plupart des autres centres manufacturiers de l'em. pire.
Saint-Quentin fut une des premières villes qui furent dotées de cette juridiction, instituée dans le but principal de maintenir la bonne harmonie entre les maîtres et les ouvriers, et déjuger leurs différends.
Son conseil municipal chercha ensuite à augmenter ses ressourceset à pourvoir à ses plus pressants besoins. Sonbudget ne s'élevait encore, en 1807, qu'à la somme de 107,764 fr. Ole, avec un modique excédant de 46 fr. 38 *.
Pour organiser ses principaux services communaux, le conseil proposa d'échanger des terrains de l'ancien collège, contre les bâtiments qui étaient autrefois occupés par l'abbaye de Fervaques *. Ces locaux
i Délibérations da conseil municipal de Tépoque, au siiyet du budget de
2 L*abbaye de Fervaques fondée en iliO, dans le lieu qui porte ce nom, près de Foosommes, pour des filles de Tordre de saint Bernard, était venue, par suite des guerres, s'établir à Saint-Quentin, en 1864. Cette
étaient aflbotée au logement d'une compagnie de vétéfans et à la partie de la garde départementale assignée à SaiDm}uentin. Ceux que la ville offrit au ministère de la guerre furent jugés à peu près convenables pour ces différents services, et réchange eut lieu.
Une grande partie des fortifications était détruite ; et, ce qu'il en restait, ne pouvant suffire à la défense de la place, n'offrait plus aucune utilité militaire. Le maire soumit, le 4 juillet 1807, au conseil municipal le projet d'une pétition à Tempereur, pour obtenir la concession à titre gratuit de ces fortifications, de leurs murs d'enceinte et de leurs terrains. Le conseil adopta cette proposition, qu'il renouvela , le 23 novembre 1809, à Toccasion dupercementdu canal souterrain et delà communication par eau delà France centrale avec les Flandres, et il demanda, en outre , à l'empereur, la permission d*élever sur l'une des places du port un monument a à la gloire d'une entreprise aussi o vaste dans ses conséquences que magnifique dans » son exécution, o Cette adresse disait encore : a » Notre ville, sire, s'applaudit d'avoir contribué à 9 l'achèvement de ce merveilleux ouvrage. Un signe p de votre Majesté a fait tomber une partie de ces » remparts qui furent autrefois ceux de la France et x> que nos ancêtres surent défendre avec un si admin rable courage... Mais de quelle utilité pourraient-ils
maison religieuse, dont la propriété revint àTétat, à la révolation de 1789, comptait en dernier lieu dix-huitdimes de chœur, avec onze converses. Ses revenus s'élevaient à 67,000 livres. (Melleviile, Dictionnaire hiitorique du département de rAiMe, tome 11, page 849.
» être aujourd'hui, sous lo règne d'un héros tel que » vous?»
Cette suppli(iue concluait à l'abandon *à la ville des anciennes fortifications.
Celle-ci fut autorisée à élever ce monument, mais il ne fut pas construit. Une place réservée, près du bassin du canal, qui porte le nom de Napoléon, attend encore la réalisation du projet du conseil municipal *. Quant aux matériaux et aux terrains qu'occupaient ces fortifications, ils ne lui furent concédés que par le décret du 28 avril 1810.
Cette phase heureuse dans laquelle se trouvait la ville de Saint-Quentin, sous le premier empire, ne fut pas moins brillante pour ses manufacturiers. La période de 1806 à 1811 fut de celles où Ton vit le nombre de ses fabriques s'augmenter, leurs produits s'améliorer, et leurs genres de tissus se multiplier.
 cette époque, chaque article, chaque dessin avait sa dénomination particulière; plus tard,onles confondit sous un nom générique. Les percales à jours comprenaient les Malhorougs^ les Enfichus^ Isles, Damiers^ Fantaisies simples et doubles tours ; les percales à nœuds, les Mille nœuds, les v de nœuds^ Nœuds à jours et nœuds en couleurs. L'article gaze de coton se composait des Gazes unies. Brouillées, Grain-de-café, Gazes Sophie 2 et 3 filsj Marly^ Tricot de Berlin, Gazes brochées et autres.
Ces dénominations, plus ou moins bizarres, avaient
1 Voir, aui pièces justiflcatiTes, la décision du conseil municipal.
été données è ces tissus, soit par l'usage, par une ressemblance à un objet quelconque, ou par leurs inventeurs. — Mais les étoffes que l'on fabriquait le plus alors étaient les calicots pour l'impression, les percales toutes largeurs, unies et brochées, les basins et les piqués.
Voici quels étaient, de 1806 à 1809, les prix des principaux tissus de coton des manufactures de Saint- Quentin ^ Les calicots 5/8 se vendaient à l'aune de 2 livres 12 sols à 3 livres; les calicots 33 pouces 70 portées ou 1400 fils, de 3 à 3 livres 12 sols; les calicots mêmes largeurs, 7S portées ou ISOO fils , de 3 livres 8 sols à 4 livres; les 80 portées ou 1 600, de 3 livres 12 à 4 livres 2 sols ; les calicots 43 pouces, de 3 livres 10solsà41ivres5 sols;les 46 pouces, de 4 livres 10 sols à 5 livres; les calicots 6/4 unis, de8 à lOIivres, et les croisées à 11 livres. L'aune de basin câblé valait, en qualités ordinaires, de 4 livres 5 sols à 5 livres; le cordelé, de 5 livresS solsà6 livres; le basin uni doubles croisés, en finesse 850, 6 livres S sois; en 900, 6 livres 15 sols, et en 1000, 7 livres 10 sols. Les prix des piqués blancs variaient de 6 à 34 livres; ceux des piqués couleurs, de 7 à 1 1 livres; des mousselines à pois et des fantaisies en long, de 9 à 10 livres; ceux des fantaisies en travers, de 11 à 12 livres; des gazes pluie, des mousselines brochées à chenille, de;;il à 12 livres ; des gazes
1 Nous devons c^s ri^Dseignemenls ialéressants à la bienveillante communication qu'on a bien voulu nous faire des livres de vente d*une Irès-bonorable maison qui, à celle époque, avait une faorication fort importante et régulière de ces ^loffes de coton.
à carreaux, de 8 livres 10 sols à 9 livres, et des percales à jours fenêtres, de 13 à 14 livres l'aune.
Les bas de coton, et il s'en fabriquait d'assez grandes quantités à Saint-Qnentin, se vendaient depuis 66 jusqu'à 264 livres la douzaine, c'est-à-dire que les bas les plus fins valaient 22 livres la paire.
Il y eut peu de changements dans les cours de 1810 à 1812, comparativement à ceux des années précédentes; seulement, dans les mêmes finesses de marchandises, on employait des cotons plus beaux, et les prix supportaient la différence de la supériorité des matières .
Les grandes manufactures d'étoffes imprimées d'Alsace et de Jouy achetaient à Saint-Quentin des tissus écrus; elles demandaient particulièrement des calicots en finesse 70 et 75 portées et en 3/4 de largeur*; des mousselines également en 3/4 ^, des croisés 3/4 et des croisés S/4'.
De 1810 à 1812, sans règlements ni ordonnances, on était parvenu à obtenir des ouvriers une régularité parfaite dans les largeurs et les longueurs des pièces de tissus. Les percales 5/4 fines s'y faisaient par 16 aunes; leurs prix variaient de 120 à 240 livres la pièce.
1 Nous avons vu, sur les livres dont la communication nousaëtë gracieusement accordée, une facture du 16 août 1809. s* élevant à 146,819 livres 1 sol 4 deniers, qui ne se composait que de calicots 70 portées, à 3 livres 13 sols, et de 15 portées, à 3 livres 17 sols. Ces pièces étaient vendues à la maison 0. de Jouy.
3 Mousselines 3/i, à 5 livres 10 sols, à MM. G. D. 0 M G*.
3 Les croisés 3/4, à 4 livres 15 sols, et les 5/4, i 9 livres, à M. D. M. de Mulhouse,
Les finesses les plus demandées en mousselines 3/4 étaient celles de 4 à 8 livres, et l'aune des gazes unies en coton, 2 et 3 fils, valait de S à 7 livres.
Vers la fin du premier empire, on fabriquait des percales à nœuds, appelées nœuds veloutés, qui se vendaient l'aune 22 livres; des percales à jours, 24, et des piqués pour gilets jusqu'à 48 livres. Les belles qualités étaient alors très-recherchées.
Si la fabrication de SaintrQuentin était en progrès pour ses tissus, elle ne l'était pas moins pour ses cotons filés. Ainsi, dans le mois de décembre 1808, répondant au ministre de l'intérieur qui demandait : a Jus- » qu'à quel degré de finesse on y filait, non par ex- T> traordinaire, mais en considérant les fils fins qui » sortent de telles ou telles filatures, comme les pro- 0 duits d'une fabrication courante et journalière ? » ses principaux filateurs envoyaient au gouvernement des échantillons de cotons filés, qui attestaient la perfection et la régularité de leurs produits. Cet envoi contenait trois séries d'échantillons : la première ^ 4 échevettes de 6S0 aunes, filées avec du coton de Naples, dit Gastellamare, n® 89 ; la seconde ^, 8 échevettes des n" 100 et 103, filées avec du Géorgie longue soie, 120, 125 et 130, et la troisième^, deux échevettes n** 90 et 115, filées avec du coton d'Espagne. ' Mais la situation florissante de la fabrication des
1 Filature de MM. Samuel et Jean Joly et leurs ûls.
2 Filature de MM. Arpin et fils.
3 Filature de M. Hippolyte Possel.
tissus de coton n'était pas celle des tissus de fil. Leur consommation continuait à perdre de leur importance, et une maison de Saint-Quentin, qui avait un comptoir à Tétraftiger, pour la vente de ces tissus *, le liquidait.
Des 7,000 ouvriers qui se livraient à cette fabrication, il n'en restait plus en 1811, que 4,000, lesquels produisaient au plus 100,000 pièces. Les fileuses gagnaient peu, mais leur nombre était toujours trèsgrand; habituées dès Tenfance à cette occupation paisible, à laquelle elles consacraient le temps où elles ne travaillaient pas aux champs, elles tenaient à une industrie dont le salaire était un accessoire qui leur procurait de Taisance dans leur ménage. Malheureusement la consommation des claires et des batistes ne diminuait pas seulement en France, mais bien plus encore à l'étranger et aux colonies où, par suite de la guerre avec l'Angleterre, il était si difficile d'en exporter *.
La décroissance de l'industrie linière, qui était une industrie du sol, et qu'à ce titre Ton peut appeler une industrie nationale, fut une perte à toujours regrettable pour le commerce et l'agriculture des anciennes
1 De 1809 à 1810, MM. Samuel Joly et fils liquidaient leurs maisons le Saint-Pétersbourg e' de Cambrai.
2 La France, à celte époque, était leur principal débouché L'Amérique et FEspagne n'en achetaient plus, rAllemagne fort peu, et la Russie, déjà contrariée par le conis élevé de son change. Tétait encore plus par un nouvel ukase qui ne permettait plus à nos toiles de traverser les douanes moscovites. L*llalie iie demandait à Saint-Quentin que ses tissus en coton, et pour ceux en Gl, elle 'donnait la préférence aux fabriques de Cambrai et de Valenciennes. (Extrait du rapport de M. Delorme page i8).
provinces de Picardie et des Flandres. Tous les bénéfices de celle-ci restaient dans le pays, si bien qifune batiste de 80 francs la pièce de 15 aunes, ne lui coûtait que le prix originaire de la graine de lin, c'est-à-dire de 75 centimes à i franc, de sorte qu'une valeur de 10 à 12 millions pouvait être obtenue en moins de 18 mois par une première mise de 108,000 francs ^
Rien ne saurait mieux faire comprendre la progression de la plus-value que recevait le lin depuis sa culture jusqu'à la vente de la toile qui provenait de son fil, que la reproduction des tableaux qui font partie d'un remarquable mémoire rédigé en i 81 1 par l'un des négociants* les plus honorables de Saint-Quentin, mémoire excessivement intéressant, qui fut aussi l'ouvrage des membres de sa chambre consultative.
Ce travail exact et consciencieux fut, après les recherches puisées aux sources les plus officielles et les plus authentiques, adressé, dans les derniers jours de janvier de l'année 1811, au ministre de l'intérieur. Ces divers tableaux comparatifs des produits de ses manufactures qui suivent ce mémoire, offrent un intéréttrop soutenu et des renseignements trop complets sur la situation, à différentes époques, du commerce de Saint-Quentin, pour que nous ne nous soyons pas empressé de leur donner une place dans cette étude.
Le premier tableau fait connaître les résultats de la fabrication du lin dans les diverses transformations de
1 Documents fournis par la chambre constfltalive, 31 jaavier 1811.
2 M. Delorme (Albin-Barlhélemy-Fleury), négociant, membre du Corps législatif et maire de Saint-Quentin, le 8 prairial, an xiii.
cette plante, donne l'état des terres employées à sa culture, celui des préparations qui lui sont nécessaires, le nombre des bras qui la mettent en œuvre, et l'importance des bénéfices qu'elle produit.
Ce tableau a été fait pour quatre périodes différentes : les deux premières sont, basées sur des chiffres officiels, les deux autres sur des documents tellement positifs qu'il serait impossible, quoique depuis 1789 l'autorité eût cessé de s'assurer de la quantité des toiles fabriquées, de les obtenir avec une plus complète exactitude. — La progression que l'on remarquera dansie prix du lin est uniquement l'effet de la main-d'œuvre. Ainsi, en l'année 1789, pour citer un exemple, « la » quantité de cette graine employée, représentant une » valeur effective de 108,528 livres, avait produit » 144,714 pièces, valant ensemble 10,8S3,5S5 livres^. » D serait difficile, ajoutait le rapport, de trouver une » industrie plus avantageuse aux cultivateurs, aux » propriétaires et aux commerçants; elle équivaut à y> un capital foncier de 300 millions qui n'exigerait 0 que 497 hectares de terres. j>
Le second tableau présente l'état comparatif du commerce intérieur et extérieur des toiles de fil fabriquées dans le district industriel de Saint-Quentin ; il . indique quels ont été dans les années 1761 y 1789, 1800 et 1807, les résultats comparés de leur consommation en France et de leur exportation dans lespaysétrangers.
Le troisième tableau concerne les filatures du coton.
i Mémoire de M. Delonne, 31 janvier 1811. Voir aax pièces josiificatîYes.
Le quatrième, le produit des tissages, et le cinquième, la valeur de l'argent payé à l'étranger pour solder les cotons en laine.
A ces tableaux sont jointes de très -intéressantes observations qui feront encore mieux apprécier l'importance de ces documents^.
La France, était grande et glorieuse ; formidable sur les champs de bataille, elle rivalisait d'industrie avec l'Angleterre; ses villes se couvraient de magnifiques édifices ; elle creusait des canaux et perçait des routes pour compléter sa viabilité. Ses finances étaient en bon état. Les travaux publics avaient pris un développement immense; les routes du Mont-Genis et du Simplon se terminaient; des ouvrages considérables s'exécutaient dans tous les ports. L'agriculture avait reçu une impulsion extraordinaire, et elle travaillait à la multiplication des bestiaux comme à l'amélioration des laines. Le commerce, malgré la guerre maritime qui s'était engagée entre la France et l'Angleterre, trouvait, dans tout le continent, des débouchés considérables. La sécurité, l'esprit d'entreprise étaient partout, dans les villes manufacturières surtout, et toutes, à Tenvi, cherchaient à seconder l'empereur dans ses sympathies pour l'industrie nationale.
Ce noble élan était dans toutes les pensées ; chacun voulait, en aidant à la grandeur de la France, contribuer à la prospérité de sa cité et aux progrès de son commerce.
Ce mouvement avait eu, à Saint-Quentin, un grand
1 Voir ces Irés* intéressants documents aux pièces justificatives.
retentissement , et cela devait être; car cette ville avait toujours eu à se féliciter de la bienveillance avec laquelle le chef de rétat avait défendu les intérêts de son commerce et accueilli ses demandes.
Un événement heureux et désiré vint mettre en émoi sa population.
Son administration municipale fut avertie que l'empereur se proposant de visiter Anvers, Flessingue, la Zélande et le Brabant, passerait par Saint-Quentin dans les derniers jours du mois d'avril 1810.
Déjà, en recevant, le 7 janvier, au palais des Tuileries, une députation de son conseil municipal, chargée de lui renouveler la demande d'abandonner à la ville les terrains de ses fortifications, l'empereur avait lui-même annoncé ce voyage, en disant : « qu'il con- » naissait et appréciait les sentiments des bons habi- » tanlsde Saint-Quentin, qu'il voulait les revoir bientôt, D s'assurer de l'état de leurs manufactures et visiter » le canal, dont les travaux touchaient à leur » terme. »
C'était l'époque où l'empereur Napoléon était dans toute sa puissance et dans toute sa gloire. Vainqueur à Wagrâm, enrichi de nouvelles dépouilles territoriales en Gallicie, en Bavière et en Illyrie, ayant poussé encore plus loin vers l'orient son empire déjà si étendu, l'empereur a que les circonstances avaient i> mis dans le cas de choisir une épouse ^, » venait de se marier avec Marie-Louise, archiduchesse d'Autriche.
1 Circulaire de Tempereur Napoléon à son ministre des affaires étnm<' gères (avril 1810),
Le vainqueur d'Austerlitz avait choisi une petite-fiU e de Marie-Thérèse pour servir de mère à l'héritier de son nouvel empire.
Le 26 février, le conseil municipal, saisi de Tan nonce officielle de la prochaine arrivée de Leurs Majestés à Saint-Quentin, nomma une commission chargée de proposer le programme des fêtes à offrir à Leurs Majestés, et de rédiger les demandes qui seraient adressées à Tempereur, à l'occasion de son prochain séjour à Saint-Quentin.
En tête de ses demandes, la commission plaça celle d'une somme de cent mille francs, destinée à y créer un entrepôt qui serait la succursale de celui d'Anvers ; et en rappelant la grande influence de celui de Lyon sur les provinces du Midi, elle disait : « que ce que le Rhône était pour le Midi, le canal de Saint-Quentin le serait à plus forte raison pour le Nord de la France. »
Cette adresse*, parfaitement développée, expliquait la situation de Saint-Quentin pour devenir la ville capitale d'un grand entrepôt appelé à alimenter toutes les cités qui l'environnaient. Les nombreux motifs qui appuyaient ce projet étaient, en 1810, d'une vérité incontestable qui frappa l'empereur... Ils le sont bien autrement aujourd'hui que les circonstances ont fait de Saint-Quentin le centre d'un grand réseau de chemin de fer. Mais n'anticipons pas sur l'avenir en disant les immenses résultats que ces nouvelles voies
1 Voir ces importantes délibérations sur les registres des procès-verbaux du conseil municipal , de 1807 à 1812,
de communication devaient avoir sur les villes appelées
à en étcp favorisées.
Le conseil municipal, qui adopta les propositions
de sa commission, demandait^ en outre, à l'empereur :
50,000 francs pour restaurer une partie de THôtel-de- Villeety organiser ses services municipaux.
lS,000pour le redressement de la route et des ponts de la porte Saint-Martin;
15,000 pour la construction d'un presbytère;