‹ Saint-Quentin; de son commerce et de ses industriesChapitre 13 sur 42 · CD · texte numérisé non relu

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Le district manufacturier de Saint-Quentin, et dans cette désignation il n'est seulement question que des villages qui environnaient cette ville et qui faisaient partie de sa circonscription industrielle, ce district en 1761 occupait 54,000 ôleuses et 4,60Q tisseurs. En 1772 ce dernier nombre était de 5,300. Dans un mémoiredeses négociants en toiles, contrôla sortie des lins, ce chiffre est porté à 13,0^ ^, mais il comprend nécessairement toutes les contrées voisines qui travaillaient pour cette fabrique.

En 1784, ces nombres s'élevaient: les fileuses à 72,000 et les tisseurs à près de 7,000, non compris : tt 600 découpeuses, 284 restoupeuses ^, 100 hommes s> et 200 femmes aux blanchisseries, 28 hommes et )) 250 femmes aux ployeries. »

Une partie de la population des communes qui avoisinaient l'ancienne capitale du Vermandois, hommes et femmes, jeunes et vieux, qui pouvaient travailler, gagnaient suivant leur habileté, les ouvriers de 8 à 40 sols et les fileuses de 4 à 20 sols par jour. Les trois quarts du prix des toiles consistaient dans la main d'œuvre^. En cette année 1784, il fut fabriqué dans le rayon manufacturier de Saint-Quentin 180,000 pièces de tissus de fil : en évaluant à 80 livres * leur valeur

t Archives de l'Aisne, G. 761 (1772). Mémoire des négociants en toiles contre la sortie des fils.

S Dom Grenier, volume CLXVJ, paqaet 20, art. 6. Manuscrits de la bibliothèque impériale.

8 Archives de l'Aisne (G 758).

^ Évaluation portée dans le mémoire remarquable de M. Delorme. On ûbriquait beaucoup alors de fines qualités.

moyenne, on trouve un produit de 13,600,000 livres, somme qui pour l'époque était très importante, si Ton considère surtout que dans ces chiffres ne sont pas compris ceux des marchandises que les négociants de Saint-Quentin faisaient acheter à Cambrai, à Bapaume, à Valenciennes et dans le Vervinois', lesquelles étaient estimées près de huit millions.

L'augmentation q^, au xvni* siècle, venait de se manifester dans la production des tissus à Saint- Quentin, s'était également fait sentir en Normandie. Ainsi, en 1732, le nombre de pièces appelées rouenneries visitées au bureau de Rouen^ fut de 107,464, de 181,337 en 1736 de 213,717 en 1739, de 245,688 en 1744 et de 309,889 en 1749».

La compagnie des Indes, au moment où elle commençait à grandir, importait pour douze miUions de marchandises et en exportait pour neuf*.

Les négociants de Saint-Quentin ^ n'étaient pas encore dans l'usage de faire fabriquer les toiles pour leur compte; ils les achetaient ou ils les commandaient; l'ouvrier travaillait à ses frais, ou plutôt il était salarié par ceux qui portaient le nom de fabricants. Ces maisons de commerce avaient presque toutes une contrée où elles faisaient de préférence

i De 17i6 à 1752 il fut marqué au bureau de Vervins 18,848 pièces de linons. {Archives de Laon).

^ Ouin Lacroix, Hisloire des corporations de Rouen.

3 Arnould, Balance du Commerce, table 13.

4 Noms des maisons de commerce qui existaient à Saint^uentin de 1753 à 1792.

leurs affaires; elles se partageaient pour ainsi dire l'Europe. Les unes avaient la France, d'autres l'Espagne, l'Italie, l'Angleterre, la Russie ou l'Allemagne *. Elles étaient peu nombreuses; avec de petits locaux, un personnel peu important, elles faisaient des chiffres d'affaires considérables.

H y avait encore d'autres industriels que l'on appelait des racheteurs, plus connusr sous la dénomination picarde de racateux. Cette sorte d'intermédiaire parcourait les villages une partie de la semaine, pour acheter, à prix débattu, les pièces que tissaient, dans la cave de leur maison, de petits ouvriers qui, pour la plupart récoltaient eux-mêmes leurs lins que filaient leurs femmes et leurs filles ; ensuite, ils venaient vendre ces pièces aux négociants de Saint-Quentin.

Cette fabrication, qui s'obtenait dans les campagnes parle concours de la famille, était certainement plus favorable aux mœurs et à la santé que le travail en commun dans les manufactures, qui lui a succédé avec des résultats matériels beaucoup plus considérables.

La fabrique de Saint-Quentin commença à déchoir vers la fin de l'année 1788. Deux circonstances expliquent cette décroissance : la première fut le traité de commerce conclu, en 1786, avec l'Angleterre; la seconde, le commencement de la révolution.

L'introduction de certaines marchandises anglaises fut tellement défavorable à ses industries que, comparativement à 1784, elle amena une diminution immé-

I Mémoire do M. Delorme.

diate de 3S,000 pièces dans leur production. Les conséquences de ce traité furent déplorables et désastreuses pour tout le commerce de la Picardie, et elles furent cause qu'en 1789 le nombre de pièces de marchandises de fil expédiées par les négociants de la ville de Saint- Quentin se trouvait réduit de 180,000 à 144,714.

Ces pièces, suivant un tableau comparatif du commerce intérieur et extérieur qui figure dans les archives de sa chambre de commerce, reçurent en cette dite année la destination suivante : 31,714 furent achetées par la France et ses colonies, 10,000 par T Angleterre, 3,000 par TEspagne et 24,000 par TAUemagne. La Hollande entre ensuite dans le chiffre général de 144,714 pièces vendues en 1789 pour 12,000, lltalie pour 10,000, la Russie et le Nord de l'Europe pour 6,000, et enfin le Portugal seulement pour 1,000 *.

En 1787, c'étaient l'Italie, l'Allemagne , l'Angleterre et les contrées du Nord qui étaient les marchés les plus importants pour la France : l'Italie figurait à l'importation pour 82 millions et à l'exportation pour 78; l'Angleterre pour 63 contre 37 ; l'Allemagne pour 63 contre 95, et les contrées du Nord pour 31 contre 79 millions. Comme on le voit, la balance n'était pas en faveur de la France ^.

Depuis cette époque, la fabrication des linons et des batistes eut à subir des diminutions successives, jus-

1 Renseignements extraits du rapport de M. Delorme.

) Levasseur, tome II, page 379. État de Vindusirie et du commerce.

qu'au jour où ces articles furent remplacés en partie par d'autres produits qui, à leur tour, eurent leur vogue et leur décadence.

Saint-Quentin fut longtemps aussi Tentrepôt du commerce des lins en bottes pour la fabrication des toiles de Normandie. Ces lins y étaient apportés des bords de l'Oise, du Cambrésis et de TArtois, et ils lui produisaient de quinze à dix-huit cent mille francs de recettes. Cette branche de revenus lui fut bientôt enlevée, car les Normands finirent par aller acheter leurs lins eux-mêmes chez les cultivateurs, et alors ce marché perdit une partie de son importance.

En 1785, la broderie occupait à Saint-Quentin un grand nombre d'ouvrières, et ce fut dans cette ville et dans ses environs qu'à l'imitation de la Saxe on commença à broder sur de la mousseline et sur des linons*. Une demoiselle de Bienvillers '^ y avait également fondé une fabrique de tulles, ou filets brodés ; ces genres de tulles imitaient parfaitement le point d'Argentan, et cette fabrication y occupait plus de cent ouvrières.

A Tarare le premier essai en broderie remonte à 1788; on le doit à trois sœurs qui s'associèrent pour y monter un atelier *.

La ville de Saint-Quentin enfin avait deux amidonneries, situées dans le faubourg d'Isle, deux manu-

1 Bezon, IV* vol., page 234.

3 DoDi Grenier. Manuscrits de la bibliothèque impériale, volume CLXVI, paquet 20, art, 6.

9 Mesdemoiselles Defrance, parentes de Simooet.

factures de savon noir et une autre, au village de Oestres.

Bien avant la conclusion de ce traité de 1786, qui a laissé de si tristes souvenirs dans l'industrie de la France, différents arrêtés avaient sévèrement interdit rentrée du royaume aux gazes étrangères fabriquées avec de la soie. Ces étoffes, très-goûtées et recherchées par la mode, procuraient des bénéfices considérables aux commerçants des autres pays qui les fabriquaient et qui les vendaient. Deux industriels de Saint-Quentin tentèrent d'y installer une de ces manufactures, en y joignant un tissage de mousselines de coton. L'un de ces négociants devait fournir les capitaux ^ , et l'autre la diriger^. L'entreprise prospéra d'abord; puis, les deux associés ne pouvant s'entendre sur sa direction, la société fut dans la nécessité de se dissoudre, et les ouvriers, dispersés, allèrent s'établir en Normandie.

L'influence favorable du commerce sur la richesse d'une contrée, comme sur le bien-être de ses populations, était déjà si bien appréciée, que des grands seigneurs ne crurent nullement dérogera leurs blasons en s'occupant de créer des établissements industriels.

Le marquis de Caulaincourt ' reprit, pour ainsi dire, l'œuvre d'essai qui venait d'être interrompue parles deux manufacturiers de Saint^Quentin, et, en 1766, il fit organiser dans la terre dont il portait le nom, une

t M. Devatre.

3 M. Mariage.

3 Archives départementales de V Aisne. Voyez aux pièces jusliflca- U?es.

fabrique du même genre, qui était^irigée par les sieurs Fourquin et Allut. On y tissait uq genre de mousseline qui imitait celles de la Suisse et des Indes; la pièce de ces sortes d'étoffes légères se vendait 60 livres*. Un si noble exemple méritait d'être encouragé, et, en effet, le contrôleur général des finances s'empressa, par une décision de 6 septembre 1769, de lui accorder, sur les fonds libres de lacapitation d'Amiens, un secours annuel de 3000 livres. Cette manufacture, avec un habile contre-maître *, fit de grands progrès, et ils furent mêmesiremarquables, qu'en 1770, ses produits imitaient, à s'y méprendre, ceux de la Suisse. La mort de celui qui la dirigeait y amena des changements qui décidèrent son propriétaire à la fermer *.

Vers la même époque, dans un village situé entre les villes de Guise e.t de Vervins, à Leschelles, le marquis d'flervilly faisait également ouvrir des ateliers, dans le but de procurer aux habitants de sa terre l'aisance et de nouveaux moyens de subsistance. Dans une requête, ce seigneur de Leschelles disait au Roi : a qu'il » faisait fabriquer des toUes façon de Courtray et » de Silésie pour table, des ras de Saint-Cyr, de » toute couleur, qui imitaient des basins de fil et » de fil de coton, rayés et à dessins; et, enfin, des » Cirsakas imitant ceux de Hollande et d'Angle-

i Dictionnaire hittorique de MelleviUe, page 188, tome I.

^ M. Hallut.

B Les Archives de V Aisne, C. 755, contienneDt un rapport de M. Tribert, inspecteur, do 6 mars 1777, sur la manufacture de Caulaincuurt. qui est très-intëressant et qui se trouve aux pièces justificatives.

9 terre*. > Le marquis d'Henrilly ajoutait cqael'agré- » ment et le prix modique de ces ouvrages les fusaient » rechercher, surtout par les gens du commun ^. f^ En conséquence, il sollicitait, pour cet établissement, qui avait à cette époque cent métiers battants, le titre de Manufacture royale, avec exemption de tous droits dans l'étendue du royaume, et l'autorisation d'avoir un portier à la livrée de sa Majesté.

Ces privilèges lui furent concédés, par arrêt du 23 mai 1769. Un autre, du 28 mars 1771, lui accorda également, pour dix ans, en retour de ses avances, une somme annuelle de deux mille livres sur les fonds de la capitation de la généralité de Soissons.

La manufacture de Leschelles se soutînt avec avantage, et joignit à ses produits la fabrication des velours. Elle passa dans la suite aux mains d'un sieur Base, et en 1792, dans celles des sieurs Joseph Cristophe et Kaimel ; puis, ecfio , les troubles de la révolution qui survinrent, forcèrent ceux-ci à l'abandonner. Les ouvriers se dispersèrent, et, plus tard, ils servirent certainement à former ces habiles tisseurs du Vervinois, qui, dans les environs de la ville de Guise, vers Iron et autres villages de cette contrée, étaient si parfaits à fabriquer de très-fines claires 2/3 et 3/4, qu'ils continuèrent de produire aussi longtemps que ces articles furent recherchés par la vente.

1 Cireakas, étoffe originaire des Indes, presque toute de coton avec mélange de très peu de soie.

s Archives dépariementalet de F Aime et Travail de MM, Rauii ei MatUm, page 220.

L'élection de Guise , dans la généralité de Soissons, avait en outre plusieurs forges et plusieurs fourneaux où Ton fondait le fer au charbon de bois.

Depuis longtemps, nos lecteurs le savent, on fabriquait dans le Vermandois des tissus de soie, de grosses qualités et d'une consommation restreinte, qui servaient particulièrement à faire des tamis et à passer des liqueurs; mais ce ne fut qu'en 1762 que le tissage des gazes et des mousselines de soie pour robes, fut introduit à Fresnoy-le-Grand *, commune trèsimportante et très peuplée, située à 3 lieues de Saint- Quentin.

Un commerçant nommé Santerre^, qui habitait à Paris le faubourg Saint-Martin, où déjà il vendait de ces marchandises légères, vint y monter une manufacture.

Il fut d'abord secondé par son gendre^, qui, vers l'année 1778, se livra à un autre genre de commerce ^. Ensuite, le siège de cette fabrique, tout en

^ Archives de l'Aisne^ G. 755, et voir aux pièces justificatives. Fresnoyè'Grand est très-ancien (il en est parlé dans une charte de l*an 952) et appartenait autrefois à l'abbaye d'Homblières. Sa population , qui en 1698 n'était que de 912 habitants, était en 1800, 40 ans environ après l'introduction de la fabrique de la soie, de 2,294; au dernier recensement elle éUit de 4,276 habitants.

2 Voici au sujet de M. Santerre ce que disent les manuscrits de Dom Grenier M. Santerre, négociant^ à Pdris, a arraché à la misère un trèsgrand nombre de familles, en établissant dans les environs de Saint-Quentin une manufacture de gazes de soie. — Voir aux pièces justificatives les renseignements donnés par l'inspecteur des manufactures CoUiette, sur les fabriques de Caulaincourt et de Fresnoy. Archives de l'Aisne, G. 755.

3 M. Boscari.

4 Travail de MM. Rouit et Matton, page 211.

conservant des contre-mattres à Fresnoy, fut transféré à Bohain S où elle occupa un grand nombre d'ouvriers de cette ville et des villages environnants de Seboncourt et d'Etaves, auxquels elle procura un peu d'aisance, en y apportant du travail.

En l'année 1781, la succursale de Fresnoy avait plus de 900 métiers qui produisaient des gazes de soie, dont les qualités égalaient celles d'Italie. Ces marchandises étaient presque toutes destinées à l'exportation.

Après lui, un autre manufacturier, habile et intelligent, lui succéda ^, et il soutint avec avantage la réputation de son prédécesseur. Comme lui il chercha à donner à cette industrie le plus grand développement, et, quand il la quitta, il occupait 1 ,400 ouvriers et 400 dévideuses.

La fabrication des étoffes légères, tissées avec de la soie et de la laine, venait donc de s'implanter définitivement dans le Vermandois, où elle faisait déjà la richesse de plusieurs de ses villages, et en même temps qu'un industriel delà rue Neuve-Saint-Denis ^ se

< Colliette rhistorien prétend que Bohain fut constrnit an xii« siècle, par Gilles de Saint-Aubert, son premier seigneur, mais celle assertion semble ne pas être exacte ; car on trouve dès le milieu du xi« siècle, des particuliers qui prennent le titre de seigneur de Bohain. D'autres historiens signalent la grandeur, la force et la magnificence de son second château dont on voyait encore les ruines au milieu du xiii« siècle. En 1760, Bohain était régi à la police par un maire héréditaire nommé par le seigneur du lieu; aux causes civiles et criminelles par le bailli de ce seigneur avec appel au bailliage de Saint-Quentin, et auoois par une vénerie particulière. Dictionnaire histo^ rique par Melleville, tome i«r, page 122.

2 M. Descombes.

3 M. Guy.

fixait à Seboncourt ^ , un négociant, qui faisait le commerce de linons et de batistes à Saint-Quentin, y montait cent métiers de gazes de soie, qu'il cédait ensuite à une compagnie pour se livrer entièrement à son commerce d'articles de fil.

Le tissage des gazes de soie prit ensuite un plus grand développement dans les villes de Bohain, de Fresnoy-le-Grand, à Seboncourt, à Etaves et dans les autres villages de cette partie des environs de Saint-Quentin. Aussi ces populations laborieuses, qui devaient Taisance dont elles jouissaient alors à ce nouveau genre de produit, firent-elles tout ce qui dépendit d'elles pour le conserver et pour obtenir du gouvernement des encouragements.

Tels se trouvaient être les produits qui se fabriquaient dans le district manufacturier de Saint-* Quentin, et la situation de son commerce, lorsque la révolution éclata. Elle changea tous les rapports, les habitudes, les fortunes et les éléments même de ses industries.

Pendant sesorages,le commerce de cette ville y devint à peu près ce qu'il fut dans tout le reste de la France, c'est-à-dire qu'il s'arrêta pendant quelque temps, qu'il suspendit, en partie, ses opérations d'affaires, jusqu'au moment où le calme succéda à la tempête; alors il se mo-

1 Voir à ce sqjet la lettre da curé de Seboncourt, la requête des habitants et du curé de Fresnoy-le-Grand, de l'intendant d* Amiens et du subdélégué de Saint-Quentin : Documents des archives de V Aisne, G. 755.

S M Paolet.

difia et se transforma pour se produire dans des conditions nouvelles *.

Cette première partie de notre étude , c'est-à-dire celle qui concerne Thistoire de l'ancien commerce de Saint-Quentin, se trouverait ici terminée, si nous n'avions à la compléter par la relation de quelques faits politiques, municipaux et d'intérêt général qui se rattachent particulièrement à celle de cette cité.

Depuis Louis XIII jusqu'à l'époque de la révolution, les fastes de Saint-Quentin ne présentent plus guère d'événements importants. Son histoire, après l'établissement de la dynastie des Bourbons, cesse d'être politique pour devenir purement locale.

En 1635, Louis XIII la visita et la remercia de lui avoir été fidèle. Cette ville étant frontière, était alors fermée par un très- beau rempart circulaire, protégé par six bastions.

Sous le règne de Louis XIII et de Louis XIV ses fortifications furent reconstruites àla moderne. Le cardinal de Richelieu et Vauban y avaient attaché, le premier, son nom, le second, son génie.

En 1642, le*comte de Guiche perdit une bataille contre les Espagnols, sur les confins du Cambrésîs, auprès de l'abbaye de Honnecourt en Vermandois ; mais cet échec ne fut pas assez décisif pour que Ten-

1 Pendant plusieurs années, particulièrement de 179% à 179i, le commerce 8*y fit avec difScullë, les relations éuient interrompues et les faillites nombreuses. Cette situation dura cependant moins à Saint-Quentin que dans la plupart des autres villes manufacturières. Extrait du rapport de M. Delorme, chambre consultative, 1811.

nemi osât se porter sur Saint^Quentin et pénétrer dans rintérieur du pays.

Pendant les troubles de la Fronde, cette dernière guerre civile de l'ancienne monarchie, cette ville, suivant ses loyales traditions, resta fidèle au gouvernement royal. Cette guerre agita violemment le royaume, mais le commerce de Saint-Quentin ne s'en ressentit pas.

Le roi Louis XIII, accompagné de la reine Anne d'Autriche, du cardinal de Richelieu et du duc de Chaulnes, vint à Saint-Quentin en mai 1633, et cette ville reçut également en juillet 1676 la visite de Louis XIV, ainsi que celle de Louis XV, en 1744.

Vers la fin du xvu" siècle, la royauté , devenue plus absolue, se sentit assez forte pour ne plus craindre la licence des artisans, et elle cessa de lutter contre les corporations, qu'elle tint , au contraire, à conserver comme une garantie de l'exécution des ordonnances qu'elle rendait. Elle ne voulut pas rompre avec les coips de métiers, mais seulement régulariser leurs institutions.

Colbert, qui fut l'un des principaux organisateurs de la prospérité industrielle, produisit, pendant son long ministère, une révolution profonde dans les conditions des classes ouvrières. L'on pourrait presque dire que la période brillante de l'industrie ne commença qu'avec lui. A la mort de Mazarin, ni le commerce, ni les manufactures, ni la navigation, n'avait encore une grande importance. Colbert eut le courage d'entreprendre, à lui seul, une œuvre que l'Angleterre n'a menée

à bonne fin, qu*après deux révolutions et trois siècles d'efforts. Il fît venir de toutes parts les fabricants et les ouvriers les plus habiles ; il acheta des secrets de tabrique, se procura des machines et les meilleurs instruments, n fit publier des règlements sur le tissage et sur la teinture des étoffes de tous genres. 11 avait un programme * qui était : « de réduire les droits à la sortie, » sur les denrées et les manufactures du royaume, de » diminuer aux entrées ceux qui pouvaient servir aux r> fabriques, et de repousser, par l'élévation des droits, » les produits des manufactures étrangères. »

Golbert, qui eut assez d*amour du bien pour consacrer tout le travail de sa vie à la prospérité de la France et qui eut assez de génie pour réussir à la rendre plus riche et plus florissante qu'elle n'avait jamais été, voulut introduire Tordre dans la justice, comme il avait cherché à rétablir dans les finances; et ce fut lui qui fit rédiger l'ordonnance civile de 1667, l'ordonnance criminelle de 1670, le code de commerce de 1673 et le code maritime de 1681. Le nombre des règlements particuliers qu'il fit en outre publier fut considérable. Chacune des grandes villes de fabrique eut le sien, et, en quelques années, il y eut plus de ISO règlements nouveaux sur le travail *.

Maisces règlements, si clairs qu'ils fussent, laissaient un champ trop libre à une certaine variété d'interprétations; l'intérêt particulier y cherchait des armes pour ses

1 Schérer. Histoire du Commerce, chapitre v, II» volume, page 461 .

3 Recueil des règlements généraux ei particuliers concemaM les fnanufachtres et les fabriques du Royaume, lY» volume.

chicanes, et quand le service y était seul en jeu, ces règlements tombaient souvent en désuétude. Chaque province avait ses règlements; ainsi, si à Saint-Quentin on punissait d'une amende de 500 livres un blanchisseur qui avait accidentellement avancé de deux jours Tépoque fixée pour commencer le blanchiment des batistes et des linons ; si des peines sévères étaient infligées aux courtiers qui ne se conformaient pas aux règlements ; si la moindre dérogation à la longueur et à la largeur de chaque pièce de marchandise était punie d'une amende de 100 livres, .en Normandie d'autres entraves comprimaient la fabrication des tissus. Avant 1789 la fixation des travaux y était limitée d'une manière impérative. Du J" juillet au 15 septembre, la main-d'œuvre industrielle était mise en interdit, et défense était faite aux fabricants de Rouen de distribuer de l'ouvrage dans les campagnes, le tout sous peine d'amende et de saisie. Un arrêt du conseil de 1723 consacre ces dispositions et fournit des instructions détaillées sur la forme des poursuites*. Un autre arrêté du 24 décembre 1670 dit: a que » les étoffes qui ne seront pas conformes aux règle- » ments seront exposées sur un poteau avec le nom du » marchand et de l'ouvrier, puis déchirées et brûlées, » et que, à la seconde récidive, l'ouvrier et le marchand » serontmis au carcan pendant deux heures.

Pour faire exécuter ces règlements', il fallait une surveillance active et des peines très-sévères contre les contrevenants, et c'est ce qui fut fait.

t U Coton parL Reybaud, page 249.

Quanta Colbert, il institua, dans toutes les provinces, des inspecteurs des manufactures, qui étaient chargés de cette surveillance. Un des défauts de cette organisation était peut-être de faire payer à la marchandise un droit trop onéreux, et de donner à ces agents supérieurs des pouvoirs qui ne furent pas sans abus et occasionnèrent des plaintes nombreuses. Mais tant que ce ministre fut à la tète des affaires, les principaux avantages de sa réglementation furent appréciés; seulement, après lui, elle fut la cause de bien des difficultés.

Avec les manufactures, commencèrent les spéculations et les grandes fortunes, et cette situation augmenta encore la séparation qui existait déjà entre les patrons et les ouvriers.

A la fin du. règne de Louis XIV, après la révocation de redit de Nantes et l'émigration de tant de milliers d'ouvriers, de tant de milliers de travailleurs, le commerce perdit une partie de la prospérité qu'il avait due à Golbert, à ce ministre habile, qui, avec raison, peut être compté au nombre des plus grands bienfaiteurs de la classe ouvrière.

Parmi les nombreuses ordonnances rendues sur le commerce, de 1683 à 1715, il n'y en a que deux qui portent véritablement un caractère d'utilité publique. Celle de 1700, qui, complétant l'institution de Colbert, créa un conseil de commerce de douze négociants, devant siéger à côté du chancelier et du contrôleur général des finances , et celle qui, vers la même époque, institua dans la plupart des grandes villes des chambres de commerce, dont les membres devaient correspondre

avec le conseil, et éclairer le gouverneQient sur les besoins de leurs provinces ^ Marseille avait une chambre de commerce depuis le 3 novembre 1650.

Sous les règnes de Louis XV et de LouisX VI ^ , grâce à la paix, -grâce, surtout, à la force qu'avec les siècles la bourgeoisie avait prise, Tindustrie se releva et eut de brillants moments. Mais les règlements de Colbert, auxquels le temps en avait ajouté d'autres, devinrent tellement tracassiers que le commerce s'en plaignit amèrement. Une opposition très-vive à ces fatigantes mesures se forma , et elle fut assez puissante pour en triompher sous un grand ministre , novateur intelligent^, qui tomba lui-môme, quelque temps après, devant la coalition des corporations.

Dans les différentes conditions qui ont été faites àla classe ouvrière, si les corporations ont été la ressource privilégiée de l'artisan, la royauté en a été la tutrice. En protégeant l'ouvrier, en lui assignant une place dans l'état, la royauté en a fait des bourgeois d'une commune, des citoyens d'un grand empire.

i Recueil des registres, vol. CLXVI, paquet 20, art. 6, f» 225.

S Dom Grenier. Manuscrits de la bibliothèque impériale, dit ceci : « Louis XIV accorda une protection particulière au commerce, tant inté- » rieur qu extérieur sous la direction de M. Colbert, en mettant les com- » merçants et les négociants sous la sauvegarde de ses officiers, en destinant » un million chaque année pour les manufactures et la navigation; en » donnant des ordres pour la réparation et 1 entretien des grandes routes ; » en faisant abolir plusieqrs péages sur les rivières ; en affectant sur les 9 deniers de son épargne une somme pour ceux qui voudraient entreprendre » le rétablissemen des manufactures qui étaient tombées, ou qui en propo- > saient de nouvelles. » Ces expressiom^ sont celles dont se servit Louis XIV dans la lettre qu*il adressa le 26 août 1664, aux mayeur et échevins de Saint-Quentin (i" partie, i.)

8 ^illustre ministre Turgot.

A Saint-Quealin, les corporations ont continué, jusqu'à leur dissolution, à se renfermer dans leurs privilèges, dans leurs coutumes et dans leurs prérogatives. Nous avons dit ce qu'y avait été celle des courtiers ; et si spécialement, nous en avons parlé, c'est que, par la nature de leurs opérations, ces commerçants intermédiaires rentraient plus particulièrement dans le sujet de cette étude. Non-seulement les corporations industrielles furent nombreuses et puissantes, mais encore des associations telles que celles des arbalétriers, des archers, des canonniers et des arquebusiers, qui s'y étaient formées, restèrent longtemps en possession de prérogatives et d'exemptions sur lesquelles les archives municipales renferment d'utiles et de curieux renseignements*.

La ville de Saint-Quentin fut attristée en 1669 par un grand incendie qui dévora le toit de l'église et le clocher, que l'on n'osa pas rétablir, tant les voûtes avaient souffert. Elles ont ensuite été en partie refaites auxvni* siècle.

Pour les besoins ordinaires de sa population, Saint- Quentin avait des eaux ^. La Somme, qui arrosait ses

1 Les arbalétriers avaient pour patron Saint-Job; les archeis, Saint- Sébaslien, et les cauonniers-arquebusiers, Sainte-Barbe. Chaque compagnie avait un connétable, un roi et un prévôt. Le connétable recevait les deniers appartenant à la compagnie et prenait soin de IVntrelien du jardin et de la maison. Le prévôt maintenait la justice et faisait payer les amendes par ceux qui n'exécnlaiont pas les ordonnances. Le roi était celui qui avait abattu Toiseau. {Quentin de La Fons, II» vOlume, 304).

3 Au sujet de la grande place de Saint-Quentin, L. Hordret, l'auteur de riiistoire abrégée de cette ville, dit chapitre xv, page 350 : « Il manque » dans le milieu de la place une fontaine ijui y répande Teau. On y a bien • creusé un puits beau et commode ; mais il faut Ven tirer, et c'est une eau

remparts, lui en fournissait. Mais pour son commerce, la Somme n'était pas une rivière; elle étalait stérilement des eaux abondantes, et elle roulait à la mer des flots qui avaient vainement mouillé des rives désertes. 'Cette ville avait donc le plus grand intérêt à posséder des voies navigables; aussi, le plus grand fait du xviii* siècle, en ce qui la concerne, fut-il rétablissement du canal de Picardie ^

Depuis longtemps, sous Richelieu, sous Mazarin et ensuite sous Colbert, on avait reconnu Tutilité d'unir par un canal la Somme à l'Oise, et par conséquent à la Seine*. Louis XIV qui dans le Midi fit de si grandes choses avec de l'argent et des eaux, ne donna pas suite à ce projet; ce fut Louis XV, qui avait trouvé dans la magnificence des ouvrages de son aïeul un motif d'en entreprendre d'analogues , qui s'en occupa

> qai, toute salubre qii*elle soit, n'est pas néanmoins assez légère pour tous » les estomacs. On en a Tait, il est vrai, venir d'une fontaine du faubourg » dMsle qui est très-bonne ; mais indépendamment qu elle n*est distribuée qu*à • grands frais par des voitures dans la ville, on ne Ty a pas toujours à sou- » hait. » M. Laurent, directeur du canal, avait, dit-on, projeté les moyens de faire conduire les eaux de cette même fontaine jusque sur la même place ; on avait prévu toutes les difficultés et on avait calculé la dépense : ce devait être un objet de 30,000 livres. La mort l'a enlevé trop tdt.

1 A ce sujet, les Archives de Saint^Quentin renferment : 1» Un mémoire et projet du sieur Caignart Demarcy, relatif à la jonction de la Somme à 1 Escaut. ^0 Une copie des lettres patentes de Louis XV concernant le canal de communication de la Somme à TOise. 3^ Requête des maire et échevitis de Saint-Quentin, à Tintendant de Picardie, au sujet des terrains du domaine de la ville pris par le canal et des emprunts par eux faits pour les dépenses dudit canal. 4» Lettres de Tinlendant et autres pièces justificatives au sujet de la jonction de la Somme à TEscaut.

^ Les archives de Valenciennes renferment également sur le Canal de Picardie les documents inédits suivants : 1* Mémoire sur le canal de Picardie, manuscrit attrilmé d'après une note à M. Condorcet, S. D. V, 1778, série D, n^ 610. i* Mémoire sur Tutilité du canal de Picardie. Critique de ce canal, deux plans. 1774, série D, n« 679.

et décida son exécution. A cette époque la navigation intérieure, pour cette partie de la Picardie qui com* prend aujourd'hui le Nord du département de l'Aisne, se bornait à la rivière de l'Oise, et seulement encore à la portion de son cours qui s'étend de Compiègne à Chauny^ Cette dernière ville servait d'entrepôt aux objets manufacturés du pays, comme à toutes ses productions naturelles. Les céréales de toute espèce, les légumes, les Uns, les vins, les produits des fabriques de Saint-Quentin, déjà florissantes à cette époque, et ceux de la manufacture de Saint-Gobain , alors à son berceau, affluaient dans son port et y étaient embarqués pour y descendre de l'Oise dans la Seine et dans ses affluents^.

En 1724, un habitant de Saint-Quentin, nommé Caignart Demarcy, doyen des conseillers de son bailliage, obtint, pour une compagnie à la tête de laquelle il se trouvait^, le privilège d'ouvrir un canal qui, partant de Saint-Quentin, devait aller rejoindre l'Oise au village de Sissy, eu passant par Homblières, Marcy et Regny. Le projet était de canaliser l'Oise à la Somme

i On trouve sur la riUe de Cluony la oole suiviDle : Malgré la défense faite par Louis IX de tolérer auprès de Chauny plus de quatre fiimilles de juifs, il s*en était établi un grand nombre dans cette ville. Sur la plainte des habitants et conformément à leur demande, Philippe III ordonne de les expulser et de n*autoriser le séjour que de quatre familles. Olim, 1. 1, p. 9i4, noA6,PhUippe ///, 1273.

9 Henri Martio, Histoire de SainU-QuerUinf page 23.

3 Cest pat un édit du 7 septembre 1725 que M. Demarcy a été autorisé ainsi qw ses associés à établir, moyennant concession, ce canal de navigation.

et de dessécher les marais depuis Saint-Quentin jusqu'à Picquigni au-delà d'Amiens *.

Par un arrêt du 27 septembre 1727, le roi nomma M. de Régemorte ingénieur en chef directeur de ce canal, et M. de Préfontaine ingénieur en second. Ce sont eux qui en rédigèrent les projets définitifs et qui firent abandonner la direction primitivement indiquée par M. Demarcy,où Ton aurait rencontré de trèsgrandes difficultés d'exécution. La compagnie Demarcy commença ses travaux en 1728, mais elle fut obligée de les abandonner après y avoir dépensé 1,400,000 livres. A la suite d'tmbarras financiers qui amenèrent sa dissolution et par lettres patentes du 4 juin 1732, M. de Crozat, commandeur des ordres du roi, obtint pour lui et ses héritiers la concession perpétuelle du canal. Il eut l'honneur de livrer à la navigation en 1738 la partie comprise entre Saint-Quentin et Chauny , qui a longtemps porté son nom ; mais ce tronçon de voie navigable privé complètement de débouchés, soit vers les houillières du Nord, soit vers Paris, soit vers la mer, ne rapporta même, pas de quoi payer lesfrais d'entretien, et les héritiers Crozatfurent réduits à demander au roi de vouloir bien leur racheter leur canal ou sinon de leur permettre de le détruire et d'en vendre les matériaux ainsi que l'emplacement. Le roifitdroit àcette requête, et, par édit du 17 avril 1767, le canal de Picardie a été racheté moyennant 3,000,000 de livres aux héritiers auxquels il en avait coûté plus.

t Henri Martin, Histoire de Saint-Quentin^ page 24.

Le canal de la Somme à l'Oise fut dooc exécuté, mais la canalisation de la Somme au-delà de Saint-Simon ne le fut pas. Le gouvernement fit étudier par M. Laurent \ ingénieur, un projet de jonction de la Somme à TEscaut. Le but que Ton se proposait d'atteindre était d'établir la communication par eau, entre les Flandres et la France centrale; entre l'Escaut, la Seine et la Loire. Les plateaux élevés qui séparent les sources de la Somme et celles de l'Escaut opposaient les difficultés les plus sérieuses à la continuation du canal. L'ingénieur, un homme de génie, ne fut pas arrêté par cet obstacle ; il le surmonta, enidécidant que l'on percerait tout ce massif, par un grand souterrain voûté de 14 kilomètres environ de long, éclairé par 70 puits et qu'on ferait passer sous les campagnes et sous les habitations.

L'ingénieur Laurent vint à mourir et il fut remplacé comme directeur de cette entreprise, par son neveu, Laurent de Lyonne, mais ce travail ne fut pas achevé dans son ensemble tel qu'il avait été conçu par son auteur. Ce projet, quiexcitait de si grandes jalousies en France et quel'Anglelerreetla Hollande voyaient avec tant de regrets, parce qu'il devait avoir pour résultat de relier les provinces du Nord à celles du Midi par une ligne de navigation intérieure; les travaux de ce canal qui avaient fait dire en 1770 à un fonctionnaire anglais ^, que a s'il était terminé avant la guerre pro-

1 Voir une note aux pièces justificatives.

2 Collection dei notices historiques, par Melleville, page 34.

» chaîne, la France, en s'en servant, pourrait établir i> une marine puissante, sans craindre en quoi que ce j» soit les efforts de l'Angleterre, d ces travaux furent interrompus en 1773, sous le ministère Turgot, à cause du mauvais état des finances et comme présentant des inconvénients pour la navigation. • L'empereur d'Allemagne Joseph II, lors de son second voyage en France, en 1781, vint à St-Quentîn, dans le but d'examiner les travaux déjà exécutés de cette grande entreprise. Use rendit sur les lieux, se fit conduire dans le souterrain, et à peine en avait-il examiné les difficultés, que, saisi desa grandeur, il s'écria: c< Je suis fier d'être homme, en voyant un de mes » pareils concevoir et exécuter un ouvrage semblable ; » je sens que cette idée m'élève l'âme* . «>

Ce fut sous le consulat, de 1 802 à i 803, que ces travaux furent repris. Bien qu'une grande partie du souterrain fût percée, on crut devoir modifier considérablement le projet primitif de l'ingénieur Laurent ; et celui qui avait repris la direction de ce canal, au lieu d'un souterrain de trois lieues, se contenta d'en faire un, entre le Tronquoy et Lehautcourt, qui n'avait qu'un quart de lieue, et un autre de cinq quarts de lieue entre Riqueval et Maquincourt. Le grand souterrain projeté devait aboutir à Vendhuille.

L'ouverture du canal de la Somme à l'Escaut a eu sur l'industrie et sur la prospérité des provinces du Nord de la France une influence immense. Cette voie

1 Notice historique iur le canal de St-Quentirit par Melleville, page 36.

navigable devînt le grand véhicole * de ces immenses quantités de charbons de Mons et d'Anzin qui servent à alimenter les usines de ces contrées.

Depuis, Tachèvement de la canalisation de TOise et de la Somme a complété un système de navigation intérieure^ qui, par le canal de Bourgogne, se relie aujourd'hui à la Saône et au Rhftne, et permet de trans^ porter des marchandises, sans interruption, de Lille à Marseille, c'est-à-dire du Nord au Midi.

Le bassin de Saint-Quentin est demeuré, pour ainsi dire, la clef du triple canal de la Somme, de TOise et de TEscaut, position qui a contribué à accroître son importance.

En 1789, au moment où la France commençait sa révolution politique, les diverses autorités qui régissaient la ville de Saiat-Queotin consistaient^ : !• En un gouverneur et un lieutenant du Roi ; 2* le corps de ville, mayeur et échevins, ayant la police ', la voierie et la justice criminello, sauf appel au parlement de Paris ; 3* le bailliage, ayant la justice civile, enlevée au mayeur depuis 1604; Vie consulat ou le tribunal de commerce électif, et les trois juridictions fiscales de l'élection, du grenier à sel et des traites foraines (la douane).

La Picardie était eu outre divisée depuis 1607 en deux généralités, celle d'Amiens et celle de Soissons. La

1 Heori Martin. 5atii/-Qifefi/m, page Si.

2 Henri Martin. Saim^Quenlin, page 25.

8 Les arcfaÎTes'de Saint-Qaentîn renferment des docnmf nls nombreux qui se rapportent à la police municipale et à la voirie. Voir aiii notes justiflcaivres h copie de trois de ces pièces des années 161 1, 1639 et 1650, que nous devons à Tobligeance de M. de Chauvenet, qui méritent d'être cités.

-*2Si —

généralité d'Amiens se subdivisait en six élections. Saint-Quentin était une de ces élections. Laon et Guise faisaient partie de celle de Soissons.

Cette province avait également autrefois 17 gouverneurs particuliers. Sous eux était placé un état-major composé de 5 officiers principaux ; le lieutenant du roi, le mayeurde la ville, un major et deux aides-majors. D y avait en outre un ingénieur en chef, un commandant avec un corps d'artillerie formé de cinq officiers ; le lieutenant provincial , le commissaire, le garde de l'arsenal, l'exempt de la maréchaussée et le trésorier des troupes * .

Le gouverneur ou châtelain était, en son absence, remplacé dansle commandement militaire de la ville de Saint-Quentin, par les échevins. Par suite de la réunion de réchevinage à la mairie, les mayeurs qui étaient les chefs de ces deux corps, ont longtemps exercé le même droit; et, c'est même par cette raison que le roi Henri IV leur avait accordé le port d'armes, honneur qui, depuis, leur fut confirmé, en 1717, par Louis XV *.

De l'année 1362 à 1660, le corps de ville se composait d'un mayeur, de treize échevins et de onze jurés.

1 Histoire abrégée de Im ville de Saint^Quentin, par L. Hordret. chapitre XV, page Hi.

2 Louis XV accorda en outre aux mayeurs de Saint-Quentin la (iermission de porter à la boutonnièrep comme les chevaliers de Saint-Louis, une croix frappi^e en or émaillé et ornée de fleurs de lys à chaque angle, de la même grandeur que celles de cet ordre. Sous l'une des faces étiient empreintes les armes de la ville avec la légende : • Lud... régnante 1746, et sur Tautre, i une ëpëe et une clef en sautoir eo signe de leur fidélité. Fidelitatis prm-' « mium. • (L. Hordiel.)

Un arrêt du conseil, du 10 novembre de cette même année 1660, supprima les jurés, sept échevins , et décréta que les six échevins qui, avec le mayeur, constitueraient dorénavant le corps municipal , seraient pris a parmi les officiers , bourgeois, marchands et habitants de la ville, dont trois seraient toujours nécessairement marchands '. »

Ss étaient nommés pour deux ans, et les mayeurs échevins et jurés étaient en possession de choisir leurs successeurs. Un arrêt du conseil, du 9 juin 1676 et un autre du règlement du conseil des dépêches du 44 juin 1738, leur retirèrent ce droit. Dès lors les treize corporations sous lesquelles la population active était distribuée , furent conjointement avec eux , admises à concourir à cette élection.

Ces corporations y procédaient chacune par un député dans Tordre suivant: le bailliage royal, Télection, le grenier à sel, les avocats, les procureurs, les notaires, les médecins , chirurgiens , apothicaires , les marchands de draps et de soie, les marchands merciers, les marchands de vin, non vendant à V assiette ; les marchands de toiles et toilettes , les orfèvres et marchands de fer, les mayeurs d'enseignes et prud'hommes.

La nomination du mayeur se faisait pour deux ans, par les six échevins. Une des conditions était, avant tout, qu'il fût né à Saint-Quentin ^ et qu'il eût exercé pendant

1 Saint-Quentin^ ancien tt moderne, par M. Fouquicr-Ciiollet , page 53. 3 » • > page5i.

une année réchevinage. Son installation avait une solennité qui était en rapport avec les anciennes prérogatives, les attributions modernes, le caractère populaire et la haute dignité de sa magistrature ^

Quand le mayeur avait donné son serment qui était reçu avec un grand appareil , il se plaçait avec le mayeur sortant, à la croisée du milieu de Thôtel-deville, etlà, du haut de cette espèce de tribune chargée de feuillages et de décorations analogues, il haranguait le peuple assemblé sur la grand'place au son de la cloche du befifroi.

L'importance que le commerce avait su acquérir dans la ville de Saint-Quentin, et la considération dont jouissaient ceux de ses habitants qui se livrant à l'industrie, s'y distinguaient, fut sans doute le motif qui fit insérer dans l'arrêt de 1660 la clause que trois marchands feraient nécessairement partie de son corps municipal; aussi, dans la liste des mayeurs et maires qui l'ont administrée, voit-on figurer un grand nombre de commerçants et de manufacturiers^.

Aux mayeurs appartenait une partie importante de la juridiction, puisqu'un arrêt du 10 octobre 1742 les reconnaissait, sauf l'appel au parlement, pour juges criminels de police et de voierie. Le bailliage avait, à

1 L*origine de l'institution des mayeurs et jurés est impénétrablement voilée par le temps. Les anciens auteurs parlent des tribuns du peuple de l'Auguste de Vermandois, et celte qualincation est préexistante à rétablissement des Kratics. De vieilles chroniques citent un sieur Tbeudo, mayeur de Saint- Quentin, vers 980.

^ Voir aux pièces justiGcatives les noms des mayeurs ou maires commerçants qui ont été chargés de radminlstration de la ville de Saint-Quentio jusqu'en 1861.

Texception des gabelles et des contestations commerciales réservées aux consuls, le surjdus de la juridiction ordinaire.

Ceiixqui avaient été commis par les rois pour lagarde de Saint-Quentin, depuis que les anciens châtelains avaient cessé de remplir cette charge, s'appelaient capitaines de la ville, puis ensuite gouverneurs.

Quand la révolution arriva, elle trouva le service militaire exercé par une milice bourgeoise et par deux compagnies privilégiées, l'une d'arquelnuieriy l'autre d'archers.

La milice bourgeoise, divisée en quatre bataillons et seize compagnies ou enseignes, sous le commandement de quatre capitaines quarteniers, seize majeurs d'enseigne et quarante-huit prud'hommes, nommés par tous les membres de l'enseigne, avait pour chef principal le gouverneur de la ville ou le lieutenant du roi, et à leur défaut le mayeur, primativement au major etàl'aide-major delà place, qui suivaient pourtant le lieutenant du roi dans l'ordre hiérarchique.

Cette organisation avait sa source dans la charte de lld5et elle pourvoyait à la garde et à la sûreté de la ville.

Les deux compagnies d'arquebusiers et d'archers, commandées parleurs ofQciers, relevaient des mêmes pouvoirs que la milice bourgeoise. Elles étaient l'ouvrage de Louis XI ' et elles partageaient le service de la milice bi)urgeoise,

f Pouquier-GboIIet, page 52.

Le gouverneur et le lieutenaot du roi étaient donc auxvui* siècle les représentants de l'autorité militaire dans la ville de Saint-Quentin. Les enrôlements étaient alors facultatifs, et voici par quels moyens on excitait à cette époque les jeunesgensàchoisir tel ou tel régiment de l'armée française.

n s'agit dans cette citation du régiment des Picards. L'affiche que nous empruntons aux reclierches de l'un de nos compatriotes ^ était ainsi conçue :

Avis à la belle jeunesse^. Artillerie de France: Corps » royal: RégimentdelaFère. Compagnie de RichoufFtz. » — De par le Roi:

» Ceux qui voudront prendre parti dans le corps » royal de l'artillerie régiment de la Fère, compagnie de )> RichoufftZy sont avertis que ce régiment est celui des » Picards. — L'on y danse trois fois par semaine ; on y » joue aux battoirs deux fois, et le reste du temps est em- » ployé aux quilles, aux barres et à faire des armes. Les » plaisirs y régnent ; tous les soldats ont la haute paye, » bien récompensés, des places de garde d'artillerie, » d'of&ciers de fortune, à soixante livres par mois d'ap- 0 pointements. »

^ n faut s'adresser à M. de RichoufFtz, en son château deVauchellesprèsNoyonen Picardie — Il récompen- » sera ceux qui lui adresseront de beaux hommes. — c Pareilles affiches sont sur la porte.»

ArépoqueoùleVerraandois et le Valois appartenaient

4 Curiositéi des parlements. Ch. Desmaze, page 25.

2 ANoyoD, de rimprimerie de Rocher, imprimeur de la vUle, 1766.

aux comt!*^ du Yermandois, ces deux proYÎoces étaient sous la même autorité, et ensuite les TiUes de Laoo, Reims, Saiat-QueatiD, Soissons, Chàlons, Chauny, Coucy, Péronne et Mondidier, Bibemoai * et autres formèrent un grand bailliage qui, par le nombre des villes qui le composaient, fut au xni* et au xiv* siècle Tun des plus considérables de la France. — Laonen était le cheflieu, et sa coutume fut celle de tout le district, excepté pour les cas qui se trouvaient réglés par les coutumes particulières de ces mêmes villes. — Ces coutumes étaient très nombreuses. Il faut remonter au xni* siècle pour découvrir le germe de celles du Vermandois.

Celle de Saint-Quentin date de 1507 ^, et elle parait avoir été Tune des plus anciennes de la Picardie. Elle faisait loi, ses habitants s'y soumettaient sans opposition et ils n'avaient recours à celles du Vermandois que pour les seuls cas qui n'y avaient pas été prévus.

Le bailliage de Saint-Quentin était loin d'être un grand bailliage, et d'avoir l'importance de celui du Vermandois; il contenait dans son ressort 222 villes, villages, bourgs et hameaux. Ses magistrats étaient le lieutenant-général du grand bailli , le lieutenant criminel, le lieutenant particulier, six conseilers, l'avocat et le procureur du roi, avec leur substitut, le greffier, le receveur des consignations, le commissaire aux saisies

I Ribemoot est une ville peo éloignée de Saint-QueDUn. On trouve dans les registres de son bailliage uo airélé du 25 novembre 1765 par lequel il est défendu aux joueurs de violon déjouer de cet instrument à cause de la maladie du Dauphin, sous peine de la prison et de 50 livres d'amende. Ch. Desmaze. Curioniés dt$ parlemenU.

3 L. Hordrel, pa(fe di3.

réelles, l'huissier audiencier et les sergents royaux. Déjà depuis 1210 il y avait dans cette ville un prévôt royal , et ce ne fut qu'en 1 365 que le lieutenant-général du bailliage y fut installé.

Un éditdu mois d'octobre 1693 plaça un^rand bailli d'épëe à la tête du bailliage royal, et tous les jugements rendus par son lieutenant-général furent intitulés de son nom.

Ce fut sous la présidence du dernier grand bailli d'épée que se tint à Saint-Quentin, en 1789, l'assemblée des trois ordres du bailliage pour la nomination aux états-généraux de quatre députés dont le règlement du 24 janvier de la même année donnait l'élection audit ressort : savoir un député pour la noblesse, un pour le clergé et deux pour le tiers-état. Cette assemblée s'ouvrit, le 6 mars, dans l'église des Cordeliers.

En 1749, le siège de la prévôté qui y existait fut supprimé et il fut réuni au bailliage, lequel tenait ses audiences à l'hôtel-de-ville, et y jugeait les affaires contentieuses qui étaient de sa compétence. Outre ce bailliage, Saint-Quentin se trouvait être le siège de quatre autres juridictions : celle de l'élection, du grenier à sel, des traites foraines et celle des consuls.

L'élection jugeait en première instance les différends concernant les tailles S subsides, aides et autres impôts

^ Les tailles étaient personnelles, rimposition se faisait tant par rapport ain possessions des propriétés ou des fermes, qu'à proportion du commerce et de I industrie des contribuables. Le conseil du roi fixait, tous les ans, la contingent de chaque élection par les commissaires des tailles qui étaient envoyés à Tintendlùt ; il en faisait la répartition sur les paroisses avec les officiers des élections; il signait ensuite les mandements qui étaient remit

qui se levaient au profit du roi; ce tribuual était composé d'un président, d'un lieutenant, de six élus, d'un procureur du roi et d'un huissier audiencier.

Le grenier à sel était le lieu où le sel était en magasin et où Ton faisait la distribution. Chaque paroisse était obligée d'en faire enlever la quantité qui lui était fixée, et de la f^ire répartir au prorata de la taille par des collecteurs particuliers, qui étaient chargés d'en recouvrer le prix et de le compter aux receveurs.

Cette juridiction jugeait en première instan celés contestations qui s'élevaient au sujet des gabelles, delà distribution du sel, de sa qualité bonne oumauvaise,de la quantité quidevait être imposée à son district, de son poids ou de son prix. Elle était composée d'un président, de deux grenetiers, d'un contrôleur, d'un receveur, d'un procureur du roi, d'un greffier et d'un huissier.

Les traites foraines, qui connaissaient des droits et des fraudes sur les entrées, étaient une juridiction qui, bien qu'ayant son président, son procureur du roi et son greffier, avait peu d'affaires.

Le siège dejuridiction consulaire qui existait à Saint-

aux collecteurs pour Timposition eo détail qui leur était confiée. La plus forte imposition sur les six élections de la généralité de Picardie, depuis le commencement de la guerre, en 169i, avait été de. . . 935,551 livres. Savoir \ "'

Election d*Âmiens.

« de Ponthieu

c de Doulens.

« de Montdidier.

t de Péronne.

« deSaint-Queotio.

Manuscrits de la bibliuthéque impériale, mémoires concfraant la Picardie dressés en 1698 par Bignon, intendant.

Quentin lui avait été accordé par un édit du roi Louis XIV, du mois de mars 1710, et il y avait été établi dans les mêmes conditions que celui institué à Paris en novembre 1563, par Charles IX.

Ce tribunal jugeait sommairement, et sans frais, les demandes, contestations et différends qui pouvaient survenir entre commerçants, pour fait de marchandises, trafic, lettres de change ou de toutes autres opérations relatives au commerce. Aiqsi ce tribunal, dont les audiences se tenaient alors dans une des salles de la halle aux poids, ne pouvait connaître, ni des ventes de blé, vins, bestiaux et autres denrées, à moins que ces marchés n*aientété contractés par des marchands ou négociants dans le but de revendre ces denrées. Il n'était pas non plus compétent pour juger les demandes relatives aux contrats d'ouvriers, à des prix de fermes, ou à des loyers de maisons i .

Les juridictions consulaires étaient, pour la plupart, composées de cinq juges : un président, auquel les édits n*attribuaient d'autres qualités que celles déjugé, et quatre assesseurs qui étaient nommés consuls. Par une exception, qui tenait à l'importance de son commerce et de ses manufactures, à Saint-Quentin, le juge c'està-dire le président, avait trois consuls entrants et trois consuls sortants d'exercice, ce qui portait à sept membres la compositionde ce tribunal. Ceux qui en faisaient partie devaient être marchands ou négociants et résider dans la ville.

1 Arrêt do Si janvier 1733.

Un édit du mois de février 1715, portant établissement d'une juridiction consulaire à Lille en Flandre, prescrivait, article 2 : a Qu'on ne "nommerait » pour juge et pour consuls que des personnes sans re- » proche, expérimentées danslecommerce, actuellement » marchands, ou ayant fait le commerce au moins pen- » dant dixans K t»

Le parlement avait jugé, par arrêt du 23 mai 1761, contre un ancien marchand de la ville de Reims, appelé Dorigny, que ceux qui étaient nommésjuges ou consuls pouvaient être contraints d'en exercer les fonctions, quand bien même ils auraient quitté le commerce. Suivant un arrêt du conseil, du 9 septembre 1673, le premier juge consul devait avoir 40 et les autres 27 ans, sous peine de nullité des élections. Par le fait de leur nomination, ils avaient bien qualité pour juger, mais il fallait auparavant qu'ils eussent prêté serment devant les juges royaux. Ils devaient rendre la justice gratuitement aux parties, et leurs sentences s'exécuter par provision, sans préjudice du droit d'appel, par devant le parlement, pour les condamnations qui excédaient SOO livres; celles moindres étaient prononcées en dernier ressort- Un arrêt du parlement, du 17 juin 1722, avait également déclaré bien pris à partie et avait condamné à 50 livres de dommages et intérêts un des consuls de Saint-Quentin, pour avoir fait, comme plus jeune, au fribunal de cette ville la fonction de procureur du roi,

1 L. Hordret, chapitre xv, page 357.

et avoir fait prononcer une amende de 100 livres payables sans déport, contre un particulier emprisonné sur le champ ^

L'ordonnance de 1667 réglait la forme de procéder dans les juridictions consulaires, et celle de 1673 leur compétence. — Cette ordonnance, qui a servi de base à la législation qui régit le commerce, décidait, article 17 :, a que le créancier pouvait faire assigner, à son choix, » ou au lieu du domicile du débiteur ou à celui auquel » la promesse avait été faite et la marchandise livrée ^. »

Un autre arrêt du parlement, du 12 décembre 17 15, avait en outre jugé que les tribunaux consulaires ne pouvaient connaître de l'exécution de leur jugement.

Telles étaient les diverses autorités et les juridictions qui régissaient la ville de Saint-Quentin, au moment où éclata le mouvement populaire de 1789.

La France allait se trouver aux prises avec l'Europe entière et perdre ses relations. Toutes les forces de la nation étaient absorbées par cet immense élan qui entraînait le pays vers de nouvelles destinées politiques.

La révolution vint changer l'organisation administrative de l'ancienne capitale du Vermandois, dont le nom antique, comme celui de la Picardie, disparut bientôt de la carte de France. Cette ville, qui relevait administrativement de l'intendance d'Amiens, militairement du gouvernement de Picardie, ecclésiastiquement de l'évéché de Noyonet judiciairement du parle-

i L. Hordret, page 358, chapitre xv.

S Cette rédaction a été conservée dans Tarticle 420 du Code de procédure civile.

ment de Paris, demi le ehef-liea d'un arroodifleeDWOl du département de FAisne qui ressortissait, a?ee on juge de paix, un tribunal de première instance et un tribunal de commerce, k la cour d'Amiens, et arec sa ooll^^e, au diocèse de Soissons.

Ses limites ne furent plus les mêmes que cdlesdu Vermandois ; sa circonscription perdit Ham et reçut Ribemont en échange.

Bohain, Ribemont, Hoy, Saint-Simon, le Câtdet et Vermand furent les cheis-lieux de ses sept cantons. De toutes ces juridictions de l'ancien régime une seule est restée debout, c'est celle du tribunal de commerce, qui comme autrefois fonctionne encore aujourdliui.

La révolution française n'a pas laissé à Saint-Quentin de ces tragiques souvenirs qui ne se retrouvent que trop dans les annales de son histoire.

A toutes les époques des discordes civiles, aux temps les plus reculés, pendantlaLiguecommependantla Terreur, cette ville est restée, nous sommes fiers de le dire, constamment pure de crimes, de meurtres ou de pillage, et son honnête population s'est toujours distinguée par son amour pour l'ordre, sa soumission aux lois et à la justice, n y eut, il est vrai, quelques troubles en mai 1790, à l'occasion de la cherté des grains; ces troubles amenèrent des cris bruyants, quelques menaces, sans résultats fâcheux, mais pas de désordres sanglants.

Ce fut à Saint-Quentin, le 25 juillet de la même année, que les gardes nationales du département se réunirent pour la fête de la Fédération, mais encore

cette fois cette fête patriotique ne fut ni la cause ni le prétexte d'aucun coupable excès.

En 1792, des compagnies de sa garde nationale furent assez heureuses pour prendre part à la glorieuse bataille de Jemmapes, et pour se porter aux frontières pour défendre la patrie menacée par les armées coalisées de l'étranger. Les habitants de SaintrQuentin furent toujours à la hauteur de leurs devoirs. L'année suivante, lorsque quelques revers succédèrent à nos premiers succès, la ville fut un instant sur le point d'être investie; mais les Autrichiens n'osèrent pas en faire le siège.

Avec les victoires si brillantes de ses armées et l'apaisement de ses agitations politiques, la France sortit enfin triomphante de tous ses ennemis, et c'est de cette grande époque du consulat et de l'empire que va dater une ère nouvelle pour ses manufactures.

Avec la fin du dix-huitième siècle, l'histoire de Saint- Quentin va devenir celle de son commerce, et ce sont les progrès et les transformations de ses nouvelles industries qui feront le sujet principal de la seconde partie de cette étude.

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