LA LIBERTÉ CORPORATIVE. 2Q
y a des mots pleins de lumière. Dans l'ordre industriel, la corporation est couronnée par la confrérie: parcourez les campagnes de France, et vous y trouvez \tfrérage ; visitez en Allemagne ces associations de paysans, ces cours colongères dont on compte jusqu'à trois mille, et vous les entendrez donner à leurs membres, serfs ou libres, le titre de bruder ou de frère; en Espagne, vous avez les hermandad. C'est une éclosion générale de la fraternité chrétienne — ex omnibus gentibus... et linguis — elle est de toute nation et de toute langue.
Ajoutons qu'elle prend toutes les formes : celles-ci varient à l'infini. L'uniformité eût été tyrannie. Ane considérer que lescorpsde métiers, il y a pour eux un minimum d'autonomie. La corporation s'administre ; elle règle souverainement ce qui touche à ses intérêts ; elle sauvegarde la probité et l'honneur professionnels par une action disciplinaire rigoureusement exercée ; elle recrute sa hiérarchie librement et dans son propre sein ; elle fait des
lois de la liberté. » (Le Huëroux. Cf. Hist.des Inst. mérovingiennes, t. 1, p. 143-147, et t. 1, Inst. Carlovingiennes, p. 197 et 198.)
La liberté ! il y avait des siècles que la corporation ne la connaissait plus. A des époques florissantes, sous Trajan, sous les Antonins, au temps des plus fameux jurisconsultes et bien avant, la corporation était tenue en suspicion. Il fallait qu'elle ne fût pas ou qu'elle fût entre les mains de l'Etat. Déjà César la supprime comme dangereuse : cela fait penser à la liberté des temps modernes et à l'ère de 1789. Après César, la corporation revit, mais elle est surveillée, dépendante ; elle ne peut exister qu'à la condition d'être légalement reconnue. « Quiconque, dit Ulpien au Digeste, établit un collège illicite, est passible des mêmes peines que ceux qui attaquent à main armée les lieux publics et les temples. » Il peut donc être décapité ou jeté aux bêtes ou brûle vif. En un mot, selon l'usage des deux paganismes, ancien et moderne, c'est la loi qui crée le droit: en dehors d'elle, point de droit. Les corporations, qui ne vivent que par le bon plaisir de l'Etat, sont régies par l'Etat, au profit de l'Etat. Consultez encore sur ce point le livre de M. Boissier : La Religion romaine d'Auguste aux Antonins ; vous y trouverez écrites (p. 285) ces paroles très véritables qui résumeront notre pensée : « Le pouvoir fit peser sur la corporation le plus lourd esclavage »,
3o CHAPITRE II. — BOLOGNE.
lois etdesstatuts. Mais que de fois ce minimum est dépassé ! Certaines autonomies professionnelles ont acquis une prépondérance politique, témoins la Flandre et T Italie. D'autres, comme en Allemagne, ont droit de haute et basse justice, de vie et de mort par rapport à leurs membres. Vous êtes étonné de rencontrer ces prérogatives dans des corporations nomades et sans foyer, et qui cependant ont leurs diètes, les chaudronniers, par exemple, et les ménétriers. Les métiers d'un personnel trop peu nombreux pour pouvoir se recruter suffisamment dans un territoire restreint se réunissent de toute une contrée, et, puisque nous avons parlé de professions infimes, ajoutons celle des bourreaux, qui avaient en Allemagne quatre villes pour y célébrer leurs assises