‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 175 sur 203 · Bouq. t. xix, p · texte numérisé non relu

Bouq. t. xix, p

2. Quod universo populo post brève in detrimentum maximum réversion est. Bouq. t. xix, p. 207.

l'ÉVÊQUE FOULQUES DE TOULOUSE.

champ de bataille ou furent noyés dans la Garonne.

Foulques, l'exilé de son peuple, reparaît ici sur la scène, non pas ce Foulques de convention, faux pasteur venu pour perdre et égorger, mais Foulques le vrai et bon pasteur, le père compatissant — pins pater 1 — lequel ne veut pas qu'aucun des siens périsse. Avant l'action, il s'était interposé pour éviter l'effusion du sang. Ses démarches et celles des autres évêques avaient échoué. Aleurdemande d'un sauf-conduitipour allertraiter avec le roi d'Aragon, celui-ci, lier de ses forces et se moquant du petit nombre de ses adversaires, avait répondu : « Ce n'est pas la peine, pour quatre va-nu-pieds que les évêques traînentaprèseux, d'entrer en pourparlers ». Cependant, par dérision, on permettait à Foulques d'aller dans sa ville épiscopale s'entendre avec les habitants, comme si ceux-ci ne s'étaient pas portésen masse, et leurs consuls en tête, devant Muret. L'évêque se contenta de répondre : « Il n'est pas convenable que le serviteur mette les pieds dans un lieu d'où le maître a été chassé. Il n'y a pas de place à Toulouse pour le corps de mon Seigneur et de mon Dieu. Je ne rentrerai pas qu'il n'ait été réintégré ». Cependant, loin de se laisser décourager par d'insultants rebuts, les évêques se disposaient à aller nu-pieds implorer des conditions de paix, quand l'ennemi commença l'attaque. On sait le reste. Aux milices toulousaines, qui croyaient encore au succès, quand déjà le corps d'armée du roi d'Aragon était écrasé, Foulques, cet homme « bon et doux et plein de miséricorde » 2, envoya un messager pour les engager à sauver leur vie en mettant bas les armes. Le temps pressait,

1. Guill. de Puylaurens. Bouq. ibid. 219. Hoc affectu pius pater in filios agebatur.

2. Pierre de V.-C. Bouq. 1. xix, p. 87. Voyez aussi p. 88, 89, la relation des évêques.

on n'avait le loisir ni d'écrire ni de sceller des lettres : l'envoyé, en signe de sa mission, devait présenterla coule cistercienne de l'évêque. Il fut maltraité etéconduit; l'expiation suivit son cours. « Grande pitié, s'exclame Guillaume de Puylaurens, que d'entendre Toulouse se lamentant sur ses morts, car vous n'auriez pas rencontré une famille qui n'eût à pleurer quelqu'un des siens, tué ou disparu '. »

Les forces de Toulouse étaient brisées pour longtemps. Outre les pertes éprouvées sur le champ de bataille, l'orgueilleux municipe se voyait privé du concours de ses alliés. Le roi d'Aragon était tué ; lescomtes de Comminges et de Foix ne s'étaient jetés dans la ville que pour la traverser en désordre et donner à une population affolée le décourageant spectacle d'une déroute. Raymond VI se présente aux seigneurs du chapitre ou Capitol. Ce fut, s'il faut en croire le continuateur de Guillaume de Tudèle, pour recommander aux habitants de traiter « sous les meilleures conditions qu'ils pourraient ». Pour lui, ne se trouvant pas en sûreté, il s'éloigna.

Une ressource restait : implorer la miséricorde du Père commun. Des voix, réduites depuis longtemps au silence, purent se faire écouter. Une ambassade auprès du Pape fut décidée ; pour la composer, il ne fut pas difficile de trouver au sein de la cité repentante des hommes considérables par le rang et catholiques intègres 2. Leur démarche rencontra un accueil bienveillant. En janvier 1214, quatre mois aprcsle désastre de Muret, InnocentlII ordonna au cardinal, Pierre de Bénévent, son légat

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