Guil. de Tudèle, p
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territoire et enlève leurs châteaux . « Et cependant, écrit Pierre de Vaux-Cernay, la place avait des défenseurs innombrables, retranchés dans une position des plus fortes, mais ils n'osaient se mesurer avec le comte de Montfort... Toulouse, ajoute le chroniqueur, était bondée de monde, parceque les hérétiquesde Béziers, de Garcassonne et de Toulouse et les fauteurs des hérétiques et les routiers et ceux qui par un juste jugement avaient perdu leurs biens, s'étaient tellement entassés dans la ville, que les cloîtres désertés parles moines et les demeures abandonnées des chanoines étaient convertis en étables pour le bétail et en écuries pour les chevaux. »
Toulouse qui, à elle seule, disposait de forces plus considérables que celle de l'armée croisée tout entière, sentait son assurance s'accroître. Cependant, le comte Raymond n'ayant conservé de ses possessions immédiates que sa capitale et Montauban, il importait de compenser ces pertes et de chercher des alliances. On jeta les yeux sur un prince brave autant qu'ambitieux, invincible jusqu'alors, comptant, par ses domaines de langue romane, au nombre des seigneurs du midi de la France. C'était Pierre I, roi d'Aragon. On l'investit d'une sorte de protectorat: le municipe se place sous sa protection ; Raymond VI l'invite à partager son pouvoir, et le troubadour favori du comte, Raymond de Miraval, lui adresse des appels enflammés : « La paix, s'écrie-t-il, est faite pour la vieillesse, un jeune roi doit faire trembler ses ennemis... Va, chanson, va-t-en dire à ce roi qui vit au sein des plaisirs, que je ne l'ai point encore trouvé dans l'attitude où je veux le voir. Ah ! qu'il recouvre Montaigu, Carcassonne et leurs territoires, et je le tiendrai pour un grand capitaine, et son bouclier sera redouté des Français comme des Maures. » Pour son malheur, le vainqueur de las Navas cédait à ces conseils. Le premier usage
qu'il en fit fat d'introduire dans la place un corps d'Aragonais.
On est en I2i3, année des châtiments pour Toulouse. Le temps de la moisson est arrivé. Simon de Montfort, qui ne dispose pas du nombre d'hommes nécessaire à un investissement et à un siège continu, a, comme l'année précédente, dévasté le territoire. Les Toulousains font dessorties, mais, bien que supérieurs en nombre, ils évitent de trop s'engager dans des combats corps à corps. Les croisés brûlent les récoltes ou enlèvent les blés; ils s'emparent des châteaux forts : en peu de jours, ils en ont pris sept.
Parmi ces forteresses, il y enavait une de peu d'importance en elle-même et en mauvais état. On la nommait Pujols. Des chevaliers, compagnons de Montfort depuis l'origine de la guerre, et, parmi eux, Perrin de Saissi, Simon le Sesnes ou le Saxon et Roger des Essarts, lui demandèrent de leur confier ce poste comme point d'appui pour leur guerre d'embuscades. Le comte y consentit, non sans regrets ; il lui répugnait de laisser ces braves gens dans un réduit ruineux et si peu défendu.
Ici se place une facile victoire des Toulousains , non sans rapports, s'il faut en croirel'opinion contemporaine, avec l'épouvantable désastre qui les attend à Muret.
Un double mouvement s'opérait dans l'armée catholique. D'une part, Simon de Montfort se rendait en Gascogne avec son fils , armé récemment chevalier ; chevauchée pacifique, ayant pour but de recevoir l'hommage des seigneurs de la région. D'autre part, le gros des croisés, qui avait terminé sa quarantaine , se mettait en branle pour regagner ses foyers sous la conduite des évêques d'Orléans et d'Auxerre. Il ne restait devant Toulouse que le petit corps d'observation enfermé dans Pujols.
« Alors le comte de Toulouse se prend à songer qu'il
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peut aller à Pujols recouvrer cette place. Il a fait part de son projetaux capitouls. Ceux-ci ont répondu : « Tâchons d'y réussir ». Ils font tout aussitôt crier par toute la ville que tous aient à sortir par la voie Molvar. Ils les rassemblent dans les prés de Montaudran. « Seigneurs, dit le comte, voici pourquoi je vous ai fait mander: j'ai fait épiei de près nos ennemis qui veulent nous détruire et nous serrerde si près que nousne puissions cette année récolter en ce pays, et voici qu'ils sont tout proche, en deçà de Lanta. — Seigneur, dit le peuple , allons les cerner. »
Alors toutce qu'il y a d'hommes valides dans Toulouse, « nobles, bourgeois et petit peuple », assistés du comte de Foix et du comte de Comminges, « qui vont en bel équipage », et des Catalans du roi d'Aragon , s'ébranlent pour aller mettre le -siège devant Pujols
A la nouvelle du danger couru par les défenseurs de Pujols, Simon de Montfort, déjà en marche sur la Gascogne, et les pèlerins qui avaient commencé dans une direction opposée leur mouvement de retraite, reviennent les uns et les autres sur leurs pas. En chemin, ils apprennent que Pujols a capitulé. La nouvelle était trop vraie.
L'auteur de la seconde partie de la Chanson, hostile, comme on sait, à la croisade, rapportequeceux des chevaliers catholiques qui nesuccombèrent pas les armes à la main furent pendus sur place. Chose déjà fort vilaine, trop habituelle du côté du parti toulousain ; mais il y a plus. Pierre de Vaux-Cernay et Guillaume de Puylaurens s'accordentà compléter et à rectifier le poète. Voici la vraie version.
Les Toulousains comptaient sur un coup de main pour enlever Pujols et sa garnison ; mais les croisés s'étaientdéfendus avec une ténacité à laquelle \aChanson
i . Chanson, p.
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elle-même rend hommage. Pour les réduire, il fallutemployer des engins et de pesantes machines. Dès lors la résistance devenait impossible. Désespérant d'être secourus à temps, les assiégés capitulèrent, à la condition d'être respectés dans leur vie et dans leurs membres, ce à quoi les assiégeants s'obligèrent par serment. Mais, conduits captifs à Toulouse, ils furent attachés à la queue des chevaux et traînés par les rues et les places de la ville ; leurs membres furent ensuite attachés à des gibets
A ce récit de Pierre de Vaux-Cernay, Guillaume de Puylaurens ajoute des détails encore plus précis. Roger des Essarts, atteint par une flèche, succomba le premier ; les autres défenseurs se retirèrent dans une tour. En ce moment les Toulousains apprennent que Guy de Montfort, le frère de Simon, marche sur Pujols. Pressés d'en finir, ils accordent la vie sauve aux assiégés ; le comte de Toulouse et les seigneurs garantissent la capitulation par leur serment. Et cependant Simon le Saxon est tué sur place. Les autres sont conduits à Toulouse. Quelques jours après, le peuple les arrache à leurs cachots, et avec eux les prisonniers faits dans d'autres rencontres. Ils sont massacrés tous ensemble et leurs corps traînés par la ville. L'un d'eux qui avait réussi à se réfugier dans l'église de Saint-Sernin , fut égorgé malgré l'immunité du lieu saint, afin qu'il n'y eût rien des lois divines et humaines qui ne fût outragé.
Crime d'une population en délire et qui allait lui coûter cher. C'est la remarque de Guillaume de Puylaurens 2. L'expiation ne se fait pas attendre ; elle eut lieu dans les plaines de Muret, où quinze mille Toulousains, d'autres disent vingt mille, restèrent sur le