Doat. t. 73, p
2. Les deux actes de Foulques que nous venons de citer portent bien le millésime de i2i5, mais sans indication du jour et du mois.
l'ÉVÊQUE FOULQUES DE TOULOUSE. 565
point culminant et la guerre religieuse n'avoir plus d'objet. En mars, le nouveau comte vient à Toulouse. Il y fait son entrée « comme il convient au seigneur, avec ses palefrois, sans haubert ni armes, mais vêtu de jupons d'orfroi, chantant, couronné de guirlandes 1 ». L'université ou le commun de la ville, chevaliers, bourgeois et menu peuple , lui rend de grands honneurs et vient à sa rencontre avec des fanfares et des joueurs d'instruments — cumtrompis et tubiciniis 2. Après avoir planté son enseigne au lion sur les tours du château , il reçoit le serment des habitants, et le lendemain, il jure lui-même sur les saintes reliques de protéger, d'abord l'Eglise de Toulouse et, ensuite, tout homme et toute femme dans ses biens et ses droits , sauf la justice en toutes choses. Cependant il ordonne de reprendre l'œuvre de démolition décrétée Tannée précédente, au si grand déplaisir des Toulousains ; ceux-ci devront renverser les remparts, combler les fossés, abattre les tours des maisons fortes, supprimer les chaînes destinées à intercepter les rues. En même temps, le comte augmente les défenses du château Narbonnais.
Rien ne manque au succès , sinon de le consolider. Montfort entreprend dans ce but le voyage de Paris. Il va recevoir des mains du roi Philippe- Auguste l'investiture de ses nouveaux domaines. Son voyage est une suite d1ovations. Clergé et peuples se portent à sa rencontre en chantant et disant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». C'est à qui, dans cette foule, pourra toucher le bord de son vêtement.
1. Cérémonial, d'après la Chanson, de l'entrée solennelle d'un seigneur, p. 202.
2. Tempore quo dominas Symon primo intravit Tholosam fuitab universitatc Tholosœ honorifice receptus cum trompis et tubiciniis et signum suum in signum dominii positum in Castro Narbonensi. En-
Reste à savoir si cet homme, grand chrétien dans sa vie, héros sur le champ de bataille , aura les qualités de gouvernement nécessaires à la conduite d'un vaste État. La situation est délicate, elle s'annonce comme plus difficile encore. Montfort saura-t-il unir la modération à la fermeté et réprimer sans colère ? Et , surtout, aurat-il tout l'empire qu'il faudrait pour contenir ceux de ses compagnons d'armes que le triomphe enivre et qui , oubliant des intérêts sacrés, ne songent plus qu'à abuser des fruits de la victoire ?
A cette dernière question, nous avions repondu. C'était, on s'en souvient, en invoquant le témoignage de Guillaume de Puylaurens , un méridional , il est vrai. Dans le revirement de fortune qui atteintleschampions de la cause catholique, il voit un châtiment mérité. Parlant ailleurs de la mort de Simon : « Dieu, dira-t-il, en frappant les Français dans leur chef innocent, punissait leur insolence 1 ».
C'est sous les murs de Beaucaire , en juillet et en août, que l'inconstantefortune déserte les étendards des croisés.
Les deux Raymond, qui avaient déclaré s'en remettre à la décision de l'Eglise , n'ont et n'auront jamais pour habitude d'être esclaves de leur parole. Le'père parcourt actuellement la Catalogne et l'Aragon pour chercher des ennemis à Montfort ; le fils, qui a soulevé la Provence, entraîne à sa suite les milices de Marseille , d'Avignon, de Tarascon, d'une foule d'autres villes ou localités, et un grand nombre de chevaliers et seigneurs. Beaucaire est tombé en son pouvoir, sauf la citadelle qu'il assiège.
Simon accourt au secours des siens. Il dispute vivement sa proie au jeune Raymond. Enfin, sachant que,
quête de 1274 déjà citée. Biblioth. de l'Ecole des Chartes, 1882. p. 37.