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faute de vivres, il est impossible aux croisés assiégés de tenir plus longtemps, recevant, d'autre part, des nouvelles inquiétantes des pays qu'il a laissés derrière lui, il entre en négociations. Une transaction a lieu : les catholiques assiégés se retireront avec armes et bagages *, et Raymond VII entrera en possession du château de Beaucaire. « Le noble comte n'est pas victorieux , dit Pierre de Vaux-Cernay, mais, fidèle à ses habitudes de prouesse, il a remporté tout l'honneur. » Quant à ses adversaires, ils recueillent de leurs efforts plusde profit que de gloire. Les contemporains, même provençaux, n'ont pas de leur valeur une bien haute opinion «Vous leur faites trop d'honneur, s'écrie un troubadour 2, car, à Beaucaire, sur leur terrain, Simon leur a fait une telle peur — et pourtant ils étaient deux fois plus de monde — qu'ils ont fini par lui rendre sa garnison s. »
Mais, enfin, Simon, qui n'est pas vaincu, n'est pas non plus vainqueur, et ce n'est pas assez : il lui faudrait, pour se maintenir, vaincre toujours. L'insuccès de Beaucaire porte un coup fatal au prestige conquis à Muret. L'esprit d'indépendance se réveille ; les populations lèvent la tête et passent aux ennemis de Montfort — cornua extulerunt , di t Guillaume de Puy\aurens,et hosti ejus adhœserunt . Toulouse entre en fermentation et noue des intelligences
1. C'est la version de Pierre de Vaux-Cernay... Sans armes, dit la Chanson.
2. Tenson de Bertrand d'Avignon, cité par M. P. Meyer, Chanson, note, p. 260.
3. A ce siège mémorable, les méridionaux commettent, comme d'habitude, des actes d'atrocité. Si nous en parlons en cet endroit, c'est que le témoignage de la Chanson concorde avec celui de Pierre de V.-C. Celui-ci cite comme exemple de cruauté le fait d'un chevalier désarçonné dans la mêlée. On s'en empare, on le pend, puis on lui coupe les membres, qui sont jetés par-dessus les murs du château. L'auteur de la Chanson se borne à dire : « Gui du Cavaillon, monté sur un cheval arabe, abattit en cette journée Guillaume de Berlit, qu'on pendit ensuite à un olivier fleuri », p. 23o.
avec le vieux comte. Simon accourt : à son approche Raymond VI, en marche déjà sur son ancienne capitale, adopte, toujours prudent, le parti de la retraite.
On voit que, entre Toulouse et son nouveau seigneur, il y a plus que des germes de mésintelligence. Aux griefs fournis par de sourdes menées, vient s'ajouter celui d'une véritable mutinerie, prélude de plus graves événements.
Sur le point de nous retrouver aux prises avec le c ontinuateur de la Chanson, nous prions le lecteur dz suivre attentivement les témoignages fournis par lesécrivains sérieux et respectables, que plus d'une fois nous avons opposés au délire d'un pamphlétaire.
Faisons surtout parler Guillaume de Puylaurens. Insistons de nouveau sur ce point qu'il est méridional et que des liens personnels le rattachent à Raymond VIL Donc ses sympathies devraient l'incliner du côté de Toulouse. Raison de plus pour le croire, quand sa parole est favorable — et elle l'est très souvent — aux héros de la croisade, à Simon de Montfort ou à Foulques. « Les Toulousains, dit-il, avaient vu revenir leurs otages. Dès lors ils se montrèrent moins disposés à supporter les dominateurs pleins de superbe. Souffrant impatiemment la perte de leur antique liberté, ils se dérobaient au joug par une certaine résistance — quadam inobedientia. C'est pourquoi le comte Simon, craignant, s'il ne leur faisait sentir la vigueur de son bras, de les voir croître en insolence, se résolut à les envahir et à briser leur orgueil par un châtiment rigoureux 1 . »
Quelle fut cette certaine résistance dont parle le chroniqueur ? Ni plus ni moins qu'un attentat au droit des gens, doublé d'une insulte à Montfort. Pierre de Vaux-
i. Bouq. t. xix, p. 212.
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Cernay s'en exprime en termes précis. Le comte, faisant route pour le pays de Foix, a passé dans le voisinage de Toulouse ; il n'y a pas pénétré, il s'est borné à y introduire un détachement de chevaliers. Ceux-ci sont pris par les habitants et retenus prisonniers. Simon entre dans une grande colère : cet acte de félonie lui montre ce qu'il doit attendre des Toulousains
Rendons la parole à Guillaume de Puylaurens : o Alors , p*oursuit-il, le comte vint en force et menaçant. Il envahit la cité et fit mettre le feu en plusieurs endroits, afin d'inspirer la frayeur par le double fléau du fer et de la flamme. Les habitants, loin de se laisserépouvanter, opposèrent la force à la force ; ils barricadèrent les rues avec des poutres et des tonneaux, et ilspassèrent toute la nuit à combattre l'incendie et à repousser les assaillants 2. »
En ce moment surgit un négociateur. Parsesfonctions, par son caractère officiel, il est l'homme indiqué pour remplir une mission d'apaisement et de salut. Mais, au fond, quel est-il ? Est-ce un ange exterminateur ou est-ce un ange de paix?
Demandons-le d'abord aux contemporains. Dès qu'il est question de l'évêque Foulques, vous les voyez, unis dans la louange, profiter de toutes les occasions de témoigner de leur estime pour un si grand et si beau caractère. A ce concert il y a une discordance, mais c'est celle d'un historien de raccroc, du troubadour anonyme. Que peuvent ses invectives à l'encontre des témoignages si favorables, si respectueux, de Guillaume de Tudèle, de Guillaume de Puylaurens, de Pierre de Vaux-Cernay ?