‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 42 sur 203 · Beatus qui intelligit super egenum et pauperem. Ps. xi · texte numérisé non relu

Beatus qui intelligit super egenum et pauperem. Ps. xi

démonstrations libérales, les unes utiles, les autres magnifiques, aux mérites de mendiants volontaires descendus si souvent d'un rang très haut. A cet égard, l'obituaire de Barcelone offre à l'histoire des œuvres charitables une page intéressante. Ici, comme dans d'autres contrées, on voit que les secours revêtaient deux formes principales, celle du vivre et celle du couvert. Si les Frères se montraient résolus à l'ingrat labeur de la quête , des secours qu'il ne leur était pas interdit d'accepter venaient s'offrir à domicile et ménager un temps consacré à des œuvres d'un ordre plus élevé. Par des aumônes spontanées, régulières, assurées pour l'avenir, les celliers se remplissaient, le vestiaire était pourvu, la table même des religieux se chargeait, à certains jours déterminés, d'offrandes en vin, en pain, en pitances, parfois en toutes ces choses réunies. Pour perpétuer ces aumônes, sans donner néanmoins un démenti à la pauvreté d'une Religion mendiante, les bienfaiteurs en chargeaient après eux leurs héritiers, véritables substitutionsdont l'obituaire fait foi. Il s'ouvre par cette considération que c'est chose juste et raisonnapie de reconnaître par la prière les dons temporels de personnes amies. Puis, vous voyez passer successivement sous vos yeux les noms des bienfaiteurs avec des annotations du genre de celles-ci : a Un tel a grandement chéri notre Ordre... ; tel autre a été dévoué et bienfaisant. . . ; celui-ci, dont on précise les largesses, a, de plus, fait beaucoup d'autres biens — multa alia bona fecit d ; et, pour placer ici le nom d'une famillehistorique, « Blanche, épouse autrefois de Bérenger de Moncade, est morte aux ides d'avril. De son amitié et de son attachement envers nous sont résultés de grands avantages pour notre Ordre, et spécialement pour ce couvent où elle a voulu être ensevelie ».

Tandis qu'une charité prévoyante se préoccupait du vivre, des actes d'une généreuse initiative avaient pour but le couvert ou l'installation conventuelle, sa création d'abord, et ensuite son achèvement. Ici encore, c'est Bérenger de Palou qui donne le branle, en disposant en faveur des Frères d'une terre allodiale qui lui appartenait personnellement. Son exemple fructifia ; avec le temps le terrain s'agrandit. Les religieux vinrent, en 1233, occuper les premières constructions. A partir de ce jour, les pierres d'attente qu'ils avaient posées, appelèrent d'autres pierres, jusqu'à ce qu'enfin on vît dans son ensemble et dans sa pittoresque ampleur l'habitation monastique terminée. D'ordinaire, et il en fut ainsi à Barcelone, les constructions de cette nature s'élevaient par le concours de plusieurs générations.

Peu de couvents avaient eu la bonne fortune de celui de Reggio, élevé comme par enchantement. C'était en 1233. A cette époque, la prédication des deux Ordres mendiants en Italie était comme un torrent auquel rien ne résiste. Le Frère Jacobino avait électrisé la ville : chacun, voulant concourir à l'édification du monastère, devint constructeur ou manœuvre. « Les hommes et les femmes, raconte un contemporain, les petits et les grands, les chevaliers et les gens de pied, les citadins et les campagnards portaient sur leurs épaules, dans des peaux et dans des paniers, des pierres, du sable et de la chaux. Celui qui pouvait plus qu'un autre s'estimait bienheureux » Tout à l'heure, nous allons voir quelque chose d'approchant à l'occasion du couvent de Coïmbre, l'archevêque de Brague ayant exhorté les fidèles à prêter le concours de leurs bras au transport des bois et des pierres. Mais ces prodiges d'un entrain populaire n'étaient

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