RAYMOND ENTRE CHEZ LES FRÈRES-PRÊCHEURS. I
ensuite désastreuses. En 12 12 , les rois coalisés des divers Etats de la péninsule avaient remporté, avec le concours des croisés d'au delà des Pyrénées, la mémorable victoire de las Navas, laquelle assura dans toute l'Espagne la prépondérance du nom chrétien. Mais Pierre, le roi d'Aragon, n'avait pas tardé, en ce qui le concernait, à ternir la gloire de cette journée. Ce prince, personnification trop fidèle des cours corrompues du midi, avait pourtant des qualités attachantes. On l'admirait pour sa bravoure; il était poète et ami des lettres ; catholique dans son gouvernement, il paraît l'avoir été dans ses convictions ; ses fautes et sa grande infortune eurent une autre cause que les erreurs de l'esprit. Quand, à la tête d'une armée puissante, il venait se faire battre à Muret et périr lui-même sous les coups d'une poignée de croisés, des motifs inavouables avaient associé le fils d'Alphonse le Chaste au parti des Albigeois. Dans une lettre, interceptée par Simon de Montfort, il écrivait à une noble dame de Toulouse que, s'il venait chasser les Français, c'était par amour pour sa beauté. L'âme austère de Montfort s'indigna : « Que Dieu me soit en aide, s'écria-t-il, je ne crains pas un roi qui, par passion pour une femme, vient combattre l'œuvre de Dieu » 1 ! La nuit de funèbre mémoire qui précéda la bataille, le héros de las Navas l'avait passée dans de honteux plaisirs, et l'on remarqua que, au matin, en entendant la messe, il fut contraint, par suite de sa faiblesse, de s'asseoir à l'évangile *, ce qui ne l'empêcha pas de disputer sa vie par des prodiges de valeur. Saint