‹ Saint Raymond de Pennafort et son époqueChapitre 52 sur 203 · I. Tini. v · texte numérisé non relu

I. Tini. v

y vivre sous la règle cistercienne avec Blanca, la plus jeune de ses sœurs. En ce temps, où l'étoile de saint Dominique brillait de toute la splendeur de son éclat matinal, Blanca conçut l'idée de doter d'une maison de Frères-Prêcheurs la ville de Coïmbre, alors capitale du royaume et siège d'écoles fameuses. Doux projet, séducteur pour l'âme de Tarasia, qui revendiqua sa part dans la pieuse entreprise de sa sœur. Laissons-la s'en expliquer elle-même dans un acte public. « Moi, la reine dona Tarasia, fille de Sanche I, roi de Portugal, je fais savoir à tous ceux qui liront les présentes que ma sœur, la reine dona Blanca, ayant formé le projet d'ériger à Coïmbre un monastère de Frères-Prêcheurs, j'ai voulu m'associer à une entreprise si louable. En conséquence, j'ai fait, de l'aveu de ma sœur, l'acquisition de terrains propres à la construction dudit monastère et aux aménagements requis » Or Blanca, la vierge royale, mourait à la fleur de l'âge en 1 229. Que, à cettedate d'une certitude décisive, son projet, conçu depuis plusieurs années, fût en pleine voie d'exécution, on n'en saurait douter. Dès 1226, Silvestre, archevêque de Brague, le recommandait à Y Université, c'est-à-dire au municipe et aux habitants de Coïmbre. Pour donner son complément à l'acte de munificence des deux reines, le prélat, faisant appel au bon vouloir des fidèles, s'adressait notamment aux bras des travailleurs. Touchante association des sommités sociales avec les derniers du peuple, unis dans une même œuvre comme ils le sont dans une même toi. Souvent, et

1. Lettre citée in extensoparMcdrano^Hist. delà Prov. d'Espagne'). Elle porte pour date VJEra espagnole de 1280, laquelle, suivant l'usage commun, correspond à l'année 1242. En cette année, postérieure de beaucoup à la fondation de Coïmbre, la bienheureuse Tarasia ne faisait que • confirmer, par un acte rétrospectif, une donation plus ancienne.

ici en particulier, c'est la pauvreté des Frères-Prêcheurs, alors si admire'e dans ses extrémités toutes volontaires, qui sert de stimulant et d'objet à ce concert de la charité. On trouve dans les lettres de l'archevêque de Brague un exemple, entre beaucoup d'autres, de cette admiration et de ses conséquences pratiques.

« Les Frères-Prêcheurs, ainsi parle le prélat, ont renoncé à tout pour l'amour de Jésus-Christ , et, pauvres, ils ont voulu le suivre dans sa pauvreté. » Tel est l'argument du prince de l'Eglise pour disposer favorablement les esprits; il n'en cherche point d'autre, et incontinent il ajoute: « Maintenant, pour l'utilité commune des fidèles, ces Frères entendent élever un monastère. Toutefois, ne possédant rien ici-bas, ils ne pourront atteindre leur but que par l'aide et le conseil des gens de bien. C'est pourquoi nous prions votre université, nous vous adjurons dans leSeigneur, nous vous imposons pour la rémission de vos péchés, de vous prêter, sur la demande de ces Frères, au transport du bois sur leurs chantiers et aux autres prestations manuelles que comporte leur entreprise »

D'après l'anciencatalogue, auquel nous nous référons, Coïmbre ne fut constitué que postérieurement à l'érection des couvents de Burgos,de Tolède et de Pampelune. C'est dire l'ancienneté de ces maisons. Du reste, comment comprendre que Burgos et Tolède, ces capitales des deux Castilles, que Pampelune, la capitale de la Navarre, eussent été oubliées, lorsque les localités de moindre importance avaient déjà profité de l'expansion croissante du nouvel Ordre ?

Nous clorons ici cette première liste.

En i23o, la fondation de Majorque, couronnement

i. Medrano, loc. cit.

de la brillante conquête du royaume arabe de ce nom, ouvre une autre série. Sans cesser de créer dans l'ancienne Espagne des établissements nouveaux, les Frères- Prêcheurs, mêlés aux expéditions victorieuses de Jacques d'Aragon et de saint Ferdinand de Gastille, reculent leurs propres frontières dans la mesure où la chrétienté étendlessiennes. Quand on a nomméValence et Murcie, Cordoue et Séville, et d'autres boulevardsdel'Islamisme, on n'a pas seulement marqué les étapes tumultueuses et brillantes desexpéditions militaires : d'autres triomphes complétaient la conquête. En élevant sur un sol disputé de pacifiques demeures, les fils de saint Dominique et de saint François posaient des bornes qu'aucun bras ne devait arracher.

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