Resendius, Vit. B. jEgidïï. Boll. t. m, maii, p. 4q
quatrième rang. Elle est, par conséquent, antérieure aux fondations dont il reste à parler.
Saint Dominique meurt en août 1221. Ses premiers fils, en traçant son histoire, Font comparé au grain de froment qui n'est confié à la terre que pour rendre au centuple. Image d'une juste application pour toute contrée, mais plus exacte encore en ce qui touche l'Espagne. Ce sol, attardé quelque peu, va se montrer singulièrement fertile. Les épis sortent de terre abondants et pressés. Tous les royaumes, toutes les provinces sur lesquels ne pèse plus le joug détesté des Maures, apportent à cette moisson leur contingent. La Catalogne voit s'élever le couvent de Lérida, l'Aragon celui de Saragosse, le royaume de Léon ceux de Zamora et de Salamanque, la Galice celui de Compostelle, la vieille Castille celui de Burgos, et la nouvelle celui de Tolède, la Navarre celui de Pampelune et le Portugal celui de Coïmbre.
Aucune de ces fondations ne peut se prévaloir d'une date précise, mais toutes, on le sait par d'irrécusables preuves, existaient avant i23o. Le couvent de Lérida prétendait remonter à 1225. C'était, s'il y avait erreur, se tromper de bien peu. On conservait, on conserve peut-être encore un sceau, portant, avec le millésime de 1227, cette inscription : Sigillum conventus Fratrum Prœdicatorwn Ilerdœ l. A Salamanque, on procède, dès 122g, à la reconstruction du couvent ravagé par une inondation. Il faut que cette maison ait été d'une précoce importance, puisqu'elle ne peut se relever qu'à grandsfrais — opère sumptuoso — comme le marque une lettre de Grégoire IX, où le pontife stimule, en faveur de sa
1. La continuation ms.de Mamachi porte ce qui suit: « Inschedls
annoi~]52 llerdce hue missis sequens memoratur circonscriptis
sigilli nuper vestituti: sigillum, etc., Ilerdœ, 1227.
restauration, les libéralités des fidèles 1 . La même année 1229 nous révèle l'existence antérieure du couvent de Saragosse. Le roi Jacques d'Aragon et la reine Eléonore de Castille sont à la veille de comparaître devant le concile de Tarrasone, appelé à statuer sur la validité de leur union. Dans un acte où ils déclarent par avance accepter la décision du concile, figurent, à titre de témoins, deux Dominicains, l'un bien connu : c'est le Frère Raymond de Pennafort, pénitencier du légat; l'autre plus ignoré: c'est un certain Frère Pierre, désigné comme Prieur de Saragosse 2. En i23o, saint Ferdinand, ayant hérité de la couronne de Léon, assure de nouveau aux Frères-Prêcheurs de Zamora une rente de cent quarante-quatre marabotins, destinée précédemment par son père au vestiaire des religieux 3. Par un contrat qui porte également la date de i23o, l'Ordre hospitalier et chevaleresque de Saint-Jean vend au Prieur de Sainte-Marie-de-Roncevaux, titre de l'église des Dominicains à Compostelle, un champ contigu à leur enclos4.
Arrêtons-nous aux origines moins obscures du couvent du Coïmbre. Il dut son existence à deux sœurs, à deux reines, comme on appelait en Portugal les vierges de sang royal. Leur père, Sanche Ier avait eu cinq filles, Tarasia, Mafalda, Sancia, Blanca et Berenguela. Cette dernière fut la seule à ne pas embrasser l'état monastique. Deux d'entre ces infantes, Tarasia et Mafalda, portèrent
1 Bull. Ord. Prœd. t. 1, p. 3o.
2. Nous retrouverons ce fait avec ses preuves quand nous aurons à traiter de l'annulation du mariage de Jacques Ier.
3. Nous empruntons cette particularité à la continuation ms. de Mamachi. La pièce originale n'a pas été produite dans ce travail inachevé.
4. Vendo vobist r.Dominico Dur ani Priori Fr. Prœd. S. Mariœ de Runcevallis proM. 3oo illum agrum qui est contiguus monasterio vestro, etc. Pièces éparses de la continuation de Mamachi.
d'abord des couronnes. Trois d'entre elles furent vénérées comme saintes : Tarasia, Mafalda et Sancia. Cette dernière se trouve mêlée, d'une manière charmante, à l'histoire d'un Frère-Prêcheur dont le Portugal n'a pas oublié la mémoire. Fille spirituelle du bienheureux Gilles de Santarem, elle le tenait en grande vénération. Quand elle le rencontrait, elle se jetait à genoux et elle l'accueillait par ces paroles : « Père ! n'oubliez pas mon âme. Père ! bénissez-moi. Père ! priez Dieu pour moi ». Ayant terminé son existence terrestre, elle lui apparut une nuit, alors que le sommeil effleurait à peine ses paupières. Eveillé en sursaut, et troublé, l'homme de Dieu ne tarda pas à la reconnaître. «Eh quoi ! c'est vous, ô Sancia ! vous vous trouvez donc bien ? — Par la grâce de Dieu, répondit-elle, et par les prières de l'ami de mon âme, je me trouve très bien. Que la paix soit avec toi ! » Et de ses lèvres virginales, elle déposa un baiser sur son front. Chaste et céleste gage, qui — l'illustre pénitent le confia au Frère Barthélémy, son socius attitré — conféra à ses sens une plénitude toute nouvelle de calme et de pureté *.
Tarasia, l'aînée des cinq sœurs, avait vu se briser, en vertu d'une sentence canonique, son existence d'épouse et de mère. Par son infortune, par son courage et sa piété, elle rappelle cette veuve désolée dont parle saint Paul, laquelle a mis en Dieu toute son espérance et passe les nuits et les jours dans la prière et les supplications 2. Veuve de fait d'un époux qui avait usé de sa liberté pour convoler à d'autres noces, elle n'eut plus d'autre pensée que de sanctifier son état. Ayant fondé le monastère de LorvâOj non loin de Coïmbre,elle s'y retira pour