SES FONCTIONS AUPRES DU PAPE. 2Ô
avait appréciés au cours de sa mission. Ici laissons parler la chronique.
a Le seigneur Pape Grégoire, considérant de quelle utilité et de quelle douceur lui serait la présence d'un homme qui de loin répandait un parfum de si exquise vertu, pressa Frère Raymond de se rendre à la cour. Ce vrai fils d'obéissance comprit alors que les ordres du seigneur Pape sont de ceux auxquels on ne se soustrait pas, et il cessa de résister. Le pontife, eu égard à sa vie toute sainte, à sa science éprouvée, à son habileté consommée, le nomma son chapelain et son pénitencier, et, le distinguant entre tous, il le choisit pour confesseur.»
Voici donc trois charges qui viennent peser à la fois sur les épaules de l'humble religieux, et ces trois charges sont autant d'acomptes à d'autres responsabilités.
Parlons d'abord du confesseur. L'ancienne Vie donne à comprendre comment et dans quel esprit il usait du crédit attaché à ce poste délicat. « Souvent, dit-elle, il imposait pour pénitence au seigneur Pape, d'écouter les justes plaintes des pauvres, tenus à l'écartde la cour parle fait de leur condition, et d'expédier promptement leurs affaires. Le Pape agréait dévotement cette pénitence, et, plein de confiance dans Frère Raymond, il le chargeait d'aviser pour le mieux etd'épargner aux pauvres les délais. Et quand Frère Raymond était absent, Grégoire IX, en lui adressant ses lettres, aimait à lui donner, dans la formule de salutation, le titre de père des pauvres. »
On a cru voir dans ce rôle de Raymond un office défini, celui d'avocat des pauvres. Et, en effet, Humbert de Romans, dans sa Chronique, lasource la plus ancienne qu'il soit possible de consulter, puisqu'elle est écrite le Saint vivant encore, dit en termes précis : i II fut l'expéditeur des causes des pauvres — expeditor petitionum pauperum. »
Dans le langage de l'époque, les deux appellations de chapelain et de pénitencier apparaissent assez habituellement unies, pour qu'on puisse se demander si elles sont séparables. Suivant un docte commentateur des actes de saint Raymond *, les fonctions de chapelain près de la personne du Vicaire dê Jésus-Christ équivalaient à celles de membre oud'auditeur de la Rote, tribunal primitivement présidéparleSouverain Pontifecn personneettenant ses assises dans la chapelle papale , d'où le titre de chapelain donné aux assesseurs. Quoi qu'il en soit, le titre, accolé d'habitude à celui de pénitencier, semble indiquer un rapport d'attributions. La légende de saint Raymond n'est pas laseule à joindre les deux qualificatifs. Gérard de Frachet rapporte du bienheureux Clair, cet autre professeur et docteur de Bologne de cet autre fils de saint Dominique , qu'il fut pénitencier et chapelain du seigneur Pape 2, et si, en 123", du temps encore de Grégoire IX, les deux Frères-Prêcheurs, Godefroid et Réginald sont signalés comme occupant les fonctions de pénitencier, sans qu'il soit fait mention de celles de chapelain 3, par contre, Bernard Guidonis, soixante ans plus tard, parle derechef de ces chapelains et pénitenciers, « dignes d'une mémoire éternelle », que son Ordre fournit en si grand nombre à l'Eglise romaine : — Habuit pœnitentiarios et capellanos multos œternœ memoriœ dignos *.
On sait, sans recourir à des inductions, quelles étaient les fonctions du pénitencier.
Le sang afflue au cœur pour être purifié. Ainsi, au xme siècle, comme encore aujourd'hui, les affaires de